lundi 6 mai 2013

La Syrie aujourd'hui : une « bombe à fragmentation » pour le Proche-Orient (Art.140)


LES FAITS

Il y a eu d’abord, une intense activité de l’aviation israélienne dans le ciel de la Méditerranée orientale. Il y a eu ensuite, des rumeurs, dans la presse israélienne et américaine. Et maintenant, c’est chose confirmée par plusieurs sources indépendantes, israélienne et occidentale. Israël a bel et bien mené plusieurs raids au cours de la semaine écoulée contre des cargaisons et des réserves de missiles de type Fateh-110, un armement envoyé par l’Iran au Hezbollah. Après avoir tenté de jouer l’autruche, le régime syrien a fini par reconnaitre que le dernier raid, celui mené dans la nuit de samedi à dimanche, a bien eu lieu, mais il a prétendu dans un premier temps que les avions de chasses israéliens ont visé un centre de recherche militaire dans la banlieue de la capitale syrienne, avant de se ressaisir pour indiquer que les Israéliens auraient raté leurs cibles en touchant un élevage de poulets; si, si!; non, non, vous n'êtes dans une comédie; la ruse des dirigeants arabes pour sortir du ridicule face à Israël, en usage depuis 1948 !


Sur le "plan sérieux", le gouvernement de Bachar el-Assad a aussitôt adressé une lettre de protestation à l’ONU, pour mettre la communauté internationale en garde, « cette attaque rend la situation régionale plus dangereuse et prouve que les rebelles sont les outils d'Israël à l'intérieur du pays ». Refusant de confirmer les raids, le président américain, Barack Obama, a quand même pris soin de préciser, « je continue à croire que les Israéliens, de manière justifiée, doivent se protéger contre le transfert d'armes sophistiquées à des organisations terroristes comme le Hezbollah ». La ligue des impuissants pays arabes, larguée comme à l’accoutumée, a quant à elle demandé au Conseil de sécurité « d’agir immédiatement pour arrêter les raids israéliens ». Et comme si notre pays n’avait pas suffisamment de problèmes, le chef du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a prévenu la veille du 1re raid, « la Syrie a de vrais amis dans la région qui ne permettront pas que ce pays tombe entre les mains des Etat-Unis, d’Israël et des infidèles (allusions aux groupes extrémistes sunnites). » Eh bien, difficile de faire plus compliqué !
 
POURQUOI ?

Passons sur les commentaires émotifs, délirants, contradictoires ou de propagande, sur ce bombardement, qu’ils émanent des pro ou des anti-régimes. Israël n’est pas un allié du régime de Damas, pas plus qu’il ne soutient les rebelles syriens, comme l’affirment d’une manière grotesque le gouvernement de Bachar el-Assad et le Hezbollah. L’Etat hébreux n’a qu’une seule préoccupation : sa sécurité.

Dans la tyrannie des Assad, il faut bien reconnaitre qu’Israël voit un régime qui lui assure une quiétude frontalière inespérée. Comment oublier la moquerie libanaise, « assad bé lebnaine, arnab bel joulaine » (lion au Liban, lapin au Golan). Du jamais vu de mémoire de colon ! Depuis la guerre israélo-arabe d’octobre 1973, quelques années après l’avènement au pouvoir du 1re tyran des Assad, aucun incident majeur n’a eu lieu le long des frontières entre les deux « pays ennemis ». Un événement aussi grave que l’annexion du Golan par Israël en 1981, n’a pas déclenché les hostilités entre les deux pays. Rien, que dalle. Il n’a jamais fait aussi bon de vivre dans cette région d’Israël que sous les règnes des Assad, père et fils. Le théâtre des règlements de compte entre la Syrie et Israël, fut comme d’habitude, le Liban.

