mercredi 23 novembre 2016

François Fillon, une aubaine ou un danger public pour la France et le Moyen-Orient? (Art.404)


"En mars 2013, le président russe invite
François Fillon, qui n'est plus que député de
Paris, dans sa datcha près de Moscou"
(Reuters/Alexei Druzhinin/RIA Novosti)
L'Express, 29 janvier 2014
Selon le bon vieux dicton français, au premier tour, on choisit, et au deuxième, on élimine. C'est chose faite, en partie. Sauf qu'il ne s'agit pas d'une élection, mais d'une présélection à laquelle 90% des Français n'ont pas jugé utile de participer. Ayons la présence d'esprit de s'en souvenir quand même ! Le tiercé gagnant de la soirée électorale de dimanche n'a surpris personne en France. Ce qui surprend réside ailleurs.

1. Les Français qui « partageant les valeurs républicaines de la droite et du centre » et qui ont accepté de participer à la Primaire organisée par le parti « Les Républicains » pour désigner le candidat à l'élection présidentielle de 2017, ont choisi de qualifier François Fillon, l'outsider, et Alain Juppé, longtemps favori, pour le second tour. Nicolas Sarkozy a été éliminé dès le premier tour. A vrai dire, il n'avait aucune chance de revenir sur le ring, il aurait été éliminé au second tour. L'ancien président de la République traine beaucoup de casseroles derrière lui qui rendaient son discours totalement inaudible pour l'écrasante majorité des Français.

2. Le grand perdant de la Primaire, le troisième homme, bénéficie tout de même d'un lot de consolation. Par son ordre d'arrivée et son score (20,6 %), il est devenu en réalité le faiseur de roi de ce scrutin. En décidant de voter pour Fillon (44,1 %), il fait de son ancien Premier ministre, le nouveau favori du second tour, au détriment de l'ancien favori, Alain Juppé (28,5 %). Ce soutien, tout à fait prévisible, est pourtant un cadeau empoisonné pour l'intéressé. Il rappelle à tous les Français, particulièrement ceux de droite, que le couple Sarkozy-Fillon a été uni par les liens d'un mariage politique conclu entre 2007 et 2012. C'est le désaveu des Français en 2012 qui les a poussé au divorce.

3. Depuis lundi, tout le monde disserte sur l'engouement des Français pour les Primaires. A droite, on se targue d'avoir battu le seul record de participation existant, et à gauche, on s'enorgueillit d'avoir été les premiers à ouvrir la voie en 2012. Il a échappé à tout ce beau monde, qu'avec 4,3 millions de votants sur plus de 44,8 millions d'électeurs inscrits, on n'a même pas pu franchir la barre symbolique des 10 % de participation. Fillon, ce grand vainqueur de la Primaire (44,1 % des votants), qui arrive en tête avec des sourcils en bataille, n'a obtenu que 1 881 857 voix. Pour mesurer la gravité de ce résultat, il faut se projeter au-delà de la Primaire. Ce n'est qu'un secret de Polichinelle, la France pourrait opter pour l'alternance en mai. Le vainqueur de ce premier tour de primaire est donc en pole position pour remporter la course présidentielle. Ainsi, dimanche 20 novembre, on a pratiquement décidé que François Fillon, qui n'a récolté que 4,24 % des voix des Français inscrits sur les listes électorales, mérite d'être le 25e président de la République française. Stupéfiant ! Quelle légitimité peut bien avoir un Fillon qui a été désigné par un scrutin privé pour courir l'élection présidentielle auquel près de 90 % des électeurs n'ont pas pris part ? C'est absurde. Plus grave encore, dire que cet homme veut imposer à la France un programme ultra-libéral et changer radicalement le positionnement de la France sur la scène internationale, sachant que près de 96 % des Français ne l'ont pas mandaté pour ça ! C'est tout simplement consternant. Les primaires, qu'elles soient de droite ou de gauche, en France ou aux Etats-Unis, sont une mascarade électorale, inventée pour biaiser l'expression démocratique des peuples. Elles n'ont aucune justification démocratique et ne feront que favoriser le populisme dans le monde à l'avenir. Il faut y mettre un terme au plus vite.

4. François Fillon, le candidat pressenti pour devenir le futur président de la République, comme l'ont décidé 4,24 % des électeurs français, est un extraordinaire prestidigitateur. Il a réussi à redorer ses 5 années passées à Matignon, il y a à peine 5 ans, où il a mené conjointement avec Nicolas Sarkozy une politique qui a été sanctionnée par les Français en 2012, où la dette de la France avait augmenté de près de 600 milliards d'euros, soit plus de 50% par rapport à 2007. Du jamais vu ! Ce bilan désastreux n'a pas empêché l'ex-Premier ministre de se commander un costard présidentiel sur mesure pour se représenter aux Français comme un homme nouveau, le réformateur providentiel, le seul homme politique capable de redresser une France au bord de « la faillite ». Bienvenue dans le surréalisme politique français et longue vie à l'hypnotiseur candidat illusionniste. Tout cela est merveilleux sauf que l'habit ne fait pas le moine. Si en 5 ans, il n'a pas su redresser la France, il est illusoire de croire qu'il pourra réussir en 10 ans. Si en 5 ans, il a fait passer la dette publique de 65% du PIB de la France (2007) à 90% du PIB (2012), le pire est à venir sous une présidence Fillon. On raille la présidence socialiste qui a pris la relève du duo Sarkozy et Fillon, sauf que sous Hollande et Valls, la dette publique de la France a été limitée à 96% du PIB du pays (2017). Dans tous les cas, mettre toute la faute de la sévère sanction de 2012 sur le dos de Sarkozy, est encore pire pour Fillon. Cela signifie que l'ex-Premier ministre était un exécutant qui n'a jamais eu le cran de s'opposer à l'ex-président de la République. Il n'a donc pas la carrure pour assumer les hautes fonctions d'un chef d'Etat. Pour résumer la situation de de François Fillon, je reprendrai le réquisitoire de l'ancien Premier ministre socialiste, Laurent Fabius, contre Nicolas Sarkozy en 2012 : « Votre bilan, c'est votre boulet... Pourquoi voulez-vous que ce qui n'a pas marché pendant cinq ans fonctionne maintenant ? »

5. Quelque soit l'heureux élu, pour gouverner, il devra s'appuyer principalement sur son camp, « Les Républicains ». L'élection présidentielle aura lieu en deux temps, le 23 avril et le 7 mai 2017. Les élections législatives se dérouleront le 11 et 18 juin 2017. En attendant, la bonne nouvelle du 1er tour de la Primaire de la droite et du centre, c'est qu'enfin, un vrai débat d'idées peut s'engager. Dans ce cadre, rappelons quand même et d'emblée, que Fillon et Juppé font partie de la même famille politique, oui la même famille politique, la droite. Leurs programmes se rejoignent, eh oui, et sur beaucoup de points svp.

- Impôts et Taxes : hausse de la TVA ; suppression de l'ISF (impôt de solidarité sur la fortune) ; baisse des droits sur les donations ; baisse de l'impôt sur les sociétés ; baisse des cotisations patronales et salariales ; réduction des dépenses publiques ;
- Emploi : faciliter les modalités de licenciement ; organiser des référendums d'entreprise en cas de blocage syndical ; reformer le code du travail ;
- Retraite : hausse de l'âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans ; alignement des retraites du secteur public sur celles du secteur privé, avec suppression des régimes spéciaux de retraite ;
- Fonctionnaires : suppression de postes de fonctionnaires (250 000 pour Juppé, 500 000 pour Fillon) ; rétablissement des jours de carence dans la fonction publique ;
- Ecole : autonomie pour les collèges et les lycées ;
- Sécurité : création de nouvelles places de prison ; déchéance de nationalité des seuls terroristes binationaux ; double peine ;
- Immigration : établissement de quotas annuels pour l'immigration par le Parlement ; négociation d'un nouveau traité pour remplacer Schengen ;
- Divers : opposition à la PMA (procréation médicalement assistée) pour les couples homosexuels et à la GPA (gestation pour autrui).

