jeudi 26 juillet 2018

Emmanuel Macron : la France avait un chef d'Etat, elle a désormais un grand président! Merci surtout au journal « Le Monde », au comandante Mélenchon et à Alexandre Benalla (Art.549)


Près d'une semaine après le début de l'affaire Benalla, le chef de l'Etat a décidé de s'exprimer pour la première fois sur ce sujet mardi soir, loin des caméras et des journalistes, filmé avec un simple téléphone portable, devant les députés LREM qui étaient réunis à Paris pour clore la session parlementaire. Le lendemain, mercredi soir, alors qu'il était en déplacement dans les Hautes-Pyrénées, il l'a fait devant la presse, reprenant les points développés la veille, avec beaucoup de sarcasme. Jeudi soir, il en a remis une couche. C'est parce ces trois interventions sont exceptionnelles que j'ai décidé de rédiger cette note et d'en transcrire un large pan.

Emmanuel Macron lors de son voyage en Suède, le 17 novembre 2017
Photo : Phlippe Servent / Présidence de la République

Sur la forme, le président de la République a expliqué que c'était à lui de « choisir les moments » de parler et à ne pas se les faire dicter, d'autant plus qu'il n'avait pas à le faire pendant que « la justice fait son travail » et lorsque « les esprits s'embrasent pour être des participants d'une mêlée ». Il a fustigé au passage « ceux qui défendent la République (…) et l'oublient rapidement, quand il s'agit au fond de leur but ultime dans cette affaire, de salir le président de la République ».

L'affaire Benalla vue par Plantu, un régal!

Sur le fond, l'intervention devant les parlementaires se divise en plusieurs parties. Il a commencé la première partie, consacrée aux faits, en s'attaquant à ce qu'il a qualifié de « fadaises » dites par les mêmes, qu'ils soient « parlementaires, commentateurs ou journalistes ».

Ainsi, on apprend « qu'Alexandre Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires (comme l'a cru un député LR), n'a jamais occupé un 300 m2 à l'Alma, n'a jamais gagné 10 000 €/mois et que lui non plus n'a jamais été mon amant. » Mais encore, « Alexandre Benalla est quelqu'un qui nous a accompagné durant la campagne, avec beaucoup de courage et d'engagement (…) je n'ai pas à (l')oublier. »

Macron a rappelé qu'une fois la campagne était terminée, il fallait constituer des équipes à l'Elysée de « gens qui connaissent l'Etat » et de « gens qui étaient engagés à mes côtés durant la campagne (…) comme ça a toujours été le cas d'ailleurs. »

Certes, Alexandre Benalla avait « beaucoup fait » durant l'année qui s'est écoulée et avait gagné « la confiance », mais ce qui s'est passé le 1er mai, en dehors de sa fonction, en tant « qu'observateur », est pour le président de la République « grave et sérieux », vécu comme « une déception et une trahison ».

Il n'en dira pas plus car des enquêtes sont en cours, mais Emmanuel Macron a tenu à rappeler que « le lendemain (2 mai), mes collaborateurs à l'Elysée ont pris une sanction et il m'en a été rendu compte. Elle a été jugée proportionnée car il y avait un contexte et des circonstances que l'enquête de l'IGPN comme la justice éclaireront ». Avec force il a affirmé « qu'à aucun moment, ceux qui dirigent mon cabinet, n'ont caché cette affaire (…) Mes équipes à l'Elysée ont fait ce qu'ils devaient faire... La justice et d'autres pourront dire s'il y a eu des erreurs et si on n'a pas été conforme au Code de procédure pénale ou autre (…) Moi j'ai considéré que c'était proportionné à ce moment là, j'assume. »


La seconde partie est sans aucune doute, un moment clé de son mandat, l'acte de foi d'un grand président de la République. Et comment!

