vendredi 20 juillet 2012

Vers l'« Etat des Alaouites » en Syrie ? Eventualité et conséquences pour le Liban (Art.67)



On apprend vite quand on sort des sentiers battus, que tout serpent reste dangereux tant qu’on ne lui a pas tranché la tête, encore plus dangereux quand on ne lui coupe que la queue et une fois on lui a coupé cette queue, on ne dispose que d’un temps limité pour l’achever, faute de quoi le serpent pourrait se retourner contre le randonneur imprudent. Autrement dit, toutes les prévisions à court terme sur les derniers événements en Syrie sont très aléatoires tellement la situation demeure floue et imprévisible. Avec des combats en plein cœur de Damas et un attentat contre un QG de sécurité dans la capitale syrienne, el-Cham rentre dans une folie furieuse et incontrôlable. Tous les ingrédients sont là pour nourrir les espoirs les plus fous et les rumeurs les plus folles. La « guerre psychologique » fait rage sur le sol et dans les airs, à Damas comme dans les médias et sur internet !

Après 16 mois de révolte non-stop, il est indéniable que le régime de Bachar El-Assad a reçu un coup très dur en ce mercredi 18 juillet. Je comprends qu’on puisse se réjouir de la mort de certains personnages odieux. Personnellement, c’est une limite que je ne franchirai pas. Pas uniquement pour une raison morale. Etant farouchement opposé à la peine de mort décidée en bonne et due forme, je ne peux point me réjouir d’une mort qui s’apparente à une exécution sommaire, une expédition punitive ou un acte de vengeance, notamment lorsque cette forme est obtenue par un « attentat-suicide ». Les criminels doivent être jugés devant un tribunal, par le peuple et pour l’Histoire.

Dans ce contexte de grande confusion, quelques réflexions aux moindres risques sur la situation de la Syrie et ses conséquences sur le Liban.

1. Allah n’y est pour rien dans l’évolution de la situation syrienne. S’il devait intervenir, il l’aurait fait ici et ailleurs, depuis longtemps, très longtemps, depuis la nuit des temps et les méandres des ténèbres, depuis la Genèse et la création d’Eve à partir du « baculum » d’Adam ! Vous en conviendrez avec moi, passons rapidement aux choses sérieuses.

2. La Russie ne lâchera pas le régime syrien tant que ses intérêts économiques et ses préoccupations stratégiques ne sont pas pris en compte. Idem pour la Chine. A ce jour, aucun des éléments suivants ne permet de présager le contraire : la personnalité de Poutine, les déclarations répétées de Lavrov, le blocage des résolutions à l’ONU (3 doubles vetos depuis mars 2011 ; dernier en date, jeudi 19 juillet), la restitution à l’armée syrienne de 3 hélicoptères de combat (par un cargo russe; opération en cours), l’importance de la base méditerranéenne de Tartous pour le Kremlin, le grand intérêt du marché syrien d’armement pour le complexe militaro-industriel russe, la nécessité pour les Russes de saboter le projet de gaz trans-syrien entre le Qatar et l’Europe (qui rendrait le continent moins dépendant du gaz trans-sibérien), le désamour des marchés arabes pour l’armement russe, la guerre froide entre la Russie et l’Occident qui n’a jamais cessé, etc. A ce titre, les pays arabes et occidentaux portent une lourde responsabilité dans l’enlisement de la situation en Syrie. La population syrienne paie très cher l’amateurisme occidental en Libye (d’avoir outrepassé la résolution de l’ONU ; d'avoir négligé les intérêts de la Russie ; de n’avoir pas pu imposer le jugement devant la CPI des Kadhafi, père et fils ; etc.). Il est facile de reprocher à la Russie la défense aveugle de ses intérêts, au mépris des droits humanitaires, alors qu’on a fermé les yeux et les oreilles à l’expédition guerrière du cowboy de la Maison Blanche en Irak, une guerre décidée pour des raisons bassement financières et qui a provoqué la mort de 115 000 civils irakiens dans l’indifférence générale du monde qui se prétend être "civilisé" !

3. Dans mon article « Hélas, pas de changement de régime en Syrie dans l'immédiat! », publié le 23 mars 2011, à peine 8 jours après le début de l’intifada syrienne, à contresens total de la pensée dominante du moment, après avoir énuméré les raisons qui me poussaient à choisir ce titre, j’avais conclu que « la détermination du peuple syrien à l'avenir, indépendamment des facteurs extérieurs... ne sera suffisante pour créer un bouleversement en Syrie que si et seulement si elle se radicalise et se généralise pour créer le "dynamisme révolutionnaire" que rien ne pourra arrêter, comme une avalanche... Bonne chance au peuple syrien. De toute façon, l'avenir lui appartient ! ». Nous voilà 16 mois plus tard, la révolution syrienne a peut-être réussie à donner à son mouvement ce « dynamisme révolutionnaire » qui pourrait déloger Bachar El-Assad du palais du Peuple. L’avenir nous le dira rapidement.

4. L’attentat de Damas survenu le 18 juillet 2012 fait penser évidemment au Complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler. Si les deux événements se ressemblent beaucoup, ils se distinguent également. Les deux attentats ont en commun deux éléments : ils visent de hauts responsables du régime et ils ont eu lieu pratiquement le même jour ! Est-ce un clin d’œil de l’Histoire aux révolutionnaires syriens ou un clin d’œil des révolutionnaires syriens à l’Histoire ? Qu'importe.

Mais ces deux attentats se distinguent aussi sur plusieurs points. D’abord, il faut noter que l’attentat de Wolfsschanze (« La Tanière du Loup », QG d’Adolf Hitler, un ensemble de blockhaus situés dans une forêt dense qui se trouve actuellement en Pologne) visait la tête de la pyramide du régime nazi, Hitler himself ainsi que des officiers de 1er plan, ce qui n’est pas le cas de celui de Damas, Bachar ne devait pas assister à la réunion et les hauts responsables syriens tués ne font pas partie du cercle rapproché du clan Assad. A ce propos, il faut préciser que le ministre de la Défense et le chef de la Cellule de crise, tués dans cet attentat n’avaient aucun pouvoir sur le terrain et même le puissant Assef Chawkat, vice-ministre de la Défense et beau-frère d’Assad, il était en disgrâce depuis quelque temps. Ensuite, il faut savoir que l’attentat contre Hitler constituait la 1ère étape d’un plan d’action qui prévoyait un coup d’Etat. Rien ne laisse penser aujourd’hui qu’un scénario semblable était prévu par les révolutionnaires syriens, à part ce coup d’éclat. Et enfin, le modus operandi ! Le colonel Claus von Stauffenberg a posé la mallette contenant la bombe et est sorti de la salle où étaient rassemblés les principaux officiers allemands. A Damas, l’auteur syrien, un garde du corps et non un haut officier comme pour Hitler, se serait fait pulvériser dans la salle de réunion. Une autre version circule. Elle ressemble à celle qui a couté la vie à Bachir Gemayel, où il est question d’un ouvrier qui travaillait dans le bâtiment. En tout cas, le mode opératoire a son importance. Et quelle nuance ! C’est sur cette base, je pense, que Ban Ki-Moon a « condamné fermement » l’attentat de Damas. Et comment ! Peut-on se réjouir de cette mode désuète des « attentats-suicide » quand cela nous arrange, comme c’est le cas aujourd’hui avec l’attentat de Damas, et la condamner quand cela nous dérange, comme ce fut le cas avec l’attentat contre Rafic Hariri à Beyrouth ou avec les attaques du 11 Septembre à New York ? C’est une question de principe. Lors du procès de Nuremberg, les criminels nazis ont eu le droit de se défense, malgré les horreurs commises, et ce qui se passe en Syrie n’est rien comparé aux crimes nazis. Le principe de l’attentat-suicide est moralement condamnable, ne serait-ce que parce qu’au cours de l’opération, des innocents sont tués, blessés et traumatisés, avec les criminels visées ! Encore une fois un criminel doit être jugé et non exécuté !

