mardi 9 mai 2017

L'élection d'Emmanuel Macron président de la République française : une « ode à la joie » pour la France, l'Europe et le monde. Réflexions (Art.433)



 1 
 Il faut être mauvaise langue, mauvais perdant ou de mauvaise foi ou les trois à la fois pour ne pas féliciter Emmanuel Macron. Sacré comme le plus jeune président de la République française de tous les temps, depuis 1792 svp, et le plus jeune dirigeant d'une démocratie au monde, son ascension au plus haut sommet de l'Etat en si peu de temps, moins de cinq ans, est tout simplement magistral. Elle fait beaucoup d'envieux et rend certaines personnes hargneuses, un peu trop peut-être. Comme l'a souvent dit François Mitterrand, il faut laisser du temps au temps et tous les grincheux finiront par revenir à la raison. 

La chance inouïe dont il a joui dans sa vie n'enlève rien à son mérite incontestable pour un parcours exceptionnel qui l'a conduit à ce score honorable de 66,1% des suffrages exprimés. Qu'importe le contexte, chapeau! Comme dans une Coupe du monde de football, il n'y a qu'un champion. Aujourd'hui, c'est lui. Qui n'est pas content, n'a qu'à se mettre à l'entrainement. Rendez-vous dans cinq ans.

 2  Indépendamment des détails de son programme politique, il est très tôt de spéculer sur ce point, il faut reconnaître que le nouveau président de la République est un homme brillant. Il l'a très bien démontré lors de son débat mémorable face à Marine Le Pen. Que Collard & Co soient obligés d'imaginer un petit récepteur dans l'oreille de Macron et tout un team au sous-sol du QG du 15e pour lui souffler ce qu'il avait à dire, afin d'expliquer la performance du candidat d'En Marche, résume bien le désespoir des uns et le déni de la réalité des autres face au phénomène Macron. A écouter François Baroin, qui se voyait déjà Premier ministre de François Fillon, et Alexis Corbière, qui se voyait secrétaire général de l'Elysée sous Jean-Luc Mélenchon, commenter les résultats du 2e tour, on se dit que tant que les opposants à Macron n'auront pas compris et pas assimilé la révolution en marche, ils resteront sur le quai. Qu'importe les circonstances de l'élection 2017, une chose est indiscutable aujourd'hui, il y aura un avant et un après le 7 mai 2017

Emmanuel Macron a créé un dynamisme qui oblige tous les protagonistes de l'échiquier français, de Baroin à Mélenchon, et même européen, à mettre leur logiciel politique rayé à jour ou passer pour des ringards de la politique et de l'histoire. Au passage, Baroin fait de la politique depuis 1989 et Mélenchon depuis 1976. Même la fille Le Pen est bien ancrée dans le paysage politique depuis 1993, comme Hamon d'ailleurs. Emmanuel Macron n'a été nommé adjoint à l'Elysée qu'en 2012 et ministre de l'Economie qu'en 2014. Les partis traditionnels n'ont pas le choix. Le nouveau président les met en garde, « le renouvellement de notre vie publique s'imposera à tous » (QG, 7 mai).

 3  Il faut tout de même reconnaître qu'Emmanuel Macron partage sa victoire avec les abstentionnistes du 1er tour qui ont voté pour lui afin de barrer la route au Front national, mais aussi avec le parti Les Républicains et le Parti socialiste, qui ont appelé sans aucune réserve et à la quasi unanimité à voter pour lui, et ceux de la France insoumise qui n'ont pas suivi à la lettre les consignes de leur chef. Il en est conscient et reconnaissant, comme il l'a fait savoir dans ses nombreux appels au rassemblement et à l'unité nationale dimanche soir.

 4  Marine Le Pen ne récolte que les fruits pourris de ce que son parti sème depuis 45 ans. Certes, le populisme et l'extrémisme, séduisent une frange de la population, mais pas la majorité de la nation. Père-fille-nièce, aucun des Le Pen, n'est prêt et digne de présider la République française. Comme dans une Coupe du monde de football, la 2e place n'a aucune valeur, seul le nom du grand vainqueur restera dans les annales et marquera l'histoire. 

Ils ont beau se persuader qu'ils sont "la première force d'opposition", avec 3 parlementaires en tout et pour tout sur 925 députés et sénateurs actuellement, ils ont perdu. Elle l'a mérité haut la main. Avec un score passable de 33,9% des suffrages exprimés, dont une partie est motivée par la vengeance de Macron, et une campagne présidentielle agressive et médiocre, dont on ne retiendra que son débat raté face à Macron, Le Pen aura plus du mal à s'imposer au sein de son parti à l'avenir. 

De nombreux signes ne trompent plus personne l'offensive de Marine Le Pen à peine les premiers résultats étaient connus ("d'engager une transformation profonde de notre mouvement afin de constituer une nouvelle force politique"), les appels d'une frange de la base contre un programme jugé trop à gauche et la stratégie de dédiabolisation suivie depuis quelques années (double échec), le changement du nom du parti annoncé par Florian Philippot (le FN "n'aura plus le même nom"), aussitôt recadré par Jean-Marie Le Pen ("il doit se rappeler qu'il n'est qu'un hôte dans cette maison"), la multiplication des incidents avec les journalistes ces derniers jours, les longs incisifs de Marion-Maréchal Le Pen (qui a réclamé une "réflexion" et des "leçons à tirer", avant d'annoncer un retrait temporaire de la scène politique) et surtout les nombreuses casseroles du Front national. 

Seule l'élection de Marine Le Pen comme présidente de la République pouvait la mettre à l'abri des poursuites judiciaires. C'est raté. Elle est actuellement soupçonnée "d'escroquerie en bande organisée". Elle ne peut plus bouder les juges en invoquant la "trêve judiciaire" pendant la campagne présidentielle. La levée de son immunité parlementaire européenne commencera le 28 mai. L'horizon politique s'assombrit pour Marine Le Pen.

 5  Si tout le monde s'était abstenu ou avait voté blanc et nul, Marine Le Pen avait des chances non négligeables d'être élue comme je l'ai démontré avec des chiffres à l'appui dans un article récent. En n'appelant pas clairement ses partisans à voter Macron, comme Fillon et Hamon, et en laissant supposer qu'il voterait blanc, Jean-Luc Mélenchon s'est donc mis du mauvais côté de l'histoire. Idem pour ceux et celles des fillonistes, une bonne partie, et des hamonistes, une minorité, qui se sont abstenus ou ont voté blanc et nul. Heureusement, qu'une grande partie des partisans de ces leaders ont compris l'enjeu, ont fait la part des choses et n'ont pas suivi le mauvais exemple de Mélenchon à la lettre. Il ne faudra jamais oublier dans quel état d'esprit nous aurions pu être aujourd'hui, si la candidate d'extrême droite avait réussi son pari. 

Par conséquent, il faut oser le rappeler au lendemain de cette épreuve républicaine majeure, qu'avoir compté sur les autres pour barrer la route au Front national, était le moins qu'on puisse dire inconsistant, inconscient et irresponsable.