Un grand président est celui qui assume pleinement ses responsabilités. « Dans notre République, depuis un an, il n'y a eu qui que ce soit protégé ou soustrait au droit de la République. C'est ce que nos concitoyens attendent de nous. Et s'ils cherchent un responsable, dites-leur... Le seul responsable dans cette affaire, c'est moi et moi seul... Parce que celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c'est moi, le président de la République. Celui qui a été au courant et qui a validé l'ordre, la sanction de mes subordonnés, c'est moi et personne. »

Un grand président est celui qui se met en première ligne. « Les valeurs qui nous ont fait, ce qui nous a conduit là, ce n'est pas la République des fusibles, ce n'est pas la République de la haine, celle où on fait traquer un fonctionnaire ici, un collaborateur là. On ne peut pas être chef par beau temps et vouloir se soustraire lorsque le temps est difficile. S'ils veulent un responsable, il est devant vous, qu'ils viennent le chercher. Ce responsable répond au peuple français, au peuple de France et à personne d'autre. »

Un grand président est celui qui protège ses troupes. «  La République tient quand chacun assume ses responsabilités. J'assume les miennes... Mes collaborateurs assument. Vous avez vu le préfet Strzoda (Patrick, directeur de cabinet du président de la République) aujourd'hui, avec une immense dignité (devant la commission parlementaire), parfois traité d'une manière que je ne qualifierai pas. Le Premier ministre assume ses responsabilités. Et les ministres les assument... Nous avons une Constitution, elle fixe les responsabilités. »


La troisième partie est consacré au spectacle lamentable de gens aux abois, du monde politique comme du monde médiatique, qui œuvrent désespérément pour faire d'un fait divers une affaire d'Etat, chacun ayant ses propres raisons.

En préambule, le président de la République a tenu à faire savoir : « J'assume ce qui a été fait par mes collaborateurs et je condamne la gravité des actes commis par Alexandre Benalla, en considérant aussi que cela ne lui enlève pas le reste et que ça ne lui enlève pas la dignité. » Là aussi, on retrouve une autre caractéristique d'un grand président qui sait se séparer d'un collaborateur s'il le faut, mais qui demeure reconnaissant eu égard au travail accompli. Devant la presse, Macron a répété : « Je suis fier de l'avoir embauché à l'Elysée, parce que je considère que c'était quelqu'un de dévoué, qui avait un parcours différent . Il a fait beaucoup de bonnes choses quand il était à l'Elysée. » Cependant, il a commis une « faute réelle et grave » pour laquelle il a été sanctionné (mis à pied). « Quand il a fait une seconde faute, il a été sanctionné plus durement (licenciement) ».

Mais encore, un grand président ne se laisse pas impressionner par ses adversaires, malgré la virulence de leurs propos et de leurs procédés. Sur le front médiatique, il avait beaucoup à dire.

Mardi. « Ce que je regarde depuis quatre jours, c'est un spectacle où la tentation pour presque tous les pouvoirs est de sortir de son lit. Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. Elle disait ce matin, "regardez, un directeur de la préfecture de police a dit que c'était faux", il dément quelques heures plus tard, on l'entend à peine. On dit "regardez les images tournent en boucle" d'une scène inadmissible, et que je condamne, on ne voit jamais la scène d'avant ou la scène d'après, quel est le contexte, que s'est-il passé? S'agissait-il d'individus qui buvaient gentiment un café en terrasse? Que s'est-il passé juste ensuite? J'ai cru comprendre qu'il y avait des images, où sont-elles? Sont-elles montrées avec la même volonté de rechercher la vérité et d'apporter de manière équilibrée les faits (Macron fait allusion à d'autres images publiées par France 3 après les révélations du Monde, évoquées dans mon premier article sur l'affaire, où l'on voit clairement les deux présumées victimes jeter des objets en verre sur les CRS tout en les insultant)? Non. Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire, qui a décidé qu'il n'y avait plus de présomption d'innocence dans la République et qu'il fallait fouler aux pieds un homme et avec lui toute la République. »