Un rappel sinistre de circonstance. L’attentat de Wolfsschanze, à défaut de décapiter le régime nazi, a été suivi par une répression féroce et une épuration massive. Une dizaine de milliers de personnes ont été exécutées par la suite. Bachar El-Assad, en « black-out » depuis l’attentat, il serait toujours à Damas selon les dernières informations, prépare sa vengeance, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Il fera comme son père après l’attentat manqué contre lui en 1980 où un millier de Frères musulmans furent massacrés à la prison de Tadmour. D'ailleurs, les Frères musulmans considèrent que désormais le régime est "aussi dangereux qu'un loup blessé". Toute la question étant de savoir, quelle marge de manœuvre reste réellement au fils Assad et si les rebelles ont la capacité de harceler le régime par d’autres coups de cette ampleur ?

5. Déloger Bachar El-Assad ne signifie pas la fin du conflit en Syrie et le début immédiat d’une ère de prospérité pour le peuple syrien. Le tyran de Damas a encore quelques cartes dans les mains. Et non des moindres ! Le soutien infaillible de la Russie et de la Chine, l’hésitation occidentale et arabe sur le remplacement de Bachar (malgré les déclarations hypocrites !), le soutien inconditionnel d’Israël (malgré les déclarations hypocrites aussi ; Israël est éternellement reconnaissant pour les Assad, père et fils, d’avoir transformé le front du Golan en un lieu paisible où il fait bon de vivre pour les colons israéliens ; en tout cas, l’Etat hébreux craint le transfert de missiles et d’armes chimiques vers le Hezbollah au Liban), la menace d’utilisation des armes chimiques contre les insurgés et la population, la dissémination de l’arsenal de l’armée syrienne (notamment vers le Hezbollah), le passage à la guerre civile (avec affrontement des populations alaouite et sunnite), l'exode massif de la population syrienne vers le Liban (20 000 personnes au cours des dernières 24 heures), l’agitation des camps palestiniens de Syrie (expulsion massive vers le Liban ou la Jordanie) et enfin pour ce qui nous concerne directement, la déstabilisation du Liban.

Et comme par hasard et par malédiction, le jour de l’attentat de Damas, un attentat au bord de la mer Noire contre des touristes israéliens fait 6 morts et une trentaine de blessés. "L'attentat de Bourgas a été mené par des activistes du Hezbollah et commandité par l'Iran", a déclaré Ehud Barak, le ministre israélien de la Défense. Pour le chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman, "C'est le Hezbollah aidé par les Gardiens de la révolution de l'Iran qui est responsable de cet attentat". Au passage, l’attentat de la mer Noire est aussi perpétué par un kamikaze ! Enfin, l’embrasement de la région est le meilleur moyen de prolonger l’espérance de vie de Bachar El-Assad, quitte à replonger le pays du Cèdre dans une guerre désastreuse !

Enfin, la réactivation de l’« Etat des Alaouites » du mandat français est probablement la dernière cartouche de Bachar El-Assad. Ce mini-état a existé sous diverses appellations entre 1920 et 1936 : Territoire des Alaouites, Etat des Alaouites et Territoire de Lattiquié. Il avait justement comme capitale Lattiquié. Il est dominé par la communauté alaouite. Le repli des alaouites, civils et militaires de Syrie vers l’« Etat des Alaouites » est une option que le clan Assad envisagera sans doute quand il aura la certitude de perdre définitivement le contrôle de la Syrie. D’ailleurs, des observateurs ont déjà noté un mouvement de populations -alaouite et chrétienne- vers la côte, qui connait un boom immobilier sans précédent. Le moment venu, il videra les caisses de l’Etat syrien et transformera l’armée syrienne en une milice alaouite chargée de la défense du nouvel Etat. La Russie sera le premier pays à le reconnaitre, d’autant plus que la base militaire russe de Tartous se situera dans l’Etat des Alaouites. C’est peut-être ce qui explique la grande prudence des chancelleries occidentales sur le dossier syrien : éviter de « pousser » le clan Assad vers cette option extrême ! L’existence d’une frontière commune avec le Nord du Liban et la présence d’une communauté alaouite à Tripoli, facilitera la déstabilisation du pays du Cèdre, qui n’en a sûrement pas fini avec le clan des Assad !

6. Déloger Bachar El-Assad ne signifie pas non plus la fin des problèmes libanais et le début immédiat d’une ère de prospérité pour le peuple libanais. Dans mon article, écrit en mars 2011, je concluais : « Si le changement de régime en Syrie est un paramètre important qu'il faut sans doute prendre en considération, nous libanais, les composantes du 14 Mars en particulier, nous ne devons en aucun cas construire nos plans d'action sur cette éventualité. » Je n’ai rien à rajouter à cette conclusion 16 mois plus tard, même si le dynamisme révolutionnaire a franchi le seuil de non-retour, à cause notamment du point 5. En tout cas, indépendamment de ce qui précède, certains pensent naïvement, notamment au sein du 14 Mars, que la chute du régime syrien anéantirait le Hezbollah et Michel Aoun !

Ils persistent à ne pas vouloir comprendre que la « puissance » du Hezbollah, le parti religieux ne la tire pas ni du régime syrien, ni des mollahs d’Iran, ni même de ses armes, mais surtout de la communauté chiite libanaise qui le soutient massivement ! De grâce dites-moi, combien de voix chiites (et surtout qu’est-ce qu’elles représentent sur le terrain) se sont élevés pour dénoncer l’attribution par Hassan Nasrallah du qualificatif de « martyr » à Assaf Cawkat ou pour critiquer le Hezbollah après les guerres de juillet 2006 et mai 2008 ou qui réclament la dissolution illico presto de la milice chiite et son désarmement ou la remise des 4 accusés du Hezbollah au Tribunal spécial pour le Liban ? Peu, hélas. Quant à Michel Aoun, ces mêmes « certains » s’obstinent à ne pas vouloir comprendre que la popularité du général de Rabié ne sera nullement affectée par les événements tragiques de Syrie pour la simple raison qu'ibn Hrajel, ibn Maaser El-Chouf, ibn Jézzine, ibn Achrafieh et ibn Bkerké même, n'ont cure de ce qui se passe de l’autre côté de l’Anti-Liban ! Non par cruauté mais par un égoïsme bassement "humain". Ils sont surtout sensibles à son populisme à 5 piastres.

7. Au total, pour ce qui est de nous au Liban, ce qui va affaiblir le Hezbollah et Aoun, ce sont d’une part, la présentation par le 14 Mars d'un programme politique courageux, ambitieux, concret et réaliste, qui abordent la vie quotidienne de la population libanaise, en lui donnant matière à rêver à un avenir meilleur et d’autre part, l'engagement ferme à le réaliser si le peuple libanais lui accorde la majorité relative aux prochaines élections législative de 2013 ! Le reste n'est que vanité et poursuite de vent.


Mise à jour 19 décembre 2012 

Extraits d'un article paru dans le quotidien libanais al-Moustaqbal le 17 déc. 2012
الأسد يحضّر للفرار من دمشق والتحصّن في جبال العلويين

المستقبل - الاثنين 17 كانون الأول 2012 

تتسارع مجريات الأحداث في سوريا حيث سرّب مصدر روسي مقرّب من بشار الأسد أمس، أن الرئيس السوري أعدّ خطة عسكرية لإطالة أمد الحرب الدائرة ضد الشعب السوري من خلال تخطيطه للجوء إلى جبال العلويين في الساحل الغربي من البلاد، إلى حيث نقل سبعة ألوية من قوات النخبة في الجيش السوري ولواء متخصصاً بالصواريخ البالستية بحوزتهم ذخائر كيميائية.

ففي بريطانيا، نقلت صحيفة "الصانداي تايمز" امس عن مصدر روسي مقرب جدا من الأسد ان الأخير يحضر من اجل مغادرة دمشق إلى مكان أكثر امناً في جبال العلويين قرب الساحل السوري المطل على البحر المتوسط بين جنوب تركيا وشمال لبنان.

