mercredi 17 juillet 2019

Des aéroports du 18e siècle au deal du 21e siècle, un désastre nommé Trump (Art.625)


Depuis la nuit des temps, on sait que l’histoire est écrite pas les vainqueurs et contestée par les vaincus. Mais on ignorait jusqu’à présent, qu’elle pourrait être (ré)écrite par un imbécile heureux et approuvée par des électeurs imbus de sa personne.

Donald Trump de retour à la Maison Blanche, le 13 juillet
(photo compte Twitter)

« USA, USA, USA ». Nous sommes le 4 juillet, à Washington, sur les marches du plus célèbre mémorial de la capitale américaine. Donald Trump se voit rempiler pour quatre ans. Il part en campagne. La saison de la chasse aux électeurs est ouverture. Les techniques sont éprouvées. Il faut d’un côté, un leurre, « Make America great again », et de l’autre, de la glu, « America first ».

Il se tient fièrement devant ses partisans. Il aurait dû se méfier au moins de deux éléments : le ciel sombre suspendu au-dessus de sa tête et le regard sévère d’Abraham Lincoln dans le dos. 243 ans après la Déclaration d'indépendance des treize colonies de l’Est américain par rapport à la Grande-Bretagne, le 45e président des Etats-Unis se lance dans un grand récit historique sur la Révolution américaine, la guerre d’Indépendance et la grandeur de l’Amérique, afin d’expliquer que « rien n’est impossible » au peuple américain. Eh oui, à commencer par l’élection d’un bouffon à la tête du pays !

Jeudi en quinze, Donald Trump a affirmé d’un ton monocorde et sans sourciller que durant la guerre contre l’Empire britannique « le Congrès continental (l’assemblée formée par les délégués des treize colonies américaines) a créé une armée unifiée à partir des forces révolutionnaires qui campaient autour de Boston et de New York (elle sera placée sous commandement unique de George Washington ; c’est l’ancêtre de la US Army) ». Il aurait dû se tenir au texte devant ses yeux. Mais non, Trump a eu l’incongrue idée d’improviser. « Notre armée a dominé les airs, enfoncé les remparts et pris le contrôle des aéroports. Elle a fait tout ce qu'elle avait à faire ». C’est c’là oui, en « juin 1775 », selon ses propres dires !

Pour excuser sa bourde, le président américain a annoncé urbi et orbi le lendemain : « J’étais sous la pluie et le téléprompteur s’est éteint (…) il était kaput ». Mais alors c’est la preuve qu'il est l’auteur de cette belle ânerie ! Il a invoqué aussi le stress pour justifier cet anachronisme hallucinant. « Ce n’est pas évident quand vous êtes en face de millions et de millions de personnes à la télévision ». Et comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, il a rajouté, toujours sans sourciller malgré l’ampleur de la stupidité de ses propos : « J’imagine que la pluie a mis hors d’usage le téléprompteur, mais je connaissais très bien le discours, alors j’ai pu le faire sans téléprompteur. » Non mais, quel bouffon ! Il se surpasse à chaque fois.

Et dire que ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis sont la risée du monde par la faute de leur président ! L’avant-dernière fois c’était deux semaines auparavant. Suite à la destruction d’un drone américain par le régime des mollahs, Donald Trump ordonne le 20 juin des frappes aériennes contre l’Iran. Les navires américains du Moyen-Orient se mettent en position de guerre et les avions décollent de leurs bases avec comme mission de détruire une liste de cibles militaires sur le territoire iranien. Brutalement, les militaires sur le qui-vive reçoivent l’ordre d’aller se baigner ! Pour expliquer ce volte-face, le commandant en chef des forces armées américaines invoque le risque de pertes civiles. « J’ai demandé combien de personnes allaient mourir. 150 personnes, Monsieur, a répondu un général. Ce n’était pas proportionné par rapport à une attaque contre un drone. » Oh, cœur d’artichaut ! Non mais, quel bouffon ! Et pourquoi n’a-t-il pas demandé cela avant d’ordonner aux F-35 de foncer sur l’Iran à 1 930 km/h ?

*

La liste des bourdes de Donald Trump est longue et ne cesse de s’allonger. Elle nous amène à nous poser des questions sur les capacités intellectuelles d’un homme à prendre des décisions graves sur des sujets sensibles. Mettons de côté le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. C’est stupide, ça ne fait pas débat. Limitons-nous à deux dossiers qui nous intéresse spécialement au Moyen-Orient, les sanctions contre l’Iran et le Hezbollah, ainsi que le deal du siècle sur la Palestine et Israël.

Il ne fait aucun doute, le programme nucléaire iranien était suspect dès l’origine, comportant beaucoup de zones d’ombres et de dissimulations pour être honnête. De ce fait, il était soupçonné d’avoir une double nature, civile et militaire. Ces soupçons étaient alimentés par la volonté flagrante de la République islamique chiite d’Iran d’avoir suffisamment de poids géopolitique afin de peser sur tous les dossiers de la région, en Irak, en Syrie, au Liban, en Palestine, au Yémen et au Bahrein.

Le mélodrame déclenché par le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne fait oublier à ceux qui ont la mémoire courte et ceux qui ont la mémoire sélective trois certitudes :

• Primo, l’accord de Vienne (« Plan d’action global commun »), conclu en juillet 2015 entre l’Iran, le groupe P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume Uni, Allemagne, France) et l’Union européenne, est la 6e tentative internationale de contrôler le programme nucléaire iranien. Il fait suite à l’accord de Téhéran (2003), l’accord de Paris (2004), le Plan de travail (2007), l'accord Iran-Brésil-Turquie (2010) et l’accord préliminaire de Genève (2013). Qu’importe les raisons, tous ces accords ont échoué totalement ou en partie, à l’exception de ce dernier. Donc si l’accord de Vienne échoue, ça ne sera pas une première mondiale.

• Secundo, la reprise de l’enrichissement de l’uranium par l’Iran il y a une dizaine de jours, au-delà du taux autorisé (3,67%), constitue bel et bien une violation flagrante de l’accord de Vienne -peu importe si elle est liée au retrait des Etats-Unis de ce dernier- qui expose le régime des mollahs à des sanctions. Sommer les Européens d’intervenir, avant septembre, pour sauver l’accord de Vienne, l’aider à contourner les sanctions américaines et vendre son pétrole, comme le répète en boucle l’Iran, relève plus du chantage que de la bonne intention, qui est destiné à briser le front occidental à l’égard de la République islamique.

• Tertio, dans cet accord donnant-donnant conclu il y a quatre ans, jour pour jour, il y avait deux volets. Dans le volet officiel on a d’un côté, un Iran autorisé à avoir une activité nucléaire civile, qui accepte d’être contrôlé par l’Agence internationale de l'énergie atomique, et de l’autre côté, des membres permanents du Conseil de sécurité (et l’Allemagne), ainsi que l’Union européenne, qui s’engagent à lever les sanctions internationales et multilatérales. Mais ce n’est qu’un secret de Polichinelle, tout le monde sait que l’accord de Vienne comportait un volet officieux, non déclaré et jamais signé. Les pays occidentaux engagés -les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’Allemagne, la France et l’Union européenne- tablaient sur le fait que le rétablissement d’une confiance mutuelle conduirait la République islamique d’Iran à mettre de l’eau dans son vin. Cela relevait plutôt du wishful thinking.

Avec quatre ans de recul on peut dire que le pari occidental de l'époque, défendu à juste titre notamment par Barack Obama, a lamentablement échoué :

• Jamais le programme militaire iranien n’a été aussi développé qu’en ce moment (missiles balistiques, missiles de croisière, sous-marins, satellites, etc.). Rien de bien menaçant pour la paix dans le monde, comme le dénonce hypocritement l’administration Trump, mais juste ce qu'il faut pour foutre le chaos au Moyen-Orient.

A l'occasion du 40e anniversaire de la Révolution islamique, en février 2019, le président Hassan Rohani a exposé les ambitions de son pays. Il était très clair à ce sujet. « Nous n'avons jamais demandé et nous ne demanderons jamais la permission de développer différents types de… missiles (sol-sol …). Nous allons continuer à avancer et à développer notre puissance militaire ». En tout cas, le programme balistique iranien est une violation flagrante de la résolution 2231 du Conseil de sécurité, qui a entérinée l’accord nucléaire.

• Jamais la répression en Iran n’a été aussi forte qu’aujourd’hui. L’avocate et militante iranienne des droits de l’homme, Nasrin Sotoudeh, a été condamnée en juin 2018 et en mars 2019, à 38 ans de prison au total et à 148 coups de fouet pour « incitation à la débauche », alors qu’elle n’a fait que défendre plusieurs femmes iraniennes qui avaient osé enlever leur voile dans la rue.

• Jamais les ingérences iraniennes dans les affaires des pays arabes n’ont été aussi étendues que de nos jours. Le soutien politique, militaire et financier du régime des mollahs a été déterminant entre 2015 et 2019 pour assurer la survie et la victoire de la tyrannie des Assad en Syrie.

A vrai dire, l’accord nucléaire avec l’Iran présente deux tares originelles.

• D’un côté, sa durée de validité trop courte. « Dix ans à compter de la date d’adoption… toutes les dispositions de la résolution 2231 (2015) cesseront de s’appliquer et le Conseil de sécurité ne sera plus saisi de la question du nucléaire iranien », c’est très insuffisant pour sonder les véritables intentions de l’Iran. En 2025, tout prendra fin. Disons que c’est après-demain. Rajoutez à cela, que les mécanismes de contrôle que prévoit l’accord, ne permettent qu’une « marge d’action » d’un an, avant que l’Iran n’accède à suffisamment d’uranium enrichi pour produire une arme nucléaire, un délai plutôt grotesque.

• D’un autre côté, un ensemble de non-dits non-écrits, sur le développement du programme militaire balistique, les atteintes aux droits de l’homme et les ingérences dans les affaires arabes.