Dans le maintien du régime de Bachar el-Assad à Damas, Israël, autant que les pays occidentaux, s’assure que l’arsenal syrien reste dans de « bonnes mains ». Entre des islamistes ayant fait allégeance à Al-Qaeda et un tyran comme Bachar el-Assad, qui la veille de la révolution syrienne négociait avec les Israéliens en Turquie, aucune hésitation pour l’Etat hébreux. Il faut reconnaitre que les sujets d’inquiétude sur cet arsenal peu commun, ne manquent pas. On a d’un côté, les armes de destruction massive (ce sont les armes chimiques), et de l’autre côté, les armes classiques (avions, chars, missiles, artillerie, mines, armes légères, explosives... des armes accumulées depuis l’époque soviétique sur 43 ans!). Il est évident qu’Israël et les pays occidentaux préfèrent que les armes syriennes restent entre les mains d’un régime autoritaire plutôt qu’elles ne passent entre les mains des fous d’Allah. Mais, le maintien du régime syrien ne présente pas que des avantages pour les Israéliens et les Occidentaux. L’inconvénient majeur si Bachar el-Assad reste à Damas est la préservation de l’axe Téhéran-Damas-Dahiyé, pleinement opérationnel, ce qui constitue une menace potentielle et permanente pour l’Etat hébreux et pour les Etat-Unis. La conséquence la plus néfaste pour ces deux pays avec un tel maintien, étant de rendre toute intervention militaire occidentale contre l’Iran, afin de détruire ses installations nucléaires, hasardeuses, voire même inenvisageables, tellement la situation pourrait devenir explosive.

Dans l’enlisement du conflit syrien entre le régime d’Assad et les rebelles, Israël voit un affaiblissement de tous ses ennemis, ce qui détournerait l’attention, la préoccupation et la priorité de ces derniers. Ce qui n’est pas si mauvais que ça pour un Etat en conflit avec les pays qui l’entourent.

Voyons maintenant ce qui pourrait se passer si les rebelles syriens prenaient le dessus sur le régime d’Assad. Cette éventualité constituerait également une bonne chose pour l’Etat hébreux car elle conduirait à l’ébranlement de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah. Mais, il ne faut pas se leurrer, cet axe ne sera pas rompu, loin de là, grâce à l’option « Etat des Alaouites ».

Toutes les chancelleries dignes de ce nom, ce qui exclut la nôtre d’emblée avec son guignol-ministre des Affaires étrangères, savent que cette option peut constituer une sortie de crise, qu’elle soit adoptée sous une forme indépendante (peu probable) ou autonome (comme pour le Kurdistan irakien), si c’est un choix volontaire des protagonistes (pas d’emballement, nous n’y sommes pas du tout !), ou une sortie de secours, lorsque le clan alaouite de Bachar el-Assad aura la certitude de perdre le contrôle de la Syrie. Cela arrivera lorsque la digue nord-sud, Alep-Idlib-Hamat-Homs-Damas-Deraa, mise en place par le régime alaouite de Bachar el-Assad avec l’aide chiite du régime des mollahs et du Hezbollah (engagés à certains verrous stratégiques en Syrie, comme à Damas et à Homs), cèdera à l’assaut des vagues révolutionnaires sunnites qui déferlent sur ce front. Jusqu’à quand tiendra cette digue ? Il est difficile de le dire avec certitude. Il n’empêche que l’acharnement des forces du régime et de ses milices sur Banias, où plusieurs massacres auraient été commis ces derniers jours dans les quartiers sunnites de cette ville qui se situe sur la côte méditerranéenne entre Tartous et Lattaquié, confirme que Bachar el-Assad ne tolérera aucune résistance dans ce qui pourrait constituait sa zone de repli, cette région à majorité alaouite, l’ancien Etat des Alaouites du mandat français. En tout cas, le nouveau découpage de la Syrie, près de cent ans après les accords Sykes-Picot, pourrait constituer un élément positif pour Israël et négatif pour les pays arabes. Diviser pour régner est une stratégie payante, car elle permettra d’affaiblir l’ennemi juré d’Israël.

