vendredi 2 février 2018

La « guerre du gaz » entre Israël et le Liban est déclarée (Art.508)


Le Liban pays pétrolier, « #لبنان_بلد_نفطي », criaient à l'unisson les dirigeants libanais, à la mi-décembre. Finalement, le pays du Cèdre n'a eu droit qu'à un mois et demi de réjouissance. 



Et encore, même pas, si on tient compte des turbulences de ces derniers jours. La fête foraine Bassil-Berri a failli faire passer sous silence les propos abjectes d'un vrai « baltajé », tenus par Avigdor Lieberman mercredi.

Le ministre de la Défense d'Israël a fait savoir au cours d'une réunion organisée par un think tank israélien, que « personne ne cherche des aventures, mais si nous n'avons pas le choix, le but (en cas de guerre) est de mettre fin aux combats aussi rapidement que possible et sans équivoque ». Non mais qu'est-ce qu'il mijote? « Ce que nous savons de tous les conflits au Moyen-Orient, c'est que les guerres ne prennent pas fin sans soldats sur le terrain (...) Toutes les options sont ouvertes. »

Ah ha, c'est déjà plus précis. Ainsi, les Libanais apprennent qu'une invasion israélienne du Liban est envisagée en permanence par Israël en cas de conflit. Et Yahvé sait à quel point un conflit part de rien, surtout qu'on est prédisposé ! Pour plus de précisions, le faucon soviétique d'origine moldave qui n'a retrouvé le chemin de la Terre promise qu'en 1978 svp, précise : « Nous ne verrons pas de photos comme celles de la Seconde guerre du Liban (Juillet 2006) au cours de laquelle les habitants de Beyrouth étaient à la plage, alors qu'à Tel Aviv les gens étaient dans des abris anti-aériens. »

L'énergumène doit déjà bien s'informer, il n'y a plus de plage à Beyrouth! La dernière et incontestablement la plus belle de toutes les plages de la côte orientale de la Méditerranée, Ramlet el-Baïda, a été défigurée par tenez vous bien, l'ex-gendre de l'Estèz (« soumouwto » comme l'a qualifié un conducteur de taxi originaire de Baalbek), pour y installer un méga complexe balnéaire laid qui se veut de luxe, avec la bénédiction de la municipalité de Beyrouth, qui s'était engagée dans la bataille des élections municipales il y a deux ans sous le slogan Lei7it el biyerté ("La liste des Beyrouthins", tu parles!). Toujours est-il que pour Avigdor Lieberman « si en Israël, ils (les gens) sont assis dans des abris, alors aux prochains combats (avec le Liban), tout Beyrouth sera dans les abris. » Ce bouffon de ministre ferait bien de s'informer également sur le droit international en vigueur, bombarder des civils est un « crime de guerre », quelque soit l'identité des agresseurs et leur prétexte, notamment quand ils agissent intentionnellement, comme il pense le faire. Ça serait même un « crime contre l'humanité » dans ce cas précis.

Source: Commerce du Levant
Certains seraient tentés de nous expliquer, encore une fois, que si le Hezbollah ne provoque pas Israël, l'Etat hébreux laisserait le Liban tranquille. C'est mal connaître les Israéliens. Que le Liban devienne un pays pétrolier, n'a pas du tout l'air de leur plaire. Pour Avigdor Lieberman, « quand ils (les Libanais) lancent un appel d'offres sur un gisement de gaz, incluant le bloc 9, qui selon toute norme est le nôtre, c'est une conduite très, très provocatrice ». Eh rou7 ballit el ba7er!

Tenez, on a comme une vague impression, que lui aussi est le genre de type qui cherche constamment la bagarre, 3am béfattich 3a machkal. Le faucon ne s'est pas contenté de menacer le Liban, il s'est adressé également aux sociétés intéressées par l'exploitation des hydrocarbures au large des côtes libanaises. « Les entreprises respectables qui répondent à l'appel d'offres font, à mon avis, une grave erreur, car cela est contraire à toutes les règles et à tous les protocoles dans des cas comme celui-ci. » Avis à Total, Eni et Novatek, le message est clair et la rime coule de source : oubliez vos forages et pliez bagages.

Pour Michel Aoun, le Président de la République libanaise, « les paroles de Lieberman à propos du bloc 9 constituent une menace pour le Liban et son droit à la souveraineté sur ses eaux territoriales ». Pour Nabih Berri, le chef du Parlement libanais, elles sont « dangereuses ». Quant à Saad Hariri, le Premier ministre libanais, ces propos sont « infondés et dénotent une politique expansionniste et colonialiste israélienne qui porte atteinte à la sécurité régionale ».

Le Liban a des problèmes frontaliers avec Israël, au niveau terrestre, les Fermes de Chebaa, comme au niveau maritime, où le différend concerne une zone de près de 900 km2. Le pays du Cèdre a aussi un problème de souveraineté avec l'Etat hébreux, ses avions sont maitres de l'espace aérien libanais, comme si de rien n'était et dans l'indifférence générale du Conseil de sécurité.


Les menaces de Lieberman sont graves. Elles émanent d'un extrémiste israélien, dont certaines déclarations rappellent celles des jihadistes de Daech: « Les Arabes Israéliens qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache », « Je propose de transporter les prisonniers palestiniens en autocars jusqu'à la mer Morte pour les noyer », « L'Europe suit une politique hostile aux Juifs, comme à la fin des années 1930 », et j'en passe et des meilleures.

