
Daniel
Pipes est un infatigable écrivain. Un militant acharné. Un journaliste à ses
heures perdues. C’est une institution à lui tout seul. Il est l’auteur de 3500 articles, notes et weblogs ! Il
s’enorgueillit de 60 millions de pages web visitées. Le rêve ! C’est sans compter ces innombrables conférences qu’ils donnent partout dans le monde. Un vrai gourou médiatique, il n’y a qu’à faire
un tour sur son site pour s’en convaincre. Ses spécialisations, ce sont la
politique étrangère des États-Unis, le Moyen-Orient et l’Islam. Il dirige le Middle
East Forum, qui fait escale pendant
huit jours à Chypre vers la mi-octobre, où ce think tank, convertit
pour la peine en agence de voyage,
organise entre deux excursions, des discussions sur les enjeux de la découverte
du « gaz offshore » en Méditerranée orientale et sur la « menace
islamiste turque », avec des experts chypriotes et israéliens. Il faut
prévoir 3 150 $ pour une personne seule, sans le billet d’avion et le
déjeuner, 5 190 $ pour un couple, soit 1 110 $ d’économie, ce qui loin d’être
négligeable, le think tank de Daniel
Pipes pense à tout, absolument tout. Lol !
Voilà
pour l’intro. Pour le reste, le sérieux et le consistant, sachez que Daniel Pipes est un homme influent. Il se présente comme un historien
respectable et respecté, alors que nombreux de ses propos ne le sont pas. Loin de là.
Mais alors, pas du tout. Tenez, sur l’islam par exemple, il pense que « Le problème c’est l’Islam militant.
La solution c’est l’Islam modéré. » Mais cela ne l’empêche pas
d’ajouter quand même : « les musulmans modérés constituent un
très petit mouvement ». Alors,
vérité dérangeante ou plutôt islamophobie camouflée ?
En
tout cas, puisqu’on y est, restons encore un instant avec l’islam. Vous vous
souvenez de la rumeur d’un temps,
qui a fait fureur aux États-Unis, lorsque certains médias républicains avançaient,
en boucle svp, que Barack Obama était un
ancien musulman ? Et bien,
c’était lui qui était derrière. Il a écrit de nombreux articles pour
l’établir. En vain. Et ce n’était pas une simple référence au père du président
américain ou à son enfance en Indonésie uniquement, non, non, Daniel Pipes a
mis les bouchées doubles pour y parvenir. Dans un de ces nombreux articles
consacrés au sujet, le journaliste se demandait, « Was Barack Obama a Muslim ? » Imaginez une seule seconde, la même chose avec « Was Daniel Pipes a Jewish ? » Yalla bassita, passons. Et devinez quand l’article
a été publié ? La veille de Noël de
l’année 2007, le 24 décembre précisément. Comme par hasard, un bon timing
pour une telle polémique dans l’Amérique puritaine. La volonté de nuire était donc manifeste. Du populisme à 5
cents ! Deux semaines plus tard, il voulait non seulement faire croire aux
Américains que Barack Obama était un musulman, mais en plus, qu’il a été
pratiquant ! « Confirmed: Barack Obama Practiced Islam. » Pathétique.
C’est
du Daniel Pipes tout craché. Pour comprendre l’homme, il faut savoir que le célèbre
gourou était défenseur de la guerre du Vietnam dans les années 70. Partisan
d’armer Saddam Hussein dans les années 80, pour affaiblir l’Iran. Favorable à
la première guerre du Golfe contre l’Irak. Il
est parti en croisade contre le « terrorisme islamique » à partir du
11 septembre 2001. A son actif 560
interventions radio-télévisées dans l’année qui a suivi September 11 pour « conditionner » l’opinion publique américaine et la
préparer aux interventions militaires des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Peu de temps après, il a
considéré que « Saddam Hussein
représentait une menace imminente pour
les États-Unis ». Proche de
l’administration de George W. Bush, il prédisait que « la guerre en Irak conduirait à une réduction du terrorisme ».
Comme les événements par la suite ont démontré qu’il était magistralement à
côté de la plaque, il a le culot de sortir, « La guerre civile en Irak
n’affecte pas ceux d’entre nous qui ne vivent pas en Irak. Ce n’est pas vraiment
notre problème. » Pour
justifier ses propos, Daniel Pipes dévoile une philosophie guerrière redoutable
: « Il
est parfois possible et même nécessaire d’aller à la guerre sans prendre des
responsabilités pour le pays auquel on fait la guerre. »
Waouh ! Eh bien, pour un excité de la gâchette, il n’y va pas de main
morte. Quel propos abject, d’un personnage irresponsable ! Daniel Pipes a beau
tenir ces propos méprisables pour la population d’Irak d’aujourd’hui, qu’on
peut appliquer aux populations de Syrie ou d’Iran de demain, il a néanmoins le
mérite d’être parfaitement clair.
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Mais,
détrompez-vous, ce n’est pas pour autant que Daniel Pipes réclame la défense des
coptes d’Egypte ou des chrétiens de Maaloula. Il s’en fout comme de l’an
quarante. Ses priorités se limitent aux intérêts
américains et israéliens. Et par conséquent, il est contre l’intervention
américaine en Syrie, qu’elle soit musclée ou même limitée. Il l’a déjà dit en
juin 2012. « Les intérêts
occidentaux suggèrent de rester en dehors du bourbier syrien. » Il l’a redit
dans un article du 9 septembre. Les deux options comportent beaucoup de
risques, notamment pour Israël. Pour Daniel
Pipes, l’option « Ne rien
faire » présente beaucoup d’avantages, notamment celui de « maintenir
un équilibre stratégique bénéfique entre le régime et les rebelles ».