Mais, comme rien n’est aussi simple au Proche-Orient, le chaos syrien, parti comme c’est parti, présente trois risques majeurs pour le Proche-Orient tout entier, pour la Syrie elle-même, mais aussi pour les pays arabes comme pour Israël.
1. Plus les rebelles mettront du temps à prendre le dessus sur les forces gouvernementales, plus l’extrémisme gagnera du terrain au sein de la rébellion. L’enlisement de la situation en Syrie ne peut que nourrir les rancœurs extrémistes même des plus modérés. Néanmoins, il serait malhonnête de tout mettre sur l’inaction arabo-occidentale. Depuis le début du soulèvement populaire en Syrie il y a 26 mois, la révolution syrienne se déroule sous l’ombrelle religieuse et les cris d’Allah wou akbar !
2. La chute d’Assad pourrait offrir aux djihadistes sunnites de Jabhat al-Nosra, d’Al-Qaïda, des salafistes et des Frères musulmans, qui n’ont rien à envier aux djihadistes chiites du Hezbollah, l’opportunité de s’installer durablement en Syrie, notamment sur le front du Golan, avec tout ce que cela implique au niveau loco-régional.
3. Le chaos syrien constitue un terrain favorable pour la dissémination de l’arsenal syrien, conventionnel et non-conventionnel, notamment des armes chimiques, dans trois directions : le Hezbollah libanais, l’Internationale djihadiste et le Hamas palestinien. Ainsi, le morcellement de la Syrie représente en quelque sorte une « bombe à fragmentation » pour tout le Proche-Orient, les pays arabes compris, et pas uniquement pour Israël. C’est la plus grande menace pour tous les pays de la région à l'heure actuelle.

LA SUITE ?
 
Aujourd’hui, la question que tout le monde se pose au lendemain de la reconnaissance non officielle par Tsahal -les fuites à l’AFP, on connait !- du bombardement de ce « récalcitrant » centre de recherche militaire dans la banlieue de Damas, se résume en deux mots : la suite ? Désolé, pour les scénaristes en puissance à l’imagination sans borne, la réponse est tout aussi simple : la même ! Même quoi ? La même suite que nous avons connue le 29 janvier 2013, après les frappes israéliennes sur plusieurs convois d’armement syrien qui s’apprêtaient à franchir l’Anti-Liban en direction de la Bekaa, dont des missiles russes sol-air de type SA-17. A l’époque aussi, les scriptes du régime avaient évoqué le même centre de recherche militaire de Jamraya, près de Damas. Décidément, ces Israéliens ne sont plus ce qu’ils étaient ! Ce qui est sûr, c’est que le conflit syrien continuera de plus belle. Le clan Bachar el-Assad essayera de rester au pouvoir coute que coute. Les Russes ne lâcheront pas le régime syrien. Les rebelles syriens n’abandonneront pas la stratégie de la guérilla. La population syrienne sera sacrifiée sur l’autel de la liberté. Les réfugiés syriens au Liban doubleront. Le Hezbollah se battra à Qosseir contre les rebelles syriens comme il l’a fait à Maroun el-Rass contre les forces israéliennes. Plus le régime syrien sera coincé, plus il alimentera la milice chiite en armes et moins les politiciens libanais donneront l’ordre à l’armée libanaise de rendre la frontière syro-libanaise hermétique. La situation au Proche-Orient n’a jamais été aussi compliquée et aussi explosive.

Et pourtant, encore une fois, mieux vaut pour tout le monde, notamment pour les Libanais et pour les Syriens, qui sont dans l’œil du cyclone, de ne pas tirer des plans sur la comète. Aucun dirigeant, qu’il soit américain, israélien, français, anglais ou même iranien -ils ne sont pas si fous que ça les mollahs !- n’engagera les troupes de son pays, dans une guerre, encore moins dans un bourbier, si les intérêts de son pays ne sont pas sérieusement menacés. Les responsables militaires et politiques israéliens n’ont cessé de le répéter depuis le début de l’année : « Chaque fois que des informations parviendront à Israël sur un transfert de missiles ou d'armements de Syrie au Liban, ils seront attaqués ». Que personne ne se trompe, Israël n’a pas visé directement le régime syrien pour l’affaiblir, encore moins aider les rebelles à prendre le dessus. Israël n'a qu'une seule préoccupation: le devenir de l'arsenal syrien ! Au passage, il faut savoir que les dépôts de missiles iraniens de l’aéroport de Damas étaient gardés par des miliciens du Hezbollah et de la Force Al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran.