Les contrats sur l'exploitation des hydrocarbures au Liban doivent être officiellement signés le 9 février, dans une semaine, jour pour jour. Le timing des déclarations de Lieberman ne doit rien au hasard. Elles visent deux objectifs. D'une part, empêcher le Liban, de profiter des blocs 8, 9 et 10, de ses eaux territoriales (ET) et de sa zone économique exclusive (ZEE) mitoyennes des ET et de la ZEE d'Israël. Et d'autre part, dissuader les trois grandes entreprises internationales (française, italienne et russe), gagnantes de l'appel d'offres, d'exploiter le bloc 9 dans un premier temps.

Israël menace alors qu'il ne s'est absolument pas gêné de redessiner la frontière maritime contestée à sa guise et à sa convenance en décembre 2016! Il est là le fond du problème et c'est bien cette « agression israélienne » qui a poussé le gouvernement libanais à choisir d'urgence de commencer par le « bloc 9 ». Rappelons aussi que l'Etat hébreux exploite depuis des années les ET et la ZEE israéliennes situées de l'autre côté des ET et de la ZEE libanaises, les gisements de Léviathan et de Tamar.


Un plan de partage de la zone contestée a été proposé par les Etats-Unis en 2012 (plan Hoff), attribuant 60% de la superficie en litige au Liban et 40% à Israël. Depuis, on multiplie les réunions et les palabres, et un bouffon s'est installé à la Maison Blanche. Après la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d'Israël, il est clair que les Américains sont hors-jeux sur ce dossier. Le litige pourrait se régler devant la Cour internationale de justice ou le Tribunal de la mer de Hambourg, sauf qu'Israël ne reconnaît ni l'un ni l'autre. Comme options, il ne reste donc que le Conseil de sécurité ou la guerre.

Israël est déterminé à retarder l'exploitation des hydrocarbures offshore par le Liban, pendant qu'il pompe et pompera, indirectement et en profondeur, les zones en commun et en litige. Cette attitude est inadmissible. Les déclarations israéliennes de Lieberman sont inacceptables. Elles relèvent de la « baltaja », pour reprendre ce terme qui met le Liban en effervescence. Ainsi, il ne reste plus que l'ONU pour éviter au Moyen-Orient une nouvelle guerre entre Israël et le Liban.

Une plainte doit donc être déposée au Conseil de sécurité. C'est fait. Celui-ci doit prendre ses responsabilités afin de baisser la tension entre les deux pays et rassurer les sociétés chargées officiellement par le Liban d'explorer le bloc 9. Le litige doit être rapidement tranché pour que ces sociétés puissent travailler en toute sécurité et dans la sérénité. La France, l'Italie et la Russie, qui seront directement concernés par cette première phase d'exploitation, doivent prendre le problème à bras le corps. Il faut mettre une limite à l'arrogance de l'Etat d'Israël. Qui se considère au-dessus du droit international est « hors-la-loi » et doit être traité en tant que tel. 

lundi 8 janvier 2018

« Feu et fureur, à l'intérieur de la Maison Blanche » après la sortie du livre choc sur Donald Trump, The Fake President (Art.502)


Quelque temps après les derniers douze coups de minuit de l'année, le leader suprême de la République populaire démocratique de Corée a fait une apparition publique pour présenter ses vœux urbi et orbi. A l'occasion de l'arrivée du nouvel an, Kim Jong-un avertit : « Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau. Ce n'est pas du chantage, mais la réalité (...) L'ensemble des Etats-Unis est à portée de nos armes nucléaires ». Etant conscient de ses capacités militaires limitées face à la puissance de feu dont dispose son ennemi, sur les plans conventionnel et nucléaire, le jeune Kim a quand même tempéré son discours guerrier en précisant que la Corée du Nord ne se servira pas de sa nouvelle arme de destruction massive que si elle était attaquée. En temps normal et dans un monde de raison, on saisirait cette petite ouverture, pour faire entrer les diplomates en action, afin de rétablir les ponts entre les parties et faire tomber la tension. 

Mais depuis un an, on n'est ni en temps normal ni dans un monde de raison, le pays le plus puissant de la planète est gouverné par un bouffon que personne de sensé ne peut vraiment prendre au sérieux. Après avoir menacé à la tribune de l'ONU au mois de septembre dernier, qu'il pourrait n'avoir d'autre choix que de « détruire totalement la Corée du Nord », Donald Trump fait savoir après 36 heures d'intenses réflexions, à 1h49 du matin : « Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un vient d'affirmer que 'le bouton nucléaire est toujours sur son bureau'. Est-ce que quelqu'un de son régime appauvri et affamé de nourriture, peut bien l'informer que moi aussi j'ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et mon bouton fonctionne! » Aussi incroyable que véridique. On n'est ni dans les toilettes d'une école ni dans sa cour de récréation, hélas, ce n'est ni un concours de zizis ni la compétition entre des écoliers pour savoir qui peut pisser le plus loin, mais c'est du même niveau intellectuel et c'est l'état du monde en ce début d'année ! 