 6  Et de l'irresponsabilité, parlons-en. Je croyais le cas de Mélenchon était réglé, j'en avais parlé longuement dans mes articles précédents, affaire classée. Mais figurez-vous que non. On a failli tous passer à côté et tomber dans le stratagème du chef de la France insoumise, qui essaie aujourd'hui de s'en tirer comme si de rien n'était. On disait, « mais oui il a ses raisons, pour ne pas donner comme tout le monde une consigne de vote claire en faveur du candidat d'En Marche ». Pas plus que Fillon en fait, et pourtant ce dernier dont la victoire était certaine pendant deux mois, n'a pas hésité une seconde pour appeler à voter Macron. C'est la déclaration de Mélenchon après la victoire écrasante de Macron, qui m'a mis la puce à l'oreille. 

Disons franco, les dix prétendants au trône de l'Elysée souhaitaient non seulement passer le 1er tour, mais ils espéraient aussi, sans jamais oser le dire, avoir Marine Le Pen en face. C'était le sésame pour gagner le 2e tour sans grande difficulté. D'ailleurs en privé, beaucoup de partisans de toutes les couleurs politiques l'avouaient. 

Toutefois, Jean-Luc Mélenchon, à la différence des autres candidats, voulait vraiment que la candidate du Front national gagne l'élection présidentielle. Regardez sa tête dimanche soir, on voit bien qu'il aurait souhaité un FN à 41%, ou le rêve, à 49%, et pourquoi pas d'un 51%. La rhétorique était toute préparée pour la suite : le Parti socialiste et le parti Les Républicains ont échoué lamentablement à combattre le FN, En Marche n'est qu'un rempart en papier contre le FN, seul moi et moi seul, avec mes hologrammes réunis, je peux le faire

La victoire présidentielle de Le Pen aurait eu deux conséquences majeures et particulièrement bénéfiques pour Mélenchon : elle lui aurait permis de gagner les élections législatives facilement et de mettre fin à la Ve République, un point central de son programme. Or, aujourd'hui, avec le score élevé de Macron, ses deux souhaits sont renvoyés aux calendes grecques. Mélenchon croyait s'en sortir grâce à ses passes d'armes avec le FN dans le passé. Désolé, mais c'est une couleuvre qu'on ne peut pas avaler aujourd'hui. Il était impossible de considérer l'arrivée de la candidate du Front national comme un danger pour la République et d'aller voter blanc ou s'abstenir. Il n'y a que des naïfs qui peuvent gober cette mascarade. Qui a voté blanc ou s'est abstenu dimanche, soit n'était pas conscient du risque encouru, soit n'était pas dérangé par la victoire du FN, voire la souhaiter au fond de lui-même.

Les ambiguïtés de Mélenchon cachaient en réalité de petits calculs politiciens. Ses partisans du 1er tour doivent en être conscients. Leur devoir civique leur impose de sanctionner aux législatives, celui qui s'est permis de faire prendre des risques considérables à la République pour des raisons bassement personnelles et électorales.

 7  Arrêtons-nous un peu sur le vote de la communauté française du Liban. On compte 17 674 Français et Franco-Libanais inscrits sur la liste électorale de l'ambassade de France à Beyrouth. 

Au 1er tour, le « vote de la circonscription Liban » ne colle absolument pas avec les profils du « vote de la France entière » et du « vote de la circonscription de l'étranger » (les chiffres seront arrondis). Le taux de participation a eu du mal à franchir la barre des 50% au Liban, comme pour le taux de l'étranger (44%), alors que le taux national était au-dessus des 80%. Il est claire que les Français de l'étranger, qu'ils soient binationaux ou pas, au Liban et ailleurs, s'intéressent moins à cet enjeu hexagonal. Les Français du Liban ont placé Fillon en tête, avec près de 61% des suffrages exprimés (contre 20% pour la France entière et 26% pour l'étranger). Il aurait était élu dès le 1er tour au Liban, le rêve! Fillon était suivi par Macron, qui a convaincu près de 16% des votants au Liban (contre 24% pour la France entière et 40% à l'étranger). Le Pen n'a récolté que près de 12% au Liban (contre 21% pour la France entière et moins de 7% à l'étranger) et Mélenchon moins de 7% au Liban (contre près de 20% pour la France entière et près de 16% à l'étranger). Disons qu'il n'y a rien d'étonnant pour un pays comme le Liban, les binationaux penchent plutôt à droite

Toutefois, le vote du 2e tour est beaucoup plus surprenant. On croyait que Macron, jeune inconnu et social-libéral, était beaucoup moins populaire dans la communauté franco-libanaise que Marine Le Pen. Eh bien, non. Enfin, de la sympathie, pour la candidate du Front national, à la confiance, pour présider la République française, il n'y avait qu'un pas que beaucoup de Franco-Libanais n'ont pas franchi. La participation était de près de 44% au Liban, comme pour l'étranger (46%), mais beaucoup moins que la France entière (75%). Macron arrive largement en tête avec 69% des suffrages exprimés, un score comparable à celui de la France entière (66%), mais inférieur à celui de l'étranger (89%). Le Pen ne convainc que 31% au Liban, un score comparable à celui de la France (34%), qui est beaucoup plus élevé que celui de l'étranger (11%). Ces résultats contrastés s'expliquent par deux facteurs importants. D'une part, par une certaine xénophobie et une islamophobie chronique chez une frange de la communauté franco-libanaise, notamment chrétienne. D'autre part, par l'afflux massif de réfugiés syriens au Liban, qui constituent aujourd'hui un tiers de la population générale du pays du Cèdre, soit près de 2 millions de personnes, et qui posent beaucoup de problèmes socio-économiques, aussi bien dans les régions chrétiennes que dans les régions musulmanes. Il y avait donc une réceptivité accrue à la rhétorique du Front national au sein des binationaux du Liban

Il n'empêche qu'on note une grande maturité politique dans le vote des Français du Liban, à l'instar de celui des Français de la mère patrie. Dans tous les cas, je suis fier et ravi d'avoir contribué à travers mes nombreux articles sur l'élection présidentielle française à éclairer l'opinion des Français installés sur les rives orientales de la Méditerranée.

 8  La bonne nouvelle pour tous, toutes tendances politiques confondues, c'est que la vie politique peut reprendre son cours. L'entre-deux-tours était une période surréaliste malsaine, dominée par l'édification du barrage contre la montée du FN, plus que par la confrontation démocratique des propositions politiques. Aujourd'hui, on peut remettre les compteurs à zéro et s'engager dans la grande bataille des législatives

Le mouvement En Marche présentera des candidats aux élections, issus pour la moitié de la société civile. Emmanuel Macron aura besoin d'une majorité présidentielle au Parlement pour mettre en oeuvre son programme. Les Français ne sont pas dupes au point d'élire en mai un président d'une couleur politique, et de constituer une majorité parlementaire d'une autre couleur politique en juin. Le nouveau président est bien parti afin d'avoir le feu vert pour mettre en route son programme. D'ailleurs, les premiers sondages placent « En Marche », rebaptisé en vue des législatives « La République en marche », en tête des intentions de vote. C'est précisément ce qui rend ses adversaires politiques, comme François Baroin, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, si irritables. 