LE DILEMME


Les pays arabes et occidentaux, ainsi qu’Israël, se trouvent face un dilemme en Syrie. Certes, le maintien de Bachar el-Assad permettra de mieux contrôler les armes chimiques (si on a la certitude que la Russie a la capacité de convaincre le régime syrien de ne pas en faire usage encore, qui pourrait convaincre les groupes extrémistes?), mais il compliquera la donne sur le dossier nucléaire iranien (un casse-tête mondial, et pas uniquement israélo-américain), le jour où l’option militaire sera retenue par les Etats-Unis. A l'inverse, le repli de Bachar el-Assad permettra de mieux aborder le dossier nucléaire iranien, notamment l’option militaire, mais risque de transformer la Syrie en une « bombe à fragmentation » pour tout le Proche-Orient, jetant les pays arabes et Israël dans le même bateau. Dans tous les cas, acculé par les rebelles, Bachar el-Assad fera tout son possible pour que ça soit le cas.  

Le nucléaire iranien et le chimique syrien, sont des armes de destruction massive. Elles ne connaissent pas de frontières. Les populations du Proche et du Moyen-Orient, qu’elle soit libanaise, syrienne, palestinienne, israélienne ou iranienne, n’ont rien à gagner à ce que des armes aussi nocifs soient présentes dans leur pays (il existe 200 têtes nucléaires en Israël !), encore moins entre les mains de régimes totalitaires (comme en Syrie et en Iran) et de groupes extrémistes (comme le Hezbollah, Hamas, Jabhat al-Nosra, Al-Qaeda, etc.).

POUR CONCLURE

C’est aux Libanais et aux Syriens eux-mêmes de trouver la bonne stratégie pour atteindre leurs objectifs et surtout adapter cette stratégie à la réalité du terrain, afin de stopper la souffrance et la désolation qui frappent leurs vies et remettre leurs pays sur la voie de la paix et de la prospérité. Chaque pays œuvre d’abord pour ses propres intérêts. C’est peut-être égoïste, injuste et immoral, voir même révoltant, mais il en est ainsi. Il vaut donc mieux ne pas compter sur les pays arabes et les pays occidentaux, encore moins sur la Russie ou sur Israël.

Les Libanais doivent aujourd’hui se poser deux questions : quels sont leurs intérêts et qui les détermine ? Si la réponse à la première question est complexe, celle à la seconde ne l’est pas du tout. Est-ce à l’Etat libanais de décider souverainement de la politique général du pays dans l’intérêt du peuple libanais ou c’est à une milice inféodée à un régime théocratique étranger de le faire ? Le Hezbollah reconnait noir sur blanc dans le livre du cheikh Naïm Qassem n’agir sur les questions stratégiques que sur ordre du Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, el-wali el fakih. Le choix se fera donc aux prochaines élections législatives, en toute démocratie.  


Les Syriens eux aussi, doivent se poser les mêmes questions. Si la barbarie du régime de Bachar el-Assad est une constante, aujourd'hui, il est légitime de se demander si les décisions de l'hétéroclite rébellion syrienne sont toujours mûrement réfléchies et si dans chaque décision, on prend suffisamment en compte la teneur des représailles et l'endurance de la population? Hélas, les choix de la population syrienne se limitent à des options aussi mauvaises les unes que les autres : l’oppression, par la tyrannie du régime syrien de Bachar el-Assad ; le suicide, avec la stratégie de la guérilla adoptée par les rebelles ; la guerre, qui nécessite de déverser encore plus d’armes des deux côtés des champs de bataille ; le chaos, si l’Armée syrienne libre (ASL) ne « maîtrise » pas les djihadistes et surtout les négociations. De l’avis de tous, la solution en Syrie est politique, uniquement politique. Négocier, ce n’est pas capituler, c’est parvenir à ses objectifs aux moindres frais. C’est sans doute le choix le plus difficile à faire et peut-être aussi le plus « sage », dans l’intérêt de tout le monde, sans exception. Sinon, il faut se préparer au pire et en être conscient.


Mise à jour 8 mai 2013 : Kerry et Lavrov pour un conseil de transition en Syrie regroupant gouvernement et opposition.

Commentaire :

Certains crient déjà victoire, la diplomatie russe avait raison depuis le début du conflit. Franchement, il n’y a pas de quoi nommer Poutine et Lavrov au prochain Prix Nobel de la paix ! Ils n’ont pas fait grand-chose quand les manifestations en Syrie étaient pacifiques et les Syriens se faisaient massacrer à un rythme de 500 personnes/mois, de mars à décembre 2011, ce qui a donné la mauvaise idée à certains de la militariser en croyant que cela allait accélérer la chute du dernier tyran des Assad! Rien, que dalle, à part fournir des armes à un régime fasciste et bloquer trois résolutions au Conseil de sécurité de l'ONU pour protéger leur poulain, son clan et leurs intérêts en Syrie ! Ma3lé...