6. Comme on vient de le voir,François Fillon et Alain Juppé se rejoignent donc sur l'essentiel. L'un et l'autre défendent des programmes nettement marqués à droite. Ainsi, si vous êtes de sensibilité de gauche, circulez, il n'y a rien à voir dans cette Primaire, encore moins à espérer. Quoiqu'en lisant jusqu'au bout, vous risquez de changer d'avis. Et si vous êtes de sensibilité de droite ou du centre, décidés ou indécis, n'oubliez surtout pas, le diable se cache dans les détails. Il existe de différences claires et nettes entre les deux candidats. Qui veut voter d'une manière responsable et citoyenne, se doit de les connaître.

7. François Fillon mérite largement le tire de l'éditorial du journal Le Monde, « Droite thatchérienne contre droite chiraquienne » et sa caricature dans Libération, où on le présente sous les traits de son idole, Margaret Thatcher. L'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy, un détail qu'il ne faut pas perdre de vue, défend des idées inquiétantes à juste titre et raison. Sa politique est :

- ultra-libérale sur le plan économique (suppression des 35 heures, la durée de travail devra être fixée par les entreprises dans la limite de 48 heures/semaine ; rendre les allocations chômages dégressives sans minimum garanti ; suppression de l'encadrement des loyers, comme à Paris) ;
- ultra-libérale sur le plan de la santé (focaliser l'assurance-maladie sur les affections graves ou de longue durée, pour le reste, « malades, débrouillez-vous! », dans le privé pour ceux qui en ont les moyens, sans même proposer un encadrement des tarifs des mutuelles ; selon l'actuel ministre de la Santé, « chaque foyer paiera en moyenne 3 200 euros de plus par an pour se soigner »; introduction d'une franchise universelle ; suppression de la généralisation du tiers payant ; suppression de l'aide médicale d'Etat ; 
- peu soucieuse des risques pour l'environnement (suppression du principe de précaution ! ; prolongation de l'exploitation des centrales nucléaires de 40 à 60 ans) ;
- conservatrice sur les questions de société (suppression de l'adoption plénière pour les couples homosexuels ; rappelons que François Fillon est opposé à l'avortement et a voté en 1982 contre la dépénalisation symbolique de l'homosexualité en France) ;
- irréaliste (suppression de 500 000 postes de fonctionnaires; augmentation de la durée hebdomadaire de travail des fonctionnaires sans augmentation de salaire) ;
- conflictuelle (« passer le statut de la fonction publique à la paille de fer »)
- populiste (voter une loi anti-burkini, comme si le Conseil d'Etat ne s'est jamais prononcé contre cette dérive juridique qui viole plusieurs des libertés fondamentales en France) ;
- méprisante pour les petits pays (« déchéance de la nationalité française des jihadistes et interdiction de retour en France pour les combattants terroristes partis en Syrie ou en Irak » ; c'est une violation du droit international; comme si c'est aux autres pays du monde de s'encombrer des Français terroristes, nés, élevés et éduqués en France !);
- déshonorante pour la France : pro-Poutine, pro-mollahs et pro-Bachar (lever l'embargo contre la Russie ; renforcer le dialogue avec l'Iran ; coopérer avec Poutine en Syrie)

8. Alain Juppé lui, défend clairement des idées de droite, comme on l'a vu précédemment (ex. suppression du compte pénibilité). Toutefois, sa politique se distingue de celle de Fillon sur plusieurs points. Elle apparait quand même plus :

- réaliste (suppression de 200 000 à 250 000 postes de fonctionnaires ; augmentation du temps de travail hebdomadaire à 39 heures/semaine, négociable selon les besoins des entreprises ; pas question de faire travailler les fonctionnaires plus, sans les payer plus) ;
- centriste (baisse de l'impôt sur le revenu ; rendre les allocations chômages dégressives si la situation économique s'améliore, avec un minimum de 870 euros/mois ; pas question de dégressivité sans aucune garantie et quelque soit le contexte économique) ;
- modérée (moderniser la gestion de la fonction publique ; pas question de paille de fer!) ;
- rassurante (maintien d'un taux de prise en charge des dépenses de santé à 75%, pas question de limiter le champ de la Sécurité sociale aux maladies graves seulement ; conduire des recherches agronomiques, en gardant le principe de précaution, pas question d'ouvrir la boite de Pandore) ;
- réfléchi (pas question de loi sur le burkini car il faut « résister à la tentation d'exiger des lois de circonstance au fil des polémiques médiatiques ») ;
- progressiste (adoption par les couples homosexuels) ;
- ferme (conditionner le droit du sol à la régularité du séjour ; isoler les détenus radicalisés ; mettre en œuvre tous les outils de l’état d’urgence ; redéployer 4500 policiers et gendarmes ; rétablir les peines planchers pour certains condamnés; 
- respectueuse du droit international (pas question de laisser les "terroristes français", nés et élevés en France, aux autres pays du monde) ;
- honorable pour la France : clairement anti-Daech et anti-Assad ; pas question de s'aligner sur l'axe Moscou-Téhéran-Damas.

9. Il y a une différence majeure entre les deux candidats de droite qui mérite d'être traitée à part. C'est celle portant sur la politique étrangère de la France, notamment en ce qui concerne la Russie et le Moyen-Orient. En optant pour la realpolitik, qu'il justifie par les impératifs de combattre le terrorisme et protéger les Chrétiens d'Orient, François Fillon se place clairement aux côtés de Vladimir Poutine et de Bachar el-Assad. Qu'il le veuille ou pas, ce positionnement déshonore la France et la rend complice des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité qui sont commis en Syrie. On peut combattre Daech sans légitimer pour autant le tyran de Damas. Telle est la position d'Alain Juppé. Elle honore la France.

10. Si l'Amérique de Bush a permis la création de Daech, l'Etat islamique en Irak et au Levant, par le biais d'une invasion et d'une occupation stupides de l'Irak (2003-2011), la Russie de Poutine a offert à l'organisation terroriste les conditions nécessaires pour se développer et menacer le monde, par le biais d'un soutien infaillible à la tyrannie des Assad et d'une intervention non moins stupide en Syrie (2011-2016). Poutine a bloqué cinq résolutions du Conseil de sécurité sur la Syrie, c'est pour dire. Bachar el-Assad est certes un grand criminel de l'histoire, mais il est aussi un pragmatique. La preuve, son retrait inespéré du Liban en 2005, après une occupation du pays du Cèdre de 29 ans, sous une double pression interne (manifestation monstre du 14 mars 2005) et externe (le forcing Chirac-Bush et des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment la résolution 1559, adoptée le 2 septembre 2004). La pression interne existait en Syrie, via les manifestations pacifiques durant l'année 2011. Il ne manquait que la pression externe. Ça n'a jamais été possible à cause de Poutine. Il est clair aujourd'hui, avec le recul dont on dispose, que si les pays occidentaux avaient pu imposer la 1ère résolution sur la Syrie en octobre 2011 ou même la deuxième en février 2012, la France était gouvernée par François Fillon soit dit au passage (on venait à peine de dépasser le seuil des 5 000 morts en Syrie et 5 000 réfugiés syriens au Liban ; Daech n'était pas encore installée en Syrie, elle n'existait même pas en tant que telle, il n'y avait que l'organisation « Etat islamique d'Irak »!), avant la militarisation et la généralisation du conflit (en 2012), le tyran de Damas se serait plié, « l'Etat islamique d'Irak » n'aurait jamais pu s'étendre vers la Syrie et donner naissance à « l'Etat islamique en Irak et au Levant », Daech, le sinistre acronyme que tout le monde connait aujourd'hui. Il était possible d'éviter les 300 000 morts en Syrie, le déplacement de 2 millions de ressortissants syriens au Liban, l'afflux de jihadistes au Moyen-Orient, des millions de migrants vers l'Europe et des dizaines d'attaques terroristes dans le monde. Mais c'était sans compter sur la détermination de Poutine et la mollesse des pays occidentaux, notamment de la France de Sarkozy-Fillon !