Toutefois, le risque d'une cohabitation politique n'est pas exclu. Les Républicains, le Parti socialiste et la France insoumise, feront tout pour être des contre-poids à la politique de Macron, voire pour constituer une majorité parlementaire qui stoppera net son projet pour la France.

 9  Au bout de cette journée électorale et à la fin de cette nuit dominicale, l'histoire a pu écrire que la vague populiste qui a frappé les Etats-Unis et le Royaume-Uni, s'est arrêtée sur les côtes françaises

Beaucoup de gens n'ont pas encore bien apprécié l'élection d'Emmanuel Macron à sa juste valeur, au-delà des grands clivages politiques et des petits calculs politiciens. Après les Autrichiens et les Hollandais, les Français disent oui à l'optimisme, à la tolérance, à la modération, à l'ouverture, à l'esprit de conquête et aux valeurs républicaines, la liberté, l'égalité et la fraternité. Dans quelques mois les Allemands feront de même. Ils diront non au pessimisme, à l'intolérance, à l'extrémisme, à l'isolationnisme, à l'esprit de défaite et au populisme, en renouvelant leur confiance à la chancelière Angela Merkel. Le tandem Macron-Merkel, deux proeuropéens convaincus représente une chance historique pour le contient. 

S'il y a une certaine défiance à l'égard de l'Europe, comme l'a bien révélé l'élection présidentielle française, il est clair aujourd'hui que la majorité des 67 millions de Français comme des 510 millions d'Européens, considèrent plus que jamais l'Union européenne, la plus merveilleuse des aventures collectives humaines de l'histoire, première puissance économique au monde et prix Nobel de la paix, comme une civilisation extraordinaire et une contrée où il fait si bon de vivre et où l'on peut bien s'épanouir.

 10  Ce n'est pas par hasard qu'Emmanuel Macron ait choisi de fêter son élection historique dans la cour du palais royal du Louvre. Le nouveau président de la République a voulu rendre un double hommage.


D'une part, un hommage à la France. C'est dans ce cadre grandiose qu'une partie de l'histoire du pays a été écrite. De tous les noms intimement liés au Louvre, on peut citer notamment François Ier (1515-1547), le roi emblématique de la période de Renaissance, Napoléon Ier (1799-1815), l'empereur de la conquête de l'Europe, et François Mitterrand (1981-1995), le président à l'origine de l'audacieuse pyramide et du déménagement du ministère des Finances, faisant du Louvre le plus grand musée d'art du monde (554 498 œuvres dans 210 000 m2) et le plus visité de tous (près de 9 millions de personnes/an).

D'autre part, un hommage à l'Europe. Protégé par le velouté de la nuit et éclairé par les lumières chaudes des réverbères, sur le thème musical de l'Ode à la joie de Beethoven, qui constitue l'hymne officiel de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe, Emmanuel Macron s'est mis en marche, pendant 3 minutes et 45 secondes, traversant seul et solennellement une cour Napoléon noire de monde et couverte de drapeaux tricolores, pour rejoindre l'estrade dressée pour la circonstance devant la nouvelle pyramide, pour rencontrer le peuple de France venu à sa rencontre devant l'arc de triomphe du Carrousel et pour prendre le destin de la France en main

La mise en scène n'est pas sans rappeler celle d'un François Mitterrand avançant seul sur la même musique au Panthéon, là où la Patrie témoigne de sa reconnaissance aux Grands hommes. Par ce clin d'oeil, Macron n'a pas voulu montrer un quelconque attachement à la politique miterrandienne (il n'avait que 4 ans à son élection et 18 ans à son départ). Il a surtout souhaité se démarquer des "présidents ordinaires", comme François Hollande et Nicolas Sarkozy, pour se mettre dans les bottes des "présidents extraordinaires", comme François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing. Il sait que si l'habit ne fait pas le moine, il y contribue quand même. 

La gravité affichée sur son visage lors de son premier discours à son QG, à l'annonce des premiers résultats de son élection, conscient du poids de la charge présidentielle qui pèse désormais sur ses épaules, a cédé la place à une grande sérénité au Louvre, celle du grand vainqueur de cette longue bataille, qui sait que la tâche sera immense mais qui est confiant dans l'avenir. La cérémonie s'est terminée par un retour à la France avec La Marseillaise, l'hymne national, et une sympathique photo de famille.

 11  Je termine cet article par quelques extraits marquants des deux discours prononcés par le nouveau président de la République française, Emmanuel Macron, dans un premier temps, devant ses fidèles au QG d'En Marche (38:43-44:50) et dans un deuxième temps, devant les Français au Louvre (2:12:00-2:24:30). J'ai fusionné les textes pour mieux ressortir l'essence et la logique des actes fondateurs du nouveau mandat. Les phrases ne sont pas dans l'ordre chronologique.


« La France l'a emporté (Louvre)... Vous avez choisi de m'accorder votre confiance. Je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude. C'est un grand honneur et c'est une grande responsabilité (QG)...

Peuple de France, nous avons des devoirs envers notre pays. Nous sommes les héritiers d'une grande histoire et du grand message humaniste adressé au monde (QG)... Une nouvelle page de notre longue histoire s'ouvre ce soir. Je veux que ce soit celle de l'espoir et de la confiance retrouvée (QG)... Les Français, l'Europe et le monde attendent de nous... qu'à nouveau la France les étonne (Louvre)... 

Je défendrai la France, ses intérêts vitaux, son image, son message (QG)... Je protégerai la République (Louvre)... La tâche qui nous attend est immense. Elle imposera de moraliser la vie publique, de défendre notre vitalité démocratique, de renforcer notre économie, de construire de nouvelles protections, d'assurer la sécurité de tous, de donner une place à chacun, de refonder notre Europe (Louvre)... Je défendrai l'Europe, la communauté de destins que se sont donnés les peuples de notre continent (QG)... Je ne me laisserai arrêter par aucun obstacle. J'agirai avec détermination et dans le respect de chacun (QG)...

Je vous servirai avec humilité et avec force. Je vous servirai au nom de notre devise: liberté, égalité, fraternité. Je vous servirai dans la fidélité de la confiance que vous m'avez donnée. Je vous servirai avec amour (Louvre)... Aimons la France (QG). »

jeudi 4 mai 2017

Le résultat du débat-TV Macron-Le Pen est sans appel : il est prêt et digne d'être président de la République française, elle peut tourner des pubs de dentifrice ou être dans l'opposition (Art.431)


1. La finale a eu lieu. Enfin, à la télé. Elle me conforte dans mon opinion. Chirac avait parfaitement raison, on ne débat pas avec le Front national car ses leaders emblématiques, les Le Pen père-fille-nièce n'ont aucune décence politique. On a encore eu la preuve hier, avec un débat à l'américaine, un combat de catch houleux ou un match de rugby au mieux, loin d'un débat à la française, un match de tennis ou de football au pire. Cela étant dit et contrairement à ce qu'on peut lire ici et là, dans la presse nationale et internationale, ainsi que sur les réseaux sociaux, ce fut un débat réussi, passionné et passionnant, car il a permis tout simplement de mettre en lumière la personnalité des deux candidats et les grandes lignes de leur projet pour la France. C'est exactement ce qu'on attend d'un débat politique. Et quel match! On aurait dit la rencontre qui a opposé l'Allemagne au Brésil au cours du Mondial de football de 2014, l'inoubliable « 7-1 ».