La militarisation du conflit syrien fut une erreur (L’afflux de réfugiés au Liban : le problème de la militarisation du conflit en Syrie). On serait bien en dessous des 70 000 morts aujourd'hui et plus proche du départ d'Assad! En tout cas, ces 70 000 morts peuvent devenir 150 000, si l'appel de Kerry et de Lavrov n'est pas entendu. Il faut que les protagonistes, et ceux qui les soutiennent, en soient conscients, pleinement conscients, avant qu'ils ne décident de la suite.

mardi 16 avril 2013

Une journée de terrorisme extraordinaire au Liban comme à Boston (Art.135)


LIBAN.
- Dimanche, frontière syro-libanaise. Bombardement du territoire libanais par l’Armée syrienne libre (ASL), un acte reconnu par l’ASL itself, puis démenti. L’ASL et le régime syrien se renvoient la balle. Bilan : 2 morts. Quels que soient la source et les motifs invo  qués, ce bombardement est abject. Il intervient après plusieurs  menaces, non démenties, proférées par l’ASL dans les semaines et l es mois écoulés, de bombarder le Liban si le Hezbollah ne se retirait pas de la Syrie. C’est aussi un acte terroriste, puisqu’il prend pour cible la population civile libanaise qui n’a absolument rien à voir avec l’intervention de la milice chiite aux côtés du régime alaouite. Si l’ASL a un problème avec le Hezbollah, ce n’est pas à la population libanaise d’en payer le prix.
- Ce bombardement intervient moins d’un mois seulement après l’aveu de Louay al-Mokdad himself, coordinateur politique et médiatique des rebelles syriens, un aveu non démenti, que des combattants de l’opposition syrienne se trouvent actuellement sur le sol libanais. Une déclaration grave qui n’a suscité aucune réaction de la part des autorités libanaises, ainsi que des politiciens toutes tendances confondues, notamment du 14 Mars. L’ASL doit se retirer immédiatement du Liban et sans condition.
- Depuis des mois. L’armée de Bachar el-Assad, procède régulièrement à des bombardements infâmes du territoire libanais. Des violations non condamnées par toutes les composantes du 8 Mars.
- L’extension du conflit syrien au Liban menace non seulement la population libanaise mais aussi les réfugiés syriens. Un conflit entre l’armée régulière syrienne et l’Armée syrienne libre sur le territoire libanais, risque de transformer un million de réfugiés syriens en « hôtes indésirables ».
- L’intervention de la milice du Hezbollah en Syrie met en danger le Liban tout entier, notamment la communauté chiite. Cette dernière devrait en tirer les conséquences qui s’imposent au plus vite, notamment à la veille des élections législatives. Le Hezbollah a mis la communauté chiite en marge de son environnement libanais, arabe et international.
- Le mutisme de certains, notamment du 14 Mars, quand ce sont les rebelles syriens qui violent la souveraineté libanaise est inexcusable. En trouver des justifications, l’est davantage.
- Il est urgent que l’Etat libanais contrôle sa frontière avec la Syrie, comme celle avec Israël, comme tout pays souverain et comme tout pays responsable, en déployant l’armée libanaise le long des frontières. Ce point doit s’imposer comme un thème électoral aux prochaines élections législatives.