Mercredi. Et belote. « La presse aussi se trompe parfois, mais il faut qu'elle se corrige. Et à ce moment-là on lui pardonne (...) Beaucoup de gens ont perdu la raison. Beaucoup ont dit des choses fausses et oublient de les corriger (...) Vous avez dit ces derniers jours beaucoup de bêtises sur soi-disant des salaires, des avantages. Tout ça était faux, et c’est important de le dire aux Français... Ce qui a été dit aux Français pendant des jours et des jours était des fadaises. »
Et rebelote. « Les gens qui sont en charge du cabinet de l'Élysée - ce n'est pas le président de la République - ont pris leurs responsabilités, et les décisions qu'ils ont prises, je les ai approuvées. Je ne vais pas chercher des fusibles parce que vous avez envie de voir du sang et des larmes dans le tournant de l'été. »

Sur le front politique : « Nous assistons à la coalition baroque qui ne trompe personne dans notre pays, de ceux qui prétendent provenir du gaullisme et qui en ont oublié tous les principes et la dignité, et des extrêmes qui eux sont cohérents dans leur recherche, ils n'aiment pas l'Etat et ils veulent basculer la République. »

Un grand président sait aussi résister au populisme. « Je ne donnerai pas des têtes parce que je ne fonctionne pas comme ça. Quand après une analyse rigoureuse les responsabilités sont définies, elles doivent s'exercer... Lorsque nous en sommes encore au stade de l'élucidation de la vérité, on ne sacrifie pas des fonctionnaires, des collaborateurs et des ministres sur l'autel des émotions populaires et de la démocratie d'opinion instantanée. »

Enfin, un grand président a un esprit clair, une vision globale et un cap. « Dans ce contexte chacun doit garder son calme et chaque pouvoir doit être au cœur de son exercice (…) Je veux que la justice fasse calmement son travail jusqu'au bout. Elle devra mettre en lumière les faits... et définir les responsabilités. Toutes les conséquences en seront tirées. Il appartient aux médias de faire leur travail calmement... avec un rapport au réel et à la vérité qui doit toujours être questionné (…) J'aurai aussi à demander au Premier ministre et à plusieurs ministres des éclairages sur d'autres faits ou des réformes qui au vu de ce que nous sommes en train de vivre s'imposent. C'est pour cela l'Elysée fera son travail et que j'ai demandé au Secrétaire général conformément à notre Constitution de me faire des propositions. »

Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République
Salon de l'Agriculture, 1er mars 2017 (photo perso)

Non seulement Emmanuel Macron agit comme il se doit et fait un sans faute dans l'affaire Benalla, mais étant intelligent, réactif et pragmatique comme il est, il sait en tirer profit d'une manière magistrale. Ces trois interventions en apportent la preuve. L'affaire Benalla permet à Emmanuel Macron de muer d'un chef d'Etat à un grand président, et encore, indépendamment de sa politique. Il est fort le Macron !

La faute originelle dans cet emballement estival revient incontestablement au journal Le Monde, suivi par L'Express et d'autres médias, qui ont cherché d'une manière explicite à transformer un fait divers en une affaire d'Etat, avec comme objectif principal, atteindre Macron : « La mécanique d'une affaire d'Etat » / Le Monde et « Comment un fait divers devient une affaire d'Etat » / L'Express, avec une variante pour Mediapart, qui pour la peine a créé un dossier dont le titre exprime explicitement les intentions, « L'affaire Macron-Benalla ». Des fadaises oui, ce n'est point « une affaire d'Etat » comme l'a dit et répété le président de la République. Foutaises même, comme je l'ai démontré dans mon article « Alexandre Benalla, une affaire d'Etat qui risque de faire pschitt ».