Ainsi, l’accord de Vienne -un moindre mal et un pari à prendre en 2015, mais qui est déjà mort en 2019- était condamné à moyen terme. Rien ne garantit que l’Iran ne développera pas un programme nucléaire militaire au-delà de 2025 ! Surement pas l’accord de Vienne. La manne financière engendrée par la levée partielle des sanctions n’est pas utilisée à bon escient, cela ne fait aucun doute. Elle a été investie dans l’industrie militaire iranienne, mais aussi en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et au Bahrein, afin de renforcer le « croissant chiite », la sphère d’influence de la République islamique d’Iran. En principe, le régime des mollahs mérite bel et bien son isolement politique et économique. Toujours est-il que rarement le Moyen-Orient ne s’est retrouvé dans une situation géopolitique aussi compliquée. Mais de là à croire qu’un bouffon de la trempe de Trump, qui enchaine les bourdes comme d’autres changent de chemises, soit capable de s’y attaquer avec succès, il y qu’un pas invraisemblable que seuls les partisans du plus grand imbécile de l’histoire contemporaine, George W. Bush, avaient osé franchir auparavant ! On voit bien à quel prix, même aujourd’hui.

Le fameux "deal du siècle" pour le Moyen-Orient:
De la paix à la prospérité (volet économique)

De l’histoire, justement, et si nous parlions du projet de Donald Trump pour remodeler le Moyen-Orient, le deal du siècle. Il comporte un volet politique, qui ne sera dévoilé qu’en novembre, et un volet économique, présenté en grande pompe par le gendre du président américain, Jared Kushner, il y a à peine trois semaines à Manama. Il consistera à injecter dans les économies de la région (la Palestine, l’Égypte, la Jordanie et le Liban), pendant dix ans, 50,67 milliards de dollars, avec comme perspective, régler un des plus vieux conflit de la planète.

Une carotte alléchante ? Surement pas. Quand on regarde de plus près, on se rend compte de l’arnaque tout de suite : la moitié de ce montant est sous la forme de « prêts subventionnés » et un peu moins du quart sous la forme de « capitaux privés », les « subventions » pures ne constituent que 13,38 milliards, un montant très modeste à vrai dire, pour une injustice qui dure depuis plus d’un siècle et qui est entièrement due à la faute et à la complaisance des grandes puissances, notamment occidentales.

Dans les détails, le plan de Donald Trump, prévoit des investissements de 27,813 milliards de dollars en Cisjordanie et à Gaza, 9,167 milliards en Egypte, 7,365 milliards en Jordanie et 6,325 milliards au Liban. C’est beaucoup d’argent, n’est-ce pas, mais pour faire quoi au juste ?

Dans l’introduction, on nous dit que « l'objectif est de donner aux Palestiniens les moyens de construire un avenir meilleur pour eux-mêmes et pour leurs enfants ». Parfait, mais pourquoi tant de générosité pour le Liban ? Ah mais parce que ce projet constitue aussi « une vision pour les Palestiniens et pour la région du Moyen-Orient ». Oh mais ça reste bien louche. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller à la page 45 du projet « De la paix à la prospérité ». Pour la Jordanie, l’Egypte et le Liban, Trump & Co ne s’en cache pas : « Renforcement du développement régional et de l’intégration ». Eh bien, nous voilà, « intégration », mais de qui et dans quoi ?

Passons à la page 50 pour en savoir plus. La première chose qui frappe en
parcourant ce tableau, c’est la composition de la manne financière de 6,325 milliards de dollars soi-disant octroyés au Liban : elle est composée de « prêts » à plus de 73 % (4,625 milliards) et d’investissement « privatif » pour 20 % (1,250 milliard). Eh oui, les subventions plafonnent à 7,11 % précisément, soit 450 millions de dollars, une véritable misère étant donné l’enjeux géopolitique du projet de Donald Trump !

Et ce n’est pas tout. Trump & Co prévoit cinq grands projets pour le pays du Cèdre.

Les deux premiers consisteront à « soutenir l'intégration commerciale régionale pour inciter les exportateurs à s'engager dans les chaînes de valeur régionales afin de réduire considérablement le coût des affaires dans la région » et à « élargir le programme actuel de l'Overseas Private Investment Corporation (OPIC) des États-Unis, qui appuie les petites et moyennes entreprises (PME) de la région ». Des généralités vaseuses, zappons.

Les trois autres bouquets de projets dédiés au Liban sont beaucoup plus intéressants. Ils prévoient de renforcer ou même de créer des « corridors économiques » dans le cadre d’un « programme d'intégration régionale » qui concernera les transports routier, ferroviaire, maritime et aérien : « Réparer et améliorer… les liaisons routières… sur les deux principaux couloirs, Nord-Sud et Est-Ouest (…) Soutenir la construction d'un réseau ferroviaire au Liban avec la possibilité de se connecter à un réseau ferroviaire régional (…) Appuyer la construction et la logistique connexe pour l'agrandissement de l'aéroport de Beyrouth et d'autres aéroports, l'agrandissement des ports libanais, y compris Beyrouth et Tripoli, et la modernisation des postes frontaliers ».

Ce que réserve le "deal du siècle" de Trump & Co pour le Liban : des infrastructures, routière, ferroviaire, maritime et aérienne, qui n'ont rien à voir avec les Palestiniens! Cherchez l'erreur.

EXCELLENT sans l’ombre d’un doute. Mais en quoi l’amélioration de la circulation des biens et des personnes au Liban et les développements des axes routiers entre Batroun et Saida ou entre Baabda et Baalbek, et du rail entre Tyr et Jbeil, ainsi que des ports de Tripoli et de Jounieh, et des aéroports de Riyak et de Beyrouth, donnent aux Palestiniens « les moyens de construire un avenir meilleur pour eux-mêmes et pour leurs enfants », comme on peut le lire dans l'introduction ? Et de quelle manière ces projets constituent « l'effort international le plus ambitieux et le plus complet à ce jour en faveur des Palestiniens » ? Non mais qu’est-ce qui permet d’affirmer dans la conclusion que « l'avenir des Palestiniens est un avenir plein de promesses et de potentiel », que « l'histoire palestinienne ne s'arrête pas là » et que « leur histoire est en train d'être écrite » ?

Certes, Trump & Co prévoit des dizaines de projets économiques au Moyen-Orient, qui d’après la brochure promotionnelle, sont réalisés en faveur des Palestiniens. Seulement voilà, tous les projets prévus pour le Liban, comme la majorité de ceux envisagés en Jordanie et en Egypte, n’ont absolument pas de rapport direct avec ces derniers ! Aucun. Ce « Plan Marshall » bâclé à une visée politique bien ciblée qui n’est pas dans l’intérêt des peuples de la région, ni les Palestiniens ni les Libanais d’ailleurs. Il vise simplement à débarrasser Israël du dossier encombrant des « réfugiés palestiniens », aux moindres frais et au rabais, en poussant les dirigeants arabes, notamment libanais, aux abois sur le plan économique, à accepter l’implantation de ces derniers dans les pays hôtes, en violation de la Constitution pour ce qui relève de la République libanaise. Il est curieux de constater que le gouvernement du Liban a peut-être commencé à préparer l’opinion public dans ce sens, en annonçant dès la fin de 2017 dans l’indifférence générale, qu’il n’y avait au Liban que 174 422 réfugiés palestiniens. Des foutaises puisque 469 555 Palestiniens sont enregistrés officiellement au Liban auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

Notons par ailleurs que les vastes projets américains de développements routier, ferroviaire, maritime et aérien, ne serviront évidemment pas à établir des ponts avec Israël mais plutôt avec la Syrie des Assad. Nous sommes sans doute en phase de terrassement des mentalités, le prélude à implanter jusqu'à 1,5 million de ressortissants syriens au Liban, réfugiés et déplacés, comme le prévoit les plans pernicieux de Bachar el-Assad.

Il n’y a pas de doute le « deal du siècle » est clairement « l’arnaque de tous les temps », pour les Arabes. Tout libanais qui croit encore qu’un bouffon incapable de sourciller en parlant de batailles d’aéroports en 1775 et qui ordonne des frappes pour se raviser quelques minutes plus tard à cause des dommages collatéraux, est capable de s’attaquer avec succès à des sujets complexes comme le dossier nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien, n’est pas conscient que l’histoire n’est pas seulement écrite par les vainqueurs, elle pourrait l’être aussi par un « imbécile heureux » et des « idiots utiles » qui croient en lui. 

dimanche 17 mars 2019

De l’idéologie de l’extrême droite à l’attaque terroriste de Christchurch, il n’y a qu’un pas que Brenton Tarrant a franchi (Art.601)


Vendredi, c’était une autre journée sombre dans l’histoire de l’humanité. 50 morts dans deux mosquées de Christchurch, dont un garçon de 3 ans qui accompagnait son père, un ado de 14 ans, un ingénieur-retraité afghan qui y vit depuis 1977, un réfugié syrien installé depuis moins d’un an, une femme qui voulait protéger son mari en chaise roulante, un chirurgien cardiovasculaire réputé, et tant d’autres innocents tués par la barbarie d’un homme qui se défit comme « raciste » et « fasciste ». Dix réflexions.

Masjid al-Nour de Christchurch
Photo de Tessa Burrows / AFP

 1 Cet acte terroriste n’est pas sans rappeler les tueries de masse survenues en France, en Norvège et en Egypte ces derniers temps, qui ont visé respectivement un peuple considéré alors comme chrétien et athée, un groupe de jeunes pour leurs opinions de gauche favorable à l’immigration et des personnes clairement de foi chrétienne. La particularité de l’attaque terroriste de la Nouvelle-Zélande, c’est qu’elle touche des individus visés uniquement parce qu’ils étaient musulmans. On voit bien que l’extrémisme est sans foi ni loi et les extrémistes n’ont ni Dieu ni maitre.

 2 Le terroriste a filmé la scène et l’a diffusé en direct. Les images sont abominables. Ce n’est pas la première fois qu’un psychopathe se met en scène. Ça ne sera pas la dernière. Autre exemple de cette perversion des réseaux sociaux, le lynchage cybernétique qui a eu lieu au Liban il y a quelques jours et que j’ai dénoncé dans mon dernier article. Sans preuve, sans défense, sans procès, on décrète, on condamne, on exécute. Cette dérive n’a plus de limites. Les réseaux sociaux sont devenus de formidables moyens pour cultiver l’égocentrisme, abrutir les esprits, justifier la violence, banaliser la haine, propager les fake news, etc. Les gilets jaunes ont réussi l’exploit d’être tout cela à la fois et d’avoir pignon sur rue, grâce aux réseaux sociaux. A vrai dire ce n’est pas la faute de ces plateformes en soi. Celles-ci restent d’extraordinaires outils d’échange et de communication, l’agora des temps modernes. C’est l’usage qu’on en fait qui pose problème. Une chose est sûre, il faudra tenir compte des défauts du système afin de l’améliorer. A défaut, les réseaux sociaux deviendront le terreau du populisme.