وبحسب مصادر استخبارية غربية، فإن سبعة الوية من المغاوير (اشرس المقاتلين) الذين هم في غالبيتهم من الطائفة العلوية ولواء متخصص بالصواريخ البالستية قد انتقلوا مطلع الشهر الجاري الى المنطقة العلوية التي يخطط الأسد للانتقال اليها. واوضحت المصادر ان "واحداً من الوية المغاوير ولواء الصواريخ يملكون بحوزتهم ذخائر كيميائية".
وكان النظام عمل بشكل رئيسي خلال الـ21 شهراً الماضية على تطهير المنطقة عرقياً فقامت قواته بإبادات جماعية للمسلمين السنة الموجودين في عدد من القرى على اطراف المنطقة العلوية مثل ترميش والرستن والحولة. كما قامت قوات الاسد بزرع الطرقات الحدودية للمنطقة بالألغام، وانتقل مراقبو قوات النخبة الخاصة الى المنطقة لمراقبة الطرقات التي تؤدي اليها بشكل دائم.

وافادت تقارير ان آلاف العلويين يهرعون الى المنطقة الساحلية الواقعة على المتوسط بين تركيا وشمال لبنان، كما اشارت معلومات غير مؤكدة ان الأسد قد نقل قسماً من عائلته الى القرداحة الواقعة في قلب المنطقة المذكورة حيث تقوم بحراستهم بشكل مشدد قوات خاصة مخلصة لعائلة الأسد.

واكد المصدر اعتقاده بأن الأسد لن يستسلم ابداً في المنطقة العلوية التي يسيطر عليها تماماً. اضاف "لقد قال لي الأسد: مبارك ربما غادر وبقيت مصر، أما انا اذا ذهبت فلن يبقى شيء من سوريا".

  
Mise à jour 5 juillet 2013
Les choses se concrétisent ! C'est même très grave. Des informations évoquent la destruction et la falsification des registres des cadastres en Syrie, pour déposséder les propriétaires sunnites de leurs biens dans certaines régions, notamment à Homs. La population et les rebelles syriens doivent le savoir. Extraits d'un article paru dans le quotidien koweïtien Al-Raï le 5 juil. 2013

صار من شبه المؤكد ان الرئيس بشار الاسد يسعى لاقامة منطقة نفوذ ذات غالبية علوية وشيعية تصل الشمال الغربي للبلاد بالعاصمة دمشق، وتكون متصلة بالبقاع اللبناني والجنوب وبيروت

قوات الاسد عمدت الى نقل عدد من السكان المدنيين العلويين من الشمال الغربي الى بلدة القصير التي استعادتها أخيرا من الثوار، وسمحت للعلويين بنهب الممتلكات، والاقامة في المنازل الفارغة للسنة المهجرين، كجزء من عملية تطهير عرقي منظمة

قيام قوات الاسد باحراق مبنى السجل العقاري في حمص... محاولة لطمس اثباتات الملكية للسوريين السنة


القوات التي خاضت المعركة في القصير انتقلت الى حمص، وان هذه القوات مؤلفة من خمسة الاف مقاتل لحزب الل
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mercredi 4 juillet 2012

Les Frères musulmans au pouvoir en Egypte : faut-il s'en réjouir, s'en foutre ou s’en inquiéter ? (Art.66)


Cela ne fait aucun doute le 24 juin 2012 marquera un tournant dans l’histoire du monde arabe. Mohamad Morsi, le candidat des Frères musulmans a remporté officiellement l’élection présidentielle égyptienne avec 51,73% des voix. Ce résultat couronne un processus démocratique commencé à la chute du régime Moubarak le 11 février 2011. Certains se félicitent de la bonne marche de cette jeune démocratie, arguant que l’habit de l’islamiste ne fait pas le moine, cela va de soi quand même !, qu’il convient d’attendre et de voir, cela ne va pas de soi tout de même, loin des préjugés, et s’il le faut, le faire sur les actes. D’autres annoncent d’ores et déjà, ni plus ni moins, la mort clinique de la grande Egypte, celle des pharaons !

Quelques précisions de bon sens pour commencer. L’Egypte compte aujourd’hui 82 millions d’habitants. Le candidat islamiste n’a obtenu que 13,2 millions d’entre eux ! Une simple soustraction montre que près de 69 millions de personnes n’ont pas choisi Morsi ! D’ailleurs, seulement la moitié des électeurs se sont rendus aux urnes ! Il faut savoir aussi que son rival, qui est loin d’être un grand démocrate, puisque ce général fut un temps ancien Premier ministre du président déchu a obtenu 12,4 millions de voix. Certes la différence entre les 2 candidats est significative, mais rapportée à la population générale (1,2%), elle apparait dérisoire !

Beaucoup de signes témoignent de la bonne marche de cette démocratie naissante. Les élections législatives et présidentielles étaient libres. Elles se sont déroulées sans incident majeur. Elles ont connues la confrontation de plusieurs camps idéologiques. Les chiffres sont « démocratiques » (loin des 80 ou 90 % d’antan). Morsi est le premier président civil (62 ans pour y parvenir). Aussitôt investi, le nouvel élu déclare qu’il est président de tous les égyptiens et qu’il compte former un gouvernement d’union nationale. On apprend au hasard aussi que ses enfants ont la nationalité américaine. Voilà pour la vitrine. Mais qu’est-ce qu’on a dans l’arrière-boutique ?

Selon l’agence iranienne Fars, le nouveau président souhaiterait le rétablissement et le renforcement des relations diplomatiques avec l’Iran pour créer un équilibre stratégique régional. Certes l’info a été démentie mais qu’importe, les dirigeants de la République islamique d’Iran se sont félicités officiellement de l’arrivée d’un islamiste au pouvoir. On comprend ! Faut-il rappeler que les iraniens refusent de parler de « printemps arabe » mais préfèrent dès le début évoquer le « réveil islamique » des nations arabes. Nuance de taille ! Et s’ils avaient raison en fait ?

On dit que le parti des Frères musulmans représente un « islam modéré ». Certains n’hésitent pas à le comparer à la « démocratie chrétienne européenne ». Ah bon ? Pour me faire une idée, I google it ! Et là surprise sur prise. Je découvre que l’idéologie de la Confrérie s’articule autour des axes suivants : « Allah est notre objectif. Le prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad est notre voie. Mourir dans les voies d’Allah est notre plus grand espoir ». Waouh ! Démocratie chrétienne européenne dites-vous, bordel de foutaises ! Il serait plus approprié de les comparer aux mollahs chiites iraniens et aux hezbollahi chiites libanais ! Remis de mes émotions je continue ma recherche. Le parti des Frères musulmans fondé en 1928 s’est fixé dès l’origine 2 objectifs : instaurer un grand État islamique fondé sur l’application de la Charia et lutter contre l’emprise laïque occidentale et l’imitation aveugle du modèle européen ! Double waouh, même si ces objectifs peuvent facilement être attribués aux mollahs et aux hezbollahi également ! La doctrine de la Confrérie se base sur le dogme du « taw7id », la fusion du religieux et du politique ! Triple waouh, frères, mollahs et hezbollahi, unis sous la même doctrine !

Traditionnellement les Frères musulmans, les salafistes aussi, ainsi que leurs pendants chiites, hezbollahi et mollahs, sont donc farouchement opposés à la « laïcité » ! Alors comment diable peut-on accueillir favorablement et sans nuance l’élection à la tête d'un des plus grands pays arabo-musulmans d’un militant religieux endoctriné qui n’aura nullement l’intention de séparer la religion de l’Etat ni aujourd'hui ni demain, never ever ? C’est pire que d’imaginer simultanément Marine Le Pen présidente de la République française, W à nouveau dans le bureau oval, Gilberte Zouein à Baabda et Myriam Klink secrétaire générale des Nations-Unies ! On a donc déjà un gros problème en perspective sur le plan théorique !