On n'est pas à la première joute oratoire entre ces deux bouffons. Directe et indirecte via les conférences de presse, les allocutions, les médias et les réseaux sociaux, il y en a eu plusieurs. Pour le président nord-coréen, Trump est un « chien enragé », un « gâteux mentalement dérangé », un « vieux » et un « malade mental ». Pour le président américain, Kim est un « chien dérangé », un « fou », un « petit gros » et le « petit homme-fusée ». Et dire que l'un a fait une partie de sa scolarité en Suisse et fête ses 35 ans aujourd'hui, et l'autre a 71 ans, toutes ses dents mais toujours pas la raison ni la sagesse qui vont avec ! 


On pourrait rire de ces gamineries si d'une part, Kim Jong-un, le tyran, abruti et imprévisible, n'était pas à ses énièmes tir de missile balistique et essai de bombe nucléaire (celle de septembre 2017 était 16 fois plus puissante que la bombe larguée par les Américains sur Hiroshima en 1945), et d'autre part, Donald Trump, l'homme irréfléchi, impulsif et irresponsable, n'était pas le 45e président du pays dont l'arsenal nucléaire dépasse les 4 000 têtes, qui a déjà utilisé l'arme nucléaire dans le passé et à deux reprises svp, non pour mettre fin à la Seconde guerre mondiale, comme l'ont écrit les vainqueurs, mais pour la tester in vivo. 


On pourrait même s'en foutre si le président américain se limitait à la Corée du Nord, sauf que ce n'est pas le cas. Dans une interview accordée à la chaine MSNBC, le candidat Trump s'était demandé en mars 2016 : « Pourquoi les Etats-Unis fabriquent-ils des armes nucléaires si ce n'est pas pour les utiliser ? » Dans la foulée, il n'avait pas exclu d'utiliser ces armes de destruction massive contre les Moyen-Orientaux et les Européens ! Eh oui, quand le journaliste lui avait demandé, « Pouvez-vous dire que nous (Américains) n'utiliserions jamais d'arme nucléaire au Moyen-Orient ? », le président américain avait répondu : « Je ne dirais jamais ça. Je ne me priverais jamais d'aucune de mes options ». Et quand le même journaliste s'était enquis pour savoir si cela s'appliquerait sur « l'Europe » également, imperturbable, Trump avait précisé: « Je ne me priverais pas de cette option, pour personne ». Inquiet par la réponse, le journaliste avait reposé sa question directement : « Vous allez utiliser l'arme nucléaire en Europe ? » Comme « les cons ça osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnait », Donald Trump avait alors fait savoir : « Non ! Je ne pense pas. Mais... ». On ne sait jamais, hein ? Et dire que ce bouffon a la prétention de rendre sa grandeur à l'Amérique ! Via un nouveau Hiroshima peut-être ? 


On ne pourra pas comprendre la politique stupide adoptée par le président des Etats-Unis sur de grands dossiers comme l'accord de Paris sur le climat, la reconnaissance de Jérusalem capitale d'Israël, le Muslim Ban, le Mexican Wall, la remise en question de l'accord sur le nucléaire avec l'Iran et la gestion de la nucléarisation de la Corée du Nord, ainsi que toutes les âneries qu'il a débitées depuis un an, sans effectuer une plongée dans la personnalité du bonhomme. 


Sur 353 jours en fonction, Donald Trump a passé
117 jours dans ses propriétés de luxe
et 91 sur un terrain de golf.
NBC News (compteur le 8 janv. 2018)
On savait déjà d'après NBC News et le New York Times, que Donald Trump passe 1/4 de son temps de président sur un terrain de golf (91 jours au total depuis le 20 janvier 2018 !), 1/3 de ses journées dans ses propriétés de luxe (117 jours depuis qu'il est entré en fonction il y a 353 jours) et jusqu'à 1/2 de ses heures éveillées à regarder la télé (4-8 heures par jour !). On savait aussi que depuis qu'il est sur Twitter, mars 2009, il tweete en moyenne 12 fois par jour. A supposer que chaque gazouillis lui prend 5 minutes, on peut en déduire que depuis 9 ans, il passe en moyenne au moins 1h/j à tweeter ! On savait également d'après le Washington Post, qu'il a fait 1 950 déclarations fausses ou trompeuses en 347 jours, soit une moyenne de près de 6 fakes news ou infos trompeuses par jour. D'où le surnom que je lui ai donné récemment : « The Fake President ». Si vous rajoutez à tout cela, le temps qu'il passe pour la coloration de ses cheveux avec le produit « Just for Men » (il faut imaginer la tête du macho le temps de la coloration, hehehe), les coiffer de cette manière bizarroïde (pour camoufler l'îlot de calvitie), et les fixer avec un spray raidisseur (et non du gel), rien que cela, ça vous donne une idée de ce drôle de zozo qui occupe le Bureau ovale et qui possède les codes nucléaires de quoi pulvériser la planète Terre une fois pour toutes. 

Ç'aurait pu s'arrêter là et on aurait pu s'en contenter, mais il a fallu qu'un journaliste américain, Michael Wolff, fourre son nez et en remette une couche, et couche sur couche. Ce ne fut pas son intention au départ. Il n'avait d'ailleurs « pas été particulièrement hostile » au cours de la phase de recherche et d'approche. « Cela m'a permis de les rendre relativement ouverts ». Grâce à près de 200 entretiens réalisés avec Donald Trump et plusieurs personnes de son entourage, dont Steve Bannon l'ex-conseiller stratégique du président américain, au vu et au su de tous, à l'intérieur de la Maison Blanche et en dehors, il a pu reconstituer la face cachée de l'actuel locataire de la Maison Blanche dans le livre « Fire and Fury : Inside the Trump White House », sorti vendredi dernier, le 5 janvier (éditions Henry Holt & Co - USA et éditions Little Brown - UK). Ce n'est guère flatteur pour le personnage, encore moins rassurant pour le reste du monde. 