 3 D’après les premiers éléments de l’enquête, le terroriste australien appartient à la mouvance d’extrême droite. Il a contacté le terroriste norvégien (tuerie d’Oslo en 2011, 77 morts), pour obtenir sa bénédiction. C’est un adepte du « Grand remplacement », comme le confirme le titre de son manifeste envoyé à 70 personnes médiatiques et politiques, dont la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, et publié sur internet 1h avant le grand massacre. C’est une théorie du complot popularisée par un écrivain français, Renaud Camus, qui circule dans les milieux d’extrême droite, selon laquelle les populations européennes sont progressivement remplacées par des populations non-européennes, noires et musulmanes, avec la complicité des hommes politiques, des intellectuels, des élites et des journalistes.

 4 Parmi les éléments déclencheurs du passage à l’acte du terroriste, on retrouve:

. Primo, un voyage en France, où il aurait vérifié la véracité de la théorie du grand remplacement.

. Secundo, la défaite de la haute représentante des poudres de perlimpinpin, Marine Le Pen, au second tour de l’élection présidentielle, qui « lui a fait perdre tout espoir dans une solution politique », malgré l’arrivée à la Maison blanche d’un bouffon, Donald Trump, le « symbole de l’identité blanche renouvelée ».

. Tertio, la conviction que sa tuerie provoquera un vif débat sur la détention d’armes à feu aux Etats-Unis, qui pourrait s’élargir sur d’autres sujets clivants d’ordres sécuritaires et identitaires. Il espérait qu’un climat de tension provoquerait un clash entre les communautés américaines qui déboucherait sur la balkanisation des Etats-Unis et une guerre civile. Un scénario apocalyptique qui entrainerait une séparation communautaire, la mort du melting-pot et le triomphe de la race blanche.

Après l’attaque terroriste au camion-bélier dans une rue piétonne du centre de Stockholm (Suède, 2017), commis par un demandeur d’asile islamiste ouzbek, qui fit cinq morts dont une fillette de 11 ans, il se radicalise et décide en tant qu’homme blanc de prendre les armes pour lutter contre les envahisseurs et venger les Européens tombés au cours des invasions islamiques dans le passé et lors des attaques terroristes récentes.

 5 Certes, l’acte terroriste de Brenton Tarrant est isolé. Il ne fait pas partie d’une mise en œuvre d’un plan établi par le Spectre et l’union des parties d’extrême droite. Il n’empêche que son manifeste, de 74 pages, et ses motivations, franco-américano-européennes, puisent leurs racines dans l’idéologie de l’extrême droite. Les Le Pen, père, fille et petite-fille, font référence, directement ou indirectement et régulièrement, au soi-disant risque de remplacement de la population en France et en Europe. Laurent Wauquiez, président LR, y croit, Nicolas Dupont-Aignan l’a adopté comme une réalité et pour Philippe de Villiers, le grand remplacement est même un plan de l’ONU. Robert Ménard, l’énigmatique ex-RSF, a considéré l’élection de l’actuel maire de Londres, Sadiq Kahn, comme le symbole du grand remplacement en cours. Alain Finkielkraut et Michel Houellebecq, abordent le sujet avec plus de subtilité et de camouflage. Eric Zemmour est le champion en titre, il détient le record incontesté. « Le grand remplacement, il est en cours », c’était en octobre dernier.

 6 Même son de cloche, de l’autre côté de l’Atlantique avec Donald Trump, l’extrême droite américaine et les suprémacistes blancs. Ces derniers sont à l’origine de l’intoxication générale du monde en décembre dernier, relayée par Le Pen & Co, et des gilets jaunes aussi, que l’ONU veut diluer les populations européennes avec des centaines de millions de migrants, le pacte de Marrakech. Alors qu’en réalité cet épouvantail n’est qu’une déclaration de principe non contraignante sur le plan juridique, dont l’objectif est de faire face à la crise des migrants, qui tue encore tous les ans des milliers de personnes en Méditerranée, conformément aux lois en vigueur dans l’Union européenne et aux valeurs humaines de l’Europe. Le texte affirme clairement que chaque pays est souverain en matière de politique migratoire.

 7 Bien sûr aucune de ces personnalités françaises ne justifiera ce nouveau crime contre l’humanité. Il n’empêche que leur discours ostracisant les étrangers en général, les noirs et les musulmans, en particulier, conduit de facto des esprits dérangés comme celle de Brenton T. et Anders Behring Breivik, à passer à l’acte. Toujours est-il qu’après chaque attentat commis par un individu se réclamant de l’islam, on a eu l’habitude d’entendre une foule en furie exiger de l’Etat et des musulmans d’Occident, l’exclusion, la dénonciation, des clarifications, des justifications, des réformes, des mesures, etc. Après la double attaque terroriste de Christchurch, qui fait écho à la double attaque terroriste d'Oslo et d'Utoya, il y a comme un effet boomerang. On est tenté d’émettre les mêmes exigences des partisans des extrêmes droites d’Occident.

 8 Les victimes sont à peine enterrées, que les rapaces sont déjà à l’œuvre pour exploiter le drame. Les exemples sont nombreux mais je n’en donnerai qu’un, Mohammad Jawad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères que des Occidentaux naïfs ont pris pour un partenaire respectable. « L’hypocrisie occidentale qui défend la diabolisation des musulmans sous le prétexte de la ‘liberté d’expression’ doit s’arrêter. L’impunité dans les ‘démocraties’ occidentales pour promouvoir la bigoterie mène à cela ». Foutaises.

S’il y des contrées où il fait bon de vivre dans ce monde de nos jours, que l’on soit athée ou croyant, chrétien ou musulman, c’est en Occident et nulle part ailleurs. Non, ce qui mène à cela, entre autres, c’est le fait qu’un grand pays comme l’Iran soit encore contrôlé sur les plans politique, militaire et idéologique - en l'an de grâce 2019- essentiellement par des hommes religieux. Ce qui conduit à cela, c’est de venir à Beyrouth il y a quelques semaines seulement, afin de commémorer le 40e anniversaire du triomphe de la révolution iranienne et la proclamation d’un État islamique chiite, qui n’a apporté que malheur pour le peuple iranien et les peuples du Moyen-Orient. Ce qui conduit à cela, c’est d’avoir un régime extrémiste des mollahs qui ne s’est jamais caché de vouloir exporter la Révolution islamique chiite dans la région et qui a participé à la guerre en Irak et en Syrie, ce qui n’a pas manqué de créer le terreau fertile pour l’épanouissement de l’extrémisme sunnite d’al-Qaeda, responsable du 11-Septembre, et de Daech, responsable du 13-Novembre.

 9 Qui connait Christchurch vous le dira, c’est un des rares endroits sur Terre, où l’on se sent vraiment au bout du monde. Et pourtant, le psychopathe s’est senti menacé par les envahisseurs. Comme quoi tout est une question de perception. En tout cas, une question s’impose : comment a-t-il pu se procurer cet arsenal meurtrier ? Difficile à croire, le plus simplement au monde car là-bas, il suffit d’avoir 18 ans et toutes ses dents, d’obtenir un permis dont la délivrance ne prend en compte que les antécédents judiciaires et psychiatriques, et d’aller s’offrir une arme militaire semi-automatique de son choix. Il n’y a même pas d’obligation d’enregistrer son arme. Dans ce pays paisible, la Nouvelle Zélande, personne n’a pensé qu’un psychopathe profiterait de cette législation caduque pour notre époque pour tuer de sang froid 50 personnes.

 10 Que les victimes reposent en paix et que le tueur et ses complices aillent au diable.

vendredi 18 janvier 2019

Emmanuel Macron face au nihilisme des Gilets jaunes, à la rancune de Le Pen-Mélenchon et au parti pris du journal Le Monde (Art.590)


Déjà entre l'acte IX et l'acte X. Qui l'aurait cru? Pas même les personnes concernées, qui ont totalement oublié pourquoi ils étaient descendus dans la rue en novembre. Qu'importe, cela fait deux mois que la contestation de ce mouvement de foule populiste vire au nihilisme destructeur à Paris et dans toutes les grandes villes de province. Rien ne semble l'arrêter. Et pourtant, il faut sortir de la crise des gilets jaunes. Nous sommes entre le débat I et le débat II, déjà. C'est là où réside la grande opportunité de la France. Le point.

Le premier grand débat national, entre Emmanuel Macron et 653 maires de Normandie. Il a eu lieu le mardi 15 janv. 2019 entre 15h18 et 22h10 à Grand Bourgtheroulde (Eure)

 1  Droite et gauche ont fini par comprendre le danger de la crise des gilets jaunes


La mythologie du mouvement populaire spontanée de citoyens apolitiques qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts, ne trompent plus personne aujourd'hui. Les « gilets jaunes » constituent depuis le début, un mouvement politique hétéroclite, fédérateur de tous les courants anti-Macron de France et de Navarre: l'extrême gauche bien évidemment, une partie de la gauche et de la droite naturellement, et surtout et au-delà de tout, l'extrême droite. En un mot, les mauvais perdants des élections présidentielles et législatives de 2017, tous ceux que la montée spectaculaire d'Emmanuel Macron et de La République En Marche avait ringardisé.

Le parti des Républicains (LR) s'est rendu à l'évidence, les gilets jaunes représentent un danger pour le système politique français. Son attitude est parfaitement illustrée par celle de son président, Laurent Wauquiez. Gilet jaune le temps d'une photo quand c'était encore bon enfant, beaucoup plus réservé par la suite avec les débordements. Comme beaucoup de Français d'ailleurs. Au fil du temps, il est devenu de plus en plus clair que pour la droite c'est un jeu de dupe, le grand gagnant de cette contestation populiste de masse, est essentiellement le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen. Pour un parti de gouvernement comme LR, encourager un mouvement illégal (ne serait-ce que pour le blocage des ronds-points et des manifestations non déclarées), à caractère insurrectionnel, anti-démocratique, violent et à forte consonance d'extrême droite, c'est prendre le risque de revivre un remake et d'en faire les frais, le jour où il sera au pouvoir! C'est le cas aussi des partis de gauche, Parti socialiste (Olivier Faure) et Génération.s (Benoit Hamon).