11. Plus grave encore, en s'aventurant sur le terrain des « Chrétiens d'Orient », François Fillon ne se rend même pas compte à quel point il menace la pérennité de la présence chrétienne en Orient. En juin dernier, lors de sa visite au Liban, il s'est montré soucieux sur ce problème. « Les tentatives d’élimination de la présence chrétienne au Moyen-Orient mèneront à des affrontements et un avenir dangereux ». Et alors, que faire ? La réponse est tombée quelques semaines plus tard où il a prôné « une alliance militaire et tactique avec Bachar el-Assad ». Et nous n'avons qu'à fermer les yeux sur les 300 000 morts qu'il a provoqués, n'est-ce pas ? Idem pour sa porte-parole, Valérie Boyer, l'une des cinq députés républicains qui ont eu l'indécence au printemps dernier, d'aller acheter des mugs-souvenirs dans les souks de Damas à l'effigie de Bachar el-Assad, à quelques kilomètres seulement des zones gazées au sarin par le dernier tyran des Assad (21 août 2013 ; 1429 morts, dont 426 enfants). Après avoir affirmé que « Mon devoir était d'être auprès des minorités, auprès des Chrétiens d'Orient », elle a le culot d'asséner à la suite de la rencontre avec ce dernier que « Bachar el-Assad est serein... Il va gagner la guerre ». Les positions de Fillon et de Boyer sont avant tout indignes des enseignements de Jésus-Christ et du christianisme. Leur solidarité empoisonnée est d'une part, honteuse car sélective, ne prenant pas en compte la souffrance des communautés musulmanes, et d'autre part, méprisable car élective, en faisant du tyran de Damas, le sauveur de ses opprimés.

12. Toujours est-il que c'est au cours du dernier débat télévisé que le champion de la Primaire a bien montré à quel point ses connaissances sur le Moyen-Orient étaient primaires. « Si Bachar al-Assad est toujours là, c'est parce qu'il a un soutien populaire (...) c'est-à-dire les alaouites, les chiites et les chrétiens pour une large part, les chrétiens d'Orient ». Admettons. Mais, il faudra qu'Alain Juppé explique à son adversaire d'une part, que tout ce beau monde réuni, ne constitue même pas 25% de la population syrienne et d'autre part, que si Assad est toujours au pouvoir c'est grâce à la tyrannie et à la barbarie familiales, mises en place en 1970 et qui se sont illustrées à d'innombrables reprises depuis, en Syrie comme au Liban. Et puisqu'il y est, qu'il lui explique aussi ce qu'il voulait dire par « il n'y aura pas de retour à la paix en Syrie avec Bachar el-Assad ». Les Assad sont sans l'ombre d'un doute l'une des pires malédictions de l'histoire contemporaine du Moyen-Orient.

13. La naïveté de Fillon l'a même poussé l'autre soir à avancer des justifications simplistes à ses choix politiques. « Ils le défendent (voir point 12) parce qu'ils savent qu'en cas de chute du régime, ce sont les sunnites qui prendront le pouvoir, et si les sunnites prennent le pouvoir, pour les chrétiens c'est la valise ou le cercueil ». Notez bien que selon ce prétendant à la présidence de la République française, « les sunnites », tous les sunnites, vont foncer sur « les chrétiens », tous les chrétiens, pour les foutre dehors et les massacrer. Roi de la finesse et de la dentelle Fillon ! Il est indigne d'un présidentiable de tenir des propos aussi grotesques, malhonnêtes et islamophobes. En tout cas, de grâce que le candidat républicain et sa porte-parole s'abstiennent une fois pour toutes de parler en mon nom, en nos noms et au nom des Chrétiens d'Orient, ça serait mieux. L'histoire du Liban prouve à quel point la tyrannie des Assad, père et fils, a joué un rôle fondamental dans l'affaiblissement des communautés chrétiennes du pays du Cèdre et dans leur martyre depuis 1976 jusqu'à nos jours. Libre à eux de jouer aux « idiots utiles » pour Poutine et Assad. Mais avant d'engager la France, ils devraient savoir que tout ce qui renforce le régime alaouite de Bachar el-Assad, qui est issu d’une communauté minoritaire qui ne représente que 10% de la population syrienne, renforcera les islamistes de Daech & Co, qui sont issus d’une communauté majoritaire sunnite qui représente 70 % de la population syrienne et de dizaines de milliers de combattants étrangers sunnites sensibles à l’agonie du peuple syrien et réceptifs à la propagande jihadiste. Assad va de pair avec Daech. Il faut se débarrasser des deux. A défaut, le monde aura les deux.

14. Parlons peu, parlons bien. En s'alliant avec Vladimir Poutine et en soutenant Bachar el-Assad, qu'importe les prétextes, François Fillon renforcera le pouvoir tyrannique de ce dernier, qui s'est révélé au fil des décennies être particulièrement nuisible pour les peuples syrien et libanais en général, et pour les communautés sunnite et chrétienne en particulier. Par une démarche de réhabilitation de ce régime criminel, en décidant de rouvrir l'ambassade de France à Damas, François Fillon renforcera les alliés de ce dernier, les extrémistes chiites, comme le Hezbollah et la République islamique d’Iran, dont l’objectif reste l’établissement d’une République islamique chiite au Liban, comme l’a rappelé le numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, en début d’année. Pire encore, en soutenant Assad, François Fillon poussera une frange de personnes anti-Bachar de confession sunnite, de Syrie et du monde arabe, comme de France et d’ailleurs, à se radicaliser pour venir grossir les rangs de ces organisations terroristes. Pour justifier l'injustifiable dans la politique étrangère qu'il concocte pour la France, François Fillon prétend qu'on a tout essayé en Syrie, cela a échoué et qu'il est temps de changer de tactique. Il a raison sur toute la ligne. Mais au fait, qu'a-t-on essayé au juste depuis 2011 ? Eh bien, tout ce que la communauté internationale a réussi à faire durant les six dernières années c'est de laisser Bachar el-Assad, Ali Khameneï et Vladimir Poutine, régler par le fer, le feu et le sang, le problème en Syrie ! Six ans plus tard, nous sommes à 300 000 morts, une Syrie vidée de la moitié de ses habitants et un pays dévasté. 