Côté sérieux, on apprend pas mal de choses. Pour cet ex-homme de confiance de Trump, Steve Bannon, le directeur général de la campagne du candidat républicain un moment, la rencontre secrète entre Trump Junior et Natalia Veselnitskaya, une avocate russe proche du Kremlin, en pleine campagne électorale, était « une trahison, antipatriotique, une idée de merde ». Cette réunion avait comme but de récupérer des informations compromettantes sur Hillary Clinton, afin de donner l'avantage à Donald Trump. En apprenant cette possibilité, Trump Junior avait répondu dans un email, « I love it », au lieu d'alerter le FBI sur cette tentative d'ingérence d'une puissance étrangère russe dans une élection démocratique américaine. Finalement, le 9 juin 2016, à la Trump Tower de New York, les « intéressés » se sont transformés en « comploteurs ». Dans la salle de conférence du 25e étage -notez bien l'étage, c'est important pour la suite- il y avait le fils de Donald Trump, ainsi que son gendre, Jared Kushner, et son directeur de campagne, Paul Manafort. Dans ce sillage, l'ex-conseiller du président américain fait savoir que « la chance que Don Junior n’ait pas fait monter ces demeurés jusqu’au bureau de son père au 26e étage est nulle ». Il suffisait de prendre l'escalier ! On dirait qu'il y a de quoi faire avancer le Russiagate et mettre Donald Trump dans une folle rage ! Steve Bannon fait même des pronostics qui devraient amplifier la rage des Trump. Selon lui, non seulement l'enquête devrait se concentrer sur le « blanchiment d'argent », mais « ils (l'équipe du procureur spécial, Robert Mueller, chargée de l'affaire) vont craquer Don Junior comme un œuf, à la télé nationale ». Trois personnes sont déjà inculpées. Le meilleur est encore à venir. « Ils (Trump & Co) sont assis sur une plage, essayant d'arrêter un ouragan catégorie 5 ». Sacrée métaphore de la part de Steve. Mais, son volte-face 48 heures après la sortie du livre, en déclarant que 
« Donald Trump Jr. est un patriote et un homme bien (...) Ces commentaires ne s'adressaient pas à Don Jr. », ne prouve qu'une chose, lui aussi n'est un bouffon, comme son ex-patron.

"La nuit de l'élection.
C'est comme s'il avait vu un fantôme"
,

d'après son propre fils, Trump Junior.
Illustration de Jeffrey Smith
New York Magazine (3 janv. 2018)
Dans ce livre, on apprend aussi que l'homme d'affaires ne croyait pas à son élection ! Un échec retentissant face à une « véreuse » comme Hillary Clinton et tous les médias coalisés contre lui, devait le rendre « martyr » et « célèbre ». D'ailleurs, l'ex-star de la reality show avait déclaré en coulisse au début de la course présidentielle : « Je peux être l'homme le plus célèbre du monde ». L'échec devait aussi permettre à sa femme Melania de « retourner aux discrets déjeuners » et ferait de sa fille Ivanka et de son gendre Jared, des « célébrités internationales ». En somme, « perdre » devait rendre « tout le monde heureux ». Les Trump croyaient tellement peu au succès, que Donald et Jared ont refusé catégoriquement d'investir leur propre argent dans la campagne électorale. D'après son propre fils, Trump Junior, le soir de l'élection, quand les premières estimations commençaient à arriver vers 20h, « (DJT) avait l'air d'avoir vu un fantôme » et « Melania était en larmes, mais pas de joie ». L'investiture de Trump a été vécue comme un désastre. Pas seulement parce que Barack Obama avait réussi à rassembler plus de monde. « Il était fâché que des stars de premier plan aient snobé l’événement... Toute la journée, il affichait sur le visage ce que son entourage appelle sa tête de golfeur : énervé, les épaules voûtées, les bras ballants, les sourcils froncés, les lèvres pincées. » 

Après le choc de l'élection, il fallait assumer et assurer. Pour ce faire, Trump a accepté d'être initié à la Constitution américaine par un conseiller politique, Sam Nunberg. Le problème c'est qu'ils n'ont pas pu aller au-delà du Quatrième amendement, Donald s'ennuyait à mourir. Le livre nous apprend aussi combien Trump et son équipe étaient non préparés à la haute magistrature. « Le président... avait peu d'idées précises sur la façon de transformer ses thèmes au vitriol en politique. Et lui faire des suggestions était profondément compliqué. » On découvre par ailleurs que Trump « ne lit pas », « manque de concentration », « n'effleure même pas les dossiers » et fait surtout « confiance à sa propre expertise, aussi dérisoire soit-elle », au point que « certains croyaient qu'il était demi-alphabète ». En somme, « il était souvent confiant, mais il était aussi souvent paralysé ». Pour Katie Walsh, l'ex-chef du cabinet adjointe de la Maison Blanche, travailler avec le nouveau président américain c'était « comme essayer de comprendre ce qu'un enfant veut ». 