2. La stratégie globale. Marine Le Pen (MLP) n'avait manifestement qu'une idée fixe en tête. Elle était tellement obsédée d'attaquer son adversaire, qu'elle a très souvent oublié d'énumérer ses propres propositions en la matière. C'était à peine croyable. Le Pen faisait de la peine! On sentait qu'elle est venue battre son rival et repartir. Maigre pour aller plus loin. Elle est apparue irresponsable, obtus, grossière et immature. De ce fait, Emmanuel Macron (EM) n'a eu que le beau rôle tout au long du débat. Le comble, c'était grâce à la candidate du FN. La stratégie du candidat d'En Marche était double : souligner le manque de propositions de son adversaire, pour bien la discréditer, puis rebondir afin de se concentrer sur ses propres propositions, pour bien se mettre en valeur. Il ne pouvait pas mieux rêver comme situation, surtout qu'il a dit, redit et démontré qu'il est venu débattre avec sa rivale et convaincre les Français par son projet. Il a donc brillamment réussi son pari. Il s'est imposé comme un homme responsable, ouvert, fin et mature.

3. La maitrise des dossiers. Elle a cru bien faire de venir avec une pile de dossiers, de notes et d'anti-sèches. Quelle bonne idée sauf que le FN ne s'est pas rendu compte que c'était un signe donné aux téléspectateurs que MLP ne maitrisait pas ses sujets. Le débat l'a démontré, notamment sur l'emploi, la sécurité, la justice, les médicaments ou l'Euro. EM était plutôt comme un maitre de conférence. Incollable sur tous les sujets abordés. Sans jamais regarder une fiche, il prenait du temps pour expliquer sereinement la complexité des problèmes auxquels la France doit faire face et les solutions qu'il envisage appliquer s'il est élu. Sûr de lui, il a d'ailleurs utilisé le futur et non le conditionnel.

4. Les propositions. On savait que les deux finalistes s'opposaient sur pratiquement tous les sujets. Et sur ce plan précis, le débat n'a rien apporté de plus. Il n'a fait que le démontrer. Sur l'emploi, la retraite, la sécurité, le terrorisme, l'école, l'Europe et le monde, on avait deux visions de la France. On le savait. Toutefois, la confrontation a été très utile. Celle-ci a démontré qu'Emmanuel Macron a un réel projet pour la France, contesté par certains, mais il est complet et cohérent. De l'autre côté, c'est la grande confusion et l'incohérence. Marine Le Pen a mérité bien son qualificatif qu'EM lui a attribué, « parasite », du système depuis des dizaines d'années comme du débat pendant 2h30, une tactique indispensable pour embrouiller les électeurs. Elle l'a fait en disant beaucoup de « bêtises » comme l'a souligné EM à plusieurs reprises, un terme qu'on réserve d'habitude aux enfants. Alors que le candidat d'En Marche a fait un sans-faute pratiquement, on a relevé une vingtaine d'intox et fakes news, mensonges et faits alternatifs, pour MLP. Sur la relance de l'économie, la retraite à 60 ans, le rachat de SFR, la contribution de la France au budget de l'Union européenne, la hausse des prix à cause de l'Euro, la bonne santé du Royaume-Uni malgré le Brexit, la filière GPA, etc. Elle a beau essayé, elle n'a pas réussi à être « crédible ». C'était surtout flagrant lors de son cafouillage sur la sortie de l'Euro, mesure phare de son programme, où elle a dit vraiment « n'importe quoi ». Et à chaque fois, qu'elle s'est retrouvée coincée par les répliques cinglantes et les propositions précises de son adversaire, elle s'est réfugiée dans l'insulte, la caricature et les enfantillages, quitte à apparaître grotesque. On pouvait bien le sentir tout au long du débat à ses rires et sourires hystériques, qui étaient proportionnels à l'intensité de son malaise. Ce fut notamment le cas avec son cirque sur la prétendue crainte d'EM des « envahisseurs », les sympathisants du FN, un moment d'anthologie qui a démontré à quel point MLP avait perdu la main et les pédales lors de ce débat. Elle a laissé l'impression d'une bouffonne de la trempe de Trump. On aurait dit un éléphant dans un magasin de porcelaine. Elle a été au mieux assez maladroite, au pire, très mauvaise.

5. L'attitude. Marine Le Pen est apparue agressive, grossière, instinctive et ringarde. On aurait dit un vieux disque rayé qui tournait en boucle. Elle a passé beaucoup de son temps de parole, les yeux plongés dans ses anti-sèches, cherchant désespérément de quoi attaquer son rival au lieu de développer ses idées pour la France. Après chaque intervention, elle laissait une impression de malaise et d'oppression. En un mot, elle inquiétait. Au contraire, Emmanuel Macron semblait d'un calme olympien, courtois, réfléchi et moderne. Il avait une maitrise de ses émotions, comme de ses dossiers, impressionnante. Il laissait une impression de bien-être et de sérénité. En un mot, il rassurait. Non mais, il n'y a pas photo!

6. Comme je l'avais souhaitais dans mon dernier article, les magouilles financières du Front national et de sa présidente ont été abordées au cours du débat, surtout que l'enquête préliminaire menée en France a abouti à la mise en examen d'une quinzaine de dirigeants du FN et à l'ouverture récente d'une information judiciaire pour « escroquerie en bande organisée ». Il était temps de mettre en garde les Français. Elire Marine Le Pen c'est mettre une justiciable soupçonnée d'escroquerie, qui prétend être la candidate du peuple français, à l'abri de la justice de la République, qui est justement rendue « au nom du peuple français ». Impensable.

7. Ce qui frappe le plus dans ce débat du 2e tour c'est finalement le contraste entre les deux finalistes. Jamais il n'a été aussi net et marqué. Et à cause de ce point, il faut plutôt reconnaitre que le débat est historique, il restera dans les annales. Aujourd'hui, il n'y a plus aucun doute, tout oppose les deux candidats, rendant le choix politique entre ces deux personnalités de l'échiquier politique, pour quiconque supposé et disposé à choisir, donc qui n'est pas mauvais perdant et de mauvaise foi ou les deux à la fois, on ne peut plus aisé. Le grand mérite de ce débat c'est d'avoir démontré que le ni-ni, c'est nunuche et pipi de chat. Les électeurs français auront le choix dimanche entre une candidate d'extrême droite dans toute sa splendeur, terme sarcastique pour désigner la décadence que représente ce mouvement et la répugnance suscitée par son idéologie, et un présidentiable qui est prêt pour les hautes fonctions de l'Etat et digne d'être président de la République française.