Le Monde et d'autres médias, ne digère pas le fait qu'un président de la République se fasse rare, qu'il réussisse à verrouiller sa communication et qu'il mette en oeuvre son propre canal d'information, une stratégie ingénieuse qui le place à l'abri du bon vouloir du « pouvoir médiatique » et des turbulences journalistiques (« L’Elysée boute les journalistes hors du palais » / Le Monde). Ils ont tenté de le contrecarrer et de lui rappeler que ce sont eux qui font la pluie et le beau temps. Ils ont échoué et on ne peut que s'en féliciter. Leur attitude est d'autant plus condamnable, que les préoccupations pécuniaires n'étaient probablement pas loin. Une « affaire d'Etat » dans une période creuse, en plein été alors que la France croule sous un soleil de plomb, aurait prolonger l'embellie du Mondial et booster les ventes. En période de vaches maigres pour la presse, c'est toujours ça de pris. Raté. L'affaire d'Etat a beau faire pschitt au fil des jours, « Le Monde » s'accroche à son enquête à charge. Son dernier titre en date : « Emmanuel Macron espère tourner la page Benalla ». Comme les Belges, ils sont en plus mauvais perdants!


Du côté des politiques, c'est un désastre, de l'extrême gauche à l'extrême droite, en passant par la gauche et la droite. On n'a fait que surfer sur la vague créée par les médias. A défaut de bousculer Macron de son piédestal politique, ils ont essayé d'égratigner sa stature présidentielle.

« L'affaire Benalla » confirme donc que certains journalistes font mal leur boulot, que les partis traditionnels sont toujours aussi mauvais et que Macron mérite son surnom de Jupiter. De ce fait, il est sûr que la méfiance des citoyens par rapport aux grands médias grandira, la traversée du désert des partis politiques traditionnels durera et plus fort Macron sortira. Comment voulez-vous qu'il en soit autrement? On dit ce qui ne tue pas rend plus plus fort. C'est vrai. Mais qu'en sera-t-il, si à la base, on est déjà fort comme Macron et si ceux qui cherchent à le « tuer », ne font que l'égratigner?

Ah, où est-ce j'avais la tête, j'ai failli oublier, un grand président a du sang froid et évidemment du sarcasme. Mercredi, en déplacement à Bagnères-de-Bigorre, Emmanuel Macron a relevé le fait que « la chaleur et la fatigue, c'est à Paris que ça monte à la tête », pas dans les Hautes-Pyrénées. Aujourd'hui jeudi, il en a remis une couche : « J’ai dit ce que j’avais à dire, c’est-à-dire que je crois que c’est une tempête dans un verre d’eau. Et pour beaucoup, c’est une tempête sous un crâne! » Mais oui, un degré de différence, ça va, mais six à neuf degrés, bonjour les dégâts!


Post-scriptum : Les dernières nouvelles de « l'affaire Benalla Pschitt » en vrac 

- La frustration grandit au sein des députés de l'opposition, ils n'arrivent pas à en tirer profit comme ils pensaient. Pourtant, la commission parlementaire leur avait donné du pouvoir, donc de l'espoir, de juger Jupiter plutôt que de chercher la vérité sur ce qui s'est passé ce 1er mai. Comandante Mélenchon (ex-Alliance bolivarienne) et Benoit Hamon (ex-PS) avaient projeté auditionner le président de la République, Florian Philippot (ex-FN) allant jusqu'à décréter que Macron devrait envisager quitter ses fonctions ! Raté. Les voilà donc tous se retirant les uns après les autres. Les Républicains, les Insoumis, le Rassemblement national, le Parti communiste, etc.

- Après Les Républicains, c'est autour de La France insoumise et la Gauche démocratique et républicaine, d'envisager recourir au coup d'épée dans l'eau, pour éclabousser Jupiter, en déposant une motion de censure contre le gouvernement d'Edouard Philippe. Comandante Mélenchon déclarant même qu'il votera la motion de la droite.

- Les deux victimes de la violence d'Alexandre Benalla le 1er mai, pourraient elles aussi faire l'objet de poursuites judiciaires. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire concernant les violences commises place de la Contrescarpe. D'après des vidéos tournées le 1er mai et le témoignage de Benalla, outre les insultes, l'homme a lancé une bouteille en verre sur la tête d'un CRS et la femme a jeté une chaise.