 2  Le grand perdant, Jean-Luc Mélenchon (la rancune de l'ex-comandante de l'Alliance bolivarienne)


Le parti de La France insoumise (LFI) lui, n'a pas compris le danger des gilets jaunes et ne le comprendra jamais. Il croit encore tirer profit de la situation, au mieux, en faisant tomber le gouvernement, au pire, en vue des élections européennes au mois de mai. C'est la stratégie établie par le chef, Jean-Luc Mélenchon, « ex-comandante de l'Alliance bolivarienne », qui a fait campagne en 2017 pour détacher la France de l'Europe, afin de lier son destin au Venezuela svp, un pays qui connait actuellement une inflation de 1 000 000 %, et qui n'a jamais appelé ses partisans à voter pour Macron, car il souhaitait la victoire de Marine Le Pen, afin de s'auto-introniser comme Don Quichotte de la République française. Avec Le Pen à l'Elysée, il espérait faire campagne pour les législatives sur le thème « je suis le seul rempart contre le FN », remporter une majorité, être nommé Premier ministre, s'essuyer les pieds, rentrer à Matignon et en finir avec la Ve République. Echec sur toute la ligne.

Pour mieux cerner l'attitude de Mélenchon dans ce dossier, il faut se rappeler qu'il est empêtré dans de graves difficultés financières et judiciaires. Il utilise son immunité parlementaire pour empêcher les policiers de l'Office central de lutte contre la corruption d'enquêter sur ses magouilles financières, concernant les emplois fictifs d'assistants parlementaires européens et ses comptes de campagne lors de la présidentielle de 2017. « Je suis un parlementaire... Ma personne est sacrée ». Il utilise aussi ses partisans dans le même but. Rappelez-vous le cirque qu'il a fait il y a trois mois, à son domicile et au siège de son parti. Il faut dire que les accusations qui le concernent sont graves: « escroquerie », « abus de confiance » et « détournement de fonds publics », auxquelles se sont ajoutés, « menaces ou actes d'intimidation contre l'autorité judiciaire et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique ». C'était à la mi-octobre. Il avait défié l'autorité de l'Etat, les institutions de la République et l'état de droit. Déjà! Donc, quand les gilets jaunes commencent à s'activer vers la mi-octobre, l'agitation est perçue comme une grande bouffée d'oxygène et une aubaine par Jean-Luc Mélenchon et ses fidèles.

Tous les moyens sont bons pour récupérer les électeurs de l'extrême droite. Pour ce faire, le président de LFI a voulu marquer le début de l'année et les esprits par un billet d'éloge publié le 31 décembre, en l'honneur d'Eric Drouet, un des initiateurs et représentant des gilets jaunes, qui voulait envahir l'Elysée et qui a terminé sa course sur le périphérique. « Je regarde Éric Drouet avec tant de fascination ». Comandante ose même un long parallélisme historique. « Il y a déjà eu un Drouet décisif dans l’histoire révolutionnaire de la France », un homonyme du chauffeur routier, qui a permis l'arrestation de Louis XVI en juin 1791, alors en fuite. « Monsieur Drouet, on vous retrouve avec plaisir. » Bonne chance, sauf que l'héros de Mélenchon aurait voté pour Le Pen aux deux tours de la présidentielle. Enfin bref, aujourd'hui seul le chaos, peut sortir Mélenchon de ce sale pétrin.

 3  Seul le chaos sauvera Marine Le Pen des ennuis financiers et judiciaires (la rancune de la haute représentante des fabriques de poudre de Perlimpinpin)


Pour se tailler une stature internationale, pendant la campagne électorale du printemps 2017, la benjamine des filles de Jean-Marie Le Pen réussit à mobiliser son réseau franco-libanais pour lui organiser une visite officielle au pays du Cèdre. On dit qu'elle est revenue avec des valises. Pour sûr, elle a provoqué une polémique en faisant son cirque devant Dar el-Fatwa, le siège de la haute autorité musulmane sunnite du Liban. Ça ne lui a pas porté chance. Après sa performance catastrophique lors du débat d'entre-deux-tours (de l'aveu même des partisans du FN), la « haute représentante des fabriques de poudre de Perlimpinpin » peine à reprendre la main. Les tensions politiques au sein du parti conduisent au départ du vice-président du FN, Florian Philippot. La suite est marquée par les ennuis judiciaires et financiers. Et là, c'est l'embarras du choix. Mais comme pour Mélenchon, mi-octobre sera un tournant, une aubaine.

Après son interrogatoire au tribunal, la mise en examen de la présidente du FN concernant les emplois fictifs de son parti est aggravée par les juges d'instruction. Désormais, Marine Le Pen est poursuivie pour « détournements de fonds publics » (7 millions d'euros!), un délit passible de dix ans d'emprisonnement et d'un million d'euros d'amende. Si c'est confirmé, les courses présidentielles, c'est terminé pour elle. Ça sera la fin de sa carrière, l'archivage comme pour Mélenchon. Elle n'est pas la seule dans le box des accusés. Une quinzaine de membres du Rassemblement national, ex-FN, sont poursuivis aussi pour « abus de confiance » et « escroquerie en bande organisée ». Ils sont soupçonnés d'avoir payé des salariés du FN avec l'argent des contribuables européens, en détournant les enveloppes des eurodéputés réservées à l'emploi d'assistants parlementaires entre 2009 et 2017. C'est ce qui a poussé la justice française à l'automne 2018, de saisir un million d'euros d'aides publiques attribuées au RN.

Alors vous pensez bien, quand les gilets jaunes commencent à s'activer vers la mi-octobre, l'agitation est perçue comme une grande bouffée d'oxygène et une aubaine par Marine Le Pen et ses fidèles. Ils s'impliqueront corps et âme. Il y va de leur survie politique. La suite tout le monde la connait, versons de l'huile sur le feu et essayons de récupérer le mouvement. Aujourd'hui seul le chaos peut sauver Le Pen de ce sale pétrin.

Tous ces ennuis financiers et judiciaires n'empêchent pas Mélenchon et Le Pen de donner des leçons de justice sociale, de critiquer la gestion de l'argent public et de réclamer des élections anticipées. Rejet du système, populisme, euroscepticisme, stratégie de la victimisation, idées extrêmes, magouilles financières, pro-Poutine, pro-Assad, gilets jaunes, complexe Macron, décidément, Jean-Luc et Marine devraient faire alliance, ils auront plus de chances de vivre leur quart d'heure de célébrité warholien.

 4  Les gilets jaunes auraient fait pschitt sans la convergence de facteurs déterminants : les politiques et les médias traditionnels


 La voie démocratique est dans une impasse, elle ne permet pas de déstabiliser le pouvoir en place. En décembre, l'extrême gauche et l'extrême droite étaient pourtant déterminées à le faire. Insoumis, Communistes, Socialistes et Nationalistes s'étaient ligués pour déposer une motion de censure au Parlement (13 décembre), dans l'espoir de faire tomber le gouvernement d'Edouard Philippe. Pour Mélenchon, « c’est le plus court chemin vers... la dissolution ». Même son de cloche du côté Le Pen. Hélas pour eux, au moment fatidique, l'alliance incongrue n'a obtenu que 70 voix en tout et pour tout. Pour réussir, il leur a fallu 219 voix de plus. Autant pisser dans un violon.

Le mouvement des gilets jaunes a démarré vers la mi-octobre (2018), via des actions individuelles sur les réseaux sociaux, portant sur la taxe sur les carburants et une soi-disant chasse aux automobilistes. Depuis, il a fait coulé beaucoup d'encre et engendré beaucoup de mythologies. Et pourtant, réseaux sociaux ou pas, il aurait pu faire pschitt rapidement sans la convergence de trois facteurs déterminants.

Primo, l'immixtion des hommes politiques et des militants politisés, notamment de l'extrême droite et de l'extrême gauche. Cela s'est traduit très rapidement par des revendications politiques, allant jusqu'à la réclamation de la démission du président de la République et la dissolution de l'Assemblée nationale. Il est évident que le seul espoir de changer la donne pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux empêtrés dans de graves difficultés financières et judiciaires, s'est incarné par les gilets jaunes. Voilà pourquoi leurs militants se sont alors impliqués en masse dès le départ.

Secundo, le diktat des sondages. Gouverner par les sondages n'a rien de nouveau en France. C'est François Mitterrand qui a ouvert la voie. Il est allé jusqu'à commander un sondage par jour lors de la présidentielle de 1988, payé à l'époque en liquide par les fonds secrets. Sous Nicolas Sarkozy, on voulait de la transparence. Du coup, on est allés encore plus loin, en instituant le recours régulier et systématique aux sondages. Bilan des courses, 330 études d'opinion commandées entre 2007 et 2012, pour 9,39 millions d'euros, soit 28 500 euros par sondage. C'est ce qui a poussé l'élu écologique Raymond Avrillier, le lanceur d'alerte de l'affaire des sondages de l'Elysée sous Sarkozy (qui est devant la justice), à parler d' « ivresse sondagière ». Avec les gilets jaunes, on a franchi une autre étape, on est passé jusqu'au « délire sondagier ».

Dans cette crise, les sondages seront invoqués à tort et à travers par la coalition anti-Macron, avec plusieurs objectifs : compenser l'incapacité des gilets jaunes à mobiliser les Français sur le terrain (au zénith de la contestation, le taux de mobilisation n'a pas pu franchir la barre de 0,2% de la population) ; faire croire que les gilets jaunes ont le soutien de la majorité des Français, malgré les débordements dès le départ, en confondant délibérément l'échantillon de l'étude, composé de quelques centaines de personnes, avec une population de 67 millions d'habitants ; occulter le fait que l'écrasante majorité des sondés désapprouvent le recours des gilets jaunes à la violence comme modus operandi ; laisser croire qu'un soutien aux gilets jaunes équivaut forcément à une sanction de la politique d'Emmanuel Macron.

