dimanche 2 décembre 2012

Koker fuck yourself ! Photoshop au service de la mythologie iranienne (Art.89)



Jeu ! De hasard, d’esprit et de dupes, c’est de quoi il sera question aujourd’hui. Vous êtes maintenant habitués à mon divertissement « Cherchez l’erreur ». Et comme on ne change pas une recette qui marche, alors passons à table. Il y a eu d’abord, l’épreuve Ikea (2 oct.), où l’on s’est rendu compte tout à fait par hasard, que toutes les femmes ont disparu du catalogue du fabricant suédois diffusé dans le royaume d’Arabie saoudite. Pour un catalogue distribué à près de 200 millions d’exemplaires sans incident dans 333 magasins de 41 pays dans le monde, cette disparition pas si miraculeuse que ça, a fait grand bruit au pays de l’égalité des sexes ! Il y a eu ensuite, l’épreuve Joumblatt (1 nov.), où lors de la visite de Nagib Mikati -le Premier ministre du Liban, vous savez c’est ce pays dont la souveraineté est violée à longueur d’année- à Walid Joumblatt dans le fief de Moukhtara, on s’est rendu compte, encore par hasard, que deux kalachnikovs étaient posés contre un mur, sans embarras aucun, derrière un Bouddha médusé ! Et puisqu’il n’y a jamais deux sans trois, au hasard des clics et du calendrier -le début du mois semble être propice aux erreurs- j’ai déniché pour vous une nouvelle épreuve, de quoi vous régaler j’en suis persuadé.

Vous connaissez la règle du jeu, dites-moi alors où est l’erreur sur la double photo ci-dessus ? Bon, fastoche ! Je sais. Les trois hélices, bravo ! C’est encore Photoshop qui est passé par là. Les actionnaires d’Adobe n’en reviennent pas de ces publicités collatérales. A gauche, vous avez le « Koker 1 ». Après ra3d wou baré2, wou fajr wou najr, voilà la nouvelle fierté nationale de la République islamique d’Iran, un drone de fabrication 100% iranienne, SVP, annoncée en grande pompe il y a quelques semaines par l’agence iranienne Mehr dans ces termes : « Vol d’essai réussi de Koker 1, le drone iranien capable de décoller verticalement et fonctionne en partie à l’énergie solaire ». Ah, chassez l’écologie dans le dossier nucléaire iranien, elle revient au galop dans le drone ! Bon, passons maintenant l'autre côté. A droite, vous avez le « QTW-UAV », un projet développé en catimini, enfin sans tapage médiatique, par les étudiants et les chercheurs de l’Université de Chiba au Japon. Waouh me diriez-vous, quelle coïncidence, c’est la même photo ou presque ; enfin, c’est la même avec certitude.

L’erreur, le hic ou l’os, choisissez à votre convenance, n’est rien d’autre que ces fichues hélices ! Mais qu’est-ce qu’elles foutent là bordel ! Et bien, le fil du mensonge est court comme on dit dans nos contrées. Alors de deux choses l’une : soit les Iraniens les ont supprimées, sans doute grâce à une copie de Photoshop, une contrefaçon achetée dans les ateliers de Damas (qui sont à l'origine de la contrefaçon de logiciels très répandue au Liban) ou à Sou2 el-A7ad de Beyrouth, wou 3a 3aynak ya téjir (pour la modique somme de 3000 LL, 4500 LL pour toute la famille, sous la bonne protection des forces de l'ordre), soit les Japonais les ont rajoutées pour une raison aussi obscure que bizarre, mais on ne sait jamais avec l’empire des fripons-nippons et des sagas-mangas. On aurait pu noyer le poisson de la sorte et ne plus en parler, même si le poisson de cette fable est une belle couleuvre difficile à avaler, sauf que, et pas de chance pour les Iraniens, le projet des étudiants japonais date de 2008 ! Eh oui, un mensonge est comme un crime, il n'est jamais parfait.

