samedi 25 juin 2016

To leave or to remain, that was the question! Now, for Hamlet, leave means leave. So Boris, keep calm, LEAVE and carry on (Art.369)



1. Les Anglais se sont exprimés en toute démocratie avec un taux de participation élevé (72,2%). La victoire est nette (près de 1,3 million d’écart), mais pas écrasante (sur près de 33,6 millions de voix exprimées). Brexit 51,9% vs. Bremain 48,1%. To leave or to remain, Hamlet a tranché. Il ne sert à rien d’accabler les sujets de Sa Majesté de tous les noms d’oiseaux, plus de 16 millions de personnes ont exprimé le souhait que leur pays reste dans l’UE quand même. Le peuple britannique est souverain. Il faut donc prendre acte. Dans moins de deux au plus tard, le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’Union européenne.

2. On pourrait être tenté de tout mettre sur le dos de David Cameroun. Même s’il a appelé à voter pour le Bremain, le Premier ministre anglais est un eurosceptique au fond, enfin tout sauf un europhile qui a été aux confins du populisme puisqu’il ne s’est fait élire qu’en s’engageant à faire ce référendum. Mais enfin, si ce n’était pas lui, un autre l’aurait fait à sa place. Peut être qu’il vaut mieux le saluer d’avoir permis à ses concitoyens de se prononcer une fois pour toutes sur cette question existentielle qui les taraude depuis des décennies. Sa démission à l’annonce des résultats, reflète son esprit démocratique et son sens des responsabilités. Elle forge l’admiration. Ce ne sera pas forcément le cas ailleurs dans les grandes démocraties, encore moins dans le reste du monde.

3. Pour comprendre ce vote, il faut d’abord cerner le subconscient collectif des votants. Deux choses caractérisent le Royaume-Uni et façonne l’histoire et le caractère des Anglais : la situation insulaire et le passé impérial. Dans un tel contexte, il n’est pas évident pour une partie d’entre eux, de se sentir pleinement européens, de se contenter d’être membres de l’Union européenne parmi d’autres, et d’accepter de partager le pouvoir à Bruxelles avec 27 partenaires. Détail insignifiant mais ô combien révélateur, les ressortissants de 52 pays membres du Commonwealth of Nations résidant au RU, comme les Pakistanais, pouvaient participer au référendum du 23 juin, mais pas ceux de 24 pays de l’Union européenne, comme les Français. Le Royaume-Uni est plus attaché à ces anciennes colonies qu’à ses nouvelles compagnies. Il faut bien reconnaitre que c’est beaucoup moins contraignant !

4. Comment nous en sommes arrivés là ? Difficile d’y répondre. Il y a beaucoup de paramètres sans doute. Mais, il y en a un qui domine. Les Anglais voulaient partir déjà en 1975, deux ans et demi après leur adhésion. Entre 1973 et 2016, l’Union européenne n’a cessé d’accorder des exemptions d’obligations au Royaume-Uni. Ce fut une erreur, parmi d’autres, mais la plus grave. Tout le problème de la relation ambivalente entre l’UK et l’UE vient de cette adhésion indésirable (véto français du général de Gaulle en 1963) et non désirée (référendum anglais sur le maintien de l’adhésion en 1975). C’est ce qu’on peut appeler le péché originel. Par la suite, c’était un pied dedans, un pied dehors. Mais enfin, comme dans un couple, les continuels compromis, concessions et compromissions, ne servent à rien avec un partenaire qui ne veut pas rester dès le départ, qui voit l’Europe comme un marché unique libéral et non comme une entité politique forte. C’est élémentaire mon cher Watson. Ils ne le retiendront pas ! C’est la principale leçon de la mésaventure anglaise. Les règles communautaires doivent s’appliquer sans dérogations.

5. Certes, tous les partisans du « Remain » en Europe et dans le monde, ont la gueule de bois ce weekend. Mais, cette éventualité est prévue dans l’article 50 du traité de Lisbonne (entrée en vigueur le 1er décembre 2009). Il faut donc accepter le verdict du peuple anglais. C’est la règle démocratique. Pour aller de l’avant, il faut partir des certitudes et fixer un cap. Dans ce but, il faut se souvenir de deux choses. D’une part, de la raison d’être de l’UE, le rapprochement des peuples et la paix en Europe, et d’autre part, que l’Union fait la force, sans l’ombre d’un doute. La moitié des Anglais ne l’ont pas vu de cet œil, dommage. Mais, c’est leur problème, pas le nôtre. Sur le continent, nous sommes dans un autre état d’esprit. Rien ne devra arrêter la merveilleuse aventure humaine qu’est l’Union européenne, imaginé déjà par Victor Hugo, pour les raisons citées précédemment. Comme dans la vie des nations, on passe de la 1re à la 2e République, aujourd’hui nous passons à l’Union européenne 2.0, la 2e Union qui naitra du Brexit.

6. Si on ne change pas une formule qui marche, on devrait se débarrasser illico presto d’une formule qui ne marche pas et qui ne fait que grossir au fil des ans les rangs des eurosceptiques et des europhobes. Le chantier est immense. La commission européenne n’a pas à s’occuper de la forme des concombres et des carottes (c’est à peine croyable mais c’est véridique, ceux qui avaient une forme courbée ou noueuse étaient interdits d’être mis sur le marché pendant des années !), autant qu’elle devrait s’attaquer à la relance de l’emploi, à l’harmonisation fiscale et sociale, aux crises de l’euro/logement/pollution/santé publique, au renforcement du pouvoir des Parlements nationaux, à mettre un terme à l’afflux des migrants (la politique des frontières ouvertes d’Angela Merkel y est pour beaucoup dans la sortie du RU !), à l’élaboration d’une politique étrangère plus conséquente (il faut faire naitre ce sentiment de puissance chez les citoyens Européens ; seule la politique étrangère le permet), à la lutte contre le communautarisme, à l’éradication de la menace islamiste, à mettre un terme à l’élargissement tous azimuts (la plus grave erreur de son histoire ; l’élargissement de l’UE doit être stoppé net), à rejeter clairement l’adhésion de la Turquie (il est temps d’arrêter cette mascarade, qui a largement contribué au Brexit !), à se rapprocher des populations, à plus de transparence, à lutter contre les gaspillages financiers, à la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le monde, et à un tas d’autres choses comme à l’opulence de ses hauts fonctionnaires et à l’assiduité des 751 parlementaires européens par exemple. L’Union européenne en a fait beaucoup déjà. Mais il y a aussi beaucoup à faire. Il semble que le message ait été bien reçu à Paris, Rome, Bruxelles et Berlin. Un sommet européen était prévu le 28 et le 29 juin. Ca ne peut pas mieux tomber. Il marquera le début de la procédure de divorce entre l’UE et le RU.