- Coup de théâtre jeudi, « Alexandre Benalla livre ses vérités ». A qui svp, au « Monde ». Parmi la soixantaine de demandes d'interview qu'il a reçues, il a choisi le journal qui l'a identifié sur une vidéo molestant des manifestants, ce qui a conduit à son licenciement (après s'être procuré les images illégalement). Attention, c'est un « entretien exclusif ». Pour le lire, il faut soit acheter le journal papier, soit s'abonner en ligne. Affaire d'Etat et entretien exclusif, non mais quelle aubaine ce Benalla! En tout cas, voici les points les importants de l'interview :
. L'homme était serein, selon l'un des journalistes présents. Il confirme que son salaire est de 6 000 euros comme l'a dit Emmanuel Macron (et non 10 000 € comme l'ont avancé les médias). Sa fonction était de gérer « les affaires privées du président ». Le logement qui lui a été attribué fait 80 m2 (et non 300 m2 comme l'a avancé L'Express).
. Il s'est rendu en tant « qu'observateur » à la manif du 1er mai, « invité » par le chef d’état-major à la préfecture de police, Laurent Simonin (aujourd'hui mis en examen).
. Il comprend la « déception » du président, mais ne considère pas l'avoir « trahi ». Il a le sentiment d'avoir commis une « grosse bêtise » et « assume ».
. N'étant pas du système, il révèle que sa vie à l'Elysée l'a conduit à avoir des « frictions » avec les groupes chargés de la sécurité du président de la République.
. Il ne se fait pas d'illusion sur « les gens qui ont sorti cette information » : « On a essayé de m’atteindre, de me "tuer", et c’était l’opportunité aussi d’atteindre le président de la République ». La messe est dite. 

lundi 23 juillet 2018

Alexandre Benalla, une « affaire d'Etat » qui risque de faire « pschitt » (Art.548)


Il n'a pas eu beaucoup de temps pour mettre à profit la victoire de la France à la Coupe du monde de football. Moins de 48 heures après l'accueil triomphal des champions à l'Elysée, Emmanuel Macron est happé malgré lui, par la plus grave crise de sa carrière politique, l'affaire Alexandre Benalla. C'est l'histoire d'un chargé de sécurité d'Emmanuel Macron, candidat et président, accusé d'avoir violenté un couple lors des manifestations du 1er mai. Dix réflexions à chaud.

Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République, au Salon de l'Agriculture, avec à droite Richard Ferrand, et à gauche, Alexandre Benalla (photo perso, 1er mars 2017)

 1  L'affaire a été révélée par Le Monde le 18 juillet. L'homme a été identifié dans des vidéos filmées le 1er mai. Il fut un temps, où un nombre de quotidiens français étaient accusés par la droite, d'une part, de s'être acharnés sur François Fillon, leur souffre-douleur, et d'autre part, d'avoir fait d'Emmanuel Macron une bulle électorale, leur chouchou. L'affaire Benalla a aujourd'hui le mérite de nous prouver qu'ils avaient tort. Les journaux ne font que leur boulot, parfois mal et d'autres fois intéressés, sachant que les préoccupations financières n'étant jamais très loin. On ne comptait plus les articles sur Penelope et Fillon. Il en sera de même sur Benalla et Macron.

 2  Sur les vidéos qui l'accusent, on voit Alexandre Benalla violenter deux manifestants. C'est abjecte. Ce point ne fait pas débat. Mais il faut tout de même commencer par reconnaître, comme « bavure policière », on en a connu bien pire et plus d'une, avec mort d'homme et relaxe policière ! Il a fallu 14 ans de batailles judiciaires pour qu'Abdelkader Ghedir, un jeune Français de 21 ans, obtienne enfin gain de cause et réparation, après avoir été passé à tabac par des policiers. Paralysé à 95% et pourtant, ses bourreaux n'ont jamais été inquiétés en France. Il a fallu passer par la Cour européenne des droits de l'homme, pour se voir accorder 6,5 millions d'euros de dédommagement. C'était il y a à peine deux mois.