15. Ainsi, la politique étrangère irresponsable prônée par François Fillon, menacera l’ensemble des populations syrienne et libanaise, les chrétiens et les musulmans en Orient, prolongera le conflit syrien ad vitam aeternam, jettera davantage de migrants syriens sur les routes de l’Europe et menacera la sécurité du monde. Assad et Daech sont deux formes différentes de fascisme, d’une barbarie comparable. Que ça plaise à François Fillon ou pas, les deux sont condamnés à disparaitre. En attendant, il s'est mis du mauvais côté de l’histoire. Bachar el-Assad et Vladimir Poutine portent une très lourde responsabilité dans le chaos qui règne au Moyen-Orient. Il est déshonorant à la France de s'y associer. Pour l'éviter, il faut tout faire pour barrer la route à François Fillon, même en votant Alain Juppé. Avis aux peuples de gauche et du centre. Il vaut mieux le faire à la Primaire que lors de l'élection présidentielle proprement dite. Car là, on risque de ne pas avoir le choix. Il y aura peut-être Marine Le Pen en face. A bon entendeur, salut !

jeudi 10 novembre 2016

Triomphe de Donald Trump ou l'histoire d'une farce prévisible mais inavouable (Art.401)


Hélas, la majorité du peuple américain n'a pas fait preuve de maturité démocratique et de dextérité politique dans l'élection présidentielle. Ce n'est pas la première fois diraient certains. Mais enfin, le devoir citoyen exigeait des 231 millions d'Américains qui étaient appelés aux urnes mardi, d'assurer à Hillary Clinton un franc succès et d'infliger à Donald Trump une défaite cuisante, afin d'épargner aux Etats-Unis, au monde et à l'histoire une présidence qui s'annonce pour le moins inquiétante. C'est l'inverse qui s'est produit.



I. Le stage obligatoire de Donald Trump chez Barack Obama

Il est trop tôt pour disserter sur « Le monde selon Trump », le président élu ne prendra ses fonctions que le 20 janvier 2017. On ne sait jamais, d'ici là, il pourra être rappelé par le Créateur pour le Jugement dernier. En attendant, il devra effectuer un stage obligatoire mais non rémunéré à la Maison Blanche. Barack Obama tentera d'expliquer au stagiaire-septuagénaire la fonction présidentielle avant de lui remettre les codes des 4 717 têtes nucléaires dont disposent les Etats-Unis avec le mode d'emploi bien entendu, en lui faisant bien comprendre à quel point c'était irresponsable de sa part de se demander il y a quelques mois, « Pourquoi les Etats-Unis fabriquent-ils des armes nucléaires si ce n'est pas pour les utiliser? », et encore plus crétin de laisser entendre qu'il pourra être amené à larguer une arme nucléaire sur le Moyen-Orient comme sur l'Europe. Eh oui, c'est ce bouffon qui va « Make America great again ». Wait & see, hein?

Donc, ce qui est intéressant en cette période transitoire, c'est d'essayer de comprendre comment le peuple américain fut contraint et forcé d'élire un président aussi controversé que Donald Trump?

II. L'usure du pouvoir : facteur déterminant de l'élection du candidat républicain

Parlons d'emblée de ce paramètre négligé, mais qui explique en partie comment un homme pas sérieux, peut se retrouver à la tête du pays le plus puissant au monde. Figurez-vous qu'un de ces paramètres déterminants dans l'arrivée du candidat républicain dans le bureau ovale, est un paramètre que personne ne peut contrôler, il découle de l'usure du pouvoir. Ce n'est pas parce que le pouvoir sortant a été mauvais comme le pensent certains. Barack Obama est un grand président. Le problème ce sont les deux mandats présidentiels démocrates. Si on exclut le contexte particulier de la Seconde guerre mondiale, qui a amené les Américains à recourir à un gouvernement d'union nationale (eh oui, il n'y a pas qu'au Liban!) et à élire le candidat démocrate Franklin Roosevelt à quatre reprises (1933-1945, dont deux durant la guerre), la dernière fois que les Démocrates ont conservé la présidence plus de huit ans, remonte à 1829, à la création du parti démocrate moderne. Depuis que les deux partis rivaux s'affrontent dans l'élection présidentielle (1857), et hormis le cas particulier de Roosevelt pour les Démocrates (mort en 1945 un mois avant la fin de la Seconde guerre ; c'est un autre démocrate qui lui succédera, son vice-président Harry Truman ; il sera reconduit à son poste lors des élections de 1948, permettant aux Démocrates de garder la présidence pendant 20 ans, 1933-1953), ce sont les Républicains qui ont réussi à quatre reprises svp, à se maintenir à la Maison Blanche plus de huit années consécutives. Autre élément intéressant qui explique le bol de pendu de Donald Trump, réside dans le fait que depuis 1857, les Américains ont élu 12 présidents démocrates pour 72 ans et 18 présidents républicains pour 88 ans. Les différences étant significatives, on peut conclure que l'usure du pouvoir est un paramètre déterminant dans les alternances politiques des présidences américaines.

III. La revanche raciale : un autre facteur déterminant dans l'élection de Trump

Un autre paramètre n'a pas été évoqué avec franchise, alors qu'il était tout aussi déterminant dans cette élection, c'est la « revanche raciale ». Beaucoup d'Américains ont été indisposés par l'élection d'un président noir à la tête des Etats-Unis, Barack Obama, qui a de surcroit, un second prénom arabo-musulman, Hussein, deux couleuvres qu'ils n'ont pas pu avaler en huit ans de mandat. Les campagnes de calomnie auxquelles a participé activement Donald Trump, sont allées jusqu'à présenter le 44e président des Etats-Unis comme étant né à l'étranger et de confession musulmane. Trump connaissait très bien ce précepte de propagande d'auteur inconnu et attribué à Hitler: « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété dix mille fois, il devient une vérité ». Encore en 2015, la moitié des Républicains et un peu moins du tiers des Américains pensaient qu'Obama était un Musulman né à l'étranger. Pire encore, près de 2/3 des partisans de Trump croient ces allégations. Et à l'arrivée on apprend, d'un côté, que 55% des Américains blancs qui se sont exprimés mardi, ont voté pour Trump (41% seulement pour Clinton), et de l'autre côté, 65% des Américains hispaniques et asiatiques, ainsi que 88% des Américains noirs, ont voté pour Clinton (8% seulement pour Trump). Il est donc évident que le vote Donald Trump représente en partie une revanche raciste, xénophobe, anti-noir et islamophobe.

IV. Est-ce la faute de la démocratie, du suffrage universel et du peuple américains?

Cela étant dit, certaines personnes ont pointé du doigt la faute de la démocratie, du suffrage universel et du peuple américains. Eh oui, comme l'a dit Winston Churchill, « le meilleur argument contre la démocratie est fourni par une conversation de cinq minutes avec l'électeur moyen ». La preuve par dizaines de millions, hein ? Bon, ce n'est pas parce que l'électeur moyen pour l'ancien Premier ministre britannique est un imbécile qui s'ignore -quoique, rien ne l'interdit- mais plus parce que celui-ci n'a pas une approche globale et approfondie des problèmes. Il est par nature égocentrique et isolationniste. Il veut des solutions simples et rapides. Pour le séduire, la meilleure stratégie électorale reste incontestablement le populisme. Et dans ce domaine, Donald Trump excelle. D'ailleurs, d'après les enquêtes d'opinion réalisées à la sortie des urnes, 51,5% des Américains non diplômés ont voté pour Trump contre 44% pour Clinton. Par contre, chez les Américains diplômés de l'enseignement supérieur, le candidat républicain ne séduit que 37% à 45%, alors que la candidate démocrate rafle 49% à 58% des voix. Dans le même sens, les électeurs des grandes villes ont préféré Hillary Clinton à 59% (contre 35% pour Trump), alors que ceux issus des campagnes ont fait exactement l'inverse: 62% ont choisi le candidat républicain et 34% la candidate démocrate. Les électeurs type de Trump sont des hommes blancs, peu diplômés, qui habitent dans des milieux ruraux, alors que les électeurs type de Clinton sont diplômés et résident dans des milieux urbains. Bon, on s'en doutait. 