7. A ce stade, maintenant que les dés sont jetés, il est aussi prématuré qu’inutile de se perdre dans les chiffres, les perspectives et les spéculations. Une seule précision, celle du ministère anglais des Finances : « Le Royaume-Uni serait définitivement plus pauvre s’il quitte l'UE et adopte l'un de ces modèles (alternatives à l’UE) ». Selon ses calculs, la perte nette par ménage à terme est estimée de 3 400 €/an à 6 800 €/an, selon l’alternative adoptée. L’avenir se chargera de démontrer si ce Brexit apportera la prospérité aux Anglais ou pas. Prochainement, des négociations vont s’engager entre l’UK et l’UE. Elles devraient concerner tous les domaines. Les Anglais n’auraient pas besoin d’un visa pour venir en France et vice versa. On trouvera toujours du Bordeaux à Londres, et Marks & Spencer restera à Paris. On ne va pas reboucher le tunnel sous la Manche ! Mais, il ne faut pas se leurrer, rien n’est acquis d’avance, tout sera négocié. Ces négociations seront longues, dures et sans concessions, de part et d'autre. Les partisans du Brexit veulent faire trainer les choses (possible d’aller jusqu’à 2 ans, voire 4 ans), afin de limiter les dégâts. L’UE ne doit pas l'accepter. Elle est en position de force pour cela et il y va de son intérêt. Le divorce doit être prononcé rapidement pour que les deux parties puissent se reconstruire séparément. Eh oui, leave means LEAVE, partir veut dire partir, pour de bon et au plus vite !

8. Qu’il l’ait voulu ou pas, David Cameron a ouvert la boite de Pandore. Le plus grand danger que court l’UE aujourd’hui, c’est le mimétisme des autres Etats et l’effet domino en Europe. Après avoir bu du petit lait, les partis européens d’extrême droite en France et aux Pays-Bas, via Marine Le Pen et Geert Wilders, ont réclamé la tenue de référendums dans leurs pays, semblables à celui qui a eu lieu le 23 juin au Royaume-Uni. Et comme le populisme sévit gravement dans tous les pays de l’Union, des respectables partis de gouvernement risquent de suivre les pas du Premier ministre anglais : promettre un référendum, pour gagner des élections. Ainsi, le dilemme d’Hamlet risque de nouveau de se poser ailleurs et plus vite qu’on ne le pense. Si cette exigence, somme toute démocratique, est inévitable à long terme, il faut tout faire pour l’éviter à court terme. Ce temps gagné et arraché aux europhobes d’Europe doit être mis à profit par les europhiles européens d’une part, pour expliquer aux populations du continent les bénéfices de l’Union européenne, et d’autre part, pour améliorer la construction et le fonctionnement de cette dernière. Si ce dernier point est une évidence qui s’impose d’elle-même, il ne faut pas sous-estimer le premier. Google Trends nous apprend, qu’après l’annonce des résultats vendredi matin, le top 5 des questions les plus posées sur le moteur de recherche au Royaume-Uni à propos de « l’Union européenne » comprend : « qu’est-ce que signifie de quitter l’UE, qu’est-ce l’UE et qu’est-ce qui se passera maintenant que nous avons quitté l’UE ? » Alors, elle n’est pas belle la souveraineté des citoyens ? « La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes ». C’est le constat d’un Anglais, Sir Winston Leonard Spencer-Churchill.

9. Comme l’histoire peut être ironique ! Les partisans du Brexit ont cru bien faire, mais sans se rendre compte, ils ont probablement sonné le glas de leur pays, un Royaume-Uni qui résulte comme son nom l’indique d’une union de quatre nations : l'Angleterre, l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord. Quitter l’Union européenne pour « reprendre le contrôle » comme ils disent, risque rapidement de conduire le Royaume-Uni à perdre le contrôle des nations qui composent son union. C’est le comble ! Eh oui, rien n’est définitif pour l’histoire, son ironie est en constante réécriture. Voyons un peu.

Le Royaume-Uni est né en 1707, par l’union des royaumes d’Angleterre (qui intégrait la Principauté de Galles depuis 1536) et d’Ecosse. Il fut rejoint en 1801 par le Royaume d’Irlande. Le premier séisme de forte amplitude qui frappa cette union paisible a eu lieu en 1922. Les dégâts étaient importants : l’Irlande du Sud fit sécession. Le deuxième séisme d’amplitude moyenne qui ébranla l’union restante s’est déroulé sur plus de 40 ans, entre 1966 et 2007, sous la forme d’un conflit armé et sanglant en Irlande du Nord. Les armes se sont tues en 1998 (avec l’accord du Vendredi Saint), mais depuis, le conflit politique perdure entre les républicains-séparatistes et les loyalistes-unionistes, la ségrégation sociale et spatiale entre les Catholiques et les Protestants s’accentue et des violences interconfessionnelles sont régulièrement signalées. Le troisième séisme de faible amplitude secoua le Royaume-Uni il y a moins de deux ans. On était sous Cameron déjà. En septembre 2014, les Ecossais étaient appelés aux urnes pour répondre à la question : « L'Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » Le « non » l’emporta avec 55,3% des voix.

Et comme tout le monde le sait, les séismes ont cette fichue tendance d’être suivis de répliques. A peine le Brexit était annoncé que certains protagonistes ont réclamé qu’on batte les cartes de nouveau. Il faut dire, comme par hasard, l’Irlande du Nord et l’Ecosse ont voté pour le Bremain, à 56% et 62%. Le Sinn Féin, ancien bras armé de l’IRA (Armée républicaine irlandaise), a déjà appelé à un référendum sur la réunification des deux Irlande, au sein de l’Union européenne. De son côté, le Premier ministre écossais, Nicola Sturgeon, chef du Parti national, s’est félicitée des résultats en Ecosse et a déclaré qu’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse est de nouveau sur la table. Aujourd’hui, il existe de chances sérieuses que le « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord », tel qu’il se nomme officiellement, soit tout simplement réduit dans un avenir proche à « l’Angleterre », comme il est communément désigné par erreur. Voter n'est pas un jeu. Quand on n'est pas sûr de son choix, mieux vaut s'abstenir. Sinon, il faut savoir assumer et assurer ! N'est-ce pas Boris ? L'ancien maire de Londres est le mieux placé pour mettre en œuvre le projet « Boris Island », comme l'a titré avec sarcasme The Independent aujourd'hui. Pour paraphraser l’affiche du gouvernement britannique éditée en 1939 afin de remonter le moral de la population la veille de la guerre, dear Boris, keep calm, LEAVE and carry on.

jeudi 23 juin 2016

« To Remain » or « To Leave », that is the question! Le dilemme des Anglais par rapport à l’Union européenne (Art.368)


1. Disons d’emblée qu’au pays de Shakespeare, la formulation aurait pu être différente. Et pour cause, rien n’est plus puissant et plus explicite que l’ouverture de la tirade d’Hamlet : « To be or not to be ». Etre ou ne pas être, dans l’Union européenne ? Telle est la question que se posent les Anglais aujourd’hui.