Koker 1, au conditionnel comme à l’imparfait, devrait ou devait, selon le temps de circonstance, être présenté aux Iraniens et au monde lors d’un salon de l’aviation prévu pour le 11 décembre 2012 sur l’île de Kish. Entre parenthèses, Kish est une ville iranienne de 92 km² de 150 000 habitants, une zone de libre-échange SVP, crée de toute pièce par la République islamique d'Iran. On apprend même, pas trop au hasard au fait, que les lois rigoureuses de la République islamique d'Iran sont appliquées avec plus de souplesse sur la zone que sur le contient. Et pour cause, les mollahs voudraient  rivaliser avec Dubai et Doha. Schizophrénie mon amour, comme tu peux être bien commode ! Bon, tout aurait pu bien se passer dans la joie, le mensonge et la bonne humeur, en fredonnant Sea, lie and sun, dans le meilleur des mondes mythologiques, sans ce satané-pilote-blogueur-trouble-fêtard américain qui a découvert le pot aux roses des mollahs et l’a révélé aux Iraniens et au monde. Comme ce n’est pas sérieux tout ça ! Et puisqu’on y est restons-en un peu. Cette nouvelle supercherie des Pasdaran me rappelle l’affaire Ayoub, le drone envoyé par le Hezbollah dans l’espace aérien israélien en octobre dernier. La légende dit qu’il aurait été livré par les Iraniens et monté par les Libanais, comme pour les meubles d’Ikea. La réalité elle, dit que les infos qu’il aurait recueillies ont été transmises à l’armée iranienne et non à l’armée libanaise, comme l’atteste la vive protestation du président de la République libanaise, Michel Sleimane ! Ah, avant que je n’oublie, mon neveu aurait bien voulu continuer de mater ses copines consentantes d’en face avec son Parrot -un drone piloté par iPhone/iPad, un merveilleux bijou technologique comme on le voit ici à Paris, qui au passage, décolle vraiment à la verticale, pas comme le Koker imaginaire des mollahs !- quand elles font bronzette au bord de la piscine, et de leur envoyer les images par MMS sur leurs portables, et de s’éclater à entendre les cris de ces vierges effarouchées surgir de derrière la haie, mais il se prend au sérieux, il passe son brevet et compte sortir l’une d’entre elles ! Si si, là c’est du sérieux.

Toujours est-il, le ridicule ne tue pas encore et fort heureusement, sinon nous ne ririons pas autant à certaines occasions ! Pas de doute le régime iranien est furax d’être la risée du monde. Ce n’est pas la première fois en plus. En juillet 2008, il y a eu l'affaire du missile balistique qui n'a pas décollé lors d’un test de lancement mais qui a été rajouté numériquement grâce à la retouche d'image par les Gardiens de la Révolution iranienne. La photo officielle, vue, corrigée et embellie, fut mise en ligne sur leur site, Sepah News, avant d’être reprise par l’Agence France Presse et distribuée à tous les médias du monde. Photoshop mon amour comme tu peux rendre bien des services ! Mais pas de chance encore pour les Pasdaran, qui ignorent qu’au 3e millénaire il est difficile de tricher longtemps, le pot aux roses fut vite découvert (avec un écran de bonne résolution, ça saute aux yeux!), obligeant les Iraniens, pour sauver la face, de retirer eux-mêmes la version retouchée de leur site et de remettre dès le lendemain en ligne une version authentique du réel lancement, dans le quotidien iranien Jam-e-Jam, où l’on voit clairement 3 missiles dans le ciel et un 4e cloué au sol. Ne joue pas dans la cour des grands qui veut !

Grace à ces cafouillages, l’Iran apprend à ses dépens que si le bluff a toute sa place dans le poker, il ne peut servir de politique d’Etat. L’opération Koker ayant échoué, les Iraniens n’auront pas le plaisir de ricaner sur les ricains avec un « Koker fuck yourself » ! Tant pis pour eux, ils l’auront bien mérité. Et puis tenez à propos, ne ratez pas Argo, le nouveau film de Ben Affleck, qui relate l’histoire de l’exfiltration par la CIA grâce à un moyen inouï de six Américains travaillant à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, réfugiés au domicile de l’ambassadeur canadien le 4 novembre 1979 lors de la célèbre prise d’otage au début de la Révolution iranienne. Et si vous vous en foutez, « Argo fuck yourself », la mythologie persane continuera, avec ses répercussions sur les côtes phéniciennes. Une dernière chose, ne craignez plus rien, ce qui relevait des phénomènes inexpliqués autrefois, Photoshop et les apparentés de la grande famille Adobe peuvent très bien les expliquer de nos jours. Enfin, presque ! Ah, vous pensez à Okab Sakr sans doute, un député de la nation perdu de vue depuis plusieurs années et retrouvé il y a trois jours dans le roman-sonore du quotidien libanais al-Akhbar dans le rôle de standardiste chez Hariri’s Weapons Manufacturing Company, pour prendre les commandes d’armement des rebelles syriens ? « Wlak ya Bakhos, on a convenu d’un petit article, le truc qui fait sourire un dimanche matin, pour accompagner un double expresso wou bass! » Tayeb bassita. Yalla, à la prochaine.


