jeudi 13 septembre 2012

Le pape Benoît XVI, Joumana Haddad, le marquis de Sade... et Schéhérazade ! (Art.74)



Oui ça pourrait être un remake de « The Good, the Bad and the Ugly », mais ce n’est pas le cas. C’est sacrément plus compliqué que ça. Nul n’est au-dessus de la critique. Ni le pape, ni le patriarche maronite, ni le lascar Michel Hayek, ni les rejetons Mokdad, ni même BB himself bien sûr. Joumana Haddad non plus, Schéhérazade peut être, le marquis de Sade assurément. J’avoue que je suis assez mal placé pour défendre le pape et ses enseignements. Prêcher à longueur de journée la formule biblique « tout est vanité et poursuite de vent », ne sera sans doute pas suffisant pour me faire monter au ciel. Mais bon, ce n’est pas à l’ordre du jour et le ciel attendra un peu. Au moins la mise en ligne de cet article et la résurrection de Schéhérazade que Joumana Haddad a tué au cours d’un accès de colère et surtout, au cours d'une crise de jalousie. J'y reviendrai.

S’il y a une chose qui m’exaspère au plus haut degré ce sont les considérations simplistes et populistes à cinq piastres, comme celles que Joumana Haddad, la « femme à poigne » comme elle se voit, nous a servies dans sa lettre adressée à Benoît XVI et publiée par le site Now Lebanon à 3 jours de la visite historique de ce dernier au Liban. Joumana Haddad n’attend pas l’arrivée du souverain pontife « avec impatience » et elle veut le faire savoir. C’est son droit le plus élémentaire. Elle reproche au représentant de l’Eglise catholique romaine un tas de choses, c’est aussi son droit le plus élémentaire. Les richesses du Vatican, la masculinité des successeurs de Saint Pierre, l’homophobie de l’institution, la pédophilie dans l’Eglise, ses positions sur l’avortement, la contraception, la sexualité, les prix exorbitants exigés par les hôpitaux, les universités et les écoles catholiques, etc. Aucun sujet n’est tabou, la journaliste a entièrement raison. Elle a parfaitement le droit de les soulever et à juste raison. Ainsi soit-il, on ne peut que s’en féliciter de cette extraordinaire liberté d’expression qui règne au pays du Cèdre.

Cependant, je le dis d’emblée et sans détour, je fus déçu par la qualité de ce texte et la nature de ces reproches. Et « déçu » n’est qu’un euphémisme. Joumana Haddad, je la connais de nom. Elle est responsable des pages culturelles du prestigieux quotidien Al-Nahar et dirige la revue trimestrielle Jassad depuis 3 ans, « le premier magazine sur le corps du monde arabo-musulman », comme on a coutume de le présenter. La Franco-Libanaise de 42 ans est l’auteur de nombreux ouvrages, traduits dans plusieurs langues. Elle a reçu de nombreux prix également, dont celui du journalisme arabe en 2006. La chaine CNN l’a récemment considéré comme un ténor de la culture libanaise, aux côtés de Nadine Labaki, Danielle Arbid et Zeid Hamdan. Donc, étant donné la réputation dont elle jouit, je m’attendais à me régaler à sa lecture. Bof, bof, c’était plutôt bof !

Ce qui me chiffonne dans cette lettre c’est qu’une militante notoire des droits de la femme comme elle, aborde des sujets aussi graves d'une manière aussi superficielle. Le passage qui permet de bien mesurer l’abime de cette médiocrité est sans conteste la caricature qu’elle fait des relations sexuelles vues par l’Eglise : « We need to keep on pretending to believe that every time a man penetrates a woman, the Holy Spirit is there hovering above them (what a kinky voyeur that would make God); and that sex is a “sacred” practice invented only for procreation purposes. Catholics, behold your factory of frustrations called the Vatican. » Si Joumana Haddad est sortie traumatisée de l’éducation de son pater familias et des bonnes sœurs, il faut qu’elle sache que ce n’est point le cas de tout le monde. En dépit de mon éducation chrétienne et de mes études suivies dans une école catholique -j’ai eu peut être la chance d’avoir des parents d’une ouverture d’esprit exceptionnelle- je pense avoir une vie sexuelle épanouie, faire l’amour pour moi n’est ni pour procréer ni un devoir conjugal et enfin, lorsque je m’adonne à l’acte charnel je ne vois pas le Saint-Esprit accroché au baldaquin de mon lit, Dieu merci, et je ne pense pas être seul au monde, ouf, quel soulagement ! Certes, l’éducation sexuelle dans les familles et les écoles chrétiennes est défaillante. Dieu sait à quel point la sexualité au Liban est un tabou tenace, qu’il est difficile de la vivre « normalement » et qu’il faut épurer la société libanaise de son puritanisme excessif. Mais bordel, personne n’attend du Vatican, une version illustrée et commentée du guide de Kamasoutra ! C’est ni son job, ni sa prétention, ni son fonds de commerce.

Par contre, on attend beaucoup de celle qui s’affiche comme féministe, laïque et agnostique, et qui de surcroit a la prétention de vouloir libérer la femme arabe de ses carcans. Passons sur certains clichés ridicules de la militante des droits du « sexe faible » qui veut absolument se faire passer pour une femme émancipée en se laissant photographiée fréquemment avec un cigare de 1 inch, comme les grotesques mecs à mocassin du Lina's de l'ABC autrefois... Ya Allah, avec la nouvelle loi anti-tabac ces pauvres gens se retrouvent en chômage de frime ! Ils s'en remettront... Ah un instant, j’entends des voix, sans doute le Saint-Esprit, « Ne vous égarez pas mon cher BB, continuez sur votre lancée... je vais intercéder en votre faveur auprès du bon Dieu ». Rassuré, je continue. Passons aussi, sur le drôle d’agnosticisme de celle qui pour divorcer, changea de religion, grec-catholique au départ elle devint syriaque-orthodoxe, mais tint quand même à baptiser ses enfants. Bassita, on la croit sur parole. Mais, si elle pouvait joindre le geste à la parole, nous ne serons que plus convaincus. Cela va de soi. Hélas, ce n’est pas le cas. Dans une interview accordée au Monde Magazine il y a près de 2 ans, là où on a fait connaissance, la laïque-agnostique ne s'était pas rendue compte qu’un livre du marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu, trônait à côté d’une figurine de Sainte Rita sur un rayon de sa bibliothèque dans son appartement sur les hauteurs de Jounieh. Non ce n’est pas une scène du nouveau film de Kusturica, c’est véridique de vérité. Un mélange des genres pas très catholique. Et quand la journaliste française lui a fait la remarque, la poète libanaise expliqua à son interlocutrice que grâce à ce livre découvert à l’âge de 12 ans, « Sade m’a émancipé du poids de ma religion, de ma société et des tabous du langage ». Soit ! Il faut savoir que Justine raconte les malheurs d’une vertueuse orpheline de 12 ans lâchée dans la cruauté de ce monde où elle sera violée, violentée, abusée et maltraitée, sans connaître le moindre répit durant sa courte vie ; elle subira toutes sortes de cruautés, les méchants étant le plus souvent des hommes d’Eglise. Et pour Sainte Rita ? La journaliste libanaise laissa entendre que la sainte figurine n’était là que pour faire plaisir à sa mère. Drôle d’« émancipation religieuse » quand même. Soyons indulgents, avec une mère méditerranéenne et le poids de toute relation mère-fille, il est peut être difficile de faire autrement, même lorsqu'on veut faire « genre », même quand on s’appelle « Joumana Haddad » et même quand on se fixe comme mission de « libérer la femme arabe ». Au passage, Napoléon dit de Justine que c’était « le livre le plus abominable qu’ait enfanté l’imagination la plus dépravée ». Absolument mon général.