En pratique, ça se corse encore davantage avec les Frères musulmans.  Notons à leur actif, l’assassinat du Premier ministre égyptien Mahmoud Fahmi Nokrashi (1948). A différentes époques, ils furent soutenus par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite pour lutter contre les régimes communistes et socialistes. Pas qu’en Egypte d’ailleurs ! C’est dans ce cadre qu’ils tentèrent d’assassiner Gamal Abed El-Nasser. Dans les années 60, ils préconisèrent le Jihad contre les sociétés « jahiliyé » (ignorantes), occidentales et même islamiques. Il faut savoir aussi que c’est un membre de Jamiaa El-Islamiyé, une dissidence des Frères Musulmans, qui assassina le président égyptien Anouar El-Sadate (1981). Tout cela est de l’histoire ancienne, soit, mais il faut savoir aussi qu’Ayman El-Zawahiri, le leader actuel d’Al-Quaida est issu des rangs des Frères musulmans, que ces derniers ont contribué activement à la formation du Hamas, le pendant sunnite du Hezbollah en Palestine et qu’ils n’ont pas hésité à ameuter la communauté sunnite après la publication des caricatures de Mahomet dans un journal danois (2006). Par ailleurs, il faut savoir également que c’est sous le slogan séculaire « L’Islam est la solution » que Mohamad Badie (Bdi3) est devenu le 8e Guide suprême de la Confrérie. Et là ce n’est pas de l’histoire ancienne comme l’atteste la photo de Badie prise lors de son avènement en 2010. La longue répression qu’ils subirent à l’époque de Nasser, de Sadate et de Moubarak, allant jusqu’à leur interdiction, a limité leurs actions et leurs participations aux élections mais ne les a pas empêché de dissimuler leur jeu et leurs véritables intentions. Du jeu il y en a eu, de la stratégie aussi. Rappelons que les Frères musulmans ont fait profil bas lors de la Révolution égyptienne (janvier 2011) afin d’éviter la répression du régime et pour ne pas effrayer la population égyptienne, ainsi que les pays occidentaux et les régimes arabes ! D’où l’accueil favorable de certains occidentaux et orientaux de l’élection de Mohamad Morsi. Amnésiques ils ont oublié que les Frères se sont engagés à ne pas présenter de candidat à la présidentielle. Ce n’était qu’une tactique, qui s’est révélée payante aux législatives et à la présidentielle ! Ils ont compris que la démocratie qui est issue de la révolution peut les installer au pouvoir à peu de frais et sans beaucoup de risques.

Dans tous les cas, Mohamad Morsi, à supposer qu’il soit bien intentionné, fera face à 4 gros problèmes qui pourraient rendre sa navigation sur les eaux du Nil assez délicate !
1. L’armée. L’arrêt de la Haute cour à cause du vice juridique dans la loi électorale a poussé le Conseil suprême des forces armées à dissoudre le nouveau Parlement et à s’octroyer dans la foulée le pouvoir législatif ainsi qu’un droit de contrôle sur les finances publiques et surtout sur l'élaboration de la prochaine Constitution. Un signe qui ne trompe pas sur « l’ambiance » de cette nouvelle cohabitation !
2. Les électeurs des Frères musulmans. Le parti obtint la moitié des députés du Parlement dissout ! Il est donc évident que Morsi devra répondre à l’attente de ses électeurs, faute de quoi tous les déçus se jetteront dans le camp salafiste aux prochains rendez-vous électoraux. Cela ne fait aucun doute !
3. Les salafistes. Ils représentent un quart du Parlement dissout ! Le programme des barbus se résume en quelques mots, ils souhaitent l’application de la Charia. Une absurdité quand on sait que 10% de la population de l’Egypte est chrétienne (près de 7,5 millions de personnes quand même) et qu’un pourcentage indéterminé d’égyptiens ne partagent pas cette ferveur, qu’ils soient musulmans, juifs ou athées. Ils savent aussi que les « frères » constituent un terrain de pêche très fertile !
4. La communauté copte. Par méfiance, elle a eu du mal à lâcher Moubarak et à monter dans le train révolutionnaire, et par défiance, elle a soutenu le candidat adverse, Ahmad Chafik. Fera-t-on payer à ceux qui sont sur les terres du Nil depuis la nuit des temps, le prix de ces hésitations politiques, déjà que ce n’était pas fameux sous le dictateur déchu (3 députés élus et 7 nommés sur 518 sièges) ?

Pour évaluer la maturité d’une démocratie il existe des indices. Le premier de tous c’est le respect de la Constitution et des lois existantes. Il y a ensuite la tenue d’élections libres, le respect de la diversité politique et l’acceptation des résultats des urnes. Pour l’instant le compte y est en Egypte. Magnifique. Mais il y a aussi d’autres indices à prendre en considération. Comme le respect de la liberté d’expression, de culte et de mœurs, l’égalité des citoyens, la justice sociale et pénale, l’ouverture sur le monde, le respect des droits de l’homme et de la femme, le respect de la diversité et le droit à la « différence » d’opinion, de religion et de comportement. Le compte n’y est pas et n’y sera probablement jamais avec la nouvelle Egypte islamiste. Et comment peut-il en être autrement lorsqu’on apprend que les Frères considèrent que dans un pays à majorité musulmane c’est bien la Charia qui doit régir la vie des citoyens. D’ailleurs les leaders du mouvement ne se cachent pas pour en parler. Le programme publié en 2007 prévoit la mise en place d’un conseil religieux pour évaluer les lois égyptiennes. Dans ce programme il est clairement établi qu’un copte ou une femme, même sunnite, ne pourrait pas être élu(e) président(e) de la République ou nommé(e) Premier ministre. Enfin, il y a quelque mois, Mohamad Badie a déclaré sur le site officiel de la Confrérie que les Frères musulmans sont sur le point d'atteindre l'objectif ultime fixé par le fondateur du groupe, Hassan Al-Banna, qui est la mise en place d'un « régime équitable et raisonnable ». Le Guide suprême a ajouté que le projet commence avec la création d'un « gouvernement sain » et se termine par « la mise en place d'un califat islamique » juste ! On comprend maintenant beaucoup mieux la réjouissance plus que sincère de la République islamique d'Iran à l'annonce des résultats officiels ! 

Je suis sidéré par l’enthousiasme naïf de certains, en Orient comme en Occident, pour le « triomphe de la démocratie égyptienne », un triomphe qui se solde par l’accession des  Frères musulmans au pouvoir ! La démocratie égyptienne, et au-delà, la laïcité de l’Egypte, sont plus que jamais menacées par ce parti intégriste. On est encore à des années-lumière d’une démocratie mûre ! La démocratie en Egypte, une affaire à suivre, de près, de très près...

jeudi 3 mai 2012

Etude sur la dette publique de la France 1978-2012. Classement par gouvernement et par clivage politique, gauche vs droite, avec ou sans Nicolas Sarkozy (Art.62)


I. Objectif

Partant du principe qu’à chaque année civile est associée un endettement, ainsi qu’un gouvernement et un Parlement, de la même famille politique, en charge des pouvoirs exécutif et législatif, donc du contrôle de cet endettement, et face à l'autisme aussi bien à droite qu'à gauche concernant le gouffre financier des comptes nationaux, j'ai voulu connaître précisément les augmentations de la dette publique de la France sous les différents gouvernements qui se sont succédés entre 1978 et 2012. Cela m'a permis de savoir qu'elles étaient ces augmentations par clivage politique, sous les gouvernements de gauche et sous les gouvernements de droite, avec ou sans les gouvernements de Nicolas Sarkozy.


II. Précisions utiles concernant les résultats (tableaux 1 et 2)

- Couleurs des lignes et des colonnes. Bleu pour la « droite » ; rose pour la « gauche » ; gris pour la cohabitation sous un mandat présidentiel ou une transition parlementaire gauche/droite ou droite/gauche en cours d’année.

- Colonne des gouvernements. Cette colonne ne tient compte que du changement de Premier ministre et non des remaniements ministériels. Par exemple, sous le mandat de Nicolas Sarkozy la France n’a eu que François Fillon comme Premier ministre mais a connu trois remaniements.

- Colonne de l’augmentation de la dette « Par an ajustée en cas d’alternance ». Dans le cas d’un changement de gouvernement en cours d’année, j'ai réparti l’augmentation de la dette au prorata temporis de chaque gouvernement. Par exemple, en 2007, la France a connu un changement de gouvernement à la mi-mai, j'ai considéré donc que 4,5/12 de l’augmentation de la dette est liée au gouvernement de Villepin et 7,5/12 au gouvernement Fillon.