Ceci dit, je partage l'avis de Churchill, encore lui : « Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente... On a pu dire qu'elle était la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ». Néanmoins, le suffrage universel indirect, avec des disparités entre les Etats, pose problème: Hillary Clinton a obtenu plus de voix au niveau nationale (48%), mais grâce au système électoral, c'est son rival, Donald Trump, qui remporte la majorité des « grands électeurs » (306 sur 538 pour Trump, contre 232 pour Clinton), qui éliront officiellement le nouveau président américain le 19 décembre. C'est la 5e fois que ce paradoxe électoral arrive dans l'histoire américaine. Il est donc évident que ce mode de scrutin ancien, selon le principe "winner-takes-all" (où le gagnant remporte tous les délégués prévus pour l'Etat), n'a plus de raison d'être de nos jours. Il privilégie les petits Etats ruraux, qui votent traditionnellement pour les Républicains. Il peut se justifier dans le cas de la composition d'une Assemblée législative, afin de dégager des majorités nettes pour gouverner. Pour une élection présidentielle, les Américains devraient opter plutôt pour un système plus juste et plus simple, comme par exemple le suffrage universel direct, comme cela se fait dans beaucoup de démocraties du monde : les électeurs s'expriment et on comptabilise les voix.

Ainsi, ce n'est pas tant la démocratie et le peuple qui ont posé problème. C'est plutôt une grande partie des médias qui ont fait défaut, qui n'ont pas vraiment fait leur boulot ou pire encore, qui l'ont mal fait. Un seul exemple pour l'illustrer. Lorsqu'à deux mois du scrutin, et pendant 24 heures svp, le seul thème de campagne était la pneumonie d'Hillary Clinton et son malaise vagal, comment pouvait-on espérer le triomphe du politique sur le populisme mardi ? Il y a quinze ans, on n'aurait consacré que trois lignes sur une info inutile, qu'on aurait reléguée d'ailleurs, en bas de la 13e page du journal ! Hélas, les médias sont tombés facilement dans le piège de Donald Trump. Le candidat républicain est celui qui a dépensé le moins d'argent au cours de cette course présidentielle, les deux camps confondus. Il n'en avait pas besoin pour faire parler de lui. Il était omniprésent dans les journaux, les radios et les télés, grâce à des polémiques populistes savamment choisies et naïvement relayés par les médias.

V. Les casseroles de la candidate démocrate

A ce propos, il est évident que la façon dont le FBI s'est immiscé indirectement dans la campagne présidentielle et les fuites orchestrées par les services de Poutine via Wikileaks, ont joué un rôle important dans la défaite d'Hillary Clinton. Mais là aussi, le vrai coupable n'est pas le FBI ou Wikileaks, mais la candidate démocrate elle-même. Certes, elle n'a pas été poursuivie par la justice dans les deux affaires des emails. Mais enfin, on ne peut pas faire avaler au peuple américain la couleuvre qu'envoyer des milliers d'emails -2 000 estampillés « confidentiel », 65 estampillés « secret » et 22 estampillés « top secret »- d'une messagerie privée et non gouvernementale, quand on est Secrétaire d'Etat du pays le puissant au monde, n'est pas une « négligence extrême », comme l'a précisé le rapport du FBI. Mais quoi encore, elle n'avait qu'à utiliser Hotmail et Gmail comme tout le monde! Idem, on ne peut pas non plus faire avaler au peuple américain la couleuvre que recevoir à l'avance les questions qu'on allait lui poser lors de débats face à Bernie Sanders, disposer de la stratégie confidentielle de son rival pour séduire l'électorat afro-américain et savoir que la direction du Parti démocrate et ses « super délégués » n'étaient pas neutres au cours des primaires et roulaient pour elle, enfin, que toutes ces manigances politiciennes, ne s'inscrivaient pas dans le registre de la malhonnêteté !

Et puisqu'on y est, comment pouvait-on espérer qu'à l'heure où le monde n'a toujours pas fini avec la menace terroriste de Daech (Etat islamique), le fait qu'elle ait soutenu et autorisé George W. Bush à ouvrir la boîte de Pandore au Moyen-Orient via l'invasion et l'occupation de l'Irak par l'armée américaine en 2003, sans jamais manifester de regrets et présenter des excuses francs et sincères, soit effacé de son CV comme si de rien n'était, faisant de l'ex-Secrétaire d'Etat une candidate crédible ?

Ainsi, il était évident que les casseroles d'Hillary Clinton allaient faire beaucoup de bruits durant cette campagne, la rendant inaudible pour une frange d'Américains. Pire encore, ces casseroles semaient le doute dans les esprits sur sa capacité à prendre des hautes responsabilités. Or, il ne faut pas beaucoup pour pour perdre une élection, 1% d'électeurs qui s'abstiennent, votent blanc ou votent pour un adversaire, c'est un total de 2,3 millions de voix de moins à l'échelle nationale.

VI. Hillary Clinton, la candidate du système, vs. Donald Trump, le candidat illusionniste

Faisons maintenant des zoom in & out et regardons un peu nos deux candidats. D'une part, on avait Hillary Clinton, une candidate du système, ayant une longue carrière politique, comme Première dame, sénatrice et Secrétaire d'Etat, proche des milieux financiers, dont le passage au pouvoir est marqué par des erreurs. De l'autre côté, se tenait Donald Trump, un candidat illusionniste, qui n'a jamais eu à assumer la moindre responsabilité politique, une star de reality show pendant dix ans, un homme d'affaires à ses perdues, un self made man né avec une cuillère en argent dans la bouche, un fils à papa qui a bénéficié d'une cagnotte d'un million de dollars pour démarrer dans la vie, un piètre businessman avec quatre banqueroutes à son actif dont le désastreux projet "Trump Taj Mahal". Le candidat républicain se présente comme étant un homme hors du système, se voyant même comme anti-système alors qu'il est en réalité dans le système et qu'il ne doit sa survie financière que grâce aux lois américaines sur les faillites et aux banques. En un mot, il est le milliardaire sans scrupules (une fortune estimée à 4,5 milliards de dollars), qui a réussi à faire croire qu'il est proche du peuple américain et de ses préoccupations de base. Une chose est sûre et certaine, sans l'émission de télé-réalité The Apprentice ("L'apprenti", un titre ironique prémonitoire pour assumer la fonction présidentielle!), diffusée sur la chaine NBC (longtemps n°1), dans laquelle il a joué son propre rôle d'homme d'affaires entre 2004 et 2015, ce qui lui a permis d'entrer dans tous les foyers américains à moindre frais et sans effort (avec une audience pouvant se situer entre 20 et 40 millions de téléspectateurs), Donald Trump n'aurait jamais, au grand jamais, pu décrocher l'investiture républicaine. Eh bien, nous pouvons remercier les dirigeants visionnaires de NBC pour ce service rendu aux peuples du monde entier. On se serait bien passé !

Ce sont des étiquettes peut-être, mais en politique, les étiquettes sont souvent indécollables. En tout cas, c'est comme ça que tous les deux étaient perçus par beaucoup d'électeurs américains. Certes, sur tous les thèmes de campagne (économie, emploi, santé, sécurité, immigration, politique étrangère, etc.),
Hillary Clinton apparaissait plus responsable pour la classe intellectuelle. Mais que pouvait-on faire face à un populiste de la trempe de Trump quand on traine autant de casseroles comme Clinton? Rien, absolument rien. C'était le combat de David contre Goliath. Son issue était prévisible.

Le magnat de l'immobilier est un opportuniste démagogue sans vergogne qui a tout fait pour devenir président, en essayant même d'y parvenir à travers le Parti démocrate, c'est pour vous dire. On peut dire même que son parcours politique est à la limite de l'imposture : il a même financé la campagne d'investiture démocrate d'Hillary Clinton en 2008, afin de barrer la route à Barack Obama. Toujours dans l'imposture, même son slogan, « Make America great again », est emprunté à l'ancien président américain, Ronald Reagan. 