Le comble dans tout cela, c’est que Joumana Haddad y croit vraiment. Dans son livre « J’ai tué Schéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère » (Saqi Books et Actes Sud 2010), elle a tenté d’assassiner -mais n’a pas réussi malgré l’utilisation avec suffisance du passé composé- la « Schéhérazade qui existe dans l’imaginaire occidental, objet d’une adoration écœurante de la part des adeptes de l’exotisme orientaliste » et la « Schéhérazade locale, la femme arabe qui geigne et ne fait rien, qui opte pour les concessions plutôt que la rébellion, qui n’arrête pas de négocier sur ses droits basiques et qui raconte des histoires à l’homme pour pouvoir survivre ». Du pur baratin oriental pour journaliste occidental en quête de sensationnalisme ! Mais c'est quand même vendeur une femme arabe qui déteste Schéhérazade et lit Sade dès l’âge de 12 ans ! Et comment elle compte procéder ? Afin de libérer la femme arabe, son plan d’action passe évidemment par ses livres ainsi que sa revue et prévoit justement la traduction de l’œuvre du marquis de Sade en arabe. Stupéfiant ! Libérer la femme arabe en tuant Schéhérazade et en ressuscitant le marquis de Sade, on aurait tout vu au Liban. Tout cela est très aguicheur pour qui connait mal et Schéhérazade et le marquis de Sade ! En y réfléchissant bien, il y a une cohérence psychanalytique tout de même. Joumana Haddad en veut viscéralement à Schéhérazade, l’archétype de la femme orientale pleinement épanouie, intelligente et sensuelle, qui de ce fait lui rappelle douloureusement son éducation sévère de jeune fille. Par contre, elle est toute indulgente, en connaissance de cause ou par ignorance, à l’encontre du marquis de Sade, emballée sans doute par les clichés simplistes sur l’aristocrate libertin, qui lui permet de se venger de l’éducation chrétienne sévère qu’elle a reçue, de ses parents et des bonnes sœurs, esquivant dans ce désir de vengeance le fait que le comte parisien incarne en chair et en os un machisme répugnant qui fornique avec un sadisme pathologique.

Pour résumer « Sade » en trois mots, pas le Sade des œuvres de fiction mais le Sade de la vie réelle, disons qu’au-delà du libertinage de l'aristocrate parisien du 18e siècle, le marquis était à la fois un adepte de mettre la femme sexuellement à l’entière disposition de l’homme, quel que soit son âge, même très jeune, un adepte sans scrupule de l'abus de la crédulité de la classe pauvre, et surtout un adepte du recours à tous les moyens pour jouir de ses partenaires, y compris ceux les plus brutaux (flagellation, abus, torture et sodomie). Et ce n’est point par hasard s’il a passé un tiers de sa vie en prison (27 ans au total), et sous tous les régimes politiques (monarchie, république, consulat et empire). Quant à son œuvre littéraire, même pour le Larousse contemporain, elle forme « le double névrotique et subversif des philosophies naturalistes et libérales du siècle des Lumières ». Le « sadisme » -qui fait référence aux actes de cruauté dans ses œuvres mais aussi dans sa vie- a un pater, c’est le marquis de Sade en personne ! Bref, défendre les droits de la femme arabe, avec l’aide d’une figure occidentale aussi infâme que le marquis de Sade, est ce que j’ai lu de plus absurde de toute ma vie.

Quant à la tendre Schéhérazade, « tendre » de par l’affection que je porte à ce personnage, il faut que la suffisante Joumana Haddad accepte humblement l’idée que les femmes arabo-persanes dans Les Mille et une Nuits étaient admirablement épanouies, en tout cas plus qu’elle, contrairement à ce qu’elle laisse entendre dans sa propagande. Ce chef-d’œuvre de la littérature orientale, qui figure en première place parmi mes livres favoris -quand Joumana Haddad lisait Justine ou les malheurs de la vertu du marquis de Sade, Bakhos Baalbaki lisait, que dis-je, s’émerveillait, rêvait et vivait pleinement même, Les Mille et une nuits de Schéhérazade !- mérite d’être considéré comme patrimoine littéraire de l’humanité. Et qu’au lieu de chercher désespérément à tuer Schéhérazade pour libérer la femme arabe -qui n’est pour rien, pas plus que Benoît XVI d’ailleurs, si elle a eu le malheur de tomber sur un père aussi conservateur au point de l’empêcher d’aller au cinéma- elle aurait mieux fait de l’encenser, en tout cas d’aller chasser ailleurs que sur ce terrain. Les Mille et une nuits, qui ont près de mille ans, sont un des plus beaux témoignages de l’âge d’or des civilisations arabe et persane, témoignages d’une époque florissante où rien, absolument rien, n’était tabou dans la société islamique à l’arrivée des Croisés ! Si Schéhérazade a marqué autant l’imaginaire des sociétés arabes et occidentales, c’est justement grâce à ses histoires extraordinaires de la vie, qui racontent les aventures et les mésaventures d’hommes et de femmes de tous horizons et de tous les milieux sociaux. Des histoires teintées par les intrigues et les ruses, la sagesse et la poésie, l’amour et l’eau fraîche, les bons plats et les parfums d’Orient, la féminité et le raffinement, l’hédonisme et l’érotisme, les fantasmes et les délires, et par tout ce que la vie porte en elle de plus merveilleux. Des histoires où la liberté de ton ne souffrait d’aucune censure (bien avant que l’esprit détraqué du marquis ne ponde ses obscénités à trois francs six sous), où se faire désirer est élevé au rang d’un art de vivre, où il n’y avait pas à éprouver la moindre culpabilité à faire l’amour, où le puritanisme n’avait pas droit de cité, où le fanatisme ne faisait pas parti du lexique commun, et cætera, etcétéra, etc. Des Mille et une nuits, tout le monde connait Les Aventures de Sindbad, Ali Baba et les quarante voleurs, Aladin et la lampe merveilleuse ! Mais beaucoup de gens ignorent, Joumana Haddad en tête, que ce livre mythique contient sans aucun doute, les passages les plus érotiques de la littérature mondiale. Les contes « La Tisserande de la nuit » et « Le Portefaix et les dames », sont des exemples parmi tant d’autres, où les histoires olé olé s’imbriquent les unes dans les autres, où l’érotisme vient ponctuer les aventures des personnages, où la femme orientale apparait libérée de tous les tabous liés à la sexualité et à la religion, et qui traumatisèrent Joumana Haddad dans sa jeunesse. D’ailleurs, je doute fort bien qu’elle pourrait même les publier dans son magazine, sachant que l’écrasante majorité de ses abonnées sont des saoudiennes. En tout cas, il est normal que dans une œuvre aussi volumineuse, aussi ancienne et aux nombreux auteurs, de retrouver ce qui peut choquer la bienséance des féministes de pacotille et de paillettes d’aujourd’hui. Mais il n’empêche que Les Mille et une nuits est la meilleure preuve qui soit, pour l’humanité toute entière, que la religion, musulmane de surcroit, ne constitue pas une entrave pour jouir de la vie, n’en déplaise à Joumana Haddad & Co ! Enfin, j’ose espérer que ces quelques lignes convaincront la talentueuse Joumana Haddad, de changer le titre de son livre à la prochaine édition, d’arrêter sa propagande anti-Schéhérazade et de se consacrer à Jassad, qui a toute sa place dans la société libanaise.