Et c'était guère mieux pour l'entourage. Le soi-disant haut conseiller du président, Jared Kushner, fut incapable, un mois et demi après la prise de fonction de Trump, de donner les « trois priorités de cette Maison Blanche » à Katie Walsh justement. Il s'est contenté d'un « oui, nous devrions probablement avoir cette conversation (avec le président) ». Pourquoi se presser, hein ? Par contre, le gendre était capable d'aller voir son beau-père pour se plaindre des autres membres de l'équipe : « Vous voyez, c'était l'idée de Reince (Priebus, ex-chef de cabinet de la Maison Blanche) ou l'idée de Steve (Bannon, ex-conseiller stratégique du président) ». Il savait très bien aussi, d'après « l'accord sérieux » qu'il avait conclu avec sa femme Ivanka, que la priorité était pour elle : « si à l’avenir l’opportunité se présentait, elle serait la candidate à la présidence » et pas lui. La fifille de Trump aurait plaisanté en disant que « la première femme présidente (...) ce ne serait pas Hillary Clinton, ce serait Ivanka Trump ». On n'a pas fini avec les Trump ! En tout cas, Michael Wolff résume l'ambiance à la Maison Blanche de ce début de mandat, en citant Henry Kissinger : « C'est une guerre entre les Juifs (comprenant Jared Kushner, Ivanka Trump, Gary Cohn...) et les non-Juifs (groupe de Steve Bannon) ». Pour couper court à d'éventuelles accusations d'antisémitisme, rappelons que l'ancien secrétaire d'Etat américain et conseiller à la sécurité nationale était lui-même de confession juive. 


Trump est un paranoïaque, on le sait, on le devine aisément. Le livre nous le confirme. Non seulement les Trump font chambre à part, comme les Underwood de House of Cards, mais en plus, on apprend par Michael Wolff que peu de temps après l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, « il a commandé deux écrans de télévision en plus de celui qui était déjà là, et un verrou pour la porte (de sa chambre à coucher), déclenchant une brève confrontation avec les services secrets, qui ont insisté pour qu'ils aient accès à la pièce ». Trump est un capricieux, on le sait aussi, on le devine d'ailleurs. Comme un ado, il laisse trainer ses vêtements par terre et gare à celui ou celle qui aurait pendant la moitié d'un quart de seconde l'incongrue idée de les ramasser. « Si ma chemise est par terre, c’est parce que je la veux par terre ». Quelle personnalité forte diront ses fans ! C'est lui et lui seul qui devait signaler au personnel quand il était nécessaire qu'on fasse son lit ou qu'on change ses draps. Quel leader, n'est-ce pas ? Trump est un narcissique, on le sait également, on le devine évidemment. « Une grande partie de la conversation quotidienne du président consistait en un récit répétitif de ce que les différents hôtes avaient dit de lui. » Ah comme c'est passionnant ! Trump est un misanthrope, on le sait bien sûr, on le devine pardi. « Quand il était au téléphone après le dîner, il spéculait sur les défauts et les faiblesses de chaque membre de son équipe. Bannon était déloyal, pour ne pas dire qu'il ressemblait toujours à de la merde. Priebus était faible, pour ne pas mentionner qu'il était petit, un nain. Kushner était un ambitieux. Sean Spicer (ex-porte parole de la Maison Blanche) était stupide et avait l'air terrible aussi. (Kellyanne) Conway (conseillère du président, l'auteur du concept 'alternative facts') était une pleurnicharde. Jared et Ivanka n'auraient jamais dû venir à Washington. » Oh que c'est beau l'esprit d'équipe ! 


Et que ferait un parano-capricieux-narcissique-misanthrope svp? Ah, n'essayez pas de deviner, c'est impossible. « Personne ne doit toucher quoi que ce soit, surtout pas sa brosse à dents ». Pour Michael Wolff c'est parce que « il craignait depuis longtemps d'être empoisonné, une raison qui explique pourquoi il aimait manger chez McDonald's, où personne ne savait qu'il viendrait et où la nourriture est préparée en toute sécurité ». Et n'allez surtout pas fantasmer sur les soirées de Donald ! « S'il ne prenait pas son diner de 18h30 avec Steve Bannon (...) il était au lit avec un cheeseburger, regardant ses trois écrans et passant des coups de fil... à un petit groupe d'amis... pour comparer les notes (que lui donnent) les uns et les autres. » Oh, on dirait que derrière la carapace, il y a un grand manque de confiance en soi !


"Trump s'est terré dans sa chambre à coucher
de la Maison Blanche en février 2017"

Illustration de Jeffrey Smith
New York Magazine (3 janv. 2018)