Donald Trump succédant à Abraham Lincoln, c'est sans doute l'histoire d'une farce qui a mal tourné. Que peuvent avoir en commun, le 16e président des Etats-Unis d'Amérique, un des grands présidents américains, qui a su préserver l'union des Etats-Unis et a mis fin à l'esclavage, et ce 45e président, qui sème la haine dans les esprits et divise profondément la société américaine et le monde ? L'Histoire le dira. Dans tous les cas, Donald Trump semble avoir mieux compris qu'Hillary Clinton, ce qu'Abraham Lincoln voulait dire par « la démocratie c'est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

VII. Pour battre un populiste comme Donald Trump, il fallait l'antidote du populisme, Bernie Sanders

Après le blocage de la campagne présidentielle au début du mois de septembre sur le malaise vagal de la candidate démocrate, et son exploitation par le candidat républicain, j'avais écrit dans l'article, « Bernie Sanders, au secours : il y a deux 'malades' dans la course à la Maison Blanche », que ce qui s’était passé ce weekend était un signe du destin. « L’ignorer comme si de rien n’était et il sera forcément de mauvais augure. Pour gagner face à un démagogue de la trempe de Trump, il faut soit être plus populiste que lui, soit avoir son antidote ». Ainsi, pour fermer la parenthèse Trump, nous n'avions que deux options: « soit Hillary Clinton devient plus populiste que Donald Trump, soit elle doit passer le relais à Bernie Sanders, son antidote ». Il était évident pour moi que « l'homme qui veut humaniser les Etats-Unis et le monde, Bernie Sanders, est le mieux armé pour battre Donald Trump ». Il était le candidat préféré des jeunes. Or, on sait que mardi, le vote des moins de 45 ans a beaucoup pesé dans la balance. Certes, la performance de Clinton était bonne, mais 37% des 18-29 ans et 42% des 30-44 ans ont quand même fait confiance à un réactionnaire inconsistant comme Trump. Un autre paramètre a pesé aussi dans la balance, et qui aurait dû pousser les démocrates à choisir Bernie Sanders, c'est le revenu des électeurs. Plus de la moitié des électeurs qui ont voté mardi et qui gagnent moins de 50 000 $/an (52%), ont choisi la candidate démocrate, sauf que Bernie Sanders avait la capacité de faire probablement mieux en mobilisant beaucoup d'abstentionnistes jeunes et de la classe moyenne.

Dans ce sillage rappelons que le taux de participation à l'élection présidentielle américaine était modeste. Seulement 55,6% des 231,6 millions d'électeurs américaines se sont donnés la peine de voter. C'est un idéaliste comme Bernie Sanders, hors du pouvoir et du système, investi et soutenu pleinement par les démocrates, qui avait la capacité de galvaniser les jeunes de 18-34 ans, qui représentent près du tiers de l'électorat américain (autant que les 52-70 ans), dont la participation à l'élection 2008 n'était que de 50% (contre 69% pour les Baby Boomers). 1% de mobilisation en plus, ça aurait été 2,3 millions de voix dans les urnes et Donald Trump renvoyé dans sa tour hideuse. Dommage.

VIII. La faute des électeurs démocrates, du Parti démocrate et de Barack Obama

Par conséquent, ceux qui portent une lourde responsabilité dans cette défaite prévisible et inavouable - mis à part les médias élitistes des Etats-Unis et d'ailleurs qui se sont obstinés à ne pas prendre la candidature de Trump au sérieux, et quand ils l'ont fait, c'était déjà trop tard! - ce sont les électeurs démocrates pro-Clinton, le Parti démocrate dans son ensemble et Barack Obama lui-même. Les premiers, en choisissant un mauvais cheval, le second en privilégiant le mauvais cheval et le troisième en soutenant ce mauvais cheval. L'ex-Secrétaire d'Etat n'aurait même pas dû se présenter aux primaires. Le fait qu'elle soit une « femme », qui a pesé beaucoup dans sa sélection, n'a même pas donné l'effet escompté dans les urnes. Hillary Clinton n'a réussi à séduire que 54% des femmes qui ont voté, alors que 42% d'entre elles se sont reportées sur Trump malgré ses innombrables déclarations sexistes stupides : « Quand tu es une star, elles te laissent faire (les embrasser). Tu peux tout faire, les attraper par la chatte, tout faire. » ; « Ce qu'elles disent n'est pas important, tant qu'elles ont un joli petit cul »; « Oui, elles (les femmes qui avortent) doivent être punies et l'avortement doit être interdit »; « Changer les couches des bébés, c'est le travail d'une épouse ».

En tout cas, les trois entités ont sous-estimé l'allergie que suscite Hillary Clinton chez une frange de la population anti-Trump. Il y a un chiffre qui reflète bien un manque d'enthousiasme pour Hillary Clinton, c'est le taux de participation dans les fameux « swing states », ces Etats indécis qui peuvent basculer d'un côté ou de l'autre. Dans l'Etat du Nevada, remporté par Hillary Clinton, la participation était de 58,4%, près de 3% de plus que la moyenne nationale. Par contre, en Floride, Ohio et Caroline du Nord, remportés par Donald Trump, la participation était respectivement de 64%, 61,7% et 63,5%. Eh oui, qui arrive à mobiliser 1% des électeurs, s'assure de disposer de plusieurs milliers de voix en plus. A l'échelle nationale, ce sont 2,3 millions de voix, c'est pour dire.

IX. La Terre passe par une ère de réchauffement populiste

La suite, tout le monde la connait. Comme l'a dit un autre grand président américain, Thomas Jefferson : « Une démocratie n'est rien de plus que la loi de la foule, suivant laquelle 51% des gens peuvent confisquer les droits des 49 autres ». Ainsi, nous autres anti-Trump de par le monde, nous devons prendre notre mal en patience. Chaque Américain devra assumer son vote ou son abstention. Il est regrettable de n'avoir parfois que des choix politiques décevants, aux Etats-Unis comme au Liban, en France et ailleurs. Donald Trump, président des Etats-Unis. Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie. Michel Aoun, président de la République libanaise. Recep Tayyip Erdogan, président de la République de Turquie. Rodrigo Duterte, président de la République des Philippines. Et j'en passe et des meilleurs. Il semble que la Terre passe par une nouvelle ère de réchauffement populiste. C'est un des nombreux défis du 21e siècle, les réseaux sociaux aidant, les leaders politiques dans le monde, sont de plus en plus tentés par la démagogie pour accéder facilement au pouvoir et y rester. Nous devons prendre acte. Qui n'est pas satisfait de ce constat et de la situation politique dans son pays, que l'on appartient à de prestigieux médias ou que l'on soit de simples citoyens, doit s'impliquer en politique, d'une façon ou d'une autre, et s'engager sérieusement tous les jours de l'année pour l'améliorer, ne serait-ce qu'en s'informant bien et en diffusant la bonne information. Le populisme ne peut proliférer que dans les esprits où règnent la peur et l'ignorance.

mardi 27 septembre 2016

Hillary Clinton vs. Donald Trump : quel dilemme de n’avoir que ce choix cornélien (Art.390)


Le premier face-à-face dans la course à la Maison Blanche, entre la candidate démocrate et le candidat républicain, a eu lieu hier (VO / VO avec doublage en français, d'après France TV Info). Des centaines de millions de personnes l'ont regardé de par le monde.

P
our le résumer, rien de mieux qu’une prose.
Mais, pour aller plus loin, sept réflexions s’imposent. 

*

Si Hillary Clinton est plus sérieuse,
Elle n’en est pas moins hypocrite pour autant.
Et si Donald Trump est moins sérieux,
Il est plus sincère pourtant.