Certes, Alexandre Benalla a eu un comportement violent. C'est encore une fois ignoble, mais rien d'extraordinaire en somme, pour une journée des manifestations parisiennes placées sous haute tension avec 1 200 black blocs en cavale. Mais encore, ses deux victimes présumées aussi ont été violentes, puisque sur une autre vidéo diffusée aujourd'hui par France 3, on les voit tous les deux clairement jetant des objets en verre sur les CRS, tout en leur lançant des invectives. Ils n'étaient pas du tout "extrêmement pacifiques" comme l'a fait croire un journaliste de France Info. Les deux victimes d'ailleurs n'ont pas eu d'arrêt de travail. Elles n'avaient même pas porté plainte à l'époque.

Si la « violence » du 1er mai était aussi grave qu'on le dit, on n'aurait pas attendu près de trois mois pour en entendre parler. A l'heure du portable, les réseaux sociaux auraient été inondés par les images, le jour même. Ça était diffusé, mais c'est resté limité. Et pour cause, il n'y avait rien d'extraordinaire. Si je mets en lumière ce point précis, ce n'est certainement pas pour justifier le comportement inqualifiable d'Alexandre Benalla, mais pour établir les faits, leur donner leur juste valeur et surtout, prouver qu'il y a bel et bien de la part de certains, une volonté nette et claire d'aggraver artificiellement la situation, dans un but bien précis, en faire une « affaire d'Etat ».

 3  En cette belle journée du 1er mai, Alexandre Benalla était en civil, portait un casque de CRS un talkie-walkie et un brassard de la police. Les premières questions qui viennent à l'esprit sont de savoir pourquoi il était présent et qui l'avait envoyé? Il s'est trouvé là-bas en tant « qu'observateur », ses accessoires étaient imposés par le contexte de ces protestations « anti-Macron ». Dans une manif à risque qui peut déraper à tout instant, au moment où les CRS chargent, il faut être en mesure de reconnaître tout de suite ceux qui font partie de la maison. Maintenant la question est de savoir, est-ce que c'est Macron qui l'a envoyé en mission? Officieusement, oui. Officiellement, non. C'est le directeur de cabinet du Président de la République qui l'a fait. Et pourquoi faire? Justement en tant « qu'observateur », pour lui faire remonter des éléments précis sur l'ampleur et la nature des protestations, peut-être en vue de passer rencontrer des manifestants, voire boire un café avec les jeunes révolutionnaires sur cette charmante petite place de la Contrescarpe, qui se situe derrière le Panthéon à Paris. Certainement pas pour tabasser les manifestants! Benalla était en congé d'ailleurs, il était censé agir avec décontraction et ne pas prendre partie. Cela étant dit, ce que Benalla a fait ou n'a pas fait, n'engage que sa propre responsabilité civile et pénale, et celle de personne d'autre. Surement pas celle du président de la République! La France dispose de près de 150 000 policiers, dont 15 000 CRS, elle n'a vraiment pas besoin d'un de plus, pour ramener l'ordre dans la capitale!

 4  Alexandre Benalla a été sanctionné, moins de 48 heures après les faits, le 3 mai. Il a été « mis à pied » pendant quinze jours avec suspension de salaire. C'est peut être pas à la hauteur de son acte, et il a même repris du service. Avec 10 000 euros de salaire, un logement au frais de la princesse au palais de l'Alma, une voiture avec chauffeur, bref, pour certains, c'était encore la belle vie comme si de rien n'était. On l'a même vu pavoiser avec les Bleus, soi-disant « chargé des bagages ». Il n'empêche qu'il est très malhonnête de qualifier la sanction qu'il a eue comme insuffisante, légère et banale. Dans le droit français, la « mise à pied » constitue un avertissement de l'employeur, en cas de faute lourde ou grave, qui peut conduire au licenciement.