2. Ce jeudi 23 juin, de 7h à 22h, 46 499 537 électeurs du Royaume-Uni et de Gibraltar sont invités à répondre par référendum à la question suivante : « Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ? » Ils doivent cocher l’une des deux cases : « Rester membre de l’Union européenne » OU « Quitter l’Union européenne ». On a sciemment évité le classique « Oui/Non ». D’une part, pour ne pas influencer psychologiquement les électeurs, et d’autre part, pour rappeler à certains Anglais que leur pays fait partie de l’Union européenne. Je jure et je vous assure, même si j’aurais du mal à vous convaincre, ce dernier point n’est à mettre ni sur le registre de l’humour anglais ni sur celui de BB. It’s very serious. Détail important, qui résume à lui seul la relation ambivalente des Anglais avec les Européens : les ressortissants de 52 pays membres du Commonwealth, résidant au Royaume-Uni ou à Gibraltar (qu’ils soient d’Australie, de la Namibie, du Cameroun, du Canada, de l’Inde ou du Pakistan), peuvent participer au vote, mais pas ceux de 27 pays de l’Union européenne, qu’ils soient de France ou d’Allemagne, mis à part ceux qui viennent d’Irlande, mais aussi de Chypre et de Malte, membres de la communauté des nations de l’empire britannique. Hehehe, c’est un peu gauche de la part des Anglais. Mais enfin, un guide du référendum a été édité dans une dizaine de langues, dont l'anglais, le français et l'arabe. Eh oui, bienvenue en Occident ! Les résultats seront annoncés vendredi.

3. Les conservateurs, les travaillistes et même les indépendantistes écossais sont dans le camp des « Remain » car pour eux le Royaume-Uni est bien plus fort en Europe. La France, l’Allemagne et les Etats-Unis, ne sont pas favorables à un Brexit (British-Exit). Les organisations internationales, comme le FMI et l’OCDE, non plus. De l’autre côté, chez les partisans du camp des « Leave », on veut retrouver la souveraineté anglaise, soi-disant confisquée par le pouvoir de Bruxelles. En citant et en s’appuyant sur l’échec des tentatives de Napoléon et d’Hitler pour unir l’Europe, afin de fustiger l’Union européenne de l’après-guerre, le fougueux Boris Johnson, ancien maire de Londres et champion du Brexit, s’est montré tout simplement populiste. Du coup, il s’est discrédité tout seul. Dans ce camp, on retrouve bien évidemment le UKIP, UK Independence Party, le Parti de l'indépendance du Royaume-Uni de Nigel Farage, un eurosceptique jusqu’à la moelle mais député européen svp. Bon, à 35 000 €/mois en moyenne, comme enveloppe financière globale, pour exercer son mandat dans des conditions optimales, disons que c’est une proposition qui ne se refuse pas. Inquiet comme il doit bien l’être aujourd’hui, Farage saura trouver la bonne case dans l’isoloir. Elémentaire, mon cher Watson ! Sur le plan international, dans le camp du Brexit, il y a le Front national, qui a de nombreux députés européens à l’assiduité qui laisse beaucoup à désirer, et bien sûr, Donald Trump, qui a encore raté une bonne occasion de fermer sa gueule.

4. Comme l’argent est le nerf de la guerre, les finances sont au cœur de ce référendum. Oui le Royaume-Uni paie à l’Union plus qu’il ne reçoit. Mais pas autant que le laissent croire certains populistes favorables au Brexit (460 millions €/semaine!). En tout cas, on commet une erreur monumentale en réduisant toutes les conséquences du Brexit à ce bilan simpliste. En cas de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les marchés financiers seront perturbés et les investissements gravement affectés. Il y aura forcément une chute du PIB anglais de 3,4 à 9,5%, selon une analyse présentée au Parlement anglais par George Osborne, chancelier de l'Échiquier du Royaume-Uni, qui est à la tête du Trésor de Sa Majesté. Ainsi, selon le ministre anglais des Finances, en cas de Brexit, la perte globale nette pour le Royaume-Uni est estimée à 26 milliards €/an, 47 milliards €/an ou 59 milliards €/an, selon le scénario de sortie de l’Union européenne et l’alternative adoptée par la suite. Dans cette optique il y en aura trois alternatives : adhérer à l'Espace économique européen, comme la Norvège ; négocier un accord bilatéral avec l’UE, comme la Suisse, la Turquie ou le Canada (le plus probable) ; se contenter d’être membre de l’Organisation mondiale du commerce, sans accord spécifique avec l'UE, comme la Russie ou le Brésil. Le verdict du ministère des Finances est sans appel : « Le Royaume-Uni serait définitivement plus pauvre s’il quitte l'UE et adopte l'un de ces modèles (alternatives à l’UE) ». La perte nette par ménage à terme est estimée à 3 400 €/an, 5 600 €/an ou 6 800 €/an, selon l’alternative adoptée. Soyez-en sûrs, ce n’est ni Boris Johnson ni Nigel Farage qui vont en parler et en pâtir.


5. Le référendum d'aujourd'hui n’est pas le premier du genre au Royaume-Uni. Moins de deux ans et demi après son adhésion aux Communautés européennes le 1er janvier 1973, les Anglais étaient appelés aux urnes pour décider de continuer la route ou pas. Deux tiers des votants avaient répondu favorablement à l’époque. Par ailleurs, il faut savoir aussi que le Royaume-Uni bénéficie de multiples dérogations dans plusieurs domaines, comme la libre circulation des personnes (espace Schengen) et la monnaie unique (euro). Les Anglais devraient donc décider une fois pour toutes, s’ils souhaitent faire partie de l’Union ou pas. Comme l’a bien résumé Gordon Brown, l’ancien Premier ministre anglais, « nous devrions être leaders en Europe, pas la quitter ». Le Royaume-Uni n’a pas à se poser la question d’être ou de ne pas être dans l’Union, autant qu’il doit se demander effectivement comment devenir leader de l’Union européenne. C’est ce qu’on attend du pays qui fut un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. 

6. Cela dit, l’Union européenne dans son ensemble, est pleinement responsable de l’épidémie d’euroscepticisme en Europe. Trop bureaucratie tue l’Union, on le sait. Londres est trop libérale et pro-américaine, on le sait aussi. Mais si l’Union ne séduit pas autant de nos jours, c’est aussi parce que les dirigeants européens depuis 1990 ont mal construit l’Europe. Zappons l’harmonisation du marché du travail ou de la fiscalisation des individus et des entreprises. Limitons-nous à la géographie par exemple. Oublions la Turquie, j’y reviendrais. La Roumanie et la Bulgarie étaient-ils prêts pour rejoindre l’ensemble ? L’Albanie et la Serbie ont-ils vocation à y être ? Est-ce qu’Israël et les pays du Maghreb peuvent-ils un jour faire partie de l’UE, comme certains le voudraient ? Enfin, elle va jusqu'où cette Union européenne ? Les derniers élargissements de l’UE -2004, 2007 et 2013- furent des erreurs. Il aurait fallu arrêter ou ne serait-ce que suspendre la construction européenne à quinze et instaurer des partenariats privilégiés avec les pays de l’Est. Au lieu d’élargir l’Union sans fin et sans limite, à un « rythme insoutenable » comme cela a été décidé par le Conseil européen de Copenhague en 1993 (le nombre des États membres de l'Union européenne a quasiment doublé, avec de grandes disparités régionales et des coûts d’intégration importants), il était préférable de consolider l’acquis et de renforcer l’Union existante. C’était déjà difficile à quinze. C’est ingérable à vingt-huit. Au-delà de l’économie, les dirigeants européens ont perdu de vue en cours de route et avec les années, que les motivations de l’UE étaient aussi politiques. Aujourd’hui, 59 ans après, l’Europe politique est une entité faible. Ce qui n’empêche pas les eurosceptiques de se plaindre du fonctionnement de l'UE et de la mainmise de Bruxelles sur les souverainetés nationales. En tout cas, les Anglais assument une grande part de responsabilité dans la situation actuelle de l'UE qui conduit une partie d'entre eux à vouloir partir. Au fil des ans, ils n'ont cessé de réclamer de nombreuses exemptions d'obligations et ils se sont montrés toujours très enthousiastes aux multiples élargissements.