Un débat de plus ou de moins n’y changera rien,
La démocratie est parfois un exercice périlleux.
Quel dilemme de n’avoir que ce choix cornélien,
L’Amérique et le monde méritaient mieux.

*

1. Si nous voulons nous concentrer sur ce qui nous concerne au Moyen-Orient, disons d'emblée que les deux candidats présidentiels ont bel et bien soutenu l’invasion américaine de l’Irak (2003), l’élément déclencheur de la descente en enfer du Moyen-Orient, qui a instauré le chaos en Irak (provoquant des centaines de milliers de morts) et a permis à Al-Qaeda de créer l’Etat islamique d’Irak (2006), qui deviendra quelques années plus tard, l’Etat islamique d’Irak et du Levant (2013), la sinistre organisation terroriste Daech. Néanmoins, il existe une petite nuance dans cet énoncé, que la plupart des médias zappent allégrement, Trump, un homme d'affaires qui n'avait aucun mandat ou fonction politique, a soutenu la guerre mollement et a rapidement changé d’avis, alors que Clinton, sénatrice de l'Etat de New York (2001-2009) et ex-Première dame des Etats-Unis (1993-2001), a carrément voté l’invasion de l’Irak (elle a donc une responsabilité directe !) et a mis du temps à prendre conscience de l’ampleur du désastre et de la stupidité de son vote. A l'actif de cette politicienne qui se veut chevronnée, âgée de 68 ans, le désastre libyen, fruit d’un aveuglement et d’un amateurisme consternants, et d'un travail collectif ayant impliqué Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire de la droite en France, David Cameron, responsable du référendum qui a conduit au Brexit et Bernard-Henri Lévy, l'ex-mari d’Arielle Dombasle.

2. Les deux candidats sont des soutiens indéfectibles d’Israël. Comme l'a précisé la campagne du candidat républicain dans un communiqué publié la veille du débat, « M. Trump a reconnu que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif depuis plus de 3 000 ans, et que les Etats-Unis, sous une administration Trump, accepteront finalement le mandat de longue date du Congrès de reconnaître Jérusalem comme la capitale indivisible de l'Etat d'Israël », au mépris du droit international, soit dit au passage. Clinton de son côté a affirmé au printemps dernier « Oui, nous avons besoin de constance, pas d’un président qui dit qu’il est neutre le lundi, pro-Israël le mardi et on ne sait pas quoi d’autre le mercredi parce que tout est négociable (...) La sécurité d’Israël n’est pas négociable ». Et qu'en est-il des droits de la Palestine et des Palestiniens bafoués depuis 68 ans ? Alors, elle n'est pas belle la constance ?

Donc, sans prendre trop de risques, disons qu’en cas de conflit armé entre le Liban et Israël, le futur président américian se rangera du côté de l’Etat hébreux, les négociations israélo-palestiniennes resteront au point mort jusqu'en 2020 et nos 500 000 hôtes palestiniens, réfugiés au Liban depuis 1948 svp, ne sont pas prêts de voir la Terre promise.

3. Une des différences notables entre la candidate démocrate (qui incarne merveilleusement bien le « système », comme Obama d’ailleurs) et le candidat républicain (« l’anti-système », comme Sanders en quelque sorte) : elle n’a pas une bonne opinion de Poutine, lui, si. Qu’est-ce que cela changera concernant la politique américaine en Syrie ? Rien, absolument rien. La realpolitik dominera. D’ailleurs, aucun des deux n’a évoqué l’avenir de la Syrie proprement dit, encore moins le devenir de la tyrannie des Assad, alors que la barre des 300 000 morts a été franchie et Alep n'en finit pas d'être martyrisée par les forces de l'axe Damas-Téhéran-Moscou. Comprenne qui voudra.

4. Inutile de perdre votre temps à visionner le débat, rien de bien passionnant n’a été dit. Je ne m’arrêterai longuement que sur un seul point, qui nous intéressera au Moyen-Orient, la lutte contre Daech.

C’est Hillary Clinton qui ouvre le feu (VO-fr/1:08:20). « Nous devons intensifier les frappes aériennes contre l’Etat islamique et soutenir nos partenaires arabes et kurdes pour qu’ils puissent éliminer Daech à Raqqa ». Mais voyons, pourquoi vous vous pressez très chère ? Est-ce un aveu qu'Obama ne fait pas assez ? Comme si de rien n’était, l’ancienne Secrétaire d’Etat enchaine (VO-fr/1:12:55). « Nous travaillons avec nos amis au Moyen-Orient. Pour la plupart ce sont des nations à majorité musulmane. Donald a systématiquement insulté les Musulmans à l’étranger et dans notre pays, alors que nous devons coopérer avec les pays musulmans (...) Nous devons avoir une coopération très étroite entre ces pays et les forces de l’ordre ici, plutôt que de les aliéner en raison de la rhétorique de Donald Trump ». Bon, en dehors des formulations politiciennes creuses, elle n’a pas complétement tort. Mais étrangement, la candidate américaine parle comme les dirigeants libanais, comme si elle n’a jamais été au pouvoir ! 


En tout cas, si les défauts du candidat républicain sont innombrables, sa tirade sur Daech est sans l’ombre d’un doute, beaucoup plus convaincante que celle de la candidate démocrate (VO-fr/1:13:50). « Secrétaire Clinton dit qu’il faudrait travailler avec eux (les pays arabo-musulmans). Mais, on travaille avec eux depuis de nombreuses années et regardez dans quel désastre nous sommes aujourd’hui ! Regardez le Moyen-Orient, c’est une catastrophe, sous votre leadership en grande partie ». Il respire à fond et reprend : « Vous êtes responsables également de l’accord avec l’Iran, un pays qui était au bord de l’effondrement tellement il suffoquait sous les sanctions. A présent, ce pays est en passe de devenir une grande puissance très rapidement ». En pratique, Donald Trump souhaite « que (tous les pays de) l’OTAN aille au Moyen-Orient avec nous, en plus des pays voisins, pour botter les fesses de l’Etat islamique rapidement ». Et la vérité tombera comme un couperet de la bouche de Trump svp. « Le groupe Etat islamique n’a vu le jour qu’à cause de ce vide créé par Barack Obama et Hillary Clinton (...) Ceci n’aurait jamais dû se produire. Vous parlez de vaincre le groupe EI. Vous étiez là, vous étiez Secrétaire d’Etat lorsque ce groupe était en sa période balbutiante. Maintenant, il est présent dans 30 pays. Vous allez le vaincre ? Je ne crois pas. » Et la discussion se termine là, comme un fleuve au beau milieu d’un désert. Au lieu que le tric chic modérateur du débat, Lester Holt, 35 ans de carrière svp, ne saisisse l’opportunité pour interroger l’accusée, qui affichait un grand sourire jaune et gêné, soit dit au passage, il dévie la discussion sur le soutien de Trump à la guerre en Irak, il y a treize ans. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?

5. L’enthousiasme excessif d'une grande partie des médias internationaux, pour faire absolument comprendre au vulgum pecus du Texas et des contrées lointaines, que Clinton a terrassé Trump, relève de l'activisme journalistique. C'est d'un parti pris inouï ! « Il y avait une asymétrie fondamentale en raison de la terrible vérité qui veut que l'un des participants n'a rien de véridique à offrir », The New York Times. « Dès la première minute, le débat a rappelé que l'on ne devrait pas confier la présidence à Donald Trump », The Washington Post. « Clinton-Trump, l'expérience face à l'incohérence », Le Monde. « Cinq moments où Hillary Clinton a détruit Donald Trump lors du débat présidentiel », Les Inrocks. Eh bien, on dirait que nous n'étions vraiment pas sur le même canal à regarder le même match !