Au total, disons que Joumana Haddad a adressé à Benoît XVI une lettre d’une banalité qui est sans commune mesure ni avec sa réputation ni avec les enjeux de cette visite. Dans ce contexte historique, des reproches tous azimuts à l’encontre de l’Eglise catholique, pour régler de vieux contentieux avec de vieux démons, formulés avec une médiocrité consternante, n’ont nullement leur place et ne sont d’aucune utilité publique. Se contenter de balancer des généralités évasives n’apporte absolument rien au débat, ni pour enclencher la révolution religieuse ni pour avancer sur le terrain des droits de la femme, ni au Liban ni dans le monde arabo-persan. Au pire, c’est de la poudre aux yeux ; au mieux, de la mousse pour un bain médiatique ! 


vendredi 17 août 2012

Il est temps que les rebelles de Syrie réévaluent l’efficacité de leur stratégie ! (Art.70)


« Retrait tactique » ! La dernière fois que j’ai entendu ces termes, je me trouvais dans un jardin, aux alentours de minuit, bi leilé ma fiya daw amar, sous une magnifique voûte céleste, et je retenais mon souffle. Les cloches de l’église Mar Maroun sonnaient le glas. Des explosions retentissaient aux quatre points cardinaux du village. Mes oreilles ne parvenaient plus à distinguer le bruit des obus qui s’arrachaient à la gravité terrestre du bruit des obus torrentiels qui s’abattaient sur les habitations. Nous étions en septembre 1983, le 3 ou le 6, ou entre le 3 et le 6, et qu’importe. L’armée israélienne venait de se retirer du Chouf quelques jours auparavant en veillant bien à favoriser les miliciens du Parti socialiste de Walid Joumblatt au détriment de ceux des Forces libanaises menés par Samir Geagea. Face aux « ja7éfil », ce mot aussi résonne encore dans mes oreilles, syriens, palestiniens et libanais auto-proclamés « progressistes », Mourabitoun, Awmiyé, Chouyou3iyé et Amal, déferlaient sur tous les fronts du sud du Mont-Liban, et parce que le président Amine Gemayel n’a pas pu donner l’ordre à temps pour le déploiement de l’armée libanaise dans la région de Bhamdoun, Geagea décida de retirer ses forces de la région, un « retrait tactique » selon l’info qui circulait. En réalité, cela s’est traduit non seulement par le retrait des combattants, mais aussi par l’exode de la population chrétienne vers Deir el-Qamar lors de combats particulièrement meurtriers, des massacres d’une partie de cette population qui décida de rester chez elle et un siège de la ville par la milice druze, long (de plusieurs mois) et hermétique (où vivres et médicaments n’étaient accordés qu’au compte-gouttes), afin d’obliger la population chrétienne à remettre Hakim au Bek. Depuis cette nuit, tout « retrait tactique » me laisse sceptique !

Cela fait 17 mois qu’une intifada secoue la Syrie et 17 mois que deux tableaux se dessinent. D’un côté, la liberté guidant le peuple syrien et de l’autre côté, la tyrannie guidant le clan des Assad. Depuis 17 mois, les manifestations pacifiques spontanées font face à une répression militaire programmée. La bravoure de la population syrienne n’est plus à conter, la sauvagerie du dernier tyran des Assad non plus ! Au fil des mois, les manifestants se sont organisés. Aujourd’hui deux institutions regroupent la majorité des forces de l’opposition syrienne. On a d’une part, une institution politique, le Conseil national syrien (CNS), il est basé en Turquie et d’autre part, une institution milicienne, l’Armée syrienne libre (ASL), qui se bat sur le terrain. On peut dire que le CNS et l’ASL ont pris en main la lourde destinée du peuple syrien. L’avenir de la Syrie dépend d’eux, et d’eux seuls ! Oui, mais...

L’analyse des 17 mois de révolte en Syrie permet de définir 3 axes dans la stratégie globale suivie par les rebelles pour faire tomber le dernier tyran des Assad : la guérilla urbaine, la désertion et le modèle libyen. Et si on faisait le point ?

1. La guérilla urbaine

Le 18 juillet un attentat secoua la capitale syrienne. Des combats de rue s’en suivirent, engagés pour « la libération de Damas ». Malgré l’emballement général sur la toile et dans la presse, les analystes s’interrogeaient en coulisse sur la nature de ce qui se passait dans la capitale syrienne : est-ce un coup d’Etat ou un coup d’éclat ? Deux jours plus tard, les rebelles décidèrent de s’emparer de certains quartiers d’Alep. Les soldats de Bachar se sont fait attendre, poussant certains commandants de l’ASL à annoncer la chute du régime d’Assad au mois de ramadan! Hélas, l’euphorie n’a duré que quelques jours. L’armée syrienne se jeta dans la bataille de tout son poids. Le 9 août, l’ASL a fini par annoncer son « retrait tactique » du quartier de Salaheddine, « en raison d’un bombardement inouï ». Aujourd’hui Alep est toujours soumis à un déluge de fer et de feu, comme naguère le « réduit chrétien » au Liban en septembre 1983, par les deux protagonistes, des frères-ennemis aujourd’hui ! Avec ce recul de plusieurs semaines, on peut affirmer sans risque, que l’attentat et les combats de Damas n’étaient que des coups d’éclat, la libération de la Syrie ville par ville est renvoyée aux calendes grecques et la chute du clan Assad à Damas -notez bien « à Damas », l’option « Etat des Alaouites » sera réactivée le moment opportun- ne se concrétisera pas au cours du mois de ramadan de l’année 2012 !

Alors question, que s’imaginaient les rebelles syriens après l’attentat et les combats de Damas ? Que Bachar El-Assad allait abdiquer dans l’après-midi ! Etait-il difficile de prévoir la riposte brutale de l’armée de Bachar à Alep après 17 mois de confrontations ? Double non évidemment. On note là une stratégie bien déterminée chez les rebelles, celle de la guérilla urbaine. Celle-ci consiste à harceler les forces gouvernementales. Elle repose sur le même principe des combats de boxe : à défaut de vaincre par KO, vaincre aux points !

Certes, la guérilla offre les avantages de l’initiative et de la mobilité, ce qui permet de multiplier les fronts à moindre frais. Elle permet de décider du timing et du lieu, donc de disperser les forces du régime syrien et les rendent plus vulnérables. Mais toute guérilla se caractérise aussi par 2 éléments importants : elle est longue et meurtrière ! La guérilla des rebelles en Syrie n’échappe pas à la règle. D’ailleurs cette révolte dure depuis 17 mois déjà ! Personnellement je l’avais prévu dès le 23 mars 2011 ! Et contrairement aux affirmations bidon d’Hillary Clinton, piètre diplomate, qui s’occupe comme elle peut en attendant les élections américaines de novembre prochain, rien n’indique concrètement que le régime vacille ou faiblit. Ni l'exclusion symbolique de la Syrie par l'Organisation de la coopération islamique, ni les déclarations folkloriques de Riyad Hijab, l'ex-Premier ministre (Assad ne contrôlerait plus que 30% de la Syrie), n'est de nature à le prouver ! Quant au bilan, il est lourd, très lourd déjà ! Les 17 mois de violence ont fait plus de 21 000 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG basée en Grande-Bretagne, des dizaines de milliers de blessés, des centaines de milliers de déplacés (150 000 réfugiés dans les pays frontaliers dont 37 000 au Liban) et des millions de personnes terrorisées ! Pour résumer, disons que les objectifs ne sont donc pas atteints et le bilan est très lourd ! Par conséquent, on est en droit de se demander si le choix de la guérilla urbaine par les rebelles de Syrie est réellement le moyen le plus approprié pour renverser le dernier tyran de Damas ?