7. L’enjeu du référendum anglais dépasse l’île britannique et même le continent européen. C’est ce qui me motive à m’exprimer sur le sujet. Je suis farouchement opposé à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Ma philosophie politique est simple, quand un « bon système » ne marche pas bien ou fonctionne mal, on milite pour l’améliorer et non pour le saboter. Certes, on peut reprocher beaucoup de choses à l’Union européenne sauf une chose fondamentale qui est à l’origine même de son existence, celle de rapprocher les peuples européens. En créant des intérêts communs entre les pays d’Europe, les Pères fondateurs de l’Union européenne ont mis un terme aux conflits sanglants qui ont ravagé le continent pendant des siècles. A chaque fois que je traverse une frontière intra-européenne, en toute simplicité, comme un hibou ou un chacal, je ne peux m’empêcher de m’arrêter sur cette merveilleuse aventure humaine et d’avoir une pensée à un des « grands Hommes » de la Patrie, Victor Hugo, grand défenseur des « Etats-Unis d’Europe ». L’écrivain français exposera ses raisons dans un remarquable discours prononcé le 21 août 1849, à l'occasion du Congrès international de la paix à Paris. Voici l'extrait le plus marquant. « Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Petersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu'elle serait impossible et qu'elle paraîtrait absurde aujourd'hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France. Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être. » Tout simplement magnifique. Sans pousser l’aventure européenne jusqu’au fédéralisme total, le principe de l’Union européenne ne peut pas cesser d’exister, avec ou sans le Royaume-Uni.

8. Hasard des coïncidences, pas très heureuses, au moment où les discussions au sujet de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne viennent d’être relancées, les Européens risquent de perdre un des piliers de cette Union et de l'histoire européenne, le Royaume-Uni. C’est insensé, c’est absurde, c’est même surréaliste ! Rappelons dans ce sillage, qu’il y a quelques mois, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a fait chanter l’UE carrément, en exigeant la relance du processus d’adhésion, comme condition sine qua non, afin d’accepter de conclure un accord avec les pays européens et de s’engager enfin, pour une meilleure maitrise des flux migratoires et djihadistes, de et vers l’Europe.

En tout cas, je reste persuadé que la place des héritiers de la Sublime Porte n’est pas sur la rive droite du Bosphore, mais sur la rive gauche. Son adhésion, qui est loin, même très loin, d’être acquise, comporte beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages pour l’Europe. Dans les meilleurs des cas, à court terme, elle renforcerait les partis d’extrême droite dans tous les pays de l’Union. Dans les pires des cas, à long terme, elle risquerait de faire éclater l’Union européenne. Par contre, je suis convaincu que la Turquie a un rôle fondamental à jouer dans la modernisation et la démocratisation des des pays arabo-musulmans du Moyen-Orient. Cette adhésion occidentale compromettra ce rôle oriental. Entre l’Union européenne et la Turquie, il faut plutôt développer les relations de « partenariat privilégié ».

Et comme l’histoire sait se montrer particulièrement ironique, il faut savoir que globalement, le Royaume-Uni, contrairement à la France et l’Allemagne, soutient depuis longtemps l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Ainsi, la perspective du Brexit inquiète beaucoup la Turquie. Cela l’a amené à faire un aveu à travers son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu : « nous voulons que le Royaume-Uni reste à tout prix dans l'Union européenne ». Et ce n’est pas tout. On trouve dans l’argumentation des partisans anglais du Brexit, justement, la crainte que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ne déclenche une forte migration turque vers le Royaume-Uni. « Douze millions de Turcs disent qu'ils veulent venir au Royaume-Uni », c’était la Une du Sunday Express il y a un mois. C’est ce qui a amené le Premier ministre David Cameron, opposé au Brexit, pourtant favorable à l’adhésion de la Turquie dans le passé, a rassuré ses compatriotes. « Cela prendrait des décennies avant qu'on se retrouve face à cette éventualité. La Turquie a déposé sa candidature en 1987. Au rythme où avancent les choses, il faudra attendre l'an 3000 pour la voir adhérer à l'Union européenne. »

9. L’enjeu du ‪‎referendum anglais dépasse l’île britannique et même le continent européen. De Victor Hugo à Recep Tayyip Erdogan, tout le monde est suspendu à cette journée historique. Les vivants comme les morts. La souveraineté nationale, l’argent et l’immigration constituent la trame de l’argumentation des uns et des autres « to remain » ou « to leave ». « ‪Brexit » (British exit) or « ‪‎Bremain » (British remain) ? Quel dilemme ! Mais enfin, puisque la rime est forte, ‪#‎BritainRemain, et qu'on en finisse. Les résultats seront annoncés demain. 

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To leave or to remain, that was the question! Now, for Hamlet, leave means LEAVE (Art.369) Bakhos Baalbaki

mardi 19 avril 2016

« Good night and good luck » Bernie Sanders : l’homme qui veut humaniser les Etats-Unis et le monde (Art.353)


Il est 11:00 à New York. La journée s’annonce ensoleillée, en partie. Aujourd’hui est un mardi ordinaire pour la majorité des habitants de la planète. Et pourtant, ce qui se joue à New York influencera directement ou indirectement, en partie aussi, l’avenir de la planète et de la majorité d’entre nous, sur le plan politique, pour les quatre prochaines années. Certes, ce ne sont que des élections primaires, mais étant donné le poids de cet Etat dans la désignation des candidats des deux grands partis américains dans la course à la Maison Blanche, celles-ci orienteront la suite des événements.

Je ne partage rien avec Donald Trump. A part qu’on a tous les deux 46 chromosomes, dont une paire XY. Et ce n’est surement pas la présence d’un Libanais comme Walid Phares parmi ses conseillers qui me fera changer d’avis. Ce dernier est libre de ternir sa carrière avec un populiste de cette trempe. Eh oui, Trump, c’est le désastre garanti pour tous, aux Etats-Unis et ailleurs. Preuve à l’appui. « Si les personnes si violemment abattues à Paris avaient eu des fusils, au moins elles auraient eu une chance de se défendre... que la tragédie de Paris ait eu lieu dans l’un des pays les plus fermés au monde concernant le contrôle des armes à feu ? » (à propos du 7-Janvier). Wlak, ya Donald, même si on autorise le port d'armes en France, un caricaturiste n'ira pas travailler avec un fusil sur l'épaule ! « Personne n’était armé... S’ils avaient eu des armes (...) la situation aurait été très très différente » (à propos du 13-Novembre). Ya Trump ya habibé, on ne va pas boire un coup au bistrot du coin ou écouter un concert de pop avec un revolver coincé à la taille ! Enfin bref, alors que nous avons un imposteur au Kremlin, je vous laisse imaginer une planète avec un bouffon à la Maison Blanche. Trump est tout le temps hors-jeu pour moi, pas la peine de creuser de ce côté.