SYRIE

L’enlisement de la situation en Syrie est dû en grande partie à la stratégie foireuse des rebelles syriens, qui est basée sur la guérilla, et non à la faute des pays occidentaux, notamment des Etats-Unis, de refuser de livrer des armes aux opposants syriens, malgré les déclarations impulsives de François Hollande. Non seulement, les guérillas sont longues et coûteuses, humainement et financièrement (celle de Syrie n’échappe pas à la règle), mais en plus, la nébuleuse fondamentaliste de Syrie, et le précédent Libye-Mali, dissuade de le faire. La solution en Syrie n’est pas militaire. Les armes ne feront que prolonger le conflit et le drame syriens. La militarisation et la généralisation du conflit syrien sont responsables de l’amplification du désastre syrien. 25 mois d’affrontements, une centaine de milliers de morts, des centaines de milliers de blessés, plusieurs millions de déplacés à l’intérieur des frontières et à l’étranger (dont un million au Liban !), des dizaines de milliards de dollars de dégâts, et le dernier tyran des Assad réside toujours à Damas. Etant donné les paramètres du conflit, notamment la constance de la barbarie du régime syrien, il revient aux rebelles eux-mêmes de changer de stratégie, pour se débarrasser de Bachar el-Assad et mettre en place la Syrie de demain.

IRAK
 
Une série d’attentats à la voiture piégée, 50 morts (plus de la moitié à Bagdad), 300 blessés. Attentats non revendiqués. Suspect numéro 1 : al-Qaeda. Le chaos ordinaire depuis l’intervention américaine de W en Irak, en mars 2003. C'est pour le moins inquiétant, à un moment où un important groupe de rebelles syriens a fait allégeance à cette organisation terroriste.

ETATS-UNIS

Deux explosions lors d’un marathon à Boston. 3 morts, plus de 100 blessés. Attentats non revendiqués. Suspects multiples. Certains les relient à la situation en Syrie. Absurde. En tout cas, Barack Obama, qui a courageusement mis fin aux interventions américaines impulsives en Afghanistan (toujours dans le chaos) et en Irak (plus que jamais sous l’emprise de l’Iran), ne s’enlisera pas dans le bourbier syrien, surtout avec la montée en puissance des djihadistes, des salafistes et des Frères musulmans. Non, ce ne sont pas les tergiversations de Barack Obama qui ont conduit à la montée du fondamentalisme en Syrie et qui ont jeté le Front al-Nosra dans les bras d’al-Qaeda. Désolé, mais depuis le début de la Révolution syrienne, le 15 mars 2011, les importantes manifestations anti-régimes se font sous l’ombrelle religieuse : elles étaient organisées les vendredis, avec des départs qui se faisaient des mosquées, sous les cris d’« Allah wou akbar ».

Il est grand temps de se débarrasser de deux affreuses habitudes orientales que nous avons, qui consistent à faire l’autruche et à nous décharger des corvées sur les autres ! Les révolutions arabes sont toutes, sans aucune exception à présent, des révolutions contre les régimes totalitaires en place et non contre les autorités religieuses, pour libérer l’individu arabe de l’aliénation des soutanes. Quand je pense qu’un jour, un certain historien, Jean Tulard, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, a écrit dans le prestigieux journal Le Monde, au lendemain des émeutes en Tunisie, qu’il s’agissait de « L’an 1789 de la révolution tunisienne », j’ai la certitude que l’habit ne fait pas le moine ! Il revient aux Syriens eux-mêmes de rejeter sans ambiguïté le fondamentalisme, pour mettre en place une société laïque dans une Syrie multiconfessionnelle et multicommunautaire.

dimanche 7 avril 2013

Même dans les paradis fiscaux, les funérailles sont à 15h ! Offshore Leaks (Art.132)


DEFINITION
Paradis fiscal, refuge fiscal ou oasis fiscal, ce ne sont pas les appellations qui manquent pour désigner un territoire où la fiscalité est insignifiante, voire inexistante, par rapport aux pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques qui regroupe des pays d'Europe et d'Amérique du Nord, incluant entre autres, l'Australie et la Turquie).

L’AFFAIRE « OFFSHORE LEAKS » EN DEUX MOTS
Il s’agit de la plus importante collaboration journalistique jamais réalisée, conduite par l'International consortium of investigative journalists (ICIJ), 38 médias internationaux et 86 journalistes, sur un sujet tabou, au moins top secret : les paradis fiscaux.

QUELQUES ELEMENTS POUR COMPRENDRE « OFFSHORE LEAKS »

- Tout a commencé il y a plus d’un an quand l’ICIJ a mis la main sur plus de 2,5 millions de documents (emails, correspondances, etc.) grâce à d’anciens salariés de sociétés financières offshore. Une masse de données informatiques qui représente 260 gigabits. C’est 162 fois plus que Wikileaks ! Face à l’ampleur de la tâche, l’ICIJ a proposé à divers médias de participer à l’analyse de ces données (Washington Post, CBC, Le Monde, Guardian, etc). Les infos commencent à être révélées progressivement depuis le 4 avril.