Tertio, le parti pris de certains médias. Qui a suivi de près la couverture des actions des gilets jaunes par les médias français, ne pouvait qu'être frappé par un certain regard bienveillant sur le mouvement d'une partie d'entre eux. Comme par enchantement, pour ces médias, la violation de l'état de droit (ne serait-ce qu'à travers les blocages des ronds-points et les manifs non déclarées) et l'atteinte à l'expression démocratique (par la réclamation de la démission du président et la dissolution du parlement, un an et demi après les élections!), n'étaient que des détails de l'histoire. C'est à peine si la problématique est abordée, enfin, d'une manière proportionnelle à la gravité des faits.

Aussi surréaliste que ça puisse paraitre, il y avait même comme une volonté de la part de certains médias en France, de donner aux sondages, le même poids politique que les résultats des élections démocratiques, pour les raisons détaillées précédemment. L'étude de l'opinion de quelques centaines d'individus devenant le gouvernail d'une grande démocratie comme la France, peuplée par 67 millions de personnes. L'objectif de ces médias était clair et double: profiter des gilets jaunes pour faire le buzz (et augmenter le trafic et les ventes), mais aussi, affaiblir Emmanuel Macron.

Ces médias ne se sont pas contentés d'informer et d'analyser les événements, ils sont devenus une partie prenante et camouflée du conflit socio-politique qui agite la France.

 5  Le parti pris de certains médias, notamment du Monde et du Point, contre Macron


Cet aspect du problème a été occulté du débat, alors qu'il est très inquiétant. Pour mieux le comprendre, il faut revenir sur le délire médiatique qui a caractérisé l'affaire Benalla. Comme je l'avais montré à l'époque, au total, les dix principaux médias de la presse quotidienne, hebdomadaire et numérique en France, avaient produit durant les deux dernières semaines du mois de juillet 2018, 1 409 documents sur cette histoire. Le journal Le Monde, qui a voulu en faire une « affaire d'Etat », a mobilisé pour la peine, 48 journalistes, afin de rédiger 178 articles sur le sujet durant ce laps de temps. Nous connaissons la suite, « l'affaire d'Etat » a fait pschitt.

Et vous croyez que les médias ont tiré la leçon de cette dérive? Pas du tout. Prenez Le Point, qui a mis le paquet dans l'affaire Benalla. Le 6 décembre 2018, l'hebdomadaire croyait viser juste en titrant : « Les derniers jours du modèle français ». Rien que ça! En photo de couverture, « 'La Marseillaise' à l'Arc de triomphe brisée » et en sous-titre, « Pourquoi Macron doit tout changer ». Notez bien, Macron, pas les gilets jaunes et les partis politiques irresponsables et opportunistes. Un mois plus tard, rebelote : « Mais quand est-ce qu'on arrête ça! ». Peut-être quand certains feront mieux leur boulot! Là aussi, une photo de couverture choc, accompagnée d'un commentaire neutre et insipide « Paris sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor », et non l'agression d'un gendarme par un gilet jaune. En sous-titre, les lecteurs ont eu droit à « La France sur un volcan ». Rien que ça! Eh bien, quand le journalisme fait du militantisme et se met au sensationnalisme, ça donne exactement cela.

Deux couvertures du Point sur la crise des gilets jaunes (6 déc. 2018 et 10 janv. 2019)

Revenons au Monde, dont le parti pris est encore plus subtile. Le journal a commencé ses 1 200 articles sur le sujet, par « 'Macron est avant tout le président des urbains et de la France qui va bien » (une chronique éditoriale du 6 novembre 2018). Les jours suivants, les lecteurs ont eu droit à des articles intéressants, divers et variés, ainsi qu'au grotesque et au ridicule.

Le grotesque c'était notamment avec « Gilets jaunes : Arnaud et Jessica, la vie à l'euro près » (15 déc.).

L'article qui se situe entre le populiste et le sensationnalisme, qu'on désigne par le « journalisme jaune », a tellement suscité de réactions négatives, que le journal fut obligé de publier un autre pour justifier le choix bizarre de ce « couple représentatif » des gilets jaunes, qui en veut au système avec plus de 1 194 euros d'aides sociales (allocations, logement, etc.), qui a des fins de mois difficiles avec 2 700 euros de revenus (alors qu'il vit en province avec un loyer de 507 €), qui a quatre enfants à 26 ans (eh non, ce sont pas des immigrés!) mais qui ne veut pas les priver des vêtements de marques, et le pompon, c'est les deux abonnements téléphoniques du couple à 78 €/mois, quand tous les opérateurs mobiles en France proposent des offres généreuses ou même illimitées facturées entre 2 et 10 €/mois. Le Monde ne s'est posé la question de savoir s'il n'y avait pas un problème de gestion financière et d'organisation dans ce couple. Non mais, c'est la faute à Macron de toute façon!

Le ridicule c'est la couverture ratée de « M, le magazine du Monde », consacrée à Macron (29 déc.), avec des codes graphiques déjà utilisés dans la propagande nazie des années 1930 et dans une affiche de 2017 de l'artiste canadien Lincoln Agnew, faisant référence à l'incendie de Reichstag en 1933, exploité par Hitler pour asseoir sa dictature (le profil 3/4, l'expression du visage, la foule, le bâtiment historique, la fumée, le rouge et noir, etc.). Ça saute aux yeux! Le tollé qu'elle a provoquée obligea le prestigieux journal à présenter ses excuses.

De gauche à droite. 1. Affiche sur un rassemblement avec Hitler éditée par les Nazis (Getty Images, années 1930). 2. Illustration sur Hitler réalisée par Lincoln Agnew (Harper's Magazine, 2017). 3. 'Les Champs-Elysées théâtre du pouvoir macronien' par M, le magazine du Monde (29 déc. 2018)

Par la suite il y a eu d'autres articles divers et variés. Et ça s'est terminé en apothéose par l'article d'avant-hier où le journal s'est demandé: « Emmanuel Macron s'est-il enfermé à l'Elysée? » (16 janvier 2019). Pourquoi pas, sauf que cet article tombe comme un cheveux sur la soupe. Et comment, c'est au lendemain du lancement du Grand débat national par le président de la République ! Le Monde a partagé avec les 4 314 736 abonnés de sa page Facebook, trois articles sur le sujet : avant, pendant et après le débat. Comme par hasard, les trois sont négatifs et à côté de la plaque.

Les trois articles du Monde sur le premier grand débat national : avant (15 janv. à 14:17), pendant (15 janv. à 18h32) et après le débat (16 janv. à 9h15). Force est de constater que tous les trois sont décalés et négatifs.

Alors qu'Emmanuel Macron venait d'effectuer un dialogue-marathon de 6 heures et 52 minutes où il a répondu aux doléances de 653 maires de Normandie, pas spécialement acquis à sa cause, où il a montré qu'il avait une ouverture d'esprit extraordinaire et une maitrise incroyable de tous les dossiers, tout ce que le prestigieux journal Le Monde trouve à dire à ses lecteurs le lendemain matin, c'est ceci: « Rendu méfiant par l'affaire Benalla, lâché par plusieurs fidèles, surprotégé par son premier cercle, le président se serait progressivement enfermé à l'Elysée... » Ah, si les journalistes du Monde s'étaient contentés de cela, ils auraient éviter le grotesque de ce rajout populiste inutile, «... comme dans une tour d'ivoire ». Non mais, la honte.

Non seulement c'est ridicule de tomber sur ce titre, alors que Macron vient de discuter près de 7 heures avec près 700 maires de France!, et discutera au moins 3 heures en fin de semaine avec 600 autres maires de France, mais je n'ose pas imaginer qu'il ait été aussi difficile pour les journalistes du Monde, de comprendre, qu'un débat épineux de cette importance, comme la rédaction d'un article sur un sujet délicat, a nécessité beaucoup de préparation en amont !

Le site du grand débat national

 6  Emmanuel Macron a ouvert la voie vers une sortie de la crise des gilets jaunes par le haut : le grand débat national 


Qu'on ne s'y trompe pas, la crise des gilets jaunes est avant tout une lutte de pouvoir. Depuis bientôt deux ans, il existe un nouvel ordre politico-médiatique.

D'un côté, on a le nouveau monde, incarné par un parti politique contemporain, La République en marche. Pour pérenniser la place qu'il s'est taillé au soleil, Macron a compris qu'il faut à la fois tenir les promesses qu'il a faites aux électeurs, garder le cap contre vents et marées, et être réactif à toute nouvelle donne, mais aussi verrouiller sa com' (en raréfiant ses apparitions), garder les journalistes à distance (en délocalisant la salle de presse en dehors de l'Elysée) et organiser son propre canal d'information (à travers des lives sur Facebook). Cette stratégie ingénieuse permet au président de la République de répondre aux attentes des citoyens français, tout en restant à l'abri du bon vouloir du « pouvoir médiatique ».

D'un autre côté, on a l'ancien monde, représenté par les partis politiques et les médias traditionnels, qui peinent à se tailler une place au soleil (c'est notamment le cas des partis La France insoumise et le Rassemblement national), ou à retrouver l'âge d'or où ils faisaient la pluie et le beau temps (c'est le cas des médias, le Monde et du Point par exemple).

Dans ce nouvel ordre politico-médiatique des individus ou des mouvements modernes (qui communiquent via Facebook, Twitter, Youtube, Blogs, etc.), parviennent à tirer leur épingle du jeu. C'est le cas entre autres, des gilets jaunes. Toutefois, comme je l'ai exposé précédemment, ces derniers ne se trouvent là que grâce aux partis et médias traditionnels. Sans eux, le nouveau mouvement aurait fait pschitt, tôt ou tard. Ainsi, par un jeu d'opportunisme, les gilets jaunes et certains partis (ex. LFI et le RN) et médias (ex. Monde et Point), profitent de l'aubaine pour reprendre la main ou se tailler une place au soleil, y rester et chasser ceux qui s'y trouvent, Macron et LREM.