2. La désertion

Autre stratégie importante, c’est celle de la désertion. Les rebelles misent sur l’abandon des soldats et des fonctionnaires du régime d’Assad. Ils revendiquent déjà 40 000 déserteurs. Pourtant, plusieurs éléments font douter de l’efficacité de cette stratégie.

Le premier remonte aux dernières élections législatives en Syrie. Il a été noté au début du mois de mai 2012, une nette désertion au moment de ces élections, mais dans l’autre sens ! En effet, le jour du vote une partie des travailleurs syriens au Liban ont quitté leurs chantiers pour retourner dans leur pays. Cela prouve au moins une chose : la terreur du régime fonctionne relativement bien ! Craignant pour leur famille, ces travailleurs sont rentrés donner l’impression d’accomplir leur devoir civique. Si des travailleurs immigrés au Liban craignent pour leurs familles, que dire alors des militaires et des fonctionnaires syriens qui vivent au milieu des forces armées et des forces de sécurité !

Le second est une analyse de bon sens. Malgré le chiffre avancé par les rebelles, aucun déserteur n’a réussi encore à partir avec un des 4600 chars de combats que possède l’armée syrienne (T-72, T-62, T-54), un des 2200 véhicules blindés d’infanterie (BMP), un des 1700 pièces d’artillerie (122 à 180 mm), un des 435 avions de combats (MiG), un des 70 avions d’attaques (Soukhoï), un des 98 hélicoptères d’attaques (Mi ou Gazelle)... je reprends mon souffle et je continue, avec un missile antichar guidé, avec un missile de défense antiaérienne, avec une frégate, un patrouilleur, une vedette, etc. Bref, l’armée syrienne dispose d’un arsenal impressionnant hérité de l’époque soviétique et alimenté généreusement par les Russes. Il est encore quasi intact ! Alors de deux choses l’une : soit le chiffre des déserteurs est exagéré, soit le régime d’Assad contrôle efficacement son arsenal. Dans les deux cas, cela prouve que le régime n’a pas faiblit comme on le prétend ! L’armée syrienne comptait jusqu’à 325 000 hommes et autant de réservistes! Si on rajoute les forces de sécurité et les milices inféodées au régime de Bachar El-Assad, le nombre passe à 7 chiffres ! Mathématiquement, les déserteurs sont donc encore loin de remporter la bataille des chiffres !

Le troisième concerne les hauts gradés et les hauts fonctionnaires qui font défection, avec deux noms illustres : Manaf Tlass et Riyad Hijab. Il est incontestable que ces deux défections constituent un coup dur pour Bachar El-Assad. Mais il ne faut pas oublier que Manaf Tlass -fils de Mustafa Tlass ancien ministre syrien de la Défense entre 1972 et 2004, responsable du massacre de Hama en 1982 et en partie de la politique syrienne au Liban; il vit actuellement à Paris- n’est qu’un général de brigade ! Quant à Riyad Hijab, l’importance symbolique de sa défection est nuancée par plusieurs faits : non seulement l’ex-Premier ministre (PM) n’a aucun poids politique, mais cette info ne saurait faire oublier qu’un pays comme la Syrie possède par exemple plus d’une centaine d’ambassadeurs dans le monde et qu’à ce jour les défections diplomatiques se comptent sur les doigts d’une seule main !
Et enfin, si l’on tient compte de l’information d’un diplomate arabe « qui a souhaité garder l’anonymat » de la mise en place il y a 3 mois par l’Arabie saoudite, le Koweit et Qatar d’un fonds de 15 milliards de dollars pour encourager des personnalités syriennes à lâcher Bachar El-Assad, on peut dire que la « stratégie de la désertion » est loin de porter ses fruits ! Elle reste à un niveau bas. La cohésion du régime tient merveilleusement bien.

Il y a bien une raison à cela ! D’un point de vue théorique, il faut savoir que la désertion implique 2 choses : pouvoir fuir avec ses proches, pour éviter les représailles, et le cas échéant, la vente des biens et le transfert des comptes bancaires à l’étranger, à moins de retrouver une conséquente aide financière. Inutile de préciser que ce n’est pas une mince affaire dans un pays « policier » comme la Syrie. Les rebelles ont mis le paquet pour réussir l’opération avec Riyad Hijab, tant la défection de l’ex-PM était symbolique. Il a fallu évacuer sa femme et ses enfants, ainsi que ses 7 frères, ses 2 sœurs et leurs familles ! Quant au chapitre financier, l’opacité est de mise pour ne pas ternir la nouvelle aura de Riyad Hijab. Comment ne pas s’interroger sur l’élément déclencheur du passage à l’acte d’un homme qui n’a été nommé PM en pleine crise qu’après vérification des services de renseignement du régime de son allégeance absolue au président syrien (une commission officielle enquête d’ailleurs sur les failles du « système Assad » qui permirent cette défection spectaculaire), d’un homme qui disons ne découvre pas la barbarie du régime au 17e mois de révolte et d’un homme qui se fait la belle quelques semaines après l’acceptation de sa nomination ! Alors quel est l’élément manquant ? On dit, qu’il a bénéficié des largesses du trio Arabie Saoudite-Koweït-Qatar. Et comme par hasard, dans un communiqué publié le 14 août le sous-secrétaire américain au Trésor, David Cohen, encouragea les cadres du régime syrien à faire défection, et dans la foulée il leva les sanctions financières contre Riyad Hijab ! Inutile de préciser que cette stratégie, le traitement de faveur de Riyad Hajib, est difficile à appliquer à grande échelle et surtout elle ne le sera pas pour les soldats ou même pour les officiers de moyens grades. Et cela, tout syrien le sait ! Et oui, on ne vit pas d’honneur et d’eau fraîche.

Une dernière chose sur ce point. La totalité de ceux qui font défection sont sunnites. On ne connait pas de défection alaouite notoire ! Or, on sait que les Assad ont tout fait pour permettre à la communauté alaouite de dominer l’appareil de l’Etat syrien. Ainsi, comme l’abandon ne touche pas la communauté alaouite, il serait illusoire de parler d’affaiblissement du régime d’Assad, surtout que les désertions sunnites sont loin d’avoir atteint un seuil critique qui menacerait le régime. Donc tant que les défections ne toucheront pas la communauté alaouite, le clan Assad restera inébranlable, à Damas aujourd’hui, comme à Lattaquié demain !

3. Le modèle libyen

Le renversement du régime des Kadhafi n’a pu réussir que grâce à la réunion de 3 facteurs externes : l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, l’armement des rebelles et des frappes aériennes. Face à ce succès, il est normal que le modèle libyen inspire les rebelles syriens. Ces derniers sont néanmoins divisés sur ce qu’on peut appeler désormais la « stratégie libyenne ». Certains souhaitent adopter la totalité du modèle, d’autres qu’une partie en excluant le dernier élément. La stratégie des rebelles est nourrit par l’encouragement hypocrite ou inconscient de certains politiques arabes et occidentaux. Les américains par exemple, affirment par la voix de Susan Rice, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, qu’ils renforceront l’opposition politiquement et matériellement, pour accélérer la fin du régime syrien, sans rien faire de décisif sur le terrain ! Mais il n’y a pas que les politiques, Bernard-Henry Lévy, le philosophe à Dombasle -pas à deux balles, j’ai bien dit à Dombasle!- réclame aussi comme si de rien n’était, comme si sa « bourde » libyenne n’a jamais eu lieu, « Des avions pour Alep », prélude à une intervention étrangère sur le modèle libyen.