- Colonne « Par an actualisée au 1er janvier 2012 ». Afin de rendre la comparaison des chiffres possibles, alors qu’ils s’étalent sur 33 ans (396 mois), tous les montants ont été actualisés au 1er janvier 2012, tenant compte des effets de l’inflation. Ainsi les 10 milliards d’euros des années 70 valent aujourd’hui 30 milliards. Cette démarche est capitale, sans laquelle aucune comparaison n’est possible.


III. Avertissements

- Pourquoi partir de 1978 ? Pour deux raisons principales: jusque-là, le montant de la dette était raisonnable (enfin, surtout par rapport à aujourd'hui ; près de 73 Mds €, 21% du PIB) ; à partir des années 80 les comptes publics étaient en déficit chronique. L’année 2012 (Sarkozy-Fillon) n’est pas comptabilisée puisque les chiffres officiels n’ont pas encore été publiés. Les chiffres ont été arrondis (montants et durées). Pour les calculs, j'ai considéré que le mois est composé de 30 jours.

- Entre 1978 et 2012, il y a eu six alternances entre les deux camps (droite et gauche) : 1981, 1986, 1988, 1993, 1997, 2002. Si chaque gouvernement a pu subir les conséquences de la politique de celui qui l’a précédé, il avait aussi la possibilité de revenir sur certaines réformes jugées défavorables pour l’économie du pays.

- L’augmentation de la dette est constante depuis 1978 mais elle se fait à un rythme variable selon les gouvernements. Il faut bien reconnaître que la dette n’a jamais était « l’obsession » des gouvernements qui se sont succédés entre 1978 et 2012, aussi bien de gauche que de droite.

- Les critères de Maastricht, introduits par l’Union européenne en 1992, pour éviter d’avoir des économies malsaines au sein de la zone euro et garantir à tous les membres de cette zone d’emprunter à des taux d’intérêt faibles, n’ont pas toujours été respectés. A partir de 2003, le critère principal, être impérativement en dessous des 60 % du PIB, était dépassé. Quant à celui sur le déficit budgétaire, qui doit rester inférieur à 3 % du PIB, il n’a pu être respecté qu’entre 1998 et 2001, puis entre 2005 et 2007.

- La dette de la France dépassera les 1800 Mds € (milliards d’euros) au cours de cette année. Il est difficile d’établir avec précision la responsabilité des uns et des autres. Mais une chose est sûre : à chaque année civile est associée une augmentation de la dette, ainsi qu’un gouvernement et un Parlement en charge des pouvoirs exécutif et législatif.

- Pour expliquer le dérapage de la dette publique, la droite invoquera les grands projets de François Mitterrand, les 35 heures, la retraite à 60 ans, la crise financière, le gaspillage de la gauche; etc. Et la gauche évoquera les avantages fiscaux accordés aux plus favorisés, l’indiscipline budgétaire, le libéralisme, le sauvetage irraisonné des banques ; le gaspillage de la droite ; etc.

- Ma démarche a toutefois des limites. D’abord, il existe un décalage entre les mesures gouvernementales et parlementaires données et leurs effets sur la dette. Cela peut poser un problème en cas d’alternance. Mais trois éléments atténuent les effets.

Le premier : rarement il y a changement de gouvernement le lendemain d’une décision importante (ex. les 35 heures, réforme des retraites…). Ces réformes ont été adoptées à distance des changements de gouvernements. Donc, le gouvernement qui les a pris assume pleinement les conséquences de ces décisions sur la dette puisqu’il en est l’auteur. Quant au gouvernement qui le remplace, il doit assumer aussi, puisqu’il a la possibilité de revenir sur les décisions du gouvernement précédent. Ex. Cela fait 12 ans que la réforme des 35 heures est mise en place, 10 ans que la « droite » est au pouvoir, et pourtant aucun gouvernement de droite ne les a les remis en question. On peut donc avancer que ces gouvernements assument aussi une part de responsabilité dans les conséquences des 35 heures sur la dette publique. Idem pour la réforme des retraites. La gauche s’engage à revenir sur la retraite à 60 ans pour certaines catégories. De retour au pouvoir en juin prochain, le gouvernement de gauche assumera donc les conséquences financières de ce retour à la retraite à 60 ans sur la dette publique.

Le second, c’est la valeur de l’argent qui nécessite une actualisation de la dette au 1er janvier 2012, pour pouvoir effectuer une comparaison digne de ce nom en tenant compte de l’inflation au sens courant. Cette actualisation suit donc l’évolution du prix des biens de consommation courante du panier représentatif établit par l’INSEE. 


Enfin, c’est celle de la continuité du pouvoir. Il est évident qu’un nouveau gouvernement quel que soit sa couleur et la politique de celui qui l’a précédé, est obligé d’emprunter pour assurer le bon fonctionnement de l’Etat et honorer la dette de la France tout en bouclant son budget et en mettant en œuvre sa propre politique, qui mettra du temps à produire les effets escomptés. Sauf qu’un gouvernement et un Parlement sont dans la durée, et peuvent par conséquent prendre les mesures qui s’imposent pour maîtriser la dette publique.

- Il convient d’attirer l’attention du lecteur que même si Nicolas Sarkozy était le ministre du Budget dans le gouvernement Balladur (2003-2005), je n'ai pas tenu compte dans le calcul de la dette par clivage politique, gauche vs droite avec ou sans Sarkozy, puisque j'ai décidé d’associer la dette au gouvernement et à la majorité parlementaire qui lui a assuré la confiance et non aux ministres et aux présidents de la République seuls.


IV. Résultats (tableau 2)

1. La dette de la France a augmenté de 2079 milliards d’euros entre 1978 et 2012, montants cumulés et actualisés au 1er janvier 2012 : 1/3 sous des gouvernements de gauche (au pouvoir 14,6 ans sur les 33 ans) et 2/3 sous des gouvernements de droite (au pouvoir 18,4 ans sur les 33 ans).

2. La dette de la France a augmenté de 1470 €/s (euros par seconde) sous les gouvernements de gauche et 2467 €/s sous des gouvernements de droite.

3. Si on sépare les années Sarkozy, du reste de la droite, nous constatons que :

- 32 % de la dette a augmenté sous les gouvernements de gauche, qui sont restés au pouvoir 14,6 ans sur 33 ans ;

- 41 % de la dette a augmenté sous les gouvernements de droite, qui sont restés au pouvoir 13,75 ans sur 33 ans ;

- 27 % de la dette a augmenté sous les gouvernements Sarkozy, qui sont restés au pouvoir 4,6 ans sur 33 ans.

4. La dette de la France a augmenté de 1470 €/s sous les gouvernements de gauche, et 1993 €/s sous des gouvernements de droite sans Sarkozy et 3877 €/s sous les gouvernements Sarkozy.


V. Conclusion

Il n'est plus permis à l'heure de la libre circulation de l’information qu’on continue à prendre les vessies des électeurs pour des lanternes. Dans cette étude, je ne cherche pas à dédouaner un camp pour accabler l'autre, puisque je montre clairement que la gauche et la droite, ont aggravé conjointement l’endettement de la France. Mais en cherchant à en savoir plus sur un sujet aussi fondamental que la dette publique, je me suis rendu compte à quel point la désinformation et la propagande sont répandues et qu’il était plus que jamais nécessaire de mettre les points sur les i. Ces chiffres battent en brèche certaines « idées reçues » selon lesquelles la droite est une « bonne gestionnaire de l’argent public », « garante de l’équilibre des comptes nationaux » et « économe », alors que la gauche est une « mauvaise gestionnaire de l’argent public », « irresponsable concernant l’équilibre des comptes nationaux » et « dépensière ».


VI. Références

Dette des administrations publiques au sens de Maastricht

Calculateur d’inflation

lundi 23 avril 2012

Les enseignements du 1er tour de l’élection présidentielle en France du 22 avril 2012 (Art.61)


1. Les deux candidats républicains, François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP), passent au 2e tour, avec un taux de participation de plus de 80 %, c’est un beau doublé pour la démocratie. Les scores sont assez proches. Qui est premier n’a strictement aucune importance.