8. Je dois vous avouer que Marine Le Pen a marqué un but. Je pourrais rajouter, contre son camp. Elle a parfaitement démontré à la majorité des téléspectateurs d'hier et des électeurs de demain, qu'elle est ni prête ni à la hauteur pour briguer la magistrature suprême. Au pire, elle peut continuer son cirque et ses invectives dans l'opposition, au mieux, elle peut jouer dans des pubs de dentifrice ou dans une série télévisée. On le savait déjà. C'est CQFD. Et je peux vous dire, ça fait du bien. 


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mercredi 3 mai 2017

Emmanuel Macron vs. Marine Le Pen : le plus jeune président de la République française face à l'escroquerie en bande organisée (Art.430)


I. A QUELQUES JOURS DU DENOUEMENT DE CE CHAMPIONNAT POLITIQUE, SOUVENONS-NOUS

Sacrée France! Elle nous fait vivre une de ces campagnes présidentielles, épique pour certains, dramatique pour d'autres. A quelques jours du dénouement de ce championnat politique, souvenons-nous. Chassé par la porte de l'élection de 2012, Nicolas Sarkozy s'est accroché au bord de la fenêtre de la primaire de 2016, espérant revenir dans l'arène et prendre sa revanche. Privé de sa poupée vaudou, qui lui avait permis d'éliminer Dominique Strauss-Kahn le favori de 2012, François Hollande ne pouvait plus jeter des sorts que sur lui-même. Pendant de très longs mois, Alain Juppé a porté les pantoufles du grand favori, jusqu'à l'usure totale. François Fillon ne s'est pas rendu compte que si l'habit ne faisait pas le moine, le costume ne fait pas le président non plus. Connaissant l'adresse des lieux, Manuel Valls a cru que pour passer du palais de l'Elysée à l'hôtel Matignon, il n'avait qu'à traverser la Seine, s'essuyer les pieds et entrer. Benoît Hamon a pensé un instant qu'il était né sous une bonne étoile. Jean-Luc Mélenchon s'est vraiment pris pour le líder máximo de la revolución francesa. Nicolas Dupont-Aignan a eu de grands espoirs de faire oublier son surnom vendéen, Ducon Gnangnan. Enfin bref, on aura tout vu et tout connu, ri et pleuré, sur le sort des uns et des autres. Et encore, ce n'est pas fini.

Qui seront les alliés de la France le Jour d'après?
Berlin. Emmanuel Macron avec Angela Merkel (16 mars 2017)
Moscou. Marine Le Pen avec Vladimir Poutine (24 mars 2017)

II. L'ENJEU DE CETTE ELECTION PRÉSIDENTIELLE N'EST PLUS DE SAVOIR QUI VA LA GAGNER

Il ne reste que peu de suspense à ce niveau, l'édition 2017 est pratiquement bouclée. La comparaison des propositions et des positions des deux finalistes prouvent qu'Emmanuel Macron a tout ce qu'il faut pour ratisser large et gagner, Marine Le Pen ne peut que rapetisser et perdre. Inconnu du grand public il y a 5 ans, Macron s'impose aujourd'hui comme le gage d'un sang neuf et du renouveau. La dynastie Le Pen, père-fille-nièce, est dans le paysage politique français depuis 1956. Le parcours professionnel de Macron, ministre de l'Economie, inspecteur des Finances et banquier d'affaires chez Rothschild & Cie, plaident en faveur d'une bonne connaissance à la fois du secteur public, où il laisse de bonnes impressions, et du secteur privé, où il a connu un grand succès. Le parcours de Marine est réduit à une très brève carrière d'avocate. Sans clients, sans dossiers et sans revenus, on finit par la placer dans le service juridique du parti de papa, le Front national, il y a 20 ans de cela. Le positionnement de Macron au centre prouve aux yeux d'une majorité de Français qu'il est ouvert aux opinions les plus variées et il a la capacité de rassembler. Tel père telle fille telle nièce, les Le Pen n'ont jamais réussi à briser leur isolement à l'extrême droite de l'échiquier politique français.

Lisez, comparez, méditer, non mais, il n'y a pas photo! Si le climat politique à notre époque favorise le pessimisme, l'extrémisme, l'isolationnisme, le populisme et l'intolérance, comme on peut le voir tristement avec la candidature de Marine Le Pen en France et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, il est aussi propice à l'optimisme, la modération, l'ouverture, la politique autrement et la tolérance, comme on peut le constater magistralement dans la candidature d'Emmanuel Macron en France et la nomination de Justin Trudeau au Canada. Le candidat d'En Marche l'a très bien compris, il a très bien su l'exprimer dans son programme présidentiel et ça c'est très bien traduit dans les urnes. Aujourd'hui, Emmanuel Macron a non seulement une avance d'un million de voix sur sa rivale (24,01% des suffrages contre 21,3%), mais en plus, il dispose d'une réserve de voix importante, à la fois chez Les Républicains, le Parti socialiste et la France insoumise, qui représentent près de 50% de l'électorat. Par contre, la marge électorale de Marine Le Pen est très réduite, elle est désespérément seule contre tous, malgré l'alliance opportuniste avec Dupont-Aignan, qui ne représente que 5% de l'électorat. Macron sort triomphant de sa première confrontation au suffrage universel. Sans réelle surprise, sa deuxième le portera à l'Elysée, sauf coup de théâtre, que personne ne peut exclure.

III. L'ENJEU DE CETTE ELECTION PRÉSIDENTIELLE N'EST PAS NON PLUS LE SCORE QUE DEVRA REALISER LE FAVORI, EMMANUEL MACRON

On sait qu'il sera gonfler artificiellement par le contexte spécial de ce 2e tour et ne reflétera pas fidèlement la réalité. Mais encore, le score du candidat d'En Marche hante quand même tous les esprits. Il faut le disséquer pour mieux comprendre la raison. Le 7 mai, on retrouvera trois catégories de bulletins « Emmanuel Macron » dans les urnes :
. ceux des adhérents de la 1re heure : 8 657 326 voix, les 24,01% des suffrages totaux exprimés au 1e tour, dont 1 432 voix exprimées au Liban, 16,02% des suffrages locaux ; ce sont celles et ceux qui trouvent que le programme de Macron est le meilleur de tous;
. ceux des convaincus de la 2e heure : des abstentionnistes et des adversaires du 1er tour, qui considèrent par défaut, que le programme de Macron pour la France est préférable à celui de Le Pen;
. ceux du « front républicain » proprement dit : qui ne veulent pas prendre le moindre risque de voir Marine Le Pen et sa clique piétiner le gazon de l'Elysée et les valeurs de la République française.
Ces catégories sont aussi miscibles que peuvent être l'eau et l'huile. Seule l'agitation provoquée par le 1er tour, avec la qualification d'une candidate d'extrême droite pour la finale, permettra de les mélanger dans un corps électoral homogène. Toutefois, tout le monde sait que l'effet est temporaire.