Nul n’a besoin d’être expert en géostratégie pour comprendre que la Syrie n’est pas la Libye et ne le sera jamais, et que malgré la rime, faible d’ailleurs, Bachar n’est pas Mouammar ! Il ne l’a pas été dans le passé, il ne l’est pas à présent et il ne le sera pas dans le futur. Faut donc pas trop rêver, Damas ne sera pas Syrte et Alep ne sera pas Benghazi !

Il a fallu plus de 7 mois et demi et 26 000 sorties aériennes pour venir à bout du régime libyen ! Le coût des opérations pour la France uniquement s’élève à 320 millions d’euros. Etant donné la complexité du dossier syrien (les divisions communautaires, l’urbanisation du conflit, la puissance de l’armée syrienne, le risque de dissémination des armes conventionnelles et des stocks d’armes chimiques, les conséquences régionales, le soutien international au régime, l’élection américaine, etc.), il est évident qu’il faut multiplier ces chiffres par 2 ou par 3 en cas d’intervention ! Mais il existe un autre point qui me laisse particulièrement sceptique quant à l’idée d’une intervention au jour d’aujourd’hui. Le « modèle libyen » a brillé par son « amateurisme » et de ce fait il ne sera pas appliqué à la Syrie de sitôt. Le peuple syrien paie encore, toujours et plus que jamais très cher l’« amateurisme » occidental en Libye. Ce peuple martyr était loin de se douter une seconde que sa bravoure ne pouvait pas suffire à infléchir la confrontation Est-Ouest et que le 15 mars 2011 commençait en parallèle à sa noble révolte, la rédaction d’un nouveau chapitre de la « Guerre froide » dans le livre de l’Histoire. Le « blocage » de la Russie dans le dossier syrien est dû à de nombreux facteurs, les plus déterminants sont liés à l’expérience libyenne, n’en déplaise à BHL & Co !

- Le dépassement insouciant des pays occidentaux, notamment de la France et de la Grande-Bretagne, et spécialement de Nicolas Sarkozy et de David Cameron, de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU. Alors que celle-ci ne prévoyait que la protection de la population libyenne, ces deux hommes ont décidé, avec la bénédiction explicite du trio Arabie saoudite-Koweït-Qatar et implicite des Etats-Unis, d’armer les rebelles et de renverser la dictature des Kadhafi ! Le lendemain du vote de cette résolution, la France s’engageait par la voix du porte-parole du gouvernement français à « aider le mouvement de révolte à prendre le dessus sur les forces de Mouammar Kadhafi » et il commençait à « pleuvoir » des armes sur les rebelles. L’amateurisme diplomatique à son comble !

- Les négligences, à la limite du mépris des intérêts russes. Nul ne peut prétendre que l’OTAN, le bras armé des pays occidentaux, n’a pas profité de la situation humanitaire pour expulser la Russie de la Méditerranée méridionale ! La fin ne peut jamais justifier les moyens, même si la cause est noble, lorsque les conséquences sont prévisibles et désastreux (un raidissement de la Russie et ses conséquences diplomatiques). Elémentaire mon cher Watson !

- L’incapacité de la communauté internationale à imposer le jugement des Kadhafi père et fils, le père fut exécuté sommairement, le fils croupi toujours dans une prison libyenne en raison du refus des nouvelles autorités libyennes de remettre Saif el-Islam à la Cour Pénale Internationale.

- La dispersion incontrôlée de l’armement des rebelles, mais aussi la distribution intentionnelle et prévisible de l’armement du régime libyen par le régime lui-même (pour une sorte de revanche post mortem de Kadhafi !), est un élément de preuve supplémentaire de l’amateurisme occidental en Libye. Un million d’armes seraient en circulation actuellement ! Il faut dire qu’avec un missile Stinger vendu à 10 000 $ la pièce au marché noir, la tentation est grande de se lancer dans la contrebande. Les conséquences dramatiques de cette « légèreté » occidentale se font sentir au niveau national (refus de certains groupes armés de déposer les armes ; explosions accidentelles dans des zones urbaines ; attentats à la voiture piégée ; attaques d’organismes internationaux comme la Croix Rouge ; etc.) et au niveau international (les armes libyennes se retrouvent déjà en Egypte et en Syrie ; l’Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique, a largement profité de ce « chaos » ; etc.). La « talibanisation » du Mali, avec le renforcement du pouvoir des Touaregs islamistes, Ansar el-Dine, est directement liée à l’amateurisme occidental dans le « modèle libyen ». C’est grâce à la contribution libyenne, en hommes et en armes, qu’ils ont réussi à contrôler le Nord du pays au printemps dernier !

La stratégie libyenne qui repose sur la triade, instauration d’une zone d’exclusion aérienne, armement des rebelles et frappes aériennes, se heurtera de plein fouet aux intérêts stratégiques des Russes ! Il en va du poids de la Russie dans le monde. Les raisons humanitaires ne pèsent pas lourd dans ce dossier, pas plus qu’elles n’ont pesées dans l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Toute action unilatérale sur ces 3 points, sera assimilée à une « déclaration de guerre » à la Russie. Hélas, et 1000 fois hélas, comme la Syrie n’est pas un enjeu crucial pour les pays occidentaux (pas comme le Koweït ou l’Irak autrefois !), il est évident que ce scénario n’est pas envisageable la moitié d’un quart de seconde par les chancelleries occidentales !


En guise de conclusion

Guider la destinée d’un peuple n’est pas un « job » comme un autre ! Quand on a la prétention de diriger des gens, on ne peut pas avancer par tâtonnement. Des décisions sont prises au nom du peuple syrien. Elles sont censées être murement réfléchies. Que ces décisions soient politiques ou militaires, elles ont des conséquences sur le terrain. Qu’elles soient nobles ou pas, n’a pas beaucoup d’importance, en tout cas pas autant que les « conséquences » ! Ces dernières prennent parfois des proportions dramatiques, comme on le voit en ce moment à Alep et à Damas. Ainsi, toute stratégie doit être évaluée avant, pendant et après sa mise en œuvre, et durant chaque phase l’évaluation doit être continue. Celle-ci doit se baser sur 2 éléments : l’atteinte des objectifs fixés et le prix à payer, pas uniquement au niveau financier, dégâts matériels, paralysie économique et manque à gagner, mais aussi et surtout en « sacrifices humains », selon le nombre de morts, de blessés et de gens terrorisés ! Objectifs et prix, sont deux paramètres indissociables, ce sont les deux faces d’une même pièce.

C’est précisément ce qui a conduit le général Babacar Gaye, chef par intérim de la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS), à tenir des propos extrêmement durs à l’égard des belligérants ! « Les violences et l'usage aveugle d'armes lourdes par les forces gouvernementales, ainsi que les attaques ciblées par celles de l'opposition, continuent de s'intensifier en Syrie... Les combats se poursuivent et je continue de rappeler aux parties leurs obligations de respecter le droit humanitaire international et de protéger les civils... Le conflit est allé trop loin, et dure depuis trop longtemps ». Lors de réunions avec des responsables gouvernementaux et de l'opposition, il a appelé les deux parties à renoncer à l'option militaire et à revenir à la table des négociations. Le Conseil de sécurité a décidé finalement de ne pas renouveler le mandat de la MISNUS qui expire le 19 août. La raison est accablante pour les deux parties, même s’il ne les met pas à pied d’égalité. « Il est clair que les deux camps ont choisi le chemin de la guerre, du conflit ouvert, et que l'espace pour le dialogue politique et l'arrêt des hostilités est à ce stade très, très étroit. » Les observateurs de l’ONU quitteront donc la Syrie dans les prochains jours. Désormais, le martyr du peuple syrien se déroulera à huis clos !