2. Pas de doute il y a un désaveu important de la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis 5 ans, comme la symbolique et indécente mesure du bouclier fiscal votée la vieille de la crise économique, et une sévère sanction de cette équipe, les Français ne pardonnent pas au président sortant d’avoir laissé filer la dette de la France qui atteint aujourd’hui un record, 1800 milliards d’euros, soit 600 milliards d’euros de plus qu’en 2007, c’est-à-dire 3800 euros de dette supplémentaire par seconde sous le mandat Sarkozy ! Certes tout ce que l’équipe Sarkozy a fait n’est pas mauvais, mais face à ce chiffre même les dieux là-haut ne pourraient rien, alors que dire des héritiers de Danton ici-bas! Les Français ont exprimé un désir de changement. Ils ont décidé que le changement c’était pour maintenant et il serait incarné par François Hollande.

3. Pas de candidat d’extrême droite ou d’extrême gauche au 2e tour, c’est également une excellente chose. Le cauchemar de 2002 était dans tous les esprits. Une démocratie mature n’a pas vocation à laisser s’épanouir les partis extrémistes, encore moins de les porter au pouvoir.

4. Le candidat du parti centriste (Modem), François Bayrou, à près de 9%, moins que prévu, c’est une mauvaise nouvelle, il méritait peut-être un peu plus.

5. Le candidat du parti d’extrême gauche (Front de gauche), Jean-Luc Mélenchon, à près de 11%, c’est plus faible que prévu et c’est une très bonne nouvelle car il ne pèsera pas sur la politique de François Hollande s’il est élu le 6 mai. En tout cas, son influence sera limitée.

6. Marine Le Pen, la candidate du parti d’extrême droite, le Front national (FN), est le « 3e homme » de cette élection avec ses 18 %. Nous rentrons au cœur du réacteur France ! C’est la surprise de ce scrutin et c’est une bien mauvaise nouvelle ! Présenté en pourcentage, le score est moins effrayant que s'il l'est en chiffre absolu. Il faut savoir que les 18 % représentent près de 6,5 millions de Français ! Cela signifie que 1 électeur sur 5, a choisi ce parti dont l’idéologie fait honte à la France, à son Histoire et à ce qu’elle représente, contrairement à ce que pensent beaucoup de nos compatriotes libanais et franco-libanais ! Non je ne comprendrais jamais ces français qui votent pour ce parti xénophobe et raciste sachant que 27 % de la population française a au moins un parent né à l’étranger, et surtout simpliste avec des propositions populistes qui, si elles sont mises en œuvre, elles réserveront à la France une belle descente aux enfers ! Tous les partis français les épargnent depuis 30 ans dans l’espoir d’obtenir leur voix, expliquant que ça ne serait pas de leur faute, qu’il faut blâmer leur leader. Au vu du score d’hier, il faut bien croire que cette stratégie a échoué. Jamais le FN ne s’est senti aussi puissant, aussi décomplexé, aussi arrogant. Aujourd'hui, plus qu'hier, je ne comprends toujours pas ces français qui « souffrent », propos de Rachida Dati prononcés lors de la soirée électorale, et cette « souffrance sociale », selon Rama Yade ! Mais jusqu’où diable la République doit-elle aller pour apaiser cette souffrance ? Je me demande si la chasse aux voix du FN n’est pas bel et bien ouverte !

En tout cas, il semble que le report des voix du FN sur Nicolas Sarkozy tournerait autour de 60%. Ce qui inquiète maintenant que le 1er tour est derrière nous, c’est l’attitude de la droite pour le 2e tour, qui serait tentée de récupérer les 40% restant, en rabâchant les oreilles des Français avec les thèmes favoris de ce parti (immigration, insécurité, islamisme, fraudes, protectionnisme, fermeture des frontières, etc.) ! Et encore plus inquiétant c’est leur stratégie pour les élections législatives en juin. L’UMP se trompera magistralement s’il espère récupérer les voix du FN, le compte n’y sera pas, jamais. Marine Le Pen, ne négociera pas entre les 2 tours, d’ailleurs elle n’a aucun intérêt à le faire. Elle essayera tout pour faire tomber Nicolas Sarkozy, afin de le remplacer sur l’échiquier politique. Elle pourrait même donner des consignes de vote secrètes en faveur du candidat socialiste pour couler le navire Sarkozy. Et pour cause, Marine Le Pen se place d’ores et déjà en « chef de l’opposition », elle veut recomposer la droite selon « ses conditions » ! Gilbert Collard, un proche du leader du FN, a rajouté même sur le plateau de France 2 hier soir, « Nous sommes la nouvelle droite » ! Une perspective bien terrifiante, surtout la veille de ces élections législatives. Les candidats de la droite pourraient ne pas résister bien longtemps à la tentation de s’allier avec le FN dans l’espoir d’être élus ou réélus.

Les discours et les mesures « front-nationalistes  » de la droite, comme par exemple les propos de Claude Guéant sur l’inégalité des civilisations, "Pour nous toutes les civilisations ne se valent pas", et le débat avec d’arrière-pensées politiques sur « l’identité nationale », ou les nombreuses réformes sur l’immigration, ne portent ni chance ni leurs fruits, surtout à long terme, car les gens préféreront toujours l’original à la copie ! La droite française ne l’a encore et toujours pas compris, dommage. Quand comprendra-t-elle qu’il est possible d’affirmer ses convictions et d’exposer ses valeurs sans forniquer avec l’extrême droite et sa démagogie à trois francs six sous ? Aujourd’hui la droite française a rendez-vous avec deux élections, présidentielle (2e tour le 6 mai) et législatives (10 et 17 juin). Elle est face à des choix historiques, surtout pour la première car les dés sont jetés : soit de perdre la tête haute, soit de perdre la tête basse ! Tout dépendra de son attitude vis-à-vis du FN et de la teneur de son discours entre les deux tours. Fera-t-elle les yeux doux et des appels du pied aux électeurs de l’extrême droite ? Les Français la regardent et sont toute ouïe !

Les médias aussi portent une lourde responsabilité dans le score exceptionnel réalisé par Marine Le Pen. Tout le monde s’est senti obligé la veille du dépôt des 500 parrainages nécessaires pour se porter candidat à la présidence de la République, de défendre la nécessité démocratique que Marine Le Pen ait ses signatures et s’offusquait à l’idée qu’elle n’y soit pas, alors que la règle des parrainages était la même pour tous, de Nicolas Sarkozy à Philippe Poutou, et qu’on n’allait pas adapter la loi pour faire plaisir à Madame Le Pen. Il faut reconnaître que le feuilleton quinquennal de la mascarade du « suspens », « elle les a ou elle ne les a pas », avec la variante « elle les aura ou elle ne les aura pas », orchestrée très habilement par la candidate d’extrême droite pendant des semaines durant, a été bien relayée dans les médias français qui sont tous tombés dans son piège. Toutes mes félicitations ! Il ne faut peut-être pas s’étonner après, que les électeurs se sentent à l’aise avec cette idéologie extrémiste. Certes, il est préférable de ne pas diaboliser le parti d’extrême droite, mais ce « new look » incarné par Marine Le Pen, ne doit pas nous faire oublier que la banalisation du FN dans les médias conduit inexorablement à cette banalisation dans les esprits.

7. Vive la démocratie. Le peuple est souverain.


Post-Scriptum 1
Le vote parisien est très intéressant… FRANCE vs PARIS

François Hollande : 28,63 % vs 34,83 %
Nicolas Sarkozy : 27,18 % vs 32,19 %
Marine Le Pen : 17,9 % vs 6,2 %
Jean-Luc Mélenchon : 11,11 % - 11,09 %
François Bayrou : 9,13% - 9,34 %
Eva Joly : 2,31 % vs 4,18 %
Abstentions : 19,84 % vs 19,85 %


Post-Scriptum 2
La dette de la France a augmenté de 2 millions d’euros pendant votre lecture ! Vous comprenez mieux maintenant la colère des Français ?

dimanche 22 avril 2012

France : Election présidentielle 2012. Quelques affiches de campagne, non officielles !