Cela étant dit, si la catégorie des adhérents de la 1re heure (les 24%), ne pose aucune difficulté d'interprétation, il s'agit d'une adhésion claire et nette, ce n'est absolument pas le cas des deux autres. Du côté d'En Marche, on peut être tenté de ne voir dans les votants en faveur d'Emmanuel Macron le 7 mai que des adhérents au programme de ce dernier et que des convaincus par ses propositions. On parle déjà de plus en plus de « majorité présidentielle ». Du côté des Républicains, des Socialistes et des Insoumis, qu'elle soit avouée ou pas, on est obsédé par cette idée que le candidat d'En Marche puisse tirer un quelconque profit de son score, pour l'exploiter contre eux durant la grande bataille des législatives. Ils ne se rendent pas compte de part et d'autre, qu'ils sont en train de créer une confusion des genres dans la tête des électeurs, qui peut affecter gravement le taux de participation au 2e tour et la force du barrage anti-FN.

IV. LE FRONT RÉPUBLICAIN AUJOURD'HUI, LA BATAILLE LÉGISLATIVE DEMAIN

La situation est complexe, mais les choses doivent rester claires. Emmanuel Macron doit être pleinement conscient du désarroi des partisans de ses adversaires républicains, notamment ceux de François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Il ne doit pas considérer, comme il le fait parfois, que le vote en sa faveur est acquis d'avance et que tout bulletin dans l'urne équivaut une adhésion à son programme. Républicains, Socialistes et Insoumis doivent aussi être pleinement conscients que l'exploitation du score de Macron aux législatives par le mouvement En Marche est une peur démesurée et irrationnelle. A cause de la gravité que représente la présence de Marine Le Pen au 2e tour, Macron doit multiplier les signes pour rassurer les composantes hétéroclites de la nouvelle coalition politique temporaire du « front républicain ». Quand il parle de son programme, il doit le faire pour prouver à tous les électeurs français que ses propositions sont meilleures pour la France que celles de Marine Le Pen, mais pas forcément mieux que celles des Républicains (Fillon), des Socialistes (Hamon) et des Insoumis (Mélenchon). Fillon (enfin, la droite), Hamon et Mélenchon, doivent rassurer leurs partisans, ça n'a aucun sens de craindre l'exploitation du score du candidat d'En Marche aux législatives, ils ne se retrouvent « alliés de Macron » que pour un laps de temps et dans le but de barrer la route à Le Pen.

Par conséquent, personne ne doit perdre de vue, que la bataille actuelle n'est ni pour assurer une majorité à Macron ni pour constituer une majorité contre Macron. Elle est pour élire un président digne de la République française. Ce n'est qu'à partir du 8 mai que tout le monde peut s'engager vraiment dans la bataille des législatives. Entre les deux tours de l'élection présidentielle, la bataille est contre Marine Le Pen, point barre.

V. LE CAS PAS SI ÉNIGMATIQUE QUE ÇA DU LIDER MAXIMO DE LA REVOLUCION FRANCESA, JEAN-LUC MÉLENCHON

Déçu, soit. Vexé, soit. Furieux, soit. Mais de là à être mauvais perdant, il n'y avait qu'un pas, que le chef de la France Insoumise a franchi allègrement. Allez, récapitulons. La France de Mélenchon dynamite la Ve République, prend le risque de quitter l'Union européenne, abandonne l'Euro et sort de l'OMC-FMI-BM-OTAN, rejoint l'Alliance bolivarienne et s'allie avec Poutine-Assad, et met 10 jours à réfléchir, sur une question qui peut être tranchée en quelques heures sur Internet, que faire au 2e tour. Aux dernières nouvelles, le chef des Insoumis a décidé d'aller voter au 2e tour, mais de ne pas voter pour Le Pen, tout en ne donnant pas une consigne de vote pour ses électeurs mais en mettant en garde ses partisans contre un vote FN. Comprenne qui pourra. Si Mélenchon est sincère, il votera donc blanc, ce qui boostera le score de Le Pen comme on le verra plus loin. Il est navrant de constater que ce transfuge du PS a tout fait pour apparaître comme un présidentiable sérieux durant la campagne et le voilà dilapidant une partie de son capital à cause d'un ego surdimensionné. « Le 5 mai, il ne faut pas hésiter. Mettez des gants, des pinces, ce que vous voulez, mais votez ! Abaissez le plus bas possible Le Pen ». Superbe, mais c'était en 2002, quand papa Jean-Marie s'était qualifié pour le 2e tour. Pour la qualification de la fifille Marine, Mélenchon est parvenu à la conclusion que « le front républicain consiste à donner des brevets de pompier à des pyromanes ». Chapeau!

Le volte-face de Mélenchon sur une question de principe, n'est pas une anecdote de campagne, c'est une stratégie délibérée, murement réfléchie. Les raisons sont multiples. Pêle-mêle, on y trouve :
. l'amertume de la défaite alors qu'il était à deux doigts de se qualifier pour le 2e tour : 19,58% des suffrages exprimés, soit 7 060 885 voix ; près de 600 000 voix seulement le séparent de Marine Le Pen! ;
. un manque du sens des responsabilités : hélas, et c'est encore plus flagrant quand on pense à un Bernie Sanders, qui n'a pas hésité une seconde pour se rallier à Hillary Clinton, contre Donald Trump ;
. la rancune pour les adversaires de gauche et du centre : Benoît Hamon, qui ne s'est pas retiré en sa faveur (c'est l'inverse qui aurait dû se passer, à cause du sens des responsabilités et du programme présidentielle du candidat du PS), et Emmanuel Macron, jeune inconnu il y a 5 ans, grand vainqueur aujourd'hui ;
. la dispute de la même frange de l'électorat entre l'extrême gauche et l'extrême droite : notamment ouvrier et rural, c'est très utile dans la perspective des législatives de juin ;
. la proximité des programmes entre la France insoumise et le Front national sur certains points importants : à des nuances près, les deux souhaitent abroger la loi Travail, maintenir l'âge de départ à la retraite à 60 ans, dénoncer les accords de libre-échange, instaurer un certain protectionnisme, adopter le référendum d'initiative populaire, sortir des traités de l'Union européenne, quitter l'OTAN et s'allier avec Poutine-Assad en Ukraine-Syrie ;
. des objectifs tactiques comparables : éliminer les partis traditionnelles et prendre leur place, le Parti socialiste pour l'un, le parti Les Républicains pour l'autre, notamment par la mise en place de la proportionnelle, intégrale pour l'un, partielle et majorée pour l'autre, qui ouvra dans les deux cas grand les portes de l'Assemblée nationale à ces deux partis extrêmes de l'échiquier politique.
Cela étant dit, les deux formations sont diamétralement opposées sur de nombreuses propositions. Le projet de Mélenchon est globalement humaniste et écologique. Ce n'est pas le cas de celui de Marine Le Pen. S'il s'était qualifié pour le 2e tour face à Le Pen, je n'aurai pas hésité une seconde, j'aurai voté pour Mélenchon. Idem si c'était Fillon ou Hamon. C'est justement ce qui rend la retenue du chef des Insoumis pour appeler à voter Macron, injustifiable et impardonnable, surtout quand on apprend que l'ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis, une figure importante de la gauche radicale européenne, a clairement apporté son soutien au candidat d'En Marche face à celle du Front national, "le seul ministre d'Etat en Europe à avoir fait tout son possible pour nous aider" lors de la crise de la dette qui a opposé Athènes à Bruxelles.