- Nul besoin d’être une île et d’avoir des palmiers pour être classé sur la liste des paradis fiscaux. Une faible taxation financière, une grande opacité bancaire et l’absence de coopération internationale, suffisent ! Tenez, par exemple, le Royaume-Uni est bel et bien un paradis fiscal ou un apparenté. « Bruxelles, on a un problème ! » La Suisse et Monaco, naturellement. Donc, il n’y a pas que les îles mythiques qui sont des paradis fiscaux, les Etats-Unis et l’Europe, ont également leurs propres paradis fiscaux (Delaware, Wyoming, Nevada, Liechtenstein, Luxembourg, City de Londres, Jersey, Guernesey, etc.).

- Qui sont ces évadés fiscaux de l'Offshore Leaks ? 122 000 sociétés offshores. 12 000 intermédiaires. 170 nationalités. 4000 Américains. 130 Français. Mais non, il n’y a pas que Jérôme Cahuzac (ancien ministre français) et Gérard Depardieu (acteur), qui sont préoccupés par des fins de mois difficiles. Il y a par exemple la famille Rothschild, dont le nom apparaît massivement, mais aussi la famille Grossman, propriétaire de Celio, et l’ancien trésorier de campagne de François Hollande. Walao! On retrouve parmi ce beau monde, des proches de Poutine, la famille du président de l’Azerbaïdjan, le Premier ministre de Géorgie, la fille du dictateur philippin Marcos, l’héritier d’Opel, l’entourage de tous les despotes organisés sans doute, des dentistes américains, des trafiquants d’armes, des villageois grecs, des cols blancs et d’autres philanthropes de leurs nombrils. On saura plus ultérieurement.

- Les paradis fiscaux de l’affaire Offshore Leaks : les îles Vierges britanniques, Caïmans, Cook, Samao, Singapour, etc.

- Les banques impliquées dans l’affaire Offshore Leaks : ING (néerlandaise), BNP Paribas (française), Crédit agricole (française), etc.

EN QUOI LES PARADIS FISCAUX POSENT PROBLÈME
 
- On estime à près de 32 000 milliards de dollars la somme des dépôts cachés dans tous les paradis fiscaux et détenus par des sociétés écrans et des particuliers. Une somme astronomique. C’est l’équivalent des PIB des Etats-Unis et de l’Union européenne !

- Ces sommes sont à l’abri des taxations « communes » des pays d’origine, soustraites aux investissements quoiqu’on dise, alors que tous les pays du monde traversent l’une des crises financières les plus graves de leur histoire ! On estime chaque année à 250 milliards de dollars le manque à gagner pour les gouvernements de la planète.

- Cette enquête montre à quel point les contrôles sont désuets et inefficaces. La coopération des Etats est décidément insuffisante.

- Afin de pouvoir étudier le problème, le réseau pour la justice fiscale, Tax Justice Network (TJN), une organisation de chercheurs et d’activistes, a créé il y a quelques années « l’indice d’opacité financière », pour classer les Etats. Cet indice permet aujourd’hui de dresser une liste fiable des paradis fiscaux. Selon la TJN, la Suisse offre des « conditions optimales pour masquer l’évasion fiscale internationale, le blanchiment d’argent et autres transactions financières illicites ». En tête du classement, on retrouve aussi le Luxembourg, les Etats-Unis (Delaware), les îles Caïman, le Royaume-Uni (City de Londres), l’Irlande, Singapour, la Belgique, Jersey, l’Autriche, le Bahreïn, les Pays-Bas, le Portugal (Madère) et Chypre.

- Il faut bien entendu distinguer deux choses : l’évasion fiscale et la fraude fiscale. Même si certaines pratiques sont légales, il existe indiscutablement une faute morale de vouloir se soustraire aux obligations et contraintes financières de son pays... à moins d’avoir le courage et l’honnêteté de renoncer à sa nationalité ! Une nationalité n’est pas un supermarché ou un bazar, on prend ce qui nous donne envie et on laisse ce qui nous déplait.