L’auteur de ces lignes méprisables, au parcours peu flatteur, a le culot de
préciser dans son article du 11 septembre : « Qu’Obama semble pousser à défendre son honneur et sa crédibilité,
indépendamment du cout, rend cet épisode particulièrement gênant. Un grand pays se retrouve pris en otage par
l’ego d’un petit homme... Les Américains commencent enfin à voir les
conséquences de l’élection et de la réélection, sans doute, du pire politicien des temps modernes à
habiter la Maison Blanche. » Waouh, et si Daniel Pipes n’était que le pire
journaliste américain des temps modernes, « kezbé
kbiré » comme on dit au Liban (un gros mensonge)? En tout
cas, l’autre avantage majeur de ne rien faire en Syrie selon Pipes est de « ne
pas distraire Washington du pays vraiment important, l’Iran »,
qui serait selon l’activiste américain à deux doigts de fabriquer une bombe
nucléaire. Et là, Daniel Pipes est explicite : « Contrairement à l'utilisation d'armes chimiques contre les
civils syriens, cette perspective est la préoccupation personnelle la plus
directe et la plus vitale pour les Américains car elle pourrait conduire à une
attaque électromagnétique sur leur réseau électrique, qui les ferait
soudainement retourner à une économie du 19e siècle et provoquerait
des centaines de milliers de morts. » C’est c’là oui, on connait la
stratégie de la peur de W pour conditionner les Américains ! Ainsi, il demande au Congrès de rejeter le plan
Obama, et « d’adopter une résolution
encourageant et approuvant l’utilisation de la force contre l’infrastructure
nucléaire iranienne ». Là aussi, Daniel Pipes a le mérite d’être
franc.
Il
est intéressant de constater que la
position de Daniel Pipes sur le dossier syrien colle parfaitement avec la vision dominante en
Israël. En effet, les Israéliens craignent davantage le dérapage avec le
« nucléaire iranien » des mollahs. Il faut bien reconnaître que la tyrannie des Assad, père
et fils, a assuré à l’État hébreux un calme olympien sur le front du Golan, qui
n’a jamais été perturbé, même à l’annexion de la région syrienne par Israël en
1981, la dernière balle tirée sur ce front pépère remonte à 1974 ! C’est
ce qui a valu à Bachar el-Assad le titre du « meilleur ennemi
d’Israël ». Par contre, Syriens et Libanais, ont plus à craindre davantage
et dans l’immédiat, des dérapages du « chimique syrien », comme le
prouve la tragédie du 21 août 2013, que les auteurs soient Bachar el-Assad ou le
Hezbollah et Jabhat al-Nosra, après le transfert, volontaire ou accidentel, des
gaz mortels à ces deux groupes djihadistes.
Sachez également que Daniel Pipes
publie ses articles essentiellement dans le Washington
Times, un quotidien fondé en
1982 par des membres de « l'Église
de l'Unification », pour concurrencer le respectable Washington Post. Ce mouvement religieux,
connu aussi sous le nom de « l’Association
de l'Esprit Saint pour l'unification du christianisme mondial », a été créé
en 1954 par le coréen Sun Myung Moon, installé aux États-Unis en 1972, un proche
de la famille Bush par la suite, mort il y a un an à l’âge de 92 ans. Ce
mouvement fut considéré comme une secte
dans un rapport parlementaire français. Le révérend Moon s’est définit lui-même
comme le nouveau Messie, depuis que Jésus lui est soi-disant apparu à l’âge de
16 ans. Last but not least, Moon
pensait qu’un jour « Le Washington Times
deviendrait l'instrument qui propagerait la parole de Dieu dans le monde ».
Encore un illuminé. Tenez, à tout hasard, Daniel
Pipes se définit lui-même comme un néoconservateur, de la trempe des fanatiques chrétiens, locataires de la Maison blanche entre 2001 et 2009, W &
Co.
Et
avant que je n’oublie, le journaliste
américain s’affiche comme un soutien indéfectible d’Israël. Il critique
même les Israéliens pour leur manque de fermeté à l’égard des Palestiniens et
leur « politique d’apaisement ». Il
était contre le retrait israélien de Gaza en 2004. Daniel Pipes est même farouchement opposé à la création d’un État
palestinien. Pour lui la solution au conflit israélo-arabe est simple :
rattacher la Cisjordanie à la Jordanie et Gaza à l’Égypte. Que deviennent les millions
de réfugiés palestiniens dans les pays arabes ? Daniel Pipes n’en a cure,
ce n’est pas son problème. Il reproche à Obama de poursuivre « le
projet illusoire d'un processus de paix israélo-palestinien » (propos du 21
août 2013). Encore un détail, l'activiste américain
a reçu en 2006 le Guardian of Zion Award, le prix du Gardien de Sion, une
récompense universitaire israélienne décernée annuellement depuis 1997 aux
personnes de confession juive qui se sont montrées favorables à l’État
d’Israël.
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Vous
aurez sans doute l’occasion de tomber sur le nom de Daniel Pipes un jour ou l’autre.
Maintenant que vous avez un bref aperçu du bonhomme, vous saurez à quoi s’en
tenir.