VI. L'ENJEU DE CETTE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE, C'EST LE SCORE DE MARINE LE PEN

Elle a récolté 21,3% des suffrages exprimés au 1er tour, soit 7 679 493 voix (12,29% au Liban). Elle s'est alliée à Nicolas Dupont-Aignan, un gaulliste en toc qui n'a obtenu que 4,7% des suffrages, soit 1 695 186 voix (dont 47 au Liban). J'ai eu l'occasion de m'exprimer sur les propositions d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Inutile d'y revenir en détails. Limitons-nous à quelques uns des points qui me motivent à infliger une lourde défaite à la candidate du Front national.

En premier, il y a le personnage. S'il faut la qualifier par un seul adjectif, je dirais qu'elle est antipathique. Son sourire hypocrite, adopté il y a peu de temps pour illuminer un sombre visage, la dispose plus pour tourner des pubs de dentifrice qu'à gagner les cœurs. Ce qui me rend hermétique à sa politique, c'est avant tout cette malhonnêteté omniprésenteQuelques exemples banals. Beyrouth, 21 février. Alors qu'elle est prévenue la veille que pour rencontrer le Mufti elle doit se couvrir la tête, elle se pointe à la porte le lendemain et fait tout un cirque pour signifier aux intéressés qu'elle refuse catégoriquement de se voiler les cheveux. Amiens, 26 avril. Apprenant qu'Emmanuel Macron passe une partie de la journée dans la ville, afin de rencontrer les représentants des salariés de Whirlpool, et prévoit de se rendre à 14h30 dans l'usine, un site qui pourrait être délocalisé en Pologne, Marine Le Pen décide de se pointer à 13h et de passer une vingtaine de minutes sur le parking, le temps de faire son cirque, prendre des selfies avec les salariés, distribuer des croissants à tout le monde et fournir des sifflets aux plus belliqueux, afin que le candidat d'En Marche soit mal accueilli dans l'après-midi. Villepinte, 1er mai. Comme si de rien n'était et sans le citer bien entendu, Marine Le Pen se permet de plagier mot à mot de longs passages d'un discours de François Fillon prononcé deux semaines plus tôt. Bienvenue dans la mythomanie du FN. Ce qui me rebute d'avoir la moindre opinion positive du Front national, c'est également la longue liste des condamnations judiciaires de ce parti et de ses membres pour banalisation de crimes contre l’humanité, apologie de crimes de guerre, contestation de l'existence de crimes contre l'humanité, incitation à la haine raciale, inégalité des races, détournement de fonds, diffamation, etc. Et encore, c'est sans parler des innombrables dérapages islamophobes, antisémites, racistes, homophobes et xénophobes de certains de ses membres et de ses sympathisants.

Ce n'est évidemment pas tout. Elevée au château de Saint-Cloud, Marine Le Pen a réussi à se faire passer pour la candidate du peuple. Et pourtant, ceci ne se traduit pas trop dans son programme. Alors qu'elle ne promet que d'accorder une prime pour les bas revenus et les petites retraites, sans en préciser le montant svp, et qu'une faible baisse de l’impôt sur le revenu, de 10% seulement, elle s'engage tenez-vous bien, à permettre à chaque parent, càd tout doit être multiplié par deux, de transmettre sans aucune taxation, 100 000 euros à chaque enfant tous les cinq ans et d'augmenter le plafond des donations sans taxation aux petits-enfants à 50 000 euros tous les cinq ans. Ainsi, les couples aisés pourraient transmettre toutes leurs fortunes à leurs enfants et petits-enfants, sans payer un euro de taxes à l'Etat. Candidate du peuple, la mascarade! Tenez, prenons maintenant ses propositions sur l'immigration. La candidate du FN veut réduire l’immigration légale à un solde annuel de 10 000 personnes par an. Non seulement aucun pays occidental n'est aussi fermé sur lui-même, mais en plus, si on applique une telle politique, on claquera la porte au nez de tous ceux qui souhaiteraient étudier en France (alors que le pays a délivré près de 70 000 cartes de séjour « étudiant » en 2016, faisant de l'Hexagone la 3e destination universitaire au monde), et de tous ceux qui voudraient se former et travailler dans le pays (qui concernent près de 22 000 personnes, dont des artistes, des scientifiques et des médecins libanais et étrangers, qui complètent leur formation dans les centres hospitaliers français). Le Pen souhaite également mettre fin à l’acquisition de la nationalité française par mariage et au droit du sol, et surtout, supprimer la double nationalité extra-européenne. Et dire que les 1 099 Franco-Libanais qui ont voté pour elle au Liban, ignorent que la déchéance de la nationalité les frappera sans distinction. Remarquez, ils ont raison sur un point, on donne la nationalité française à n'importe qui! Eh oui, la France de Le Pen est un pays au ban des nations dont le rayonnement n'éblouit personne.

Marine Le Pen prévoit par ailleurs l'abandon de l'Euro et la sortie de la France de l'Union européenne, le souhait le plus profond du quatuor Trump-Erdogan-XiJinping-Poutine. Et pourtant, comme l'ont rappelé 25 Prix Nobel d'économie, « la construction européenne est capitale non seulement pour maintenir la paix sur le continent mais également pour le progrès économique des Etats membres et leur pouvoir politique dans le monde ». Selon eux « les politiques isolationnistes et protectionnistes et les dévaluations compétitives (…) entraînent des mesures de représailles et des guerres commerciales (…) elles se révéleront préjudiciables à la France ainsi qu’à ses partenaires commerciaux. » La chef du FN ne sait plus quoi inventer, entre le retour au Franc et la création d'une monnaie commune, l'Ecu, pour cacher au peuple les mises en garde de la majorité des experts en économie : le programme de Marine Le Pen plombera le pouvoir d'achat des Français, mettra en difficulté les entreprises françaises et explosera la dette publique de la France. Sur le plan international, la candidate d'extrême droite souhaite fonder la politique de la France sur « le principe du réalisme » en envisageant un rapprochement avec Vladimir Poutine et de bonnes relations avec Bachar el-Assad, les principaux responsables de la tragédie de la guerre en Syrie, de l'épanouissement de l'Etat islamique en Irak et au Levant (Daech) et du drame des réfugiés syriens, au Liban comme en Europe.