- Certains justifient le recours aux paradis fiscaux par l’existence des enfers fiscaux. Certes, la pression fiscale fait fuir certains capitaux. Mais, c’est trop facile ! Qui de ces évadés ne va pas rechigner à payer ne serait-ce que 5 % d’impôt ou de taxations diverses ? Cet argument est fallacieux, car on sait que l’évasion fiscale existe de tout temps et sous tous les gouvernements. En tous cas, heureusement, que tout le monde ne fuit pas les taxations et les impositions ! Sinon, tous les pays déposeraient les bilans. Elle est là aussi la faute morale. Non, ce n'est pas comme on dit au Liban: , chou wé2fit 3leiyé! Oui, la responsabilité de tout un chacun est engagée. En tous cas, le secret bancaire et certains montages juridiques (sociétés écrans, trust..) encouragent l’évasion fiscale. C’est tellement commode!

- Et dire que les banques, qui contribuent directement ou indirectement à ce trafic, viendront mendier des sous aux Etats à la prochaine secousse financière! Pathétique.

- Il ne sera pas possible de lutter contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme dans le monde avec des paradis fiscaux bien fleuris, des secrets bancaires bien gardés et des sociétés écrans bien camouflées.

- Les dirigeants politiques ne doivent pas se défiler en prenant les financiers pour des bouc-émissaires. Ils doivent avoir le courage de légiférer dans ce domaine pour renforcer les contrôles et harmoniser les législations, notamment au niveau de l’Union européenne. En matière d’évasion fiscale, l’Europe et les Etats-Unis sont hypocrites, pour ne pas dire schizophréniques.


ET LE LIBAN DANS TOUT ÇA ?

Nous ne sommes qu’au début des révélations. On saura plus dans les prochains jours. Mais franchement, le Liban a beau manqué de verdure et s’enlaidir à vue d’œil, il n’empêche que le pays du Cèdre est une adaptation libre du paradis fiscal, une sorte de système fiscal hybride. En tout cas, le Liban figure bel et bien parmi les 96 paradis fiscaux recensés!

Il faut dire que certaines pratiques dans notre pays sont louches. Vous allez croire que je blague. Je jure sur la tête du lascar Michel Hayek que non ! Des Libanais viennent déposer sur leur compte bancaire 50 ou 100 000 dollars en espèce, des billets transportés dans un sac poubelle -sans doute l’ingéniosité libanaise, pour passer incognito comme chaghil warché aw cabaret. Sur le plan économique, notre pays est grabataire. Il n’y a qu’à comparer le marasme de Beyrouth au dynamisme d’Istanbul ! Les magasins de nos centres commerciaux sont vides à toutes heures et en toutes saisons. Et pourtant, ils ne mettent pas la clé sous la porte et les sacs poubelles remplis de dollars continuent à affluer dans les banques libanaises. Bizarre, n’est-ce pas !

Toujours est-il, l’indice d’opacité financière de la Tax Justice Network classe notre beau pays en bonne position. Nous sommes à la 22e place SVP. Notre score d’opacité (91/100), nous donne comme voisins de comptoir, la Suisse (100), les Bahamas (100), les Etats-Unis/Delaware (92), le Bahreïn (92), les Emirats (92), les îles Cayman (92), les Bermudes (92), l’Autriche (91) et Israël (90), loin devant Monaco (67). Je suis sûr que certains compatriotes trouveront de quoi s’enorgueillir ! C’est sans doute le seul paramètre qui nous a valu le qualificatif déplacé, d’être la « Suisse de l’Orient ». Sur les autres plans, la comparaison prête au sourire pour qui connait l’originale. Il vaut mieux qu'on mise sur le chanvre et la kalachnikov que sur le chocolat et les montres. A moins de se lancer dans la fabrication de chocolat au chanvre et des montres d'assaut !


EN GUISE DE CONCLUSION

Les évadés de l’offshore doivent savoir, qu’ils ne seront pas mieux lotis que leurs congénères onshore sur un paramètre. Quelque soit l’importance de leur fortune dissimulée et qu’importe les avantages qu’ils y trouvent, l’argent de ce monde restera dans ce monde, les funérailles sont fixées à 15h, même dans les paradis fiscaux !