Et qu’en est-il d’Hillary Clinton ? Ah non, sûrement pas. Ras le bol des Clinton, mari, femme, fille et chat, comme j’en ai ras le bol des Bush, père, fils, frère et chiens. Basta cosi des Clinton et des Bush ! On se croirait au Liban ou dans une république bananière. En tout cas, je ne partage pas grand-chose avec Hillary et Bill. A commencer par leurs revenus. Tenez-vous bien, les Clinton ont donné 729 conférences entre 2001 et 2015, facturées 153 000 000 $, soit 210 000 $ l’heure de parlote. Eh bien, le business des Clinton est très rentable, on dirait ! 39 discours ont été réservés à Wall Street, pour des banques telles que Goldman Sachs, The Firm pour les intimes et les connaisseurs, une banque d'investissement qui dispose de 780 milliards de dollars de fonds propres et qui « s'est fait connaître du public pour sa fabrication de produits dérivés financiers pendant la crise des subprimes et la crise de la dette grecque, qui ont contribué à la crise financière de 2007 à 2011 ». Alors qu'elle est accusée « d'avoir provoqué la plupart des manipulations de marché ou bulles des 80 dernières années », la banque est sauvée in extremis par Henri Paulson, le secrétaire américain du Trésor sous la présidence de George W. Bush, qui était auparavant, tenez-vous bien, président et directeur de Goldman Sachs. Sauvetage assuré avec l'argent des contribuables bien évidemment. Sachez aussi que c'est encore Goldman Sachs qui a aidé le gouvernement grec à bien camoufler les dettes de la Grèce pendant un laps de temps, pour la modique somme de 300 millions de dollars. En 2011, un rapport interne conseillait de « tirer profit de la situation en spéculant sur une aggravation de la crise de la dette en Europe ». Le 11 avril 2016, Goldman Sachs écope d'une amende de 5 milliards de dollars pour son implication dans la crise immobilière. Une somme considérée comme faible, par rapport à celles payées par ses concurrents et surtout, si on tient compte de la responsabilité de la banque dans la crise financière des subprimes et de ses conséquences. 

Non mais, comment peut-on s’occuper des intérêts des peuples, en mélangeant les genres d’une manière aussi ostentatoire et nauséabonde ? Le pire, c’est que les conférences données à Goldman Sachs se déroulent à huit clos s’il vous plait. Personne ne sait ce qui se dit. Quand on l’a défié de révéler ce qu’elle raconte, ou promet, à ce beau monde de la finance, Hillary Clinton répondit qu’elle allait « y réfléchir ». Surtout, qu'elle ne se presse pas, elle pourra le faire tranquillement dans ses mémoires une fois à la retraite. La candidate démocrate est une arriviste hypocrite. Rien à faire, elle est fausse, comme son sourire, et elle le restera. Sinon, elle aurait quitté Bill il y a belle lurette. C'est c'là Monica, hein ?

Reste ce gentleman, Bernie Sanders. Il a tout pour séduire. A commencer par ses origines européennes, qui se reflètent dans sa façon de penser et son programme politique. Il y a surtout cette vision globale de la société à laquelle je ne comprendrai pas qu'on puisse se soustraire. « Je trouve inacceptable d’un point de vue moral, économique et environnemental qu’autant de richesses soient réparties entre si peu de personnes ». Il est en quelque sorte, l’incarnation politique du phénomène Occupy Wall Street. Il n’accepte pas qu’au pays le plus riche du monde, qu’il y ait autant de laissés-pour-compte. Son programme est profondément humaniste et ça me plait : taxer le monde de la finance, responsable de la grave crise économique de 2008, et qui n’a été sauvé que grâce aux contribuables américains, pour offrir une assurance maladie, ainsi que l'éducation et des crèches gratuites pour tous les Américains. Au passage, selon un bilan établi par le Wall Street Journal, si les banques américaines ont été condamnées à payer 110 milliards de dollars pour leur implication dans la crise financière, elles ont quand même réussi à dégager près de 700 milliards de dollars de profits depuis 2007. 

Par ailleurs, Bernie Sanders
envisage de doubler le salaire minimum, en passant de 7,25 $/h à 15 $/h et de lancer de grands travaux d’infrastructures, 1 000 milliards $ sur 10 ans. Au concept du libre-échange sauvage, il prône le « Made in the USA ». Il veut séparer les banques de dépôt des banques d’affaires, pour éviter la formation de ces mastodontes de la finance, « too big to fail », si gros que l’Etat ne peut pas les laisser tomber en cas de difficultés. En gros, il veut européaniser et humaniser les Etats-Unis. Que demande le peuple de plus ?

Si Sanders juge que sa rivale démocrate est expérimentée et intelligente, il a cependant émis de sérieux doute sur sa capacité de jugement. Et pour cause ! Bien que démocrate, Hillary Clinton a approuvé ce qu’on peut appeler aujourd’hui, avec ce précieux recul dont nous disposons, la stupide invasion de l’Irak en 2003, décidée par les néoconservateurs du parti républicain de George W. Bush. Cette décision d’envahir l’Irak était irresponsable et criminelle au plus haut degré. Et pendant que les auteurs du nouveau désordre moyen-orientale coulent des jours heureux dans leurs ranchs, l’ensemble des populations de la région, libanaises et syriennes en tête, n’en finissent pas de payer le prix. Partant de ces éléments, que peut-on s’attendre de cette femme politique qui n’a pas été capable de comprendre, comme la plupart des Européens à l’époque, notamment les Français, à l’exception des Britanniques, que les éléments avancés par l’administration Bush contre Saddam Hussein, la présence d’armes de destruction massive, étaient mensongers ? Que peut-on s’attendre de cette candidate qui n’a pas pu imaginer que c’est la République islamique chiite d’Iran qui sortirait gagnante de la chute du régime sunnite irakien ?

Toujours est-il que Bernie Sanders considère l’invasion de l’Irak en 2003 comme « la pire erreur de politique étrangère dans l’histoire de ce pays ». Une erreur approuvée par Hillary Clinton qui est donc directement responsable de la radicalisation d’une frange de la population irakienne sunnite, notamment des officiers de l’ex-armée irakienne du régime de Saddam Hussein et qui a conduit à l’émergence et à l’épanouissement de Daech, « l’Etat islamique en Irak et au Levant ». Hillary Clinton s’en défend en rappelant quand même que « le président Obama lui a fait confiance pour être secrétaire d’Etat ». Justement, elle est là, la deuxième erreur éliminatoire de la candidature d’Hillary Clinton au poste de président des Etats-Unis. Alors que l’administration Obama n’était pas chaude pour rejoindre le délire du trio Sarkozy-BHL-Cameron, et pour intervenir en Libye afin de faire tomber le régime de Kadhafi, c’est Hillary Clinton qui a mis tout son poids pour que les Etats-Unis rejoignent la France et le Royaume-Uni dans la non moins stupide intervention massive en Libye. Et là aussi, à quoi doit-on s’attendre avec Hillary Clinton qui fut incapable de prévoir la portée de l’intervention en Libye et ses désastreuses conséquences pour la région, l’Europe et le monde: la détérioration des relations de confiance entre les pays occidentaux et la Russie, l’instauration du chaos en Libye, la dissémination des armements en Afrique, l’installation des djihadistes dans le pays et l’ouverture d’une des deux principales voies de migration vers l’Europe, responsable de l'afflux massif de migrants vers le vieux continent