Réf.

L’agence iranienne Mehr annonçant avec fierté le nouvel exploit de l’Iran - Mehr News Agency
http://www.mehrnews.com/fa/newsdetail.aspx?NewsID=1737102

Unmanned Aerial Vehicle - Nanami Laboratory (le projet sur le site de l’Université de Chiba au Japon, en B3)
http://mec2.tm.chiba-u.jp/~nonami/english/research/uav/gal.html

Iranian Koker 1 VTOL drone, faked images - Gary Mortimer (celui qui a révélé l’affaire)
http://www.suasnews.com/2012/11/19700/iranian-koker-1-vtol-drone-faked-images/

Le drone iranien qui n’existait que sous Photoshop - Louis Imbert
http://keyhani.blog.lemonde.fr/2012/11/30/le-drone-iranien-qui-nexistait-que-sur-photoshop/

vendredi 16 novembre 2012

Vingt réflexions sur la énième déflagration israélo-palestinienne (Art.86)



La énième déflagration israélo-palestinienne prouve :

1. L’impasse des négociations entre les deux parties est à l’origine de cette éternelle tragédie !

2. L’irresponsabilité des milices palestiniennes, les Brigades Ezzedine al-Qassem (la branche armée du Hamas), mais aussi les Brigades al-Qods (branche armée du Djihad Islamique). Que pouvaient espérer ces milices irresponsables du bombardement de Tel-Aviv pour la première fois par un missile iranien Fajr-5 ? Affligeant.
3. « L’occupant a ouvert les portes de l’enfer », n’est qu’une foutaise de littérature. Cette déclaration ne peut pas camoufler l’échec flagrant de la milice du Hamas à protéger les Palestiniens de Gaza.
4. Le dernier conflit israélo-palestinien en 2009 a fait 1315 morts du côté palestinien (5 285 blessés) et 13 du côté israélien (197 blessés). Aujourd’hui, comme hier, le conflit démontre le fiasco de la milice du Hamas à dissuader Israël de s’acharner sur Gaza quand bon lui semble et autant qu’il veut, malgré les centaines de roquettes tirées sur Israël.
5. L’impuissance de l’Autorité palestinienne.
6. La nécessité pour les Palestiniens de tourner au plus vite la funeste page « Hamas » (au pouvoir à Gaza depuis les élections de 2005-2006) au profit de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.
7. Comme je l’ai dit à propos de l’envoie irresponsable du drone Ayoub par le Hezbollah dans l’espace aérien israélien en octobre dernier, l’escalade de ces derniers jours démontrent  que la doctrine militaire israélienne, n’a pas changé depuis 1948, elle repose sur l'attaque massive et la riposte disproportionnée contre ses ennemis. L'Union européenne a beau appelé Israël à une réponse « proportionnée » aux attaques des milices palestiniennes, il ne faut pas se leurrer cette doctrine ne changera pas à Gaza en 2012 !