Au total, les rebelles de Syrie ne peuvent plus ignorer que la riposte du régime est d’une brutalité inouïe. Toute action entreprise contre lui doit donc être étudiée dans ces 2 aspects : avantages contre inconvénients. Il est aujourd’hui nécessaire, légitime et primordial, qu’ils se posent un certain nombre de questions sur le conflit et la suite des événements. La plus importante de toutes doit porter sur l’efficacité de leur stratégie globale actuellement, sur le plan politique et sur le plan militaire.


Post-Scriptum

L’urgence de l’évaluation de la stratégie des rebelles est dictée non seulement par le manque d’efficacité flagrant depuis 17 mois et le bilan très lourd du côté de la population civile, mais aussi par l’émergence de certains phénomènes préoccupants.

- D’abord, la « visibilité » des forces islamistes dans le conflit. Certes, on ne peut pas reprocher à une population confrontée à la barbarie d’un régime répressif d’invoquer Dieu et de scander dans les manifestations « Allah wou akbar ». Par contre, il y a de quoi s’inquiéter quand on apprend que le drapeau islamiste flotte sur un poste frontalier entre la Syrie et la Turquie (Bab el-Hawa). Même s’ils ne sont qu’une poignée d’hommes à contrôler ce passage, leurs déclarations n’a rien de rassurant : « Nous ferons un État islamique jusqu’au Liban, où ils ont des putes et des casinos ». On retrouve chez ces extrémistes, le slogan des Frères musulmans égyptiens : « L’Islam est la solution » !

- Ensuite, cette violence dirigée contre des journalistes pro-régime et la sauvagerie de certaines exécutions de prisonniers par certains rebelles. Ces derniers ont tout intérêt à s’arrêter un moment devant le rapport publié le 15 août par les enquêteurs des droits de l’homme des Nations-Unies. Un rapport accablant pour le régime et préoccupant pour les rebelles ! En effet, l’ONU accuse le régime syrien de crimes de guerre et surtout de « crimes contre l’humanité », ce qui est parfaitement prévisible. Je l’avais déjà évoqué dans un statut le 31 juillet en réponse à Walid Joumblatt, qui a parlé de « génocide » et de « nettoyage ethnique », deux « raccourcis populistes » dignes du Bek, qui ne figurent nulle part dans ce rapport de 102 pages! Mais ce n'est pas tout, les rebelles sont accusés eux aussi, à un degré moindre, de « crimes de guerre » ! Le rapport souligne également que des atteintes aux droits de l’enfant ont été commises par les deux camps. Par ailleurs, il faut se rappeler que la « militarisation » du conflit, évoquait déjà par Kofi Annan comme une des causes de l’échec de sa mission onusienne, ne conduira pas forcément à la chute du régime syrien à court terme ; bien au contraire, elle prolongera l’espérance de vie de Bachar El-Assad !

- Enfin, la répercussion du conflit syrien au Liban. L’affaire « Michel Samaha », un « bouffon » du président syrien, qui planifiait plusieurs attentats au Liban pour le compte du régime syrien, les violations de la souveraineté libanaise par l’armée syrienne, le kidnapping de travailleurs syriens par un clan chiite libanais (en réponse au kidnapping de ressortissants libanais de confession chiite par les rebelles en Syrie), la présence de 37 000 réfugiés syriens sur le territoire libanais, l’éternelle tension entre les communautés alaouite et sunnite de Tripoli et le trafic d’armes bilatéral entre le Liban et la Syrie, font que le Liban se trouve aujourd’hui dans une poudrière. Avis de tempête ! A propos, il est de toute évidence que la conclusion de cet article s’adresse au libanais également, qu’il soit politicien ou leader d’opinion, député ou militant, ministre ou citoyen, think tanker ou think tanké... Guider la destinée d’un peuple n'est pas un job comme un autre et influencer le cours des événements n'est pas non plus un passe-temps comme un autre!

vendredi 20 juillet 2012

Vers l'« Etat des Alaouites » en Syrie ? Eventualité et conséquences pour le Liban (Art.67)



On apprend vite quand on sort des sentiers battus, que tout serpent reste dangereux tant qu’on ne lui a pas tranché la tête, encore plus dangereux quand on ne lui coupe que la queue et une fois on lui a coupé cette queue, on ne dispose que d’un temps limité pour l’achever, faute de quoi le serpent pourrait se retourner contre le randonneur imprudent. Autrement dit, toutes les prévisions à court terme sur les derniers événements en Syrie sont très aléatoires tellement la situation demeure floue et imprévisible. Avec des combats en plein cœur de Damas et un attentat contre un QG de sécurité dans la capitale syrienne, el-Cham rentre dans une folie furieuse et incontrôlable. Tous les ingrédients sont là pour nourrir les espoirs les plus fous et les rumeurs les plus folles. La « guerre psychologique » fait rage sur le sol et dans les airs, à Damas comme dans les médias et sur internet !

Après 16 mois de révolte non-stop, il est indéniable que le régime de Bachar El-Assad a reçu un coup très dur en ce mercredi 18 juillet. Je comprends qu’on puisse se réjouir de la mort de certains personnages odieux. Personnellement, c’est une limite que je ne franchirai pas. Pas uniquement pour une raison morale. Etant farouchement opposé à la peine de mort décidée en bonne et due forme, je ne peux point me réjouir d’une mort qui s’apparente à une exécution sommaire, une expédition punitive ou un acte de vengeance, notamment lorsque cette forme est obtenue par un « attentat-suicide ». Les criminels doivent être jugés devant un tribunal, par le peuple et pour l’Histoire.

Dans ce contexte de grande confusion, quelques réflexions aux moindres risques sur la situation de la Syrie et ses conséquences sur le Liban.

1. Allah n’y est pour rien dans l’évolution de la situation syrienne. S’il devait intervenir, il l’aurait fait ici et ailleurs, depuis longtemps, très longtemps, depuis la nuit des temps et les méandres des ténèbres, depuis la Genèse et la création d’Eve à partir du « baculum » d’Adam ! Vous en conviendrez avec moi, passons rapidement aux choses sérieuses.

2. La Russie ne lâchera pas le régime syrien tant que ses intérêts économiques et ses préoccupations stratégiques ne sont pas pris en compte. Idem pour la Chine. A ce jour, aucun des éléments suivants ne permet de présager le contraire : la personnalité de Poutine, les déclarations répétées de Lavrov, le blocage des résolutions à l’ONU (3 doubles vetos depuis mars 2011 ; dernier en date, jeudi 19 juillet), la restitution à l’armée syrienne de 3 hélicoptères de combat (par un cargo russe; opération en cours), l’importance de la base méditerranéenne de Tartous pour le Kremlin, le grand intérêt du marché syrien d’armement pour le complexe militaro-industriel russe, la nécessité pour les Russes de saboter le projet de gaz trans-syrien entre le Qatar et l’Europe (qui rendrait le continent moins dépendant du gaz trans-sibérien), le désamour des marchés arabes pour l’armement russe, la guerre froide entre la Russie et l’Occident qui n’a jamais cessé, etc. A ce titre, les pays arabes et occidentaux portent une lourde responsabilité dans l’enlisement de la situation en Syrie. La population syrienne paie très cher l’amateurisme occidental en Libye (d’avoir outrepassé la résolution de l’ONU ; d'avoir négligé les intérêts de la Russie ; de n’avoir pas pu imposer le jugement devant la CPI des Kadhafi, père et fils ; etc.). Il est facile de reprocher à la Russie la défense aveugle de ses intérêts, au mépris des droits humanitaires, alors qu’on a fermé les yeux et les oreilles à l’expédition guerrière du cowboy de la Maison Blanche en Irak, une guerre décidée pour des raisons bassement financières et qui a provoqué la mort de 115 000 civils irakiens dans l’indifférence générale du monde qui se prétend être "civilisé" !