Sur la Syrie, aussi, Bernie Sanders et Bakhos Baalbaki sont sur la même longueur d’onde. Considérant le conflit comme un « bourbier dans un bourbier », la politique étrangère de Bernie Sanders est orientée dans trois axes. Primo, faire face à la crise humanitaire engendrée par la guerre. Sur ce point le candidat démocrate pense que les États-Unis, l'Europe et les pays du Golfe ont une obligation morale d'accueillir les réfugiés syriens. Secundo, mettre fin à l’organisation terroriste « Etat islamique » (Daech). « J'ai soutenu les frappes aériennes américaines contre l'EIIL... Cependant, la guerre contre l'EIIL ne sera jamais gagnée que si les nations du Moyen-Orient intensifient leurs efforts militaires et prennent plus de responsabilités pour la sécurité et la stabilité de leur région. Les États-Unis et d'autres puissances occidentales devraient soutenir nos alliés du Moyen-Orient, mais cette guerre ne sera jamais gagnée que si les nations musulmanes dans la région mènent ce combat... C’est une guerre pour l'âme de l'Islam et les nations musulmanes doivent devenir plus fortement engagés ». Tertio, éliminer Bachar el-Assad, qui est pour Sanders, le principal responsable du démarrage et de la poursuite de la guerre. Le candidat démocrate est très clair sur l'incontournable départ de « l’horrible dictateur ».

Alors qu’il est de confession juive et qu’il a connu les kibboutz dans les années 60, Bernie Sanders se démarque aussi des autres candidats sur la question palestinienne. Si « la paix exigera la reconnaissance inconditionnelle par tous du droit à l’existence d’Israël », et la fin des attaques de tout genre contre l'Etat hébreux, Sanders pense que « pour parvenir à un résultat positif, nous devons être l’ami non seulement d’Israël mais aussi du peuple palestinien ». Et pour être plus précis, il rajoute : « La paix signifie aussi la sécurité pour chaque Palestinien. Elle signifie l’obtention de l’autodétermination, des droits civils et du bien-être économique pour le peuple palestinien... La paix signifiera mettre un terme à ce qui équivaut à l’occupation des territoires palestiniens, en établissant des frontières décidées d’un commun accord et en retirant les colonies de Cisjordanie ». Il est allé même jusqu’à préciser que « La paix signifiera une distribution durable et équitable des précieuses ressources en eau afin qu’Israël et la Palestine puissent tous deux prospérer comme voisins. À l’heure actuelle, Israël contrôle 80 % des réserves en eau de la Cisjordanie ». Jamais un candidat à la présidence n’est allé aussi loin dans l’histoire des Etats-Unis.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’est clair. Il m’est impossible d’assister sans réagir à l’affrontement entre un gentleman, une hypocrite et un bouffon, sachant que le vainqueur influencera en quelque sorte nos vies, même de l’autre côté de l’Atlantique et du détroit de Gibraltar. C'est donc Bernie Sanders sans hésitation. Good night and good luck, Birdie, aujourd'hui et pour la suite. Quels que soient les résultats de ce mardi crucial, Bernie Sanders se maintiendra naturellement dans la course des primaires. Et au-delà, je me demande s'il ne faut pas qu'il se maintienne également sur la dernière ligne droite dans la course à la Maison Blanche. Les Etats-Unis et le monde méritent mieux qu'une Clinton et qu'un Trump. Cet oiseau qui s’est posé sur le pupitre du candidat démocrate, qui était en plein discours de campagne, ne peut être qu’un signal d'avertissement. Et comment ! Surpris, Sanders en avait conclu, « Je pense qu'il y a un certain symbolisme ici. Cet oiseau nous demande un monde de paix ». Cela ne passe surement pas par Trump ou Clinton. Alors, #FeelTheBern. Affaire à suivre.

lundi 18 avril 2016

Il est temps que l’Europe défende ses valeurs et dise à Erdogan ses quatre vérités ! La Turquie d’Atatürk mérite mieux (Art.352)


Il se serait moqué de François Hollande, ça aurait pu se passer mieux. Esprit Charlie, quoi. Et encore ! Mais d’Erdogan, ah non. Il y a crime de lèse-majesté. Mais, il faut reconnaitre quand même que la grenouille turque qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ottoman, a quand même raison de se froisser. Ce satiriste allemand qui a récité un poème à la télé dans l’intention délibérer de ridiculiser le président turc, en disant lui-même qu’il est « diffamatoire », n’est pas drôle. Son texte est bête et méchant. La liberté d’expression ne garantit pas à tout un chacun de dire des stupidités et des insultes en toute liberté, comme l’a fait Jan Böhmermann, le présentateur et humoriste de la chaîne publique ZDF, le 31 mars 2016. Erdogan serait « homosexuel » passe encore, mais « zoophile » et « pédophile », allons donc, il y a d'autres façons plus subtiles pour faire comprendre que la « diffamation » n'a pas le même sens en Allemagne et en Turquie. Bass ya Jan, fume une moquette de bonne qualité, tu trouveras peut-être une meilleure inspiration, quelque chose de juste, pertinent et drôle. Bon, jusqu’ici rien d’extraordinaire. Ça méritait une plainte ? Pourquoi pas.

Mais de là, à ce qu’Angela Merkel s’empare de l’affaire parce ce que Recep Tayyib Erdogan s’est plaint, ah non, halte au délire. Vendredi dernier, il y a trois jours, le 15 avril pour être précis, Merkel annonce que « le gouvernement fédéral va accorder son autorisation dans la présente affaire (pour engager des poursuites judiciaires) ». Mais de quoi elle se mêle ? Pour y parvenir, la chancelière d’Allemagne a mobilisé à la fois le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur et son cabinet, afin de fouiller dans les archives juridiques d’un autre temps et d’un autre siècle, afin de trouver un vieil article poussiéreux pour « punir les insultes contre le représentant d'un État étranger », dont on a l'intention de supprimer dans un avenir proche, soit dit au passage. Mais pourquoi ? Eh bien, parce que la Turquie serait, selon Angela Merkel, un partenaire important pour l’Union européenne et l’OTAN, sur les plans économique et politique, blablabla. Ah, toutes mes félicitations ! Pire encore, pendant que l’administration allemande cherchait une sortie diplomatique à ces enfantillages, on apprend que Recep Tayyib Erdogan a déjà porté plainte auprès du procureur de Mayence, le 11 avril svp, comme tout un chacun, et non comme un chef d’Etat. Voilà une réaction normale ! Mais alors dame Merkel, de quoi je me mêle et pourquoi tant de zèle ? Sauf votre respect, ça ne serait pas de la lèche par hasard, pour espérer rattraper une politique migratoire européenne mal maitrisée dont vous êtes l'initiatrice ?