8. L’irresponsabilité du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Menacer la trêve fragile entre les Israéliens et les Palestiniens pour des raisons électorales, ce qui semble être le cas, est tout simplement ignoble. En effet, des élections législatives sont prévues en Israël en janvier 2013. Le Haaretz, quotidien israélien de gauche, estime « qu’un agenda centré sur la sécurité servirait les intérêts de Netanyahou et du Likoud, et indirectement d'Ehoud Barak, alors qu'un agenda économique les desservirait, après la contestation sociale sans précédent qui s'est étendue à tout le pays durant l'été 2011... On sait comment commence la guerre, mais pas quand et comment elle va finir... Même si Netanyahou ne veut pas nécessairement une opération de large ampleur à Gaza à la veille de son élection, il pourrait y être entraîné, malgré lui. »
9. L’inconscience du gouvernement israélien. Selon un document émanant des services du ministère israélien des Affaires étrangères, qui attend d'être approuvé par le ministre Avigdor Lieberman avant d'être soumis au gouvernement israélien, « Renverser le régime d’Abou Mazen (Mahmoud Abbas) serait la seule option » si l’Autorité palestinienne réussit à porter la Palestine au statut d’État non membre des Nations unies lors de la prochaine réunion de l'Assemblée général de l'ONU le 29 novembre (une majorité simple suffira, elle est pratiquement acquise), est une pure folie qui condamnera le processus de paix pour plusieurs générations. Hélas, les Israéliens n'ont pas laissé aux Palestiniens un autre choix que celui-là. 
10. La nécessité que la population israélienne rejette clairement les extrémistes de la catégorie des Lieberman & Co. Un ultranationaliste comme ministre des Affaires étrangères, on croit rêver! Comme le dit si bien Saëb Erakat, le négociateur palestinien « Même si les Palestiniens avaient mère Teresa comme président, Thomas Jefferson au Parlement et Montesquieu pour Premier ministre, il se trouverait encore un Lieberman pour dire que ce ne sont pas des partenaires et qu’il faut les tuer ».

11. Les assassinats, les raids, les bombardements, les chars, la clôture de sécurité (un mur de 730 km, en cours de construction depuis 2002, séparera à terme Israël de la Cisjordanie), les attentats-suicide, les missiles, les roquettes et les kalachnikovs ne résolvent rien. Ils n’apportent qu’extrémisme d’une part, et des deux côtés, ainsi que désolation et malheur d’autre part, encore pour la énième fois aux populations civiles des deux côtés, même à des degrés différents, les Palestiniens payant comme toujours le plus lourd tribut .
12. La nécessité qu’Israéliens et Palestiniens comprennent que seule la résolution du conflit leur apportera paix et prospérité. Pour reprendre cette belle formule de la Bible, disons que le reste n'est que « vanité et poursuite de vent ».
13. La nécessité que les grandes puissances exercent des « pressions sérieuses » pour pousser les belligérants à s’attaquer au fond du problème. Les accords d’Oslo, signés en 1993 entre Yasser Arafat et Ytshak Rabin, ont non seulement instauré l’autogouvernance de la Cisjordanie et de la bande de Gaza par les Palestiniens, mais prévoyaient aussi des négociations sur les implantations israéliennes en Cisjordanie, le sort des réfugiés palestiniens, le statut de Jérusalem, les problèmes de sécurité, la coopération israélo-palestinienne dans les domaines économiques et le partage de l'eau. Près de 20 ans plus tard, ces négociations sont au point mort. C’est inadmissible ! Les grandes puissances, les pays arabes, les pays occidentaux, la Russie et la Chine doivent assumer leurs responsabilités.
14. La nécessité de mettre un terme définitif à la colonisation absurde des Territoires occupés par les Israéliens.
15. La nécessité de trouver une solution au problème des réfugiés palestiniens (notamment au Liban, qui représentent 12% de la population libanaise, soit plus de 400 000 Palestiniens).

16. Ce drame humain, pas plus que celui qui se déroule en Syrie, ne doit pousser les libanais à s’impliquer activement, ni de près ni de loin, ni directement ni indirectement, dans ces conflits de voisinage, sauf sur le plan humanitaire.
17. Toute comparaison entre le régime d’Assad et le gouvernement israélien est ridicule.
18. Toute comparaison entre l’assassinat du chef de la milice du Hamas et ceux des personnalités du 14 Mars est encore plus ridicule.
19. « Nous sommes tous concernés au Liban par la situation à Gaza. Cette bataille concerne tout le monde. » Dans cette déclaration, le chef de la milice « chiite libanaise », Hassan Nasrallah, allié du régime « chiite iranien » des mollahs tente une nouvelle fois d’effacer de la mémoire collective « arabo-sunnite » son soutien actif au régime « alaouite syrien » qui massacre la population « sunnite syrienne », en s’accaparant la cause « palestinienne sunnite ». Complétement raté !