3. Dans mon article « Hélas, pas de changement de régime en Syrie dans l'immédiat! », publié le 23 mars 2011, à peine 8 jours après le début de l’intifada syrienne, à contresens total de la pensée dominante du moment, après avoir énuméré les raisons qui me poussaient à choisir ce titre, j’avais conclu que « la détermination du peuple syrien à l'avenir, indépendamment des facteurs extérieurs... ne sera suffisante pour créer un bouleversement en Syrie que si et seulement si elle se radicalise et se généralise pour créer le "dynamisme révolutionnaire" que rien ne pourra arrêter, comme une avalanche... Bonne chance au peuple syrien. De toute façon, l'avenir lui appartient ! ». Nous voilà 16 mois plus tard, la révolution syrienne a peut-être réussie à donner à son mouvement ce « dynamisme révolutionnaire » qui pourrait déloger Bachar El-Assad du palais du Peuple. L’avenir nous le dira rapidement.

4. L’attentat de Damas survenu le 18 juillet 2012 fait penser évidemment au Complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler. Si les deux événements se ressemblent beaucoup, ils se distinguent également. Les deux attentats ont en commun deux éléments : ils visent de hauts responsables du régime et ils ont eu lieu pratiquement le même jour ! Est-ce un clin d’œil de l’Histoire aux révolutionnaires syriens ou un clin d’œil des révolutionnaires syriens à l’Histoire ? Qu'importe.

Mais ces deux attentats se distinguent aussi sur plusieurs points. D’abord, il faut noter que l’attentat de Wolfsschanze (« La Tanière du Loup », QG d’Adolf Hitler, un ensemble de blockhaus situés dans une forêt dense qui se trouve actuellement en Pologne) visait la tête de la pyramide du régime nazi, Hitler himself ainsi que des officiers de 1er plan, ce qui n’est pas le cas de celui de Damas, Bachar ne devait pas assister à la réunion et les hauts responsables syriens tués ne font pas partie du cercle rapproché du clan Assad. A ce propos, il faut préciser que le ministre de la Défense et le chef de la Cellule de crise, tués dans cet attentat n’avaient aucun pouvoir sur le terrain et même le puissant Assef Chawkat, vice-ministre de la Défense et beau-frère d’Assad, il était en disgrâce depuis quelque temps. Ensuite, il faut savoir que l’attentat contre Hitler constituait la 1ère étape d’un plan d’action qui prévoyait un coup d’Etat. Rien ne laisse penser aujourd’hui qu’un scénario semblable était prévu par les révolutionnaires syriens, à part ce coup d’éclat. Et enfin, le modus operandi ! Le colonel Claus von Stauffenberg a posé la mallette contenant la bombe et est sorti de la salle où étaient rassemblés les principaux officiers allemands. A Damas, l’auteur syrien, un garde du corps et non un haut officier comme pour Hitler, se serait fait pulvériser dans la salle de réunion. Une autre version circule. Elle ressemble à celle qui a couté la vie à Bachir Gemayel, où il est question d’un ouvrier qui travaillait dans le bâtiment. En tout cas, le mode opératoire a son importance. Et quelle nuance ! C’est sur cette base, je pense, que Ban Ki-Moon a « condamné fermement » l’attentat de Damas. Et comment ! Peut-on se réjouir de cette mode désuète des « attentats-suicide » quand cela nous arrange, comme c’est le cas aujourd’hui avec l’attentat de Damas, et la condamner quand cela nous dérange, comme ce fut le cas avec l’attentat contre Rafic Hariri à Beyrouth ou avec les attaques du 11 Septembre à New York ? C’est une question de principe. Lors du procès de Nuremberg, les criminels nazis ont eu le droit de se défense, malgré les horreurs commises, et ce qui se passe en Syrie n’est rien comparé aux crimes nazis. Le principe de l’attentat-suicide est moralement condamnable, ne serait-ce que parce qu’au cours de l’opération, des innocents sont tués, blessés et traumatisés, avec les criminels visées ! Encore une fois un criminel doit être jugé et non exécuté !

Un rappel sinistre de circonstance. L’attentat de Wolfsschanze, à défaut de décapiter le régime nazi, a été suivi par une répression féroce et une épuration massive. Une dizaine de milliers de personnes ont été exécutées par la suite. Bachar El-Assad, en « black-out » depuis l’attentat, il serait toujours à Damas selon les dernières informations, prépare sa vengeance, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Il fera comme son père après l’attentat manqué contre lui en 1980 où un millier de Frères musulmans furent massacrés à la prison de Tadmour. D'ailleurs, les Frères musulmans considèrent que désormais le régime est "aussi dangereux qu'un loup blessé". Toute la question étant de savoir, quelle marge de manœuvre reste réellement au fils Assad et si les rebelles ont la capacité de harceler le régime par d’autres coups de cette ampleur ?

5. Déloger Bachar El-Assad ne signifie pas la fin du conflit en Syrie et le début immédiat d’une ère de prospérité pour le peuple syrien. Le tyran de Damas a encore quelques cartes dans les mains. Et non des moindres ! Le soutien infaillible de la Russie et de la Chine, l’hésitation occidentale et arabe sur le remplacement de Bachar (malgré les déclarations hypocrites !), le soutien inconditionnel d’Israël (malgré les déclarations hypocrites aussi ; Israël est éternellement reconnaissant pour les Assad, père et fils, d’avoir transformé le front du Golan en un lieu paisible où il fait bon de vivre pour les colons israéliens ; en tout cas, l’Etat hébreux craint le transfert de missiles et d’armes chimiques vers le Hezbollah au Liban), la menace d’utilisation des armes chimiques contre les insurgés et la population, la dissémination de l’arsenal de l’armée syrienne (notamment vers le Hezbollah), le passage à la guerre civile (avec affrontement des populations alaouite et sunnite), l'exode massif de la population syrienne vers le Liban (20 000 personnes au cours des dernières 24 heures), l’agitation des camps palestiniens de Syrie (expulsion massive vers le Liban ou la Jordanie) et enfin pour ce qui nous concerne directement, la déstabilisation du Liban.

Et comme par hasard et par malédiction, le jour de l’attentat de Damas, un attentat au bord de la mer Noire contre des touristes israéliens fait 6 morts et une trentaine de blessés. "L'attentat de Bourgas a été mené par des activistes du Hezbollah et commandité par l'Iran", a déclaré Ehud Barak, le ministre israélien de la Défense. Pour le chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman, "C'est le Hezbollah aidé par les Gardiens de la révolution de l'Iran qui est responsable de cet attentat". Au passage, l’attentat de la mer Noire est aussi perpétué par un kamikaze ! Enfin, l’embrasement de la région est le meilleur moyen de prolonger l’espérance de vie de Bachar El-Assad, quitte à replonger le pays du Cèdre dans une guerre désastreuse !