Dans tous les cas, Hillary a beau le rappelé et l'asséné, le fact-checking n'est absolument pas la recette gagnante d'une élection présidentielle au suffrage universel. Il est même d'aucune utilité face à un démagogue de la trempe de Trump et d'une hypocrite comme Clinton. Les sympathisants de Donald n'en tiennent absolument pas compte et les indécis prennent en compte d'autres critères. Et c'est d'autant plus valide qu'Hillary Clinton a elle aussi balancé des énormités hier soir. L'affirmation la plus mensongère (VO/1:16:58 ; VO-fr/1:19:38), et qui n'a évidemment pas été relevée par les médias-militants, est celle où elle a prétendu que lorsqu'elle avait pris ses fonctions comme Secrétaire d'Etat, càd le 21 janvier 2009, « l’Iran était à quelques semaines d'avoir suufisement de matériaux nucléaires pour fabriquer une bombe ». Une allégation ridicule qui n'est pas sans rappeler l'intervention grotesque de Benyamin Netanyahou à l'ONU il y a quatre ans jour pour jour (2012, quelle coïncidence !), où il avait sorti un croquis digne d'un écolier de la maternelle, montrant une bombe, et y avait tracé une ligne rouge sous la mèche allumée, pour bien signifier aux 192 pays du monde ce qu'ils avaient à faire. Pour rappel, l'accord sur le nucléaire iranien n'a été conclu que le 14 juillet 2015, soit six ans et demi après que la nouvelle Secrétaire d'Etat ait constaté que l'Iran n'était qu'à quelques semaines d'avoir une arme nucléaire. Un exemple de plus du surréalisme politique. Et dire qu'Hillary Clinton, et certains médias, ont le culot de penser que son adversaire n'a pas les qualités requises comme elle, pour être président des États-Unis !

Toujours est-il que Donald Trump est apparu serein et imperturbable, alors qu’Hillary Clinton en arrière-plan, tirait la tronche la plupart du temps, quand elle ne riait pas jaune. Il était naturel, elle était artificielle. Il avait de l’humour, elle était tendue. Il improvisait, elle récitait un texte appris par cœur. Chacun peut s’en rendre compte lui-même. Les débats télévisés ne révèlent rien sur le fond, mais tout des personnalités des candidats. Vu de l’œil du peuple, et non des intellectuels, c'est Trump qui aurait emporté ce premier débat.

6. Enfin, le débat influencera peut-être une frange des électeurs américains le 8 novembre, mais pas la majorité d’entre eux. Comme l’a titré le Washington Post il y a trois jours, « Debates don’t often change presidential races. Is 2016 the exception? » J’en doute. Le suspense reste entier.

7. Par conséquent, pour nous autres pays arabes du Moyen-Orient, mieux vaut ne pas tirer des plans sur la comète. Enfin, pas trop.

mardi 13 septembre 2016

Bernie Sanders, au secours : il y a deux « malades » dans la course à la Maison Blanche ! (Art.387)


On ne peut pas rester les bras croisés, alors que ce qui se joue aux Etats-Unis, influencera directement ou indirectement, en partie aussi, l’avenir de la planète et de la majorité d’entre nous, aussi bien sur le plan politique que sur le plan écologique, pour les quatre prochaines années.

Qu’un démagogue comme Donald Trump soit prêt à tout pour attaquer son adversaire politique, n’a rien d’étonnant. Ce qui l’est, c’est l’attitude des médias face à ce comportement peu loyal. Au lieu d’élever le niveau général du débat politique, certains journalistes surfent sur les vagues populistes créées par ce politicard de la dernière pluie. Et encore, ce n'est pas lui qui est à l'origine de ce long weekend d'info surréaliste ! Toutefois, c'est bien lui qui a lancé le modus operandi il y a quelques semaines. Alors, voici une revue de presse concernant les dernières nouvelles de la campagne présidentielle américaine, vue d’Europe, allant de l’article le plus sobre au plus sensass.

- « Quelles conséquences pour Hillary Clinton après ses problèmes de santé », Libération
- « Les rumeurs sur la santé de Hillary Clinton relancées après son malaise », Le Soir
- « Peut-on faire un malaise à cause d'une pneumonie (comme Hillary Clinton)? », Huffington Post
- « Pneumonie d'Hillary Clinton : "le premier tournant de la campagne" », Europe 1
- « Malaise d’Hillary Clinton : les spéculations sur sa santé mentale », LCI
- « Le week-end pourri d’Hillary Clinton », France TV
- « Du coup de chaud à la pneumonie, la candidate fragilisée », Nouvel Obs
-
« Hillary Clinton dans une mauvaise passe », Le Monde
- « Hillary au plus mal... Sa campagne est en panne sèche », Le Point
- « Christian Delporte (historien) : ‘Le malaise d'Hillary Clinton est un coup de tonnerre politique’ », Le Figaro
- « Hillary Clinton a-t-elle une doublure? », Métro
-
« Un zombie nommé Hillary », Courrier international (d'après The Washington Post)

Stupéfiant ! Ils sont restés des heures à débattre de l’origine de la « toux » et de la « perte d’équilibre » d’Hillary Clinton, il faut le faire ! Les plus sérieux ont évidemment dépassé cet état primitif de la discussion. Ils se sont affrontés sur le terrain de la « transparence » pour savoir si la candidate démocrate avait menti sur son état de santé, ce qui serait un manque de « crédibilité » à ce qu’il parait, il faut le faire aussi ! Au lieu de débattre des graves problèmes de l’environnement dans le monde, des chances et des risques du traité transatlantique en cours de négociation entre l’Union européenne et les Etats-Unis, de la politique étrangère américaine mitigée au Moyen-Orient, la planète est réduite à suivre l’évolution de la NFS, numération formule sanguine, des candidats à la magistrature suprême américaine, par la faute de certains journalistes.

Toujours est-il qu’à ce stade, deux réflexions s’imposent :

1. Entre une malade « dont la santé est altérée », selon la définition du mot dans le dictionnaire, qui le sait et qui se soigne, et un malade « qui ne jouit pas de toute sa raison », selon la définition du même mot dans le même dictionnaire, qui l’ignore et qui ne se soigne pas, nous sommes confrontés à un dilemme politique, duquel il est aisé de sortir. D’où mon 2e point.

2. Il serait utile que le Parti démocrate envisage sérieusement et au plus vite, dans ces conditions atmosphériques présidentielles turbulentes, populistes et malsaines, de confier à Bernie Sanders, l’antidote de la trumpisation des esprits et des campagnes électorales, la mission de mettre le cap sur la Maison Blanche, dans ce qui pourrait s’apparenter à une course de relais.

Comme je l’ai mentionné en avril dernier, il est impossible d’assister sans réagir à l’affrontement entre un gentleman (Bernie Sanders), une hypocrite (Hillary Clinton) et un bouffon (Donald Trump), sachant que le vainqueur influencera en quelque sorte nos vies, même de l’autre côté de l’Atlantique et du détroit de Gibraltar. A l’époque je me suis demandé, s'il ne fallait pas que Birdie se maintienne dans la course à la Maison Blanche, après les primaires. Le temps me donne raison. Les Etats-Unis et le monde méritent mieux qu'une Clinton et qu'un Trump. L’homme qui veut humaniser les Etats-Unis et le monde, est le mieux armé pour battre Donald Trump. Ce qui s’est passé ce weekend est un signe du destin. L’ignorer comme si de rien n’était et il sera forcément de mauvais augure. Pour gagner face à un démagogue de la trempe de Trump, il faut soit être plus populiste que lui, soit avoir son antidote. Etre ou avoir, telle est la question aujourd'hui. Alors, de deux choses l'une : soit Hillary Clinton devient plus populiste que Donald Trump, soit elle doit passer le relais à Bernie Sanders, son antidote.