Et encore, si Erdogan n'était qu’à sa première ! Le 17 mars, la télévision allemande NDR diffuse un vidéoclip intitulé « Erdowie, Erdowo, Erdogan ». Là, nous sommes dans un tout autre registre, beaucoup plus pertinent, beaucoup plus juste et beaucoup plus sympathique. Les auteurs de la chanson satirique dénoncent les atteintes à la liberté de la presse et les dépenses pharaoniques de Monsieur, qui, le moins qu’on puisse dire, a la folie des grandeurs. « Il vit en XXL, le seigneur du Bosphore. Une construction ostentatoire avec mille pièces... Un journaliste qui par malheur, rédige une phrase qui ne convient pas à Erdogan, est en taule dès le lendemain, la rédaction est fermée... Il ne réfléchit pas longtemps, emploie le gaz lacrymogène... Le temps est mûr pour son grand Empire ottoman... Les mêmes droits pour les femmes ? Oui, oui, elles aussi sont tabassées... Il déteste les Kurdes comme la peste. Il préfère bien les bombarder eux, plutôt que les frères de foi de l'autre côté, qui sont de l'EI (Etat islamique / Daech). Donne-lui ton argent, il te construit une tente pour les réfugiés : Erdowie, Erdowo, Erdogan. Son pays est mûr pour l'adhésion à l’UE (Union européenne) ». Circulez, il n’y a rien à signaler. Et si Monsieur n’est pas content, une plongée dans les eaux froides du Bosphore, calmera sa fureur. Vous trouverez la traduction complète des paroles de la chanson à la fin de l’article.

Mais, le seigneur du Bosphore ne l’entend pas de cette oreille. Cinq jours plus tard, convocation de l’ambassadeur allemand à Ankara avec demande officielle d’arrêter l’émission en question. Il est évident que ce sultan des temps modernes n'a toujours pas entendu parler de la séparation des pouvoirs. Le silence radio à Berlin n’a pas empêché le rédacteur en chef de la chaine allemande, Andreas Cichowicz, de mettre les points sur les i : « Que manifestement le gouvernement turc s'active diplomatiquement en raison de l'émission "Extra 3" n'est pas compatible avec notre conception de la liberté de la presse et d'opinion ». Voilà qui est bien dit. Alors, qu’elle aurait pu tomber rapidement dans l’oubli, « Erdowie, Erdowo, Erdogan » caracole en tête des visionnages sur YouTube avec plus de 8 millions de vues en 4 semaines seulement. Mais au fait, il ne serait pas un peu procédurier sur les bords l’Erdogan ?

On se demande. Un peu ? Mais, ça serait le paradis. Il serait un homme politique tolérant, à la poitrine large comme on dit en Orient, on compatiraient presque. Mais, le problème c’est que le président turc est non seulement un homme très susceptible, mais c’est un grand paranoïaque à l’ego surdimensionné, avec une tendance totalitaire et un penchant islamiste net. Et là, ça fait beaucoup pour un seul homme.

Pendant que Merkel est occupée à consoler Erdogan, et surtout le ménager, 1 845 citoyens, artistes et journalistes turcs, sont poursuivis, ou l’ont été, depuis son arrivée au pouvoir en août 2014 (décompte jusqu’au début du mois de mars 2016), pour « insulte au président ». Ainsi, en 18 mois de pouvoir, ce précieux « partenaire » de l’Europe a poursuivi ses détracteurs sans relâche, à un rythme de 100 plaintes/mois, soit 3 poursuites/jour. Le problème, c’est qu’il n’y a pas que sur ce point que le régime fait défaut. Recep Tayyib Erdogan ne résigne devant rien pour verrouiller son pouvoir, museler ses opposants, imposer ses idées islamistes et remanier en profondeur la république moderne laïque fondée par le père de la nation turque, le visionnaire Mustafa Kemal Atatürk.

Dans la panoplie des atteintes graves à la démocratie en Turquie sous Erdogan, on retrouve pêle-mêle :
- la limitation de la liberté d’expression : par des lois renforçant le contrôle d’internet, allant jusqu’à menacer de bloquer les réseaux sociaux, quand il était Premier ministre, « Nous sommes résolus à ne pas laisser le peuple turc être esclave de YouTube et de Facebook » (surtout parce qu’ils ont permis de relayer des enregistrements où l’on entendrait papa dire au fiston, de bien cacher l’argent !) ;
-  la persécution des opposants : allant jusqu’à la mise sous tutelle au début du mois de mars 2016, du plus important quotidien turque, Zaman, 633 000 exemplaires, qui est devenu un « modèle de propagande pro-gouvernementale » selon d’anciens journalistes qui ont préféré claquer la porte ; la « mise sous tutelle » est une opération judiciaire camouflée pour mettre au pas certains médias opposants, voire de les fermer carrément, comme ce fut le cas en octobre dernier, avant les élections législatives (comme par hasard), pour les chaines Bugün TV et Kanaltürk, ainsi que pour le journal Millet ;
- l’emprisonnement de journalistes : et dans ce domaine, la Turquie détient un triste record dans le monde ; c’est le sort réservé par exemple à deux journalistes de Cumhuriyet qui ont révélé en mai 2015 que les services secrets de la Turquie ont fourni des armes aux islamistes en Syrie en janvier 2014 ; emprisonnés trois mois, ils ont été libérés sur une décision de la Cour constitutionnelle turque ; dans ce procès en cours, le plaignant, Erdogan, ne nie pas les faits, mais se mobilise contre la « trahison » des accusés ; on reproche aux journalistes d’avoir divulgué « des secrets d’Etat à des fins d’espionnage », et paranoïa oblige, à chercher à « renverser le gouvernement turc par la violence » ; et pendant que Merkel et consorts ménagent Erdogan, Can Dündar, le rédacteur en chef du journal, risque la perpétuité ! ; au passage, Cumhuriyet est un quotidien turc à faible tirage (50 000 exemplaires), qui est considéré comme une référence ; il a l’âge de la République et se place de ce fait, comme le gardien de l’héritage laïc d’Atatürk ; c’est le seul quotidien du monde arabo-perso-musulman à avoir osé diffuser le premier numéro de Charlie Hebdo après les attaques du 7-Janvier ; les deux journalistes turcs de ce quotidien respecté sont aujourd’hui sacrifiés sur l’autel de la nauséabonde realpolitik européenne ;
- les poursuites de ses rivaux : notamment des partisans de Fethullah Gülen, dignitaire musulman en exil aux Etats-Unis, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt ;
- l’atteinte à la laïcité turque : autorisation du port du voile dans les universités et la barbe chez les fonctionnaires ; limitations de la consommation, de la vente et de la publicité des boissons alcoolisées en dépit des vives protestations ; suppression des parrainages des événements sportifs par les fabricants d'alcool ; censure des films, des émissions et des clips qui contiendraient des images de boissons alcoolisées ; etc. ;
- la répression violente des manifestations pacifiques : des jeunes de Taksim à Istanbul en 2013, comme des femmes en mars 2016 ou des Kurdes (continuelle) ; 
- les purges dans la police et la justice : plusieurs dizaines de hauts responsables ont été mutés, à quelques semaines de l’élection présidentielle de 2014, surtout ceux qui luttaient contre la corruption qui touche l’entourage d’Erdogan, dont son fils ;
- la volonté de s’en prendre à certains droits de la femme turque : comme l’avortement par exemple, qui serait un « crime » selon Erdogan, non seulement pour des raisons religieuses islamiques mais aussi pour des considérations démographiques dans ce pays de 80 millions d’habitants, qui veut se tailler une bonne place sur l’échiquier loco-régional entre l’Orient et l’Occident ;
- la criminalisation de l’intégration des Turcs dans les sociétés européennes : « l'assimilation est un crime contre l'humanité », c'était le constat islamo-nationaliste prononcé devant les 20 000 Turcs à Cologne en 2008 ; ce genre de propos résonnent différemment de nos jours ! ;
- et j’en passe et des meilleures.