20. Je termine par l’éditorial du journal centriste israélien Yediot Aharonot. « Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura pas de solution militaire pour sortir du conflit de la bande de Gaza. Si nous ne parvenons pas à trouver la voie d'un accord de paix, beaucoup d'entre nous allons participer aux opérations Pilier de défense 2, 3 et ainsi de suite. » Non seulement ce constat est juste, mais il me rappelle encore une fois mes conclusions sur l’affaire du drone Ayoub. L’Iran et le Hezbollah préparent un remake de la guerre de juillet 2006, « La Victoire divine 2 ». Si la première version a couté 50% du PIB libanais, la deuxième risque d’emporter la totalité de notre économie, ou ce qu’il en reste ! Le peuple libanais ne peut pas prétendre qu’il ne savait pas et qu’il n’a pas été prévenu. Avis de tempête.


Réf.

« Ya sabrak ya Ayoub » face à l’insoutenable légèreté d’être du Hezbollah et des sympathisants du Hezbollah ! (Art.83) par Bakhos Baalbaki

mardi 6 novembre 2012

USA. Barack Obama vs Mitt Romney, chacun son poulain ! (Art.84)



Des millions de personnes dans le monde attendent avec un grand intérêt les résultats de l’élection présidentielle américaine cette nuit. Bien que je ne sois pas américain, cela ne m’empêche pas de souhaiter la réélection de Barack Obama comme président des Etats-Unis, sans la moindre hésitation.

Sur sa politique intérieure, même si c’est une affaire qui concerne uniquement le peuple américain, l’instauration de la protection sociale universelle dans un pays d’économie libérale comme les Etats-Unis, restera un acquis majeur du mandat du président sortant. Inimaginable il y a quelques années, il l’a fait.

Sur le plan international, le retrait des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan sont des décisions adéquates et courageuses. Il referme la douloureuse parenthèse ouverte par l'ex-cowboy de la maison blanche, George « W » Bush. Grand bémol, c’est évidemment l’absence de progrès dans le conflit israélo-palestinien. C’est regrettable, mais faut peut-être ne pas oublier que ce conflit a plus de 100 ans !

Enfin, l’état global du monde actuellement, la crise économique qui n’est pas encore finie et la situation explosive du Moyen-Orient (à cause du dossier nucléaire de l’Iran, de l’enlisement du drame en Syrie, de l’instabilité du Liban, du chaos en Afghanistan, des turbulences en Irak et du doute sur l'Egypte), exigent aujourd’hui du peuple américain qu’il choisisse un homme réfléchi, d’expérience et de raison, comme Barack Obama, évitant l’aventurisme, l’extrémisme et le simplisme qui caractérisent son adversaire, Mitt Romney. 

On ne peut qu'être admiratifs devant l’extrême VITALITE et la grande MATURITE de la démocratie américaine sur tous les plans. La grande ouverture d’esprit, l’important brassage culturel, le choix des candidats par les primaires, l’étendue de la liberté d’expression, la présentation de programmes détaillés, la prééminence des intérêts nationaux, le renouvellement de la classe politique, la modestie des gagnants, la dignité des perdants, la capacité de rassembler et l’acceptation des résultats des urnes... Que de leçons en soi pour le monde entier. On devrait s’en inspirer au Liban, au lieu d’attendre passivement ce que tel ou tel candidat fera pour nous. L’avenir appartient à ceux qui le prennent en main !

C
omme dans le film de George Clooney, je n’ai plus qu’à vous souhaiter « Good night and good luck ». Hey au fait, George Clooney soutient Barack Obama !

dimanche 14 octobre 2012

Jésus de Nazareth, victime la plus célèbre de la censure ! (Art.79)



Autodafé de l'Opernplatz du 10 mai 1933 à Berlin
Qu’importe l’époque, la loi et le motif, l’esprit censeur est légion ! Pas que romaine, j’y reviendrai. Mais puisqu’on ne manquera jamais de motifs, nous devons nous attendre à ne jamais manquer de censeurs non plus. D’ailleurs, jamais nous n’en avons manqué, nous n’en manquons pas et nous n’en manquerons jamais d’ailleurs. La boucle est bouclée, tourner en rond est l’ultime but de tous les censeurs. Rien ne résiste aux ciseaux d’Anastasie. On ne s’embarrasse pas de motifs, pas plus que de scrupules ! L’étroitesse d’esprit du censeur lui fait oublier que le « blasphème » ne signifie rien pour un athée, la « contre-vérité » est toute subjective, la « diffamation » est l’arme favorite des antidémocrates, la « falsification des faits » est l’argument des perdants de l’Histoire, le « danger pour la paix civile » est l’excuse des totalitaires, la « menace à l’ordre public » est l’argument fétiche des fascistes et le « trouble à l’ordre social » est le prétexte des conservateurs de tout poil et en tout genre.