VII. L'ABSTENTION ET LE VOTE BLANC PERMETTRAIENT A MARINE LE PEN DE GAGNER, AH SI !

Pour mieux comprendre le danger de l'abstention et du vote
blanc dimanche prochain, il faut simplifier les chiffres du 1er tour et imaginer deux scénarios pour le 2e tour. Si on réduit la population française à une commune de 10 000 personnes, les résultats du 1er tour seraient les suivants : Abstention-Blancs-Nuls 2422 voix, Macron 1819 voix, Le Pen 1614 voix, Fillon 1516 voix, Mélenchon 1484 voix, Hamon 482 voix, Dupont-Aignan 356 voix, Lassale-Poutou-Asselineau-Artaud-Cheminade 307 voix.

Premier scénario. Imaginons une forte mobilisation des abstentionistes-blancs-nuls du 1er tour, motivée par le danger Le Pen (le taux tombe de 24 à 20%, avec une mobilisation en faveur de Macron dans ¾ des cas). Supposons aussi que le report de voix sera tel qu'il s'est manifesté lors des sondages pré et post-1er tour : fillonistes (48% pour Macron, 33% pour Le Pen, 19% abstention), mélenchonistes (62% pour Macron, et beaucoup moins selon la consultation de la base sur internet, 9% pour Le Pen, 29% abstention), hamonistes (79% pour Macron, 4% pour Le Pen, 17% abstention) et aignanistes (34% pour Macron, 46% pour Le Pen, 20% abstention). Considérons également que les partisans des petits candidats s'abstiendront. Dans ce cas de figure, l'abstention globale sera de 32% (incluant les votes blancs et nuls). Macron sera élu avec 63% des voix exprimées. Le Pen se contentera de 37% seulement.

Deuxième scénario. Imaginons maintenant un 2e tour qui ne mobilise pas les abstentionnistes du 1er tour. Supposons aussi que les partisans de Dupont-Aignan se portent massivement sur Le Pen, après l'alliance des deux candidats. Supposons également que les partisans de tous les recalés, Fillon, Mélenchon, Hamon et tous les autres petits candidats, décident de ne pas voter Macron et de s'abstenir ou de voter blanc et nul. Dans ce cas de figure, eh bien, figurez-vous que le compteur de la catégorie « abstentions-blanc-nul » explosera, on aura 62% des inscrits. Avec 48% des voix exprimées, Emmanuel Macron sera battu. Marine Le Pen sera élue avec 52% des voix exprimées.

L'heure est grave, alors pour la suite, pas de pudeur de gazelle, comme l'a si bien dit le lider maximo. Qui feigne de ne pas voir de différences entre les deux finalistes, pour justifier une abstention et un vote blanc bidon par des prétextes grotesques aux conséquences désastreuses, est soit un mauvais perdant, soit de mauvaise foi, voire les deux à la fois. Si tout le monde suivait la logique de Jean-Luc Mélenchon et de certains Fillonistes, contrairement à la consigne de vote de François Fillon lui-même, dans une stratégie de fuite en avant, d'autruche, d'aveuglement, de vengeance, de rancune, de terre brûlée, d'après moi le déluge, du ni-ni-jusqu'au-boutiste, de la peste et du choléra, enfin, appelez cela comme vous voulez, qu'importe, le résultat sera le même, la candidate d'extrême droite sera élue présidente de la République française.

VIII. PEUT-ON ELIRE MARINE LE PEN COMME PRÉSIDENTE DE LA RÉPUBLIQUE, ALORS QU'ELLE EST SOUPÇONNÉE PAR LA JUSTICE FRANÇAISE D'ESCROQUERIE EN BANDE ORGANISÉE?

Si je suis si engagé dans cette bataille présidentielle pour infliger à Marine Le Pen une défaite cuisante, c'est également à cause de ses magouilles financières. Je trouve ça hallucinant, qu'on débatte à longueur de temps, de journée, d'antenne, de colonne et de mur, sur le programme de la candidat du Front national, comme si de rien n'était, alors que Marine Le Pen traine depuis un bon moment déjà de nombreuses casseroles concernant les emplois fictifs d'une vingtaine d'assistants parlementaires européens du FN, le vaste système frauduleux mis en place par son parti pour financer ses campagnes électorales depuis des années, les fausses déclarations de patrimoine et le grand emprunt russe dont le non-remboursement dépendra du bon vouloir du maitre du Kremlin. On a gavé les Français jusqu'à la nausée avec PenelopeGate et clouer au pilori un homme d'Etat après tout, François Fillon, et là bizarrement, on assiste à une sorte d'amnésie générale, disons à quelque chose qui s'apparente à un traitement différencié concernant des affaires judiciaires beaucoup plus graves d'une politicienne infréquentable à la base, Marine Le Pen. 

Et pourtant, l'enquête préliminaire menée en France concernant les nombreuses magouilles financières du Front national et de sa candidate a abouti ni plus ni moins, à la mise en examen d'une quinzaine de dirigeants du FN et à l'ouverture récente d'une information judiciaire pour « escroquerie en bande organisée ». La présidente de ce parti a été convoquée par la justice pour être entendue et probablement mise en examen il y a quelques semaines. Elle a tout simplement refusé de s'y rendre. 

Rien que pour ça, les Français devraient déclarer Marine Le Pen inéligible. L'élire c'est mettre une femme politique soupçonnée d'escroquerie, à l'abri de la justice de la République, le temps de son mandat. Pour moi, c'est un des enjeux primordiaux de cette élection présidentielle. Nul n'est au-dessus de la loi, Marine Le Pen doit être entendue et jugée au nom du peuple français comme tout le monde. Je demande donc solennellement à Emmanuel Macron d'aborder les magouilles financières de sa rivale au cours du débat télévisé prévu ce soir, et les jours suivants, en ayant en tête la détermination de Marine Le Pen de se servir de son immunité parlementaire ou présidentielle, pour refuser de répondre aux convocations des juges, et ses menaces proférées contre les policiers et les juges qui enquêtent sur ses affaires, lors du meeting de Nantes le 26 février : « Dans quelques semaines, ce pouvoir politique... aura été balayé par l’élection. Mais ces fonctionnaires, eux, devront assumer (...) Ils mettent en jeu leur propre responsabilité ». Et dire que certains s'étonnent encore du battage médiatique contre le FN! Il est là, le danger de ce parti, résumé dans cette phrase. Alors, faisons un peu du Mélenchon et disons, élisez qui vous voulez dimanche, mais ne l'Elysée pas! Ma consigne est tout de même plus claire que celle du líder máximo de la revolución francesa. Je réserve le mot de la fin à Emmanuel Macron. Il l'a prononcé lors du meeting du 1er mai à Paris. « Madame Le Pen a parfaitement résumé la situation avec sa grossièreté bien connue : c'est en marche ou crève. Elle a raison, En Marche! c'est nous ». Là aussi, on ne peut pas être plus clair. La démocratie offre à tout un chacun de voter en son âme et conscience, comme à ses risques et périls. Protégeons la France du pire, le monde entier nous observe. 

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