Terminons ce tour d'horizon de la personnalité du président des Etats-Unis par deux appréciations rapportées par Michael Wolff. D'une part, celle de Rupert Murdoch, à propos de la politique d'immigration du président américain. Le magnat des médias a qualifié ce dernier d'un « putain d'idiot ». D'autre part, celle de l'un de ses vieux amis, Thomas J. Barrack Jr., un milliardaire américain d'origine libanaise, qui a déclaré à propos du président américain : « Il n'est pas seulement fou, il est aussi stupide ». Par la suite, il a nié de l'avoir dit.
De son côté, Donald Trump considère que « Michael Wolff est un grand perdant qui a inventé des histoires afin de vendre ce livre vraiment ennuyeux et mensonger. » Peut-être bien. Et à propos, de la « trahison » de Trump Junior et de la collusion de Trump & Co avec Poutine & Co ? « Il a utilisé le négligé Steve Bannon, qui a pleuré quand il a été viré et (m')a supplié pour (garder) son travail. Maintenant, le négligé Steve a été largué comme un chien par presque tout le monde. Dommage! » Et dire que sans Steve Bannon, le directeur de campagne du candidat Trump pendant trois mois et le conseiller stratégique du président Trump pendant sept mois, Donald Trump serait retourné au business et à la reality show, ce qui aurait évité aux Etats-Unis et au monde le désastre de cette présidence ! Quelques heures plus tard, le voilà plongé dans une crise narcissique délirante aiguë : « Au cours de ma vie, mes deux plus grands atouts ont été l'équilibre mentale et le fait d'être vraiment intelligent... Je suis passé de l'homme d'affaires TRÈS prospère, à une grande star de la télé, à président des États-Unis (du premier coup). Je pense que cela serait qualifié, non d'intelligent, mais de génie... et un génie très stable ! » On dirait que pour l'intelligence aussi, moins on en a, et plus on en parle. En tout cas, ce livre accablant sur Donald Trump a poussé le Secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson à préciser et se répéter sur CNN : « Je n'ai jamais remis en cause son aptitude mentale, je n'ai aucune raison de douter de son aptitude mentale ». A propos de T. Rex, rappelons que l'été dernier, lui aussi a traité Trump de « moron » (un imbécile). Décidément ! 

A croire le locataire de la Maison Blanche, le journaliste américain, auteur d'une dizaine de livres, serait un menteur. Possible, si et seulement si, on ne tient pas compte d'un principe fondamental qui régit tout ce qui se passe sous notre belle étoile, le Soleil : le principe de cohérence. Donald Trump est un bouffon. Tout ce qu'il fait et dit le confirme. Pas de mystère, ni de paradoxe, encore moins d'exception à la règle. Exemplī grātia, ce tweet justement, sur son « beaucoup plus gros bouton nucléaire ». Il a essayé d'interdire la parution du livre. En vain, il est le numéro un des ventes sur Amazon. Il sait très bien que tôt ou tard, le « Russiagate » le fera tomber de son piédestal sur lequel des Américains naïfs l'ont hissé, pour soi-disant « Make America Great Again ». Tu parles !

vendredi 22 décembre 2017

Les représentants de 86,5% de l'humanité ont condamné les Etats-Unis, qui n'ont été défendus que par les représentants de 0,5% de la population mondiale : le vote historique de l'Assemblée générale de l'ONU sur Jérusalem (Art.499)


Après le camouflet essuyé par les Américains lors du vote du projet de résolution sur Jérusalem lundi, approuvé par 14 membres du Conseil de sécurité de l'ONU, à l'exception des Etats-Unis (qui l'ont bloqué grâce à leur droit de veto), une nouvelle version de la résolution a été présentée au vote devant l'Assemblée générale de l'ONU jeudi, lors d'une « session extraordinaire d’urgence ». 

A cette occasion, le président américain Donald Trump et la représentante des Etats-Unis à l'ONU, Nikki Haley, se sont encore couverts de ridicule en menaçant une nouvelle fois le monde de représailles, affirmant que les Américains « se souviendront » de cette journée et « noteront » les noms des pays qui voteront en faveur de cette résolution, laissant entendre et sous-entendant que l'Amérique prendrait des sanctions financières à l'encontre des pays qui désapprouveront la démarche américaine, et baisserait leur contribution financière aux budgets de l'ONU et de ses organismes. Et alors que du côté de l'Assemblée générale de l'ONU on « déplore au plus haut point les récentes décisions (de Donald Trump) relatives au statut de Jérusalem », Nikki Haley a l'arrogance d'affirmer, « nous (Américains) avons l’obligation de demander un meilleur retour sur investissement »



Vote de la résolution A/ES-10/L.22 de l'Assemblée générale
de l'ONU sur Jérusalem (21 décembre 2017)
En vert, les pays "pour"; en rouge, les pays "contre;
en orange, les pays "abstentionnistes"; en gris, les pays "shopping de Noël" 

Source : Wikipedia (auteur carte Twofortnights)

Ce jeudi à New York, il n'y avait ni privilège ni veto, tous les pays de cette planète étaient sur un pied d'égalité, le Liban et la France, le Zimbabwe et les Etats-Unis, comme lors de n'importe quel scrutin où la voix d'un PDG ne vaut pas plus que celle d'un ouvrier. La résolution de l'Assemblée générale, comme celle du Conseil de sécurité, ne fait que rappeler trois évidences du droit international. 
. Primo, la dizaine de résolutions du Conseil de sécurité votées dans le passé, qui évoquent directement et indirectement le statut de Jérusalem-Est et les Territoires palestiniens occupés, s'imposent à tous les pays comme les lois pour les individus. 
. Secundo, l’acquisition de territoire par la force est illégale, toute décision unilatérale sur la partie est de la ville occupée lors de la guerre de 1967 est nulle et non avenue. 
. Tertio, le statut final de la ville sainte fera l'objet de négociations entre les Israéliens et les Palestiniens. 
En somme, « toutes décisions ou actions qui visent à modifier le caractère, le statut ou la composition démographique de la Ville sainte de Jérusalem n’ont aucun effet juridique, sont nulles et non avenues ». Voilà pourquoi, l'Assemblée générale de l'ONU « demande à tous les États de s’abstenir d’établir des missions diplomatiques dans la Ville sainte de Jérusalem, en application de la résolution 478 (1980) du Conseil (de sécurité) ».