 
  7 mai 2012 : La France sereine




Nicolas Sarkozy 2007 vs 2012 : le regard fuyant... les électeurs. Et pour cause, que de promesses non tenues et un bilan désastreux résumé en quelques mots par Laurent Fabius : "Votre bilan, c'est votre boulet". 




"La France forte" le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy pour 2012, est né de la fusion de celui de François Mitterrand en 1988 avec celui de Valéry Giscard d'Estaing en 1981... Pas vraiment créatif !




Il est grand temps de refermer la parenthèse Sarkozy pour que la France retrouve enfin sa sérénité le 7 mai 2012 ! La mer d'Egée n'était pas un choix judicieux...




Le risque de voter pour Jean-Luc Mélenchon au 1er tour, est de faire un remake de l'élection présidentielle de 2002, où le candidat du Parti socialiste, Lionel Jospin, à cause de la dispersion des voix de la gauche, n'a pas été en mesure de se présenter au 2e tour, qui a vu s'affronter Jacques Chirac (droite) et Jean-Marie Le Pen (extrême droite).




"Si tu veux voir nos nichons, vote Mélenchon*...  * Si tu veux voir nos zizis ..."
Sérieux s'abstenir ! Enfin sérieux dans le sens, qui veut vraiment voir les nichons de ces demoiselles !




The Economist :  France in denial. The West most frivolous election.


ENFIN, pour plus de détails sur les programmes des candidats, rendez-vous sur le site du Monde qui vous propose un module permettant de consulter et de comparer les programmes des candidats par thématique (économie, société, institutions et planète). Cliquez ici.

mardi 7 février 2012

Un peu de modestie dans ce monde prétentieux ne fera pas de mal à l'humanité! [Propos de Claude Guéant sur les "civilisations"] (Art.54)


Une tendance naturelle à l'arrogance, une bonne dose d'ignorance, un zeste de racisme, une pincée de xénophobie, une élection présidentielle en vue, une déroute électorale en perspective et les voix du Front National en tête, tout cela donne immanquablement une déclaration du genre "Pour nous toutes les civilisations ne se valent pas". C'était Claude Guéant il y a 2 jours.

Comme je ne crois pas aux gaffes, mais aux propos politiques savamment étudiés, le ministre français de l'Intérieur me fait penser à quelques éléments en vrac.

- La France n'a accordé le droit de vote aux femmes qu'en 1945. Certes, avec 70 ans d'avance sur l'Arabie saoudite (prévu pour 2015!), mais il n'empêche qu'elle l'a fait avec 52 ans de retard sur la Nouvelle-Zélande (accordé en 1893!)! C'était même 27 ans après l'Union soviétique, 25 ans après l'Azerbaïdjan, 20 ans après la Mongolie ou le Liban (droit partiel), 14 ans après le Sri Lanka et 10 ans après les Philippines!

- La guerre coloniale d'Algérie, pour garder l'Algérie française, a entrainé la mort de 500 000 personnes (certains avancent même le chiffre de 1,5 million de morts) entre 1954 et 1962!

- Jusqu'à l'abolition de la peine de mort par François Mitterrand en 1981, la France a fait bon usage de l'ingénieuse machine de conception française de M. Guillotin pour trancher les têtes avec civilité!

- On estime qu'en 2011, près de 133 000 personnes en France étaient sans domicile fixe (SDF), 117 000 personnes sans logement personnel et 2 863 000 personnes dans un logement privé de confort (immeuble insalubre, pas de sanitaire ou de cuisine, chauffage insuffisant…). Au passage, il fera entre -8°C et -12°C, température ressentie jusqu'à -22°C, sur une grande partie de l'Hexagone cette nuit!

Et donc voilà, je me demande comme ça, inspiré par Claude Guéant, si l'on doit résumer la "civilisation française" au droit de vote des femmes, à son passé colonial, aux exécutions à la guillotine et au nombre de gens SDF et mal logés? Et si c'est le cas, alors le ministre de l'Intérieur n'a vraiment pas de quoi pavoiser. Avant que je n'oublie, je me demande également s'il ne faut pas diffuser massivement ce verbiage d'extrême droite aux français, ça leur évitera d'être parmi les plus gros consommateurs de psychotropes au monde (37 % en ont pris au cours de leur vie… anxiolytiques, somnifères et antidépresseurs)! On n'a même qu'à le répéter en boucle à la radio, à la télé et dans les journaux, on empêchera peut être à 85 000 personnes de tenter de se suicider chaque année et à plus de 10 000 d'y parvenir tous les ans

Enfin, un peu de modestie dans ce monde prétentieux ne fera pas de mal à l'humanité!

jeudi 26 janvier 2012

Relations Liban-Syrie : projet de déclaration publié par le « bureau exécutif du Conseil national syrien ». Texte et remarques. (Art.52)


Vous trouverez ci-dessous le document publié par le « bureau exécutif du Conseil national syrien » sur sa conception des relations entre le Liban et la Syrie à l'avenir. Il s'agit d'un projet de déclaration pour l'instant qui n'a pas encore été validé par le CNS, il y aurait peut être des divergences de point de vue au sein de l'opposition syrienne.

Le changement de régime en Syrie, inévitable pour l'Histoire, prendra malheureusement encore beaucoup de temps, contrairement à ce qu'affirme le document. En tout cas cette déclaration est effectivement une occasion en or pour établir des relations "normales" entre les 2 pays. Cependant, je voudrais attirer l'attention du Conseil National Syrien sur un point d'une grande importance qui risque de foirer cette noble tentative de tourner la page entre les 2 peuples : la terminologie!

Il est préférable, dans l'intérêt des 2 pays et des 2 peuples, et afin de mieux démontrer que "la Syrie libre, indépendante et démocratique reconnaît le Liban en tant que patrie souveraine et indépendante", de couper définitivement ce cordon ombilical terminologique, contesté par une partie de la population libanaise, notamment chrétienne.

"FRERES libanais", "le soutien du peuple libanais à son FRERE le peuple syrien", "le tournant… ouvre grand les horizons à un avenir COMMUN entre nos deux peuples", "coordination ETROITE entre les deux peuples", même si ces phrases partent d'un bon sentiment, il n'empêche qu'elles prêtent à confusion. Ces phrases ne sont pas de nature à dissiper certaines craintes.

Les points 2 et 3, comme ils sont formulés ne sont pas acceptables.
"(2) La Syrie souhaite des relations bilatérales entre deux États indépendants, souverains et égaux, et deux PEUPLES FRERES qui disposeraient d’une HISTOIRE COMMUNE, ET D'UN PRESENT ET D'UN AVENIR COMMUNS."
"(3) La Syrie aspire à fonder avec le Liban indépendant et démocratique des PROJETS COMMUNS entre les deux États et les deux peuples DANS TOUS LES DOMAINES, sans ingérence d’une partie dans les affaires de l’autre, projets dans le cadre desquels les deux États joueraient un ROLE COMPLEMENTAIRE au sein d’un cadre arabe pour l’édification d’un nouveau système arabe qui renouvellerait le concept de l’arabité en tant que lien culturel, économique et humain. Les deux pays COORDONNERAIENT ENSEMBLE pour un nouveau pacte arabe…"

Il serait aussi souhaitable concernant le point 5a de prévoir, au lieu  d'une "révision des accords conclus entre les deux pays", une annulation pure et simple de ces accords conclus sous la menace pendant l'occupation syrienne du Liban, afin d'établir en toute liberté de nouveaux accords bilatéraux!

Au total, il convient donc d'éviter tout ce qui peut donner l'impression, à tort ou à raison, qu'on s'achemine vers une relation fusionnelle d'un nouveau genre!


Réf.