Enfin, la réactivation de l’« Etat des Alaouites » du mandat français est probablement la dernière cartouche de Bachar El-Assad. Ce mini-état a existé sous diverses appellations entre 1920 et 1936 : Territoire des Alaouites, Etat des Alaouites et Territoire de Lattiquié. Il avait justement comme capitale Lattiquié. Il est dominé par la communauté alaouite. Le repli des alaouites, civils et militaires de Syrie vers l’« Etat des Alaouites » est une option que le clan Assad envisagera sans doute quand il aura la certitude de perdre définitivement le contrôle de la Syrie. D’ailleurs, des observateurs ont déjà noté un mouvement de populations -alaouite et chrétienne- vers la côte, qui connait un boom immobilier sans précédent. Le moment venu, il videra les caisses de l’Etat syrien et transformera l’armée syrienne en une milice alaouite chargée de la défense du nouvel Etat. La Russie sera le premier pays à le reconnaitre, d’autant plus que la base militaire russe de Tartous se situera dans l’Etat des Alaouites. C’est peut-être ce qui explique la grande prudence des chancelleries occidentales sur le dossier syrien : éviter de « pousser » le clan Assad vers cette option extrême ! L’existence d’une frontière commune avec le Nord du Liban et la présence d’une communauté alaouite à Tripoli, facilitera la déstabilisation du pays du Cèdre, qui n’en a sûrement pas fini avec le clan des Assad !

6. Déloger Bachar El-Assad ne signifie pas non plus la fin des problèmes libanais et le début immédiat d’une ère de prospérité pour le peuple libanais. Dans mon article, écrit en mars 2011, je concluais : « Si le changement de régime en Syrie est un paramètre important qu'il faut sans doute prendre en considération, nous libanais, les composantes du 14 Mars en particulier, nous ne devons en aucun cas construire nos plans d'action sur cette éventualité. » Je n’ai rien à rajouter à cette conclusion 16 mois plus tard, même si le dynamisme révolutionnaire a franchi le seuil de non-retour, à cause notamment du point 5. En tout cas, indépendamment de ce qui précède, certains pensent naïvement, notamment au sein du 14 Mars, que la chute du régime syrien anéantirait le Hezbollah et Michel Aoun !

Ils persistent à ne pas vouloir comprendre que la « puissance » du Hezbollah, le parti religieux ne la tire pas ni du régime syrien, ni des mollahs d’Iran, ni même de ses armes, mais surtout de la communauté chiite libanaise qui le soutient massivement ! De grâce dites-moi, combien de voix chiites (et surtout qu’est-ce qu’elles représentent sur le terrain) se sont élevés pour dénoncer l’attribution par Hassan Nasrallah du qualificatif de « martyr » à Assaf Cawkat ou pour critiquer le Hezbollah après les guerres de juillet 2006 et mai 2008 ou qui réclament la dissolution illico presto de la milice chiite et son désarmement ou la remise des 4 accusés du Hezbollah au Tribunal spécial pour le Liban ? Peu, hélas. Quant à Michel Aoun, ces mêmes « certains » s’obstinent à ne pas vouloir comprendre que la popularité du général de Rabié ne sera nullement affectée par les événements tragiques de Syrie pour la simple raison qu'ibn Hrajel, ibn Maaser El-Chouf, ibn Jézzine, ibn Achrafieh et ibn Bkerké même, n'ont cure de ce qui se passe de l’autre côté de l’Anti-Liban ! Non par cruauté mais par un égoïsme bassement "humain". Ils sont surtout sensibles à son populisme à 5 piastres.

7. Au total, pour ce qui est de nous au Liban, ce qui va affaiblir le Hezbollah et Aoun, ce sont d’une part, la présentation par le 14 Mars d'un programme politique courageux, ambitieux, concret et réaliste, qui abordent la vie quotidienne de la population libanaise, en lui donnant matière à rêver à un avenir meilleur et d’autre part, l'engagement ferme à le réaliser si le peuple libanais lui accorde la majorité relative aux prochaines élections législative de 2013 ! Le reste n'est que vanité et poursuite de vent.


Mise à jour 19 décembre 2012 

Extraits d'un article paru dans le quotidien libanais al-Moustaqbal le 17 déc. 2012
الأسد يحضّر للفرار من دمشق والتحصّن في جبال العلويين

المستقبل - الاثنين 17 كانون الأول 2012 

تتسارع مجريات الأحداث في سوريا حيث سرّب مصدر روسي مقرّب من بشار الأسد أمس، أن الرئيس السوري أعدّ خطة عسكرية لإطالة أمد الحرب الدائرة ضد الشعب السوري من خلال تخطيطه للجوء إلى جبال العلويين في الساحل الغربي من البلاد، إلى حيث نقل سبعة ألوية من قوات النخبة في الجيش السوري ولواء متخصصاً بالصواريخ البالستية بحوزتهم ذخائر كيميائية.

ففي بريطانيا، نقلت صحيفة "الصانداي تايمز" امس عن مصدر روسي مقرب جدا من الأسد ان الأخير يحضر من اجل مغادرة دمشق إلى مكان أكثر امناً في جبال العلويين قرب الساحل السوري المطل على البحر المتوسط بين جنوب تركيا وشمال لبنان.

وبحسب مصادر استخبارية غربية، فإن سبعة الوية من المغاوير (اشرس المقاتلين) الذين هم في غالبيتهم من الطائفة العلوية ولواء متخصص بالصواريخ البالستية قد انتقلوا مطلع الشهر الجاري الى المنطقة العلوية التي يخطط الأسد للانتقال اليها. واوضحت المصادر ان "واحداً من الوية المغاوير ولواء الصواريخ يملكون بحوزتهم ذخائر كيميائية".
وكان النظام عمل بشكل رئيسي خلال الـ21 شهراً الماضية على تطهير المنطقة عرقياً فقامت قواته بإبادات جماعية للمسلمين السنة الموجودين في عدد من القرى على اطراف المنطقة العلوية مثل ترميش والرستن والحولة. كما قامت قوات الاسد بزرع الطرقات الحدودية للمنطقة بالألغام، وانتقل مراقبو قوات النخبة الخاصة الى المنطقة لمراقبة الطرقات التي تؤدي اليها بشكل دائم.

وافادت تقارير ان آلاف العلويين يهرعون الى المنطقة الساحلية الواقعة على المتوسط بين تركيا وشمال لبنان، كما اشارت معلومات غير مؤكدة ان الأسد قد نقل قسماً من عائلته الى القرداحة الواقعة في قلب المنطقة المذكورة حيث تقوم بحراستهم بشكل مشدد قوات خاصة مخلصة لعائلة الأسد.

واكد المصدر اعتقاده بأن الأسد لن يستسلم ابداً في المنطقة العلوية التي يسيطر عليها تماماً. اضاف "لقد قال لي الأسد: مبارك ربما غادر وبقيت مصر، أما انا اذا ذهبت فلن يبقى شيء من سوريا".

  
Mise à jour 5 juillet 2013
Les choses se concrétisent ! C'est même très grave. Des informations évoquent la destruction et la falsification des registres des cadastres en Syrie, pour déposséder les propriétaires sunnites de leurs biens dans certaines régions, notamment à Homs. La population et les rebelles syriens doivent le savoir. Extraits d'un article paru dans le quotidien koweïtien Al-Raï le 5 juil. 2013

صار من شبه المؤكد ان الرئيس بشار الاسد يسعى لاقامة منطقة نفوذ ذات غالبية علوية وشيعية تصل الشمال الغربي للبلاد بالعاصمة دمشق، وتكون متصلة بالبقاع اللبناني والجنوب وبيروت

قوات الاسد عمدت الى نقل عدد من السكان المدنيين العلويين من الشمال الغربي الى بلدة القصير التي استعادتها أخيرا من الثوار، وسمحت للعلويين بنهب الممتلكات، والاقامة في المنازل الفارغة للسنة المهجرين، كجزء من عملية تطهير عرقي منظمة

قيام قوات الاسد باحراق مبنى السجل العقاري في حمص... محاولة لطمس اثباتات الملكية للسوريين السنة


القوات التي خاضت المعركة في القصير انتقلت الى حمص، وان هذه القوات مؤلفة من خمسة الاف مقاتل لحزب الل
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