Après de longues tractations en coulisse, le vote des représentants de la population mondiale à l'ONU s'est réparti de la manière suivante: 


128 pays sur 193, soit 66% des membres de l'ONU, ont voté « pour » : Liban, France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume Uni, Autriche, Belgique, Danemark, Irlande, Norvège, Suède, Pays-Bas, Portugal, Suisse, Grèce, Chypre, Egypte, Irak, Arabie saoudite, Tunisie, Algérie, Maroc, Arménie, Congo, Nigeria, Turquie, Iran, Indonésie, Japon, Inde, Chine, Russie, Brésil, etc. Dans cette catégorie, on retrouve évidemment les 21 pays arabes membres de l'ONU, ainsi que l'ensemble de l'Europe des quinze avant son élargissement à l'Est (2004). Les pays de l'Union européenne ont voté massivement la résolution, 22/28 pays, on n'a compté que 6 abstentions, émanant toutes des ex-pays d'Europe de l'Est. A ce propos, il est intéressant de noter aussi que sur les 24 pays qui formaient l'Europe de l'Ouest, 22 ont voté la résolution, 1 seul a préféré faire le shopping de Noël (Saint-Marin, le mini-Etat situé en Italie), 1 ne pouvait pas voter en tant que pays observateur, le Vatican. Par contre, sur les 20 pays qui constituaient l'Europe de l'Est, seulement 11 ont voté la résolution, 7 se sont abstenus (6 étant actuellement membres de l'Union européenne) et 2 ont opté pour le shopping de Noël, l'Ukraine et la Moldavie. 

35 pays n'ont pas été capables de trancher et ont choisi finalement « l'abstention », soit 18% de l'ONU : Canada, Mexique, Argentine, Haïti, Australie, Philippines, Pologne, Hongrie, Roumanie, République Tchèque, Croatie, Bosnie, Cameroun, Ouganda, Rwanda, Soudan du Sud, et un tas d'autres petits pays (Jamaïque, Lettonie, Lesotho, Fidji, Kiribati, îles Salomon, Trinité-et-Tobago, Tuvalu, Vanuatu), etc. 

21 pays ont zappé leurs obligations diplomatiques et ont préféré faire le « shopping de Noël », soit 11% de l'ONU : Salvador, Géorgie, Ukraine, Birmanie (pays trop occupé avec les Rohingya!), RD Congo, Kenya, Mongolie et d'autres petits pays (Samoa, Saint-Marin, Sao Tomé-et-Principe, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Tonga, Swaziland, Timor oriental), etc. 

9 pays ont voté « contre », soit seulement 5% de l'ONU : ils méritent une escale. 

Parmi les 9 protestataires, on retrouve évidemment, les Etats-Unis et Israël, les fauteurs de trouble. En renfort, ils sont rejoints par le Guatemala (dont les échanges avec les Etats-Unis s'élèvent à 41% des exportations et 34% des importations!), le Honduras (dont le principal partenaire commercial n'est autre que les Etats-Unis, 35% des exportations et 41% des importations!), le Togo (dont le président Faure Gnassingbé, 12 ans de règne et 8 femmes connues, qui a succédé à un père qui affichait au compteur 38 ans de mandat, a eu droit au déroulement du tapis rouge par Benjamin Netanyahu, lors de sa visite privée à Jérusalem, en août 2017), Nauru (Océanie, 21 km2, 10 000 habitants, pays considéré comme un micro-Etat voyou, pratiquant entre autres le blanchiment d'argent et la vente de passeport au plus offrant, un pays prêt à tout pour renflouer ses caisses !), la Micronésie (Océanie, 702 km2, 102 000 habitants), les Palaos (Océanie, 459 km2, 21 000 habitants) et les îles Marshall (Océanie, 181 km2, 71 000 habitants). Il faut savoir que ces trois derniers pays étaient sous mandat des Etats-Unis (respectivement jusqu'en 1990, 1994 et 1986) et possèdent toujours comme devise, le dollar américain. Et ce n'est pas tout, les trois archipels sont officiellement des Etats associés aux Etats-Unis via le Compact of Free Association, un accord international conclu entre les intéressés qui permet aux Américains d'utiliser ces îles comme des bases militaires, en échange de leur défense, des subventions et de l'accès de leurs citoyens aux services sociaux américains, sans oublier bien entendu un petit vote à l'ONU selon le bon vouloir de l'oncle Sam. Enfin, c'est pour vous dire, le poids des contestataires et la profondeur de leur contestation. Ce qui n'a pas empêché le bouffon de Jérusalem, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de déclarer : « Nous rejetons cette décision de l'ONU et réagissons avec satisfaction face au nombre important de pays qui n'ont pas voté en faveur de cette décision... Nous remercions les pays qui ont voté ensemble avec Israël, ensemble avec la vérité ». Le « nombre important », c'est c'là oui ! Voyons ça de plus près. 


Si on se limite aux voix exprimées, comme lors de n'importe quel scrutin dans n'importe quelle démocratie, l'abstention et le shopping n'étant pas pris en compte, nous avons 128 voix en faveur de la résolution et 9 voix contre la résolution, soit respectivement, 93,5% en faveur de la condamnation des Etats-Unis et 6,5% contre leur condamnation


Passons maintenant au poids démographique et prenons en compte l'abstention et le shopping.