Des divergences retardent la publication d’un document historique de l’opposition syrienne pour « tourner la page noire » avec le Liban
L'Orient-Le Jour 26 janvier 2012

Un document ouvrant une réelle perspective d’avenir sur les relations libano-syriennes dans une éventuelle Syrie postbaassiste, le premier dans son genre, a été publié hier au nom du « bureau exécutif du Conseil national syrien », la principale instance représentant l’opposition syrienne au régime du président syrien Bachar el-Assad.
Dans cette « Lettre ouverte au peuple syrien » – applaudie, dès sa publication, par le secrétariat général des forces du 14 Mars, qui a reconnu dans cette initiative « une démarche courageuse », le Conseil national syrien reconnaît entre autres formellement la souveraineté et l’indépendance du Liban, évoque la nécessité de relations équitables entre les deux États sur cette base et réclame notamment l’abolition du Conseil supérieur libano-syrien et la révision des traités bilatéraux iniques.

Cependant, il s’avère, après enquête, que ce document, pourtant en tous points historique, n’avait pas encore été formellement validé, jusqu’à hier soir, par le Conseil national syrien. Il s’agirait d’un projet de déclaration formelle de la part de l’opposition sur les relations libano-syriennes, toujours à l’étude au sein du CNS, mais qui a transpiré hier par le biais de certains des membres du bureau exécutif de l’instance. La question de savoir si ce texte – qui vient pourtant s’inscrire dans la lignée de la déclaration Beyrouth-Damas/Damas-Beyrouth de 2005, mais qui n’est cette fois pas le fait d’intellectuels, mais de forces politiques ! – fait l’unanimité entre les différentes composantes du CNS reste actuellement en suspens. Ainsi, le texte a-t-il été publié hier sur la page Facebook du groupe qui dépend du CNS, mais pas sur son site officiel, ce qui est probablement révélateur des divergences qui animent actuellement l’opposition syrienne.

Le texte intégral

« Frères Libanais, avec l’entrée de notre révolution, la révolution du peuple syrien, dans son onzième mois, et avec les sacrifices consentis par notre peuple pour la liberté, la dignité et le changement démocratique, et dans l’élan de notre combat pour la chute du régime de Bachar el-Assad et son gang, objectif qui est bientôt près d’être réalisé, notre Conseil apprécie hautement le soutien du peuple libanais à son frère, le peuple syrien, ainsi que son soutien politique, humanitaire et moral à la révolution syrienne. Le CNS estime qu’il existe une cause commune entre les peuples libanais et syrien : la démocratie en Syrie constitue un soutien fondamental à l’indépendance du Liban. Il s’agit là d’une occasion de tourner une page noire dans l’histoire des relations syro-libanaises, assombrie par le régime dictatorial en Syrie, qui a perpétré les formes les plus exécrables de tutelle, d’influence et d’ingérence. Notre Conseil assure que le tournant que constitue la révolution syrienne entre l’ère de la dictature et de la tyrannie, d’une part, et l’ère de la liberté et de la démocratie, de l’autre, ouvre grand les horizons à un avenir commun entre nos deux peuples et pose les fondations d’une coordination étroite entre eux », note la lettre ouverte.

Le document poursuit : « Frères Libanais, le CNS, qui aspire à un avenir radieux entre une Syrie libre et démocratique et le Liban, met l’accent sur les principes suivants :
(1) La Syrie libre, indépendante et démocratique reconnaît le Liban en tant que patrie souveraine et indépendante.
(2) La Syrie souhaite des relations bilatérales entre deux États indépendants, souverains et égaux, et deux peuples frères qui disposeraient d’une histoire commune, et d’un présent et d’un avenir communs.
(3) La Syrie aspire à fonder avec le Liban indépendant et démocratique des projets communs entre les deux États et les deux peuples dans tous les domaines, sans ingérence d’une partie dans les affaires de l’autre, projets dans le cadre desquels les deux États joueraient un rôle complémentaire au sein d’un cadre arabe pour l’édification d’un nouveau système arabe qui renouvellerait le concept de l’arabité en tant que lien culturel, économique et humain. Les deux pays coordonneraient ensemble pour un nouveau pacte arabe qui s’inspirerait de la déclaration de Riyad de 2007 et qui paverait la voie à la consolidation des valeurs du pluralisme et de la tolérance dans le monde arabe.
(4) Les deux pays considèrent que la diversité religieuse et raciale constitue une valeur unique que le Liban et la Syrie partagent et ils s’engagent à défendre cette particularité historique qu’ils considèrent comme une source de richesse sur le plan culturel et humain.
(5) La Syrie aspire, en se fondant sur les principes qui précèdent, et dans le respect de votre pacte national consacré par l’accord de Taëf, à œuvrer communément avec un Liban indépendant et démocratique pour régler immédiatement et directement les dossiers urgents suivants :
(a) La révision des accords conclus entre les deux pays pour parvenir à de nouveaux accords qui préserveraient les intérêts de chacun des deux pays, d’une part, et leurs intérêts communs, de l’autre.
(b) La concentration des relations entre les deux pays et les deux États au niveau de la représentation diplomatique saine au niveau de deux ambassades.
(c) L’abolition du Conseil supérieur libano-syrien.
(d) Le tracé des frontières entre les deux pays, notamment dans la région des fermes de Chebaa.
(e) Le contrôle des frontières entre les deux pays.
(f) La fin du rôle sécuritaire, que ce soit au niveau des ingérences dans les affaires libanaises, ou du trafic d’armes qui vise à faire du Liban une arène en opposition avec les principes fondateurs de l’entité, de l’État et de la loi.
(g) La création d’une commission d’enquête syro-libanaise commune pour régler la question des détenus et des disparus dans les prisons du régime (syrien). »

Et le texte d’ajouter : « Frères Libanais, les Syriens, après la victoire de leur révolution, et les Libanais, après la libération et la démocratisation de la Syrie, ont devant eux une longue bataille pour faire entrer les deux pays dans une nouvelle ère, celle de l’état civil, de la modernité et du développement, ainsi que de la construction des intérêts communs. Le CNS, qui expose ici les principes qu’il pense être ceux qui devraient régir les relations entre la Syrie et le Liban, se fonde en définitive sur l’intérêt de la Syrie à l’établissement de relations de fraternité, de bon voisinage et d’intérêts évidents entre elle et le Liban, et d’un intérêt syro-libanais à la naissance d’un nouveau système arabe fondé sur les intérêts entre des pays souverains et égaux. Le CNS choisit ce timing pour présenter ces principes, à l’approche d’un instant historique aussi bien pour la Syrie que pour le Liban, en l’occurrence l’approche de la chute du régime Assad qui représente l’obstacle permanent face à l’établissement de relations saines entre les deux États et les deux peuples. Ce que nous déclarons aujourd’hui n’est pas uniquement un acte de foi dans ses relations, mais un acte de reconnaissance du fait que deux États indépendants peuvent œuvrer, coordonner et réussir ensemble. Deux États qui s’entraideraient et qui ne constitueraient pas un fardeau l’un pour l’autre. »
« Frères Libanais, la révolution syrienne vous lance un appel du cœur et de la raison. Elle s’adresse à votre cœur et votre raison. Voilà que nous œuvrons aujourd’hui ensemble pour un avenir radieux qui garantirait la sécurité, la paix et la stabilité pour la région et ses peuples. Gloire aux martyrs qui sont tombés pour l’indépendance du Liban. Gloire aux martyrs de la révolution syrienne, qui écrivent avec leur sang l’avenir de la Syrie, du Liban et de la région », conclut l’appel, qui est signé par « le bureau exécutif du Conseil national syrien ».

Une « démarche courageuse » pour le 14 Mars

Dans une première réaction particulièrement favorable à ce texte, le secrétariat général des forces du 14 Mars a fait paraître hier le communiqué suivant : « Le secrétariat a reçu avec grande joie la lettre ouverte émanant du Conseil national syrien adressée au peuple libanais, et considère que cette lettre constitue un signe d’espoir et une démarche courageuse en faveur de l’ouverture d’une nouvelle page dans les relations libano-syriennes, fondées sur la souveraineté et l’indépendance des deux pays. Le secrétariat général considère que ce message historique mérite une réponse par le biais d’une lettre ouverte qui traiterait dans les détails les points soulevés par le CNS, compte tenu de l’importance de l’événement, que ce soit du point de vue de son contenu ou de son timing. Le secrétariat aspire également à davantage de contact dans l’intérêt des deux peuples et des deux pays. »