La lettre d'Emmanuel Macron aux Français

La situation étant ce qu'elle est, l'essentiel est d'aller de l'avant. La crise des gilets jaunes a magistralement démontré qu'Emmanuel Macron est la seule personnalité française digne de la fonction présidentielle et à la hauteur du défi qu'elle pose. Au moins pour l'instant et jusqu'à nouvel ordre! En affectant dix milliards d'euros en faveur du pouvoir d'achat et en lançant un grand débat national ouvert, jusqu'au 15 mars, le président de la République donne à la France une occasion en or pour sortir de la crise des gilets jaunes par le haut. Mardi c'était le dialogue-marathon de près de 7 heures devant environ 700 maires de Normandie à Grand Bourgtheroulde (Eure). Ce vendredi c'est un autre dialogue-marathon qui prend place devant 600 maires d'Occitanie à Souillac (Lot).

« Nous devons nous rappeler qui nous sommes... la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. C'est aussi une des plus libres (...) Il faut rendre à la France sa prospérité pour qu’elle puisse être généreuse, car l’un va avec l’autre (...) C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions. » Ainsi, en mairie, lors des débats qui seront organisés aux quatre coins de la France et sur internet, comme l'a dit le président de la République dans sa lettre adressée aux Français dimanche dernier, chacun pourra exprimer ses « attentes » et faire valoir ses « propositions » et ses « idées », concernant quatre grands thèmes : « la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté ». Il sera aussi question d'immigration, de laïcité, et « n’importe quel sujet concret dont vous auriez l’impression qu’il pourrait améliorer votre existence au quotidien ».


Un site internet est dédié à ce projet national (granddebat.fr). On y trouve sur chacun des quatre thèmes proposés, une fiche qui présente le contexte, les points du débat et les questions auxquelles les citoyens doivent répondre. En tout, il y en a 82, certaines sont fermées et d'autres ouvertes. Sur le site, on trouve également un « kit méthodologique », pour permettre à tout un chacun d'organiser son propre débat. Dans un café, un salon, une cage d'escalier ou sur un rond-point, au choix. Les propositions « permettront de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international ». La réussite de ce « nouveau contrat pour la Nation » dépend de tous les protagonistes de la société française, les élus, les partis, les médias et les citoyens. Chacun doit assumer ses responsabilités. C'est l'heure de vérité pour savoir qui se soucie de la France et qui se limite à son agenda personnel. Que demande le peuple de plus ?

vendredi 7 décembre 2018

Gilets jaunes vs. Gilets Bleu-Blanc-Rouge (Art.583)


Vu les obligations légales de détention et de port de « gilets de sécurité » fluorescents dans certaines conditions de circulation,
Vu que les fabricants ont choisi de donner à ces « gilets de haute visibilité » la couleur jaune,
Vu que ces gilets ont été dénommés communément « gilets jaunes »,
Vu que le non-respect de ces obligations routières est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 375 €,
Vu que tous les automobilistes, motards et cyclistes de France et de Navarre en possèdent plusieurs,


Vu l'usage détourné de ce vêtement initialement réservé à la sécurité routière, mais transformé pour des raisons en un symbole de contestation populique,
Vu la confusion entre les « vrais » gilets jaunes et les « faux » gilets jaunes,
Vu que la simple détention de ce vêtement ne reflète pas une adhésion idéologique au mouvement,
Vu que la minorité pacifique de gilets jaunes est dominée par une majorité agressive,
Vu l'incapacité des gilets jaunes pacifiques à dénoncer sans ambiguité la violence des gilets jaunes belliqueux,
Vu le mépris et la haine véhiculés par les radicaux des gilets jaunes,
Vu que rien absolument rien ne peut justifier la violence sous quelque forme que ce soit,
Vu que les blocages, barrages, destructions, incendies, pillages et lancements de projectiles, constituent des actes illégaux punis sévèrement par la loi,
Vu que les paisibles grilles des jardins des Tuileries et de la place de l'Etoile n'ont fait de mal à personne,
Vu les dizaines de millions d'euros, voire des centaines, concernant le coût de la mobilisation policière, les dégâts matériels et les pertes économiques,
Vu l'endettement abyssal de la France, 2 300 milliards d'euros (99% du PIB ; 64% pour l'Allemagne),

Vu le caractère local personnel des revendications des gilets jaunes par rapport aux enjeux existentiels climatiques pour l'humanité toute entière,
Vu que le mouvement des gilets jaunes a totalement éclipsé la COP24,
Vu qu'il va falloir cinq fois plus d'engagements par rapport à ceux pris à la COP21, pour limiter le réchauffement climatique à +1,5°C,
Vu que la fenêtre d'action pour sauver la Planète Bleue est limitée, d'ici 2030, et qu'à défaut d'actions drastiques les conséquences seront dramatiques pour toutes les populations du monde et les générations à venir (vagues de chaleur, vagues de froid, pluies diluviennes, montées des eaux, inondations, menaces sur la sécurité alimentaire, disparition d'espèces, des centaines de millions de réfugiés climatiques, risques économiques considérables, etc.),

Vu le geste du gouvernement via la suspension des hausses des taxes sur les carburants, le gaz et l'électricité,
Vu le grotesque des caprices portant sur la démission de Macron et la dissolution de l'Assemblée nationale,
Vu que le mouvement des gilets jaunes est une menace pour l'état de droit et la démocratie en France,
Vu les conséquences de l'enracinement du populisme de masse en France avec une « jurisprudence gilets jaunes » qui rendra le pays ingouvernable à l'avenir,
Vu l'opportunisme et l'irresponsabilité de l'ex-chef de l'Alliance bolivarienne, Jean-Luc Mélenchon, et de la haute représentante des fabriques de poudre de Perlimpinpin, Marine Le Pen,
Vu la récupération politicienne immature des divers partis de droite et de gauche, Les Républicains et le Parti socialiste en tête, incapables de critiquer les dérives des gilets jaunes pour des raisons électorales, les européennes du 23 mai 2019,
Vu l'inconsistance des leaders de l'opposition actuellement, qui confirme qu'ils ne sont ni à la hauteur de la crise nationale ni dignes d'être ne serait-ce que sur le perron de l'Elysée,

Vu que les sondages bâclés ou la pose d'un gilet jaune sur le tableau de bord des voitures ne pourront jamais écraser les résultats des élections démocratiques,
Vu que la souveraineté nationale est détenue par tout le peuple de France et pas uniquement par ceux qui portent un gilet jaune,
Vu que la majorité du peuple silencieux de 67 000 000 de personnes en a assez d'une minorité tapageuse hors-la-loi de 10 000 personnes à Paris et 126 000 personnes en province,
Vu la tentation totalitaire de certains gilets jaunes où 0,2% de la population française tente d'imposer sa loi par la force à 99,8% du reste de la population,
Vu la fermeture forcée des grands magasins à Paris (Galeries Lafayette, Printemps et BHV) et des magasins des Champs-Elysées et des voies adjacentes à cause des gilets jaunes,
Vu l'annulation de plusieurs événements à cause des gilets jaunes, dont un match du PSG, le plateau-TV du Téléthon place de la Concorde, la 19e Marche des maladies rares, le Noël des animaux place de la République (pour favoriser les adoptions et désengorger les refuges),
Vu la fermeture de grands musées parisiens du Louvre, d'Orsay, de l'Homme, des Arts et Métiers, du Petit et du Grand Palais, à cause des gilets jaunes,
Vu la fermeture de grands monuments parisiens à cause des gilets jaunes, dont la crypte de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les Catacombes et la Tour Eiffel,

Vu que certains gilets jaunes se prennent pour des putschistes du weekend,
Vu que les revendications sociales, contre la taxe carbone, cachait en réalité des revendications politiques, démission de Macron et dissolution de l'Assemblée nationale,
Vu les déclarations désorientées d’une des figures médiatiques des gilets jaunes, Eric Drouet, qui un jour veut « entrer à l’Elysée », et le lendemain, « aller sur le périphérique »,
Vu la radicalisation dans la violence d’une frange des gilets jaunes,
Vu l'incendie de 112 voitures à Paris samedi dernier,
Vu la saisie de 28 cocktails Molotov et 3 bombes artisanales sur un rond-point occupé par des gilets jaunes à Montauban,
Vu l'interpellation de 151 jeunes près d'un lycée de Mantes-la-Jolie (à l'origine d'une polémique sur les conditions d'arrestation), qui n'ont pas hésité à jeter des bouteilles de gaz robinet ouvert sur des barricades enflammées,
Vu la mobilisation massive des forces de l’ordre dans toute la France (89 000 policiers et gendarmes) pour faire face aux nouvelles violences de l'acte IV du mouvement,
Vu les craintes des services de renseignement de la mobilisation d’une « ultradroite qui rêve de révolution et d’une ultragauche qui prône l’insurrection »,


Vu que la devise de la France « Liberté, Egalité, Fraternité » est éternelle,
Vu que « la République française est inaltérable »,
Le président de la République Emmanuel Macron et le premier ministre Edouard Philippe sont priés de prendre les mesures nécessaires pour permettre aux citoyens et résidents français d'avoir le choix de la couleur pour leurs « gilets de sécurité » routières et politiques.

Nous appelons à l'organisation d'une grande manifestation de protestation contre les atteintes à la liberté de tous, à l'état de droit et à la démocratie par le mouvement des gilets jaunes.

Nous appelons à l'organisation d'une grande manifestation de défense de la France, de la République, de l'Etat et des institutions, représentés par les élus de l'Assemblée nationale et du Sénat, par le gouvernement d'Edouard Philippe, et par le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, jusqu'aux prochaines élections prévues par les lois en vigueur et la Constitution.

Ceux qui ne sont pas contents du système et de la situation globale ont le choix entre la construction minutieuse d'un projet politique alternatif et viable et la poursuite impulsive d'une lutte des classes éphémère et stérile. Ils ont le choix entre les batailles de rues et les batailles des urnes. Pour les secondes, la raison du plus fort est toujours la meilleure. Pour les premières, la raison du plus fort est toujours la pire.

PS
17 et 24 novembre, 1er décembre, je n'y étais pas.
8 décembre, je n'y serai pas.
Gilets jaunes? Je n'y suis pas, j'y reste.
#GiletsJaunes vs. #GiletsBleuBlancRouge, il va falloir faire un choix et le faire savoir, ne serait-ce que par un hashtag ou sa photo de profil sur les réseaux sociaux.