. Les 128 pays qui ont voté « pour » la résolution et la condamnation des Etats-Unis, représentent 6,163 milliards de personnes, soit 83% de l'humanité
. Les 9 pays qui ont voté « contre » la résolution et la condamnation des Etats-Unis, représentent 365 millions de personnes seulement, soit à peine 5% de l'humanité
. Les 35 pays abstentionnistes et les 21 pays obsédés par le shopping de Noël, représentent respectivement 633 et 281 millions de personnes, soit ensemble, seulement 12% de l'humanité. 

Au total, si on exclut oncle Sam du calcul, qui ne peut pas être juge et partie, le verdict est sans appel : les représentants de 86,5% de la population mondiale est contre la décision des Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et de transférer l'ambassade américaine de Tel-Aviv, alors que les représentants de seulement 0,5% de la population mondiale est pour cette double démarche, Israël compris, les représentants de 13% de la population mondiale n'ayant pas d'avis tranché sur la question. C'est ça, Trump, Haley et Netanyahu, causez toujours, vous nous intéressez beaucoup ! 

Certes, les résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU, contrairement à celles du Conseil de sécurité, ne sont pas contraignantes. Cependant, l'adoption d'une résolution sur Jérusalem par une écrasante majorité des pays du monde, condamnant l'initiative irresponsable américaine, une condamnation désapprouvée par une toute petite minorité de pays, est un camouflet sans précédent pour les Etats-Unis. 


La question ne porte pas comme le laissent croire avec une grande malhonnêteté Trump & Haley, sur « la souveraineté des Etats-Unis » de décider où installer leur ambassade, mais plutôt sur le respect absolu des résolutions du Conseil de sécurité par un pays membre fondateur de l'ONU, la première puissance au monde, qui détient le droit de veto, qui en use et en abuse, se permettant de donner des leçons au monde entier et de déclencher des guerres sans l'accord de l'ONU. Sont concernées notamment les résolutions suivantes : 242 (votée le 22 novembre 1967), 252 (21 mai 1968), 267 (3 juillet 1969), 298 (25 septembre 1971), 338 (22 octobre 1973), 446 (22 mars 1979), 465 (1er mars 1980), 476 (30 juin 1980), 478 (20 août 1980) et 2334 (23 décembre 2016). Elles font toutes partie intégrante du droit international. Cela concerne aussi les résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU sur la question, notamment la résolution 72/15 sur Jérusalem (votée le 30 novembre 2017). 


L'adoption massive de cette résolution démontre à quel point les Etats-Unis sont isolés sur cette question et que leur dernier veto au Conseil de sécurité résulte d'un droit accordé par l'ONU à des pays qui ne l'ont jamais bien mérité du fait de l'abus qu'ils en ont fait, d'une part, les Etats-Unis, qui défendent Israël dans toutes circonstances, et d'autre part, la Russie et la Chine, qui protègent le tyran de Damas, Bachar el-Assad, contre vents et marées. Cette écrasante majorité obtenue lors du vote de ces deux résolutions sur Jérusalem, au Conseil de sécurité (résolution non adoptée) comme à l'Assemblée générale de l'ONU (résolution adoptée), montre à toute la planète qu'aussi puissants soient-ils, les Etats-Unis sous la présidence d'un bouffon, ne sont qu'une farce, la risée du monde, un pays au ban des nations. 



Nikki Haley avant le vote de la résolution: "Jeudi, il y aura un vote critiquant notre choix. Les Etats-Unis noteront les noms". Nikki Haley après le vote de la résolution : "Nous apprécions ces pays (la liste comprend ceux qui ont voté contre, se sont abstenus ou ont préféré faire le shopping de Noël), de ne pas avoir suivi les voies irresponsables de l'ONU". C'est monde à l'envers! On dirait que la diplomate marche sur la tête.

« L'Assemblée générale (de l'ONU) exige que tous les États respectent les résolutions du Conseil de sécurité concernant la Ville sainte de Jérusalem (qui font partie du droit international) et s’abstiennent de reconnaître les actions et les mesures qui y sont contraires (celles prises par Israël et les Etats-Unis) ». Si Nikki Haley avait une once de dignité, elle démissionnerait. Mais l'autruche en est dépourvue. Elle a conclu son intervention devant l'Assemblée générale de l'ONU par « l’Amérique installera son ambassade à Jérusalem », parce que « c’est ce que le peuple américain veut et c’est la bonne chose à faire. » Ainsi, les Etats-Unis n'en ont cure de violer eux-mêmes le droit international et de bénir les violations de ce dernier par Israël. Si « c'est ce que veut le peuple américain », Trump & Haley devraient comprendre que plus de 86,5% de l'humanité pense le contraire. « L'Assemblée générale (de l'ONU) appelle... à intensifier les efforts... en vue de parvenir sans tarder à une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient... et de mettre fin à l’occupation israélienne qui a commencé en 1967 ». Décidément, Donald Trump, est comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. En moins d'un an, il s'est révélé être un désastre national et international. Le forcing du Muslim Ban, le retrait de l'accord de Paris sur le climat, l'apathie concernant la guerre en Syrie, les cadeaux fiscaux aux plus riches, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, etc. Enfin, à la première fenêtre de tir, les Américains devraient envoyer ce bouffon de président en orbite. Et soyez-en sûrs, comme Jean Gabin l'a dit dans Le Pacha, « le jour où on mettra les cons sur orbite, Trump n'a pas fini de tourner ».