Socrate est sans doute la victime la plus ancienne de la censure. Accusé de blasphème et de corrompre les jeunes gens,  il fut condamné à mort par ingestion d’une plante toxique. Qu’on le veuille ou pas, pour des raisons religieuses ou non, que l’on soit chrétien ou mécréant, la victime la plus célèbre de la censure de tous les temps est Jésus de Nazareth. Quelle découverte, personne n’a abordé le sujet de cet angle auparavant ! J'en suis ravi. Arrêté par les autorités religieuses juives pour blasphème, accusé de rébellion par les autorités romaines, il fut condamné à mort, torturé et crucifié à Jérusalem. Sur le plan artistique aussi, les ciseaux de Madame Anastasie s’en sont donnés à cœur joie. Plusieurs papes demandèrent à recouvrir par un voile pudique une partie des 400 personnages nus du Jugement dernier de Michel-Ange de la chapelle Sixtine au Vatican. Même Les Mille et une Nuits ont été censurées au début du XXe siècle par les pudibonds traducteurs pour éviter l’outrage aux bonnes mœurs de la bourgeoisie occidentale et des grenouilles de bénitier. Ceux qui méritent la palme d’or de la censure, ce sont évidemment tous les régimes totalitaires contemporains, des communistes aux baassistes, qui ont fait de la liberté d’expression leur première victime. Les mollahs d’Iran ont poussé le vice encore plus loin. Ils ont offert 3,3 millions $ à qui exécutera la fatwa de l’ayatollah Khomeini contre l’écrivain britannique Salman Rushdie pour avoir écrit Les Versets sataniques ! L’Arabie saoudite a remué ciel et terre pour obliger la Malaisie à extrader un jeune journaliste saoudien qui a osé critiquer Mahomet dans quelques tweets. Personne ne sait ce qu’il est devenu. Pendant longtemps, on ne s’embarrassait pas pour censurer. La forme la plus brutale de censure était l’autodafé de personnes hérétiques (par l’Inquisition), l'autodafé de livres (des Corans furent brûlés lors de la Révolution culturelle en Chine ; le plus célèbre autodafé de l’Histoire, savamment mis en scène, fut celui du 10 mai 1933 à Berlin où 25 000 ouvrages furent brûlés en public par les jeunes nazis) et même l'autodafé des objets bannis (les préservatifs en 1995 au Kenya avec des livres de prévention du Sida). Tout en déplorant la disparition de la culture islamique de l’Andalousie l’écrivain allemand Heinrich Heine prévenait déjà en 1821 : « Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes. » Prémonitoire, de 112 ans ! A propos, les nazis sont allaient jusqu’à qualifier tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre de leur idéologie fasciste, d’« art dégénératif », leurs auteurs furent parfois envoyés dans les camps de concentration.

La censure est un peu comme un raciste qui prétend que ces allégations sont « scientifiquement prouvées », ou comme un eugéniste qui affirme que ces travaux sont « pour le bien de tous ». Désolé, rien ne justifie la censure. Cela va à l’encontre du bien commun. Les censeurs veulent que les poissons rouges prennent leur bocal pour l’océan Pacifique ! Mais qu’est-ce la censure au juste ? Il s’agit d’une « limitation de la liberté d'expression par l'interdiction totale ou partielle de la diffusion d'une œuvre, d'une publication ou d'une idée ». Je n’ai jamais rien lu de plus terrifiant ! Je pense sans exagération aucune, que nous avons là l’une des menaces les plus dangereuses pour l’espèce humaine. Je mesure parfaitement mes mots et je peux les justifier par 1001 exemples. La censure tue la liberté mais aussi la créativité et la diversité. Elle empêche l’humanité de progresser sur tous les plans où elle s’exerce, des sciences aux arts, de la technologie à la littérature, du cinéma au graphisme, de l’écriture au théâtre, de la philosophie à la politique, de la démocratie au journalisme, de la peinture à la chanson, etc. « Rien de ce qui résulte du progrès humain ne s'obtient avec l'assentiment de tous. Ceux qui aperçoivent la lumière avant les autres sont condamnés à la poursuivre en dépit des autres. » Christophe Colomb savait de quoi il parlait ! Sans la liberté, la créativité et la diversité, l’humanité serait encore avec une feuille de vigne sur le pubis, on s’appelleraient tous Adam et Eve, et on passeraient le plus clair de notre temps à manger des pommes en jouant à touche-pipi !