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« Gilets jaunes » ou comment être plus déconnectés de la réalité que les politiciens (Art.581)


Un "feu de camp" sur les Champs-Elysées, au cours de la manifestation "pacifique" des dits gilets jaunes à Paris, le 24 novembre déjà (photo Denis Allard)

- Les Champs-Elysées transformés en un champ de bataille.
- Des barrières montées en barricades.
- Un barrage militant pour filtrer la circulation en plein Paris.
- Des graffiti sur l'Arc de Triomphe et des dégradations sur Marianne.
- Profanation de la tombe du soldat inconnu place de l'Etoile.
- Attaque du palais Brongniart place de la Bourse.
- Attaque du musée du Jeu de Paume place de la Concorde.
- Une préfecture incendiée par un cocktail Molotov (Haute-Loire).
- Des dizaines de véhicules renversés et d'autres brûlées dans plusieurs quartiers de Paris (dont des voitures de police).
- Des poubelles enflammées.
- Du mobilier urbain, des kiosques à journaux et des Vélib détruits.
- Des vitrines de magasins et de restaurants brisées.
- De nombreuses boutiques pillées.
- Des agences bancaires saccagées.
- Les grands magasins des Galeries Lafayette et du Printemps fermés.
- Des propriétés privées violées.
- Plusieurs journalistes agressés.
- Des caméras de surveillance détruites.
- Des décorations de Noël arrachées.
- Une grille du jardin des Tuileries descellée.
- Des autoroutes, des péages, des raffineries et des dépôts de carburant bloqués.
- Des stations-service mises à sec aux quatre coins de la France.
- Des projectiles lancés contres les forces de l'ordre (dont des pavés, des boules de pétanque, des marteaux, des billes en acier et des gros boulons).
- Un fusil d'assaut volé dans une voiture de police.
- Des menaces de mort contre Emmanuel Macron (rapportées gentiment par le député insoumis François Ruffin!).
- Pas moins de 249 feux dans la capitale, visant 112 véhicules, 130 mobiliers urbains et 6 bâtiments.
- Plus de 263 blessés, dont 81 policiers et plusieurs blessés graves.
- Jusqu'à 200 entreprises dégradées à Paris.
- Près de 682 interpellations, dont 412 intra-muros
- Plusieurs morts indirects à cause des blocages.
- Des touristes se croyant plonger dans une guerre civile.
- Des réservations hôtelières annulées les unes après les autres, notamment à Paris.
- Des dizaines de millions d'euros de dégâts matériels.
- Des dizaines de millions d'euros de pertes économiques.

La situation était telle que certains commentateurs parlent de chemises jaunes, allusion aux fascistes des années 1930, et des syndicats de policiers réclament depuis samedi soir, l'instauration de l'état d'urgence et appellent l'armée française en renfort. La dernière fois que la France a eu recours à ces mesures exceptionnelles, c'était pour faire face aux menaces d'attaques terroristes islamistes après le 13-Novembre (2005). Elles ont duré deux ans. Cela donne une idée concrète de l'ambiance créée par les fameux « gilets jaunes ».

Depuis le début du mouvement, fin octobre, invariablement, la majorité du peuple français, une majorité silencieuse (un terme qui prend toute sa signification dans cette crise!), a droit aux mêmes excuses bidon des fauteurs de troubles et de leurs défenseurs : ah mais ça n'a rien à voir avec le mouvement des gilets jaunes, ah mais faut pas faire d'amalgames entre les gilets jaunes et les casseurs, ah mais les gilets jaunes sont pacifiques, et cetera, etcétéra, etc. Foutaises de A à Z. Toutes ces violences ou presque ont été commises par des gilets jaunes, comme l'attestent les photos, les vidéos, les témoignages et les premières condamnations qui commencent à tomber. Mais encore, la plupart de ces violences sont assumées publiquement par les gilets jaunes! Pire encore, aucune de ces violences n'est légale ou légitime, à commencer par le procédé de blocage. Elles constituent toutes des violations des lois en vigueur en France.

C'est l'acte III d'un mouvement social qui part à la dérive, commencé gentiment par la dénonciation de la hausse des taxes sur les carburants (prévue pour le 1er janvier 2019), mais qui se termine par une stupide « lutte des classes », au sens le plus large du terme : celle du peuple contre les élites, celle des citoyens contre les politiciens, celle des pauvres contre les riches, celle des campagnes contre les villes, celles des provinces contre Paris, celle des fins de mois difficiles contre la fin du monde, celle des soucis financiers contre les préoccupations écologiques, celle d'une minorité contre une majorité, celle de la bêtise tout court et sur toute la ligne.

*

Pour en prendre pleinement conscience, voici le témoignage du journaliste Nicolas Chapuis, présent sur le boulevard Haussmann à Paris, samedi vers 21h. Il est très instructif. « Une altercation éclate entre le gérant d’un Daily Monop saccagé et quelques gilets jaunes. "Ça vous fait rire, c’est ça les “gilets jaunes” ? C’est de détruire le boulot de ceux qui se lèvent le matin pour travailler ?", s’énerve-t-il. Un "gilet jaune" lui rétorque que "l’assurance va payer" : "tu es un représentant du système", lui lance-t-il. La discussion dégénère puis tourne court, tandis que des jeunes gens repartent, quelques bouteilles de whisky sous le bras. » Il n'est pas beau le soi-disant remake de la révolution de mai 68 ? Même s'il ne résume pas la situation, cet exemple donne une idée assez précise de ce qui se passe actuellement en France.

De "pacifiques" gilets jaunes, se croyant encore en 1871 et se prenant sans doute pour des communards égarés dans l'espace-temps, descellent à force de bras une grille des jardins des Tuileries à Paris le 1er décembre 2018. Elle les provoque depuis 147 ans. Ils ont tout prévu, sauf le poids. Elle est tombée sur eux. Bilan, un blessé grave (AFP)

Selon le ministère de l'intérieur, il y avait 282 000 manifestants dans toute la France le 17 novembre, seulement 166 000 le 24 novembre et plus que 136 000 manifestants (dont 10 000 à Paris) le 1er décembre. Là aussi, cela donne une autre idée précise des sondages qui circulent et d'un prétendu soutien massif des Français à hauteur de 72% malgré les débordements du 1er décembre, sauf que ceux qui partagent le chiffre oublient de mentionner la suite, 85% des sondés désapprouvent le recours des gilets jaunes à la violence comme modus operandi. Et quand on regarde certaines études d'opinion de plus près, comme celle du cabinet Elabe réalisée avant la manifestation violente du 1er décembre, on s'aperçoit qu'il y a des nuances qui échappent à beaucoup de gens de mauvaises fois. Ainsi quand on pose une question précise comme « Vous-même, diriez-vous que vous êtes un 'gilet jaune'? », il n'y a que 20% des sondés qui répondent oui, 25% répondent non!

Avec un départ gentillet et une diversité de revendications, beaucoup de gens pouvaient effectivement se sentir interpeller. Mais la suite des événements n'était absolument pas à la hauteur. Les gilets jaunes ont du mal à ratisser large, au-delà du cercle initial de ceux qui étaient déjà convaincus par leur lutte de classes. Pire encore, ils perdent leurs adhérents au cours de cette lutte, un désaveu compensé par des actions illégales. D'un mouvement populaire et pacifique, hélas, les « gilets jaunes » se sont transformés en un mouvement populiste et violent, surtout depuis l'entrée en scène des militants d'extrême droite et d'extrême gauche.

Difficile de dresser un profil type des adeptes de cette tenue vestimentaire de protestation. Le mouvement est hétéroclite. Et pourtant, on note un dénominateur commun à tous les gilets jaunes : le rejet de Macron. Tout le reste n'est que détails et casus belli. A commencer par l'élément déclencheur de la crise, la hausse du prix des carburants.

- En 1990, le diesel (gazole) était taxé à 144%, l'essence (sans plomb 95) à 196%. En 2017, le diesel était taxé à 157%, l'essence à 182%. Même si la taxation a beaucoup fluctué au cours des 30 dernières années, on reste sensiblement dans les mêmes ordres de grandeur.
- En 1998, année record, le diesel était taxé à 295%, l'essence à 432%. Et pourtant, il n'y a pas eu d'émeutes en France.
- De 1990 à 2017, le rapport entre le prix de l'essence et le prix du diesel ne cesse de baisser, passant de 147% à 112%. L'évolution du prix des carburants en France, traduit tout simplement la volonté des dirigeants politiques de mettre le diesel et l'essence dans le même panier que le charbon et le gaz : des énergies fossiles dont la combustion est particulièrement nuisible pour l'environnement et la santé humaine.
- Un plein de 50 litres d'essence coutait jadis jusqu'à 14 heures de SMIC (1980), il ne coutait en octobre dernier (2018), au moment du déclenchement du mouvement des gilets jaunes, que 8 heures de travail. Cherchez l'arnaque!

Un feu de protestation allumé par de "pacifistes" gilets jaunes à Paris le 1er décembre 2018 et en arrière-fond la banderole dénonce les "vrais casseurs", l'ironie (AFP)
Les gilets jaunes ont une capacité de nuisance indéniable. Mais ce n'est pas suffisant pour ratisser large, encore moins obtenir gain de cause. Le mouvement est né avec plusieurs handicapes majeurs qui menacent sérieusement sa longévité: les actions illégales et violentes ; l'absence de leader unique et déclaré ; officiellement apolitique, officieusement politisé ; de multiples leaders camouflés (Mélenchon, Le Pen, etc.) ; la récupération politicienne (par Les Républicains notamment) ; mouvement social hétéroclite (de l'extrême gauche à l'extrême droite) ; des revendications disparates (revoir à la baisse toutes les taxes, création d'une Assemblée citoyenne, suppression du Sénat, recours au référendum, promulgation des lois par les citoyens eux-mêmes...) ; etc. Pour Philippe Raynaud professeur de sciences-politiques à l'université Paris II Panthéon-Assas, « ce mouvement, parce qu'il est décentralisé et sans organiseur déclaré, permet à tous ces membres de faire preuve d'une irresponsabilité assez agaçante ».

Avec l'ère de réchauffement populiste dans lequel la planète est entrée, les politiques et les élites ont mauvaise presse. C'est en grande partie justifiée. On dit qu'ils seraient déconnectés de la réalité. Il faut le reconnaître c'est souvent le cas. En revanche, la légende suppose que le peuple a toujours raison puisqu'il est connecté à la réalité. Pas toujours. Tout est une question d'angle de vue. Le mouvement des « gilets jaunes » est là pour nous le rappeler.