Et cette veille Europe qui ferme les yeux, abdique, s’écrase, renonce à ses valeurs, et qui pond de temps à autres, un pauvre communiqué de protestation, espérant naïvement aujourd’hui que les 6 milliards d’euros accordés à la Turquie, avec l’assouplissement de l’attribution des visas aux ressortissants turcs et la relance de l’adhésion de la Turquie à l’Europe, pousseront la Turquie à stopper l’afflux massif de migrants vers le vieux continent et à lutter plus sincèrement et efficacement contre les djihadistes en route ou en provenance de Syrie. Et l’on s’étonne après, de la montée en puissance des Eurosceptiques et de l’Extrême droite dans les pays européens.

Pour l’anecdote, et pour revenir à notre sujet principal, sachez que l’ambiance démocratique en Turquie est aujourd’hui tellement malsaine qu’un chauffeur-routier d’Izmir a porté plainte contre sa femme il y a deux mois car elle n’arrêtait pas d’insulter Erdogan, et lui manquer de respect au point de changer de chaine de télévision dès qu’il apparaissait au petit écran. Hehehe, réponse inattendue de la part de l’épouse insolente : une demande de divorce. Wlak akid bala heik jozz ! Moins drôle, miss Turquie de l’année 2006, s’est retrouvée en garde à vue et a risqué quatre ans de prison pour avoir partagé pendant un laps de temps sur son compte Instagram, une version caustique de l’hymne national turc, publiée dans un hebdomadaire satirique turc, et qui contenait des « insultes » contre le gardien de la Sublime Porte. En gros, si tu es lycéen et tu balances sur les réseaux sociaux que ton président est le « chef du vol, des pots-de-vin et de la corruption », tu seras poursuivi à coup sûr. Idem, si vous êtes médecin et vous avec le malheur de trouver une vague ressemblance entre Erdogan, seigneur d’Istanbul, et Gollum, Seigneur des anneaux, vous serez forcément poursuivi. Quoi encore ? Même si vous êtes Aytekin Gezici, journaliste travaillant dans un quotidien respecté, et vous jugez que le tweet « Vous avez (tout) vendu par morceau, vous avez (tout) embarqué boite après boite », est utile pour informer vos followers, en faisant subtilement allusion à un scandale de corruption touchant la famille d’Erdogan, où l’on a retrouvé des boites de chaussures remplies d’argent, mal vous prend, vous risquerez cinq ans de prison ferme. Rien ne passe le filtre Erdogan. Un « lâche » et un « cruel » coutent actuellement à un éditorialiste du quotidien Cumhuriyet, des poursuites judiciaires pour « insulte au président ».

Il faut donc éduquer le peuple turc, comme l’a rappelé un jour le Premier ministre Ahmet Davutoglu, « Tout le monde doit faire preuve de respect à l'égard de la fonction de président ». Mais voyons ! Les débutants sont condamnés à de la prison avec sursis, les récidivistes à de la prison ferme. En parler de ses déboires avec la justice turque pour « insulte au président » peut conduire à de nouvelles poursuites judiciaires pour « atteinte à l’honneur de l’Etat ». Hallucinant. La stratégie Erdogan pour museler la liberté d’expression et l’opposition en Turquie est abjecte. On critique le pays du Cèdre à longueur de journée, de colonne et de mur, mais au moins sur ce point, et en dépit des dérapages, le Liban reste quand même un paradis par rapport à la Turquie de nos jours.

La dérive totalitaire, anti-démocratique et anti-laïque de Recep Tayyib Erdogan ne fait pas débat. Mais, elle est de plus en plus inquiétante. Comme le résume un avocat turc, Ahmet Kiraz, « Depuis son arrivée au pouvoir, mais surtout depuis 2011, Erdogan manipule et exacerbe les oppositions dans la société turque pour consolider son électorat rural, peu éduqué, islamiste et nationaliste... Il a toujours besoin d'un ou de plusieurs ennemis pour mobiliser ses partisans... Ce dénigrement est fait de façon consciente et systématique, en utilisant les plus basses méthodes du populisme. »

Bilan des courses, selon Reporters Sans Frontières, l’évaluation de la liberté de la presse dans 180 pays du monde pour l'année 2015, classe la Turquie à la 149e place, juste devant la Russie (152), la Libye (154), l’Irak (156) et l’Egypte (158). Beaucoup mieux que la Corée du Nord (179), la Syrie (177), la Chine (176), l’Iran (173) et l’Arabie saoudite (164). Mais là, il n’y a pas de quoi pavoiser. En tout cas, c’est beaucoup moins bien que la Palestine (140), le Maroc (130), l’Afghanistan (122), les Emirats arabes unis (120), l’Algérie (119), le Qatar (115), Israël (101), le Liban (98), le Koweït (90), l’Arménie (78), l’Italie (73) et le Japon (61). Et c’est loin derrière les Etats-Unis (49), la France (38), l’Australie (25), la Suisse (20), la Belgique (15), l’Allemagne (12) et le Canada (8). Et c’est même très loin derrière le peloton de tête, les pays d’Europe du Nord : la Suède (5), les Pays-Bas (4), le Danemark (3), la Norvège (2) et la Finlande (1). Sur ce, nous n’avons plus qu’à souhaiter la bienvenue au partenaire stratégique de l’Europe. Sans l’ombre d’un doute, la Turquie d’Atatürk, mérite mieux qu’Erdogan.

*

Post-scriptum
Erdowie, Erdowo, Erdogan
Traduit de l’allemand

« Il vit en XXL, le seigneur du Bosphore.
"Une construction ostentatoire avec mille pièces, construite sans permis de construire dans une réserve naturelle".
La liberté de la presse lui fait gonfler les cordes vocales, c'est pourquoi il a bon nombre de belles écharpes.
(On entend Erdogan parler avec une voix irritée).
Un journaliste qui par malheur, rédige une phrase qui ne convient pas à Erdogan, est en taule dès le lendemain, la rédaction est fermée.
Il ne réfléchit pas longtemps, emploie le gaz lacrymogène, envoie les lances à eau même en pleine nuit.

Soit donc charmante, car il t'a dans la main,
Erdowie, Erdowo, Erdogan.
Le temps est mûr pour son Grand Empire ottoman,
Erdowie, Erdowo, Erdogan.

Les mêmes droits pour les femmes ? Oui, oui, elles aussi sont tabassées !
"La police d'Istanbul a dissout par la force une manifestation pour la journée mondiale des femmes".
Si le résultat des élections est mauvais, il le réajuste.
"I like to move it, move it".
Il déteste les Kurdes comme la peste. Il préfère bien les bombarder eux, plutôt que les frères de foi de l'autre côté, qui sont de l'EI (Etat islamique / Daech).
Donne-lui ton argent, il te construit une tente pour les réfugiés : Erdowie, Erdowo, Erdogan.

Son pays est mûr pour l'adhésion à l’UE (Union européenne), et il siffle sur la démocratie.
"Tschü avec ü" dit Erdogan, et il chevauche vers le soleil couchant ! »