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen issue de la Révolution française de 1789, précise dans son article XI que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi. » Le Premier amendement de la Constitution américaine, rédigé deux plus tard va encore plus loin : « Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d'une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d'expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis. » Ce n’est nullement le fruit du hasard, si les Etats-Unis et la France, et au-delà l'Europe et tout l’Occident, ont représenté durant le XIXe et le XXe siècle, les terrains les plus propices pour assurer le progrès de l’humanité sur les plans scientifique, technique, philosophique, littéraire, artistique, politique, économique et sociale.

A tous ceux qui voudraient interdire une œuvre de l’esprit à présent et à l’avenir, il faudrait sans doute leur opposer toujours et invariablement l’implacable logique de la justice française lorsqu’une association front-nationaliste fondamentaliste chrétienne voulait censurer le film « Je vous salue Marie » de Jean-Luc Godard (1985), « le film ne peut choquer des personnes qui n'auraient pas souhaité le voir ». C'est d’une clarté absolue ! Que les faits rapportés dans une œuvre, historique, artistique, politique ou religieuse, qu’importe, soient véridiques, adaptés librement ou falsifiés, qu'importe, qui transgressent une obligation morale, sociale ou toute autre, qu’importe, cela ne doit en aucun cas justifier la censure de l'œuvre. A toute prétendue « contre-vérité ou transgression » les mécontents n’ont qu’à opposer leur « vérité ou morale » par tous les moyens que la liberté d’expression met à leur disposition. Que les auteurs des œuvres prennent une certaine liberté avec l’histoire ou la morale, qu’il y ait une volonté manichéenne manifeste ou de la provocation gratuite, ni l’une ni l’autre ni aucune raison ne justifie la censure d’une œuvre de l’esprit. Le malheur des censeurs du XXIe siècle c’est qu’internet aujourd’hui anéanti en quelques secondes, tout l’effort qu’ils peuvent déployer pendant des mois pour parvenir à leurs fins.

Au total, la censure ne se justifie pas. Pire, elle est complètement inefficace. Pire encore, c’est la meilleure publicité pour l’œuvre à censurer !


Nota Bene

1. Y a-t-il un progrès quelconque à débouter certains censeurs chrétiens libanais, en autorisant la sortie en salle au Liban de « Fetih 1453 », un film qui retrace la conquête de Constantinople par les Ottomans, l’Istanbul d’aujourd’hui, du point de vue d’un réalisateur turc ? Indéniablement oui. Lequel ? Celle de la connaissance d’autrui et de son point de vue, ainsi que de son histoire, sa culture et de son art. Censurer s’est se replier sur soi, sur ses connaissances et ses croyances, rester enfermer dans son monde, vivre en autarcie, se marginaliser, s’appauvrir et périr.


2. Dans la majorité des pays occidentaux, il existe une limitation légale de la liberté d’expression pour discrimination, contestation des crimes contre l’humanité reconnus par une juridiction internationale, incitation à la haine ou à la violence, et injure à raison d’un handicap par exemple, comme dans l’affaire May Chidiac. Selon un document qui a circulé sur internet au début du mois d'octobre, la candidature de la journaliste libanaise aux prochaines élections législatives au Kesrouane serait anticonstitutionnelle car la Constitution prévoit cinq sièges pour cette région et non « quatre et demi », allusion à l'amputation d'une jambe et d'un bras à la suite de l'attentat qui l'a visé le 25 septembre 2005. Un humour ignoble.