Comme si de rien n'était, par magie et par enchantement, les protestataires ont décidé de suspendre l'état de droit en France jusqu'à nouvel ordre, justifiant de facto les manifestations non déclarées et les violences commises (entraver la libre circulation, attaquer les journalistes, incendier les véhicules, dégrader les bâtiments publics et les commerces, établir des barrages, monter des barricades, etc.), et ont décrété de jure que la démocratie française telle qu'elle s'est exprimée en 2017 est obsolète, Macron doit démissionner et l'Assemblée nationale dissoute. Ils ne se rendent peut-être pas compte, mais c'est exactement ce que font les forces tyranniques quand elles entreprennent de renverser un pouvoir démocratique.

Oui mais il paraît que la cause est juste. Ah pardon! Admettons, mais depuis quand lorsque c'est le cas, tout est permis? Sur cette base, tout groupe de personnes peut outrepasser l'état de droit et la démocratie, quand bon lui semble, partant du principe que sa cause est juste. Même les islamistes ! Cela ne peut conduire qu'à la montée des extrêmes et au chaos. Cette logique est primaire car le respect des lois en vigueur et l'acceptation de l'expression démocratique constituent les bases du « contrat social » qui lie les citoyens à la société toute entière. Ils marquent le degré de maturité politique d'une société. C'est toute la différence entre des pays en développement, comme le Liban ou le Venezuela, et les pays développés, comme la France ou l'Allemagne. Et c'est aussi, toute la différence entre les partis de gouvernement, comme La République En Marche, Les Républicains ou le Parti socialiste, et les partis d'extrême droite et d'extrême gauche, le Rassemblement national (Marine Le Pen) et la France insoumise (Mélenchon).

Un autre gilet jaune "pacifique" échappé de l'espace-temps, se croyant à Gaza, il pointe son lance-pierre en direction des forces de l'ordre. C'était à Paris le 1er décembre 2018 (photo Lucas Barioulet, AFP)

Ah comme il est difficile de diriger un pays à une époque populiste et au temps des réseaux sociaux! La crise des « gilets jaune » a le mérite de révéler que le peuple français a d'un côté des politiques responsables comme Emmanuel Macron, le président de la République. « Les coupables de ces violences veulent le chaos, ils trahissent les causes qu'ils prétendent servir. Ils seront identifiés et tenus responsables de leurs actes devant la justice (...) Je respecterai toujours les contestations, les oppositions, mais je n'accepterai jamais la violence. » Moi non plus ! Il a aussi un Edouard Philippe, le premier ministre : « Choqué par la mise en cause de symboles de la France (...) Des individus équipés et déterminés ont fait preuve d’une grande violence. Les forces de l’ordre ont fait l’objet d’attaques qu’elles ont qualifiées elles-mêmes d’une violence rarement atteinte. » Allez expliquer à certains que ce n'est pas bien compliqué d'évaluer ce qui est légale et légitime de ce qu'il ne l'est pas.

Et puis le peuple français a de l'autre côté, un Jean-Luc Mélenchon et une Marine Le Pen, des opportunistes-irresponsables qui se situent aux extrêmes de l'échiquier politique sur le plan local, anti-Union européenne et anti-euro sur le plan régional, pro-Poutine et pro-Assad sur le plan international, qui ne digèrent toujours pas leur cuisante défaite électorale à la présidentielle, eux qui se voyaient à l'Elysée dans leurs rêves, et qui supportent de moins en moins de passer leur vie politique à jouer les seconds rôles. Ils violent eux-mêmes les lois en vigueur en France et font tout un pataquès quand la justice s'intéresse de plus près à leurs magouilles financières.

Pour l'ex-chef de l'Alliance bolivarienne, comandante Mélenchon, le constat est clair. « Le pouvoir veut un grave incident pour jouer la peur (...) Il y a un incroyable acharnement contre les manifestants pacifiques place de l’Etoile... Le petit jeu qui consiste à essayer d’effrayer tout le pays, je trouve ça tellement grossier. Il y a des incidents dans un coin de Paris, la belle affaire. Il n’y en a pas, à Marseille, il y en a nulle part ailleurs, donc oublions. » Notez cette incapacité viscérale à condamner sans ambiguité les violences. Quant à la haute représentante politique des fabriques de « poudre de perlimpinpin », elle a encore du mal à se relever de son débat raté d'entre-deux-tours. « Bravo aux gilets jaunes qui ont fait rempart de leurs corps en chantant La Marseillaise pour protéger la flamme du soldat inconnu contre les casseurs. Vous êtes le peuple de France se dressant contre la racaille. » Bouffons un jour, bouffons toujours. Mélenchon et Le Pen ont le culot de réclamer la dissolution de l'Assemblée nationale, comme par hasard, à l'instar des protestataires de samedi.

Et entre les deux extrêmes, la France a droit à une gauche et une droite qui ont le plus grand mal à critiquer un mouvement minoritaire de faible mobilisation, qui veut imposer sa loi par la force, et tout cela pour des raisons politiciennes, affaiblir Macron, à quelques mois des élections européennes du printemps.

Parenthèse utile mais point surprenante, le mouvement des gilets jaunes passionne l'alt-right, l'extrême de l'extrême droite américaine, un mouvement suprémaciste blanc, xénophobe, raciste et sexiste. Signe d'un autre soutien précieux à l'étranger, l'extrême droite allemande, dont le mouvement xénophobe et islamophobe Pegida, a enfilé des gilets jaunes pour protester contre Merkel devant la porte de Brandebourg à Berlin et exprimé une solidarité officielle avec les anti-Macron à Paris. Parmi les petits et les grandes figures de soutien au mouvement des gilets jaunes, on retrouve l'oiseau de mauvais augure Eric Zemmour, la has-been Pamela Anderson et le bouffon de la Maison-Blanche Donald Trump. Le président américain a fait savoir : « Je suis heureux que mon ami Emmanuel Macron et les manifestants à Paris soient tombés d'accord sur la conclusion à laquelle j'avais abouti il y a deux ans. L'accord de Paris (sur le climat et la réduction des gaz à effet de serre) est fondamentalement mauvais car il provoque une hausse des prix de l'énergie pour les pays responsables. » Enfin, disons que tout cela donne une autre idée précise de l'enjeu de cette crise française. Il porte un nom : Emmanuel Macron.

Jusqu'à 112 "voitures agressives" ont été brûlées lors de la "manifestation pacifique" des gilets jaunes à Paris le 1er décembre (photo Alain Jocard, AFP)

Il faut écouter et dialoguer, personne de sérieux et de responsable ne peut contester cela. Sauf qu'à l'arrivée, une frange des 136 000 protestataires du 1er décembre veut imposer sa loi par la force. C'est la définition même du terrorisme. Il est difficile de savoir que feront le président de la République et le premier ministre pour sortir de la crise. Adopter le bazar de revendications des gilets jaunes? Ça serait grotesque. Abondonner le principe de la hausse de la taxe carbone, une revendication commune de l'extrême droite lepéniste et de l'extrême gauche mélenchoniste? Ça serait une triple erreur.

. Primo, parce que cela constitue une prime à ceux qui ne respectent pas l'état de droit en France et piétinent l'expression démocratique de la République française.
. Secundo, parce que cela constitue un encouragement des mouvements populistes.
. Tertio, parce que cela signifie que les contraintes sociales, économiques et électorales, passent toujours avant les contraintes écologiques. Ça serait non seulement une erreur, mais un crime contre la planète et les générations futures.

Il ne faut pas se leurrer, la fenêtre d'action pour sauver la Planète Bleue est très étroite. Des mesures drastiques doivent être prises avant 2030 pour limiter le réchauffement climatique à +1,5°C. Après c'est trop tard, les dommages seront irréversibles. Ainsi, pour limiter le réchauffement de la Terre, il faut agir sur les émissions du dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre. Cela impose aux dirigeants comme aux citoyens du monde, une révolution des modes de vie et de consommation. Nous ne sauverons pas la planète sans la décroissance à tous les niveaux. Hélas, cela passe par l'adoption de la philosophie écologique, la promotion des énergies renouvelables et des mesures fiscales dissuasives sur les énergies fossiles, comme la taxe carbone. Il n'y a pas d'autres choix car il n'y a pas de planète B. On ne peut pas compter uniquement sur la bonne volonté des 7 milliards de Terriens. Dans cette bataille existentielle pour sauver la Perle de l'Univers, chacun doit assumer ses responsabilités, du citoyen au président, au lieu de se réfugier derrière des considérations égocentriques et politiciennes. L'enjeu est considérable.

Dans l'idéal il faut agir à la fois sur les plans social, économique et écologique, citoyens, entreprises et responsables politiques de concert. Pas facile de trouver l'équation équilibrée. Mais l'écologie ne doit pas toujours faire le frais de choix politiques et électorales, pour une simple raison : tout le monde paiera très très très cher sur tous les plans justement, social et économique. A commencer par les « gilets jaunes ».

En France comme ailleurs, ceux qui ne sont pas contents des lois en vigueur et de l'expression démocratique, doivent recourir aux moyens légaux pour les changer. Dans la panoplie d'actions à leur disposition, la violence n'a pas sa place. Ils peuvent adhérer à un parti politique, faire du porte-à-porte pour convaincre, distribuer des tracts sur les marchés, organiser des manifestations déclarées, etc. S'ils ne se sentent pas représenter, ils peuvent créer un courant, une association ou ne serait-ce qu'un groupe sur les réseaux sociaux. Les mécontents doivent bien comprendre, ils devront militer tous les jours et peut-être pendant des années, sans même avoir la certitude de gagner. C'est cela l'action politique mature et responsable. La sortie de la crise des « gilets jaunes » passe d'abord par la condamnation sans ambiguité de toutes les formes de violence et d'actions illégales, ainsi que par le respect absolu de l'expression démocratique, les urnes. Tout ce qui est en dehors de ça n'a pas sa place dans un état de droit et une démocratie, comme la France. C'est de la poudre de perlimpinpin balancée par des bonimenteurs aux yeux des dupes.

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