En tout cas, contrairement à ce qu'a pu affirmer le directeur de l'ordre public à la préfecture de police de Paris, Alain Gibelin, devant la commission d'enquête parlementaire aujourd'hui, l'Elysée a confirmé le fait qu'Alexandre Benalla n'a participé à aucune réunion pendant sa mise à pied. C'est peut-être parole contre parole, en tout cas, tel est l'état des choses jusqu'à nouvel ordre. Aux dernières nouvelles, mardi après-midi, Alain Gibelin est revenu sur sa déclaration la veille, il avait mal compris la question, croyant qu'elle concernait la période allant du 2 mai au 18 juillet. Ainsi, non seulement une sanction a été prise à l'encontre de Benalla, mais elle a été bel et bien appliquée.

 5  A ce stade de l'exposé, une question vient rapidement à l'esprit : pourquoi avoir attendu l'éclatement de l'affaire pour licencier Benalla, fallait-il le faire sèchement dès le départ? Oui et non, pas facile de trancher, ça se discute. Mais le pus grave est ailleurs. En ne saisissant pas la justice, tout responsable ayant eu connaissance des faits graves qui étaient reprochés à Benalla, s'est rendue coupable de non-dénonciation d'un délit au procureur de la République, une violation de l'article 40 du Code de procédure pénale. Disons-le franco, toute la question est donc de savoir qui était au courant de ces faits? Pas de doute, le préfet de police, le ministre de l'Intérieur, le chef de cabinet du président de la République et le président lui-même. Moralement c'est grave. Pénalement, ça ne l'est pas. C'est la loi qui le dit, via la jurisprudence dans des cas similaires.

 6  On ne peut pas bien comprendre un aspect de l'affaire Benalla, si on n'est pas conscients des menaces sécuritaires auxquelles sont exposées les hauts responsables politiques. Il ne fait pas de doute qu'entre Emmanuel Macron et Alexandre Benalla, il y a de la loyauté et de la reconnaissance mutuelles. Est-ce que celles-ci ont permis au jeune homme de 26 ans de bénéficier de privilèges indus? Peut-être bien, mais pas à l'examen des faits.

La presse répétait en boucle qu'il recevait 10 000 €/mois comme rémunération, un salaire astronomique. En vérité, c'est 5 000 € nets, d'après le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Et là, c'est peu pour quelqu'un qui est chargé de la sécurité du président de la République française! Il ne faut pas oublier quand même que c'était le salaire du coiffeur de son prédécesseur, François Hollande. La résidence cossue ? Tiens, parlons-en. C'est là où logeait Mazarine, la fille de François Mitterrand. La presse (Le Monde, L'Express, etc.) a dit, des révélations!, que le jeune homme habitait quai Branly, dans un logement de 200 et même 300 m2 et qu'on avait engagé des travaux à hauteur de 180 000 € pour réunir deux apparts et en faire un duplex. Foutaises sur toute la ligne. Alexandre Benalla n'habite pas encore, l'appart fait 80 m2, les travaux concernent quatre appartements en "mauvais état" propriétés de l'Etat français, ils ont été décidé en novembre 2017! Parole de porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. « Tout cela, c'est beaucoup de fantasmes pour construire un personnage et une affaire qui n'en est pas une. »

Toujours est-il que des hommes dignes de confiance, ça ne court pas les rues et on ne les trouve pas par annonce sur le Bon coin ou à Pôle emploi. Alors, quand on a repéré quelqu'un dans les parages, surtout avant de passer pleinement sous les feux de la rampe, on fait tout pour le garder, allant même jusqu'à sous-estimer peut-être le risque encouru, en cas de faute grave de la part de l'heureux élu.

 7  Comme dans tous les scandales, complexes et aux nombreuses ramifications, on trouve tout et n'importe quoi sur la toile au sujet de l'affaire Benalla. Un vive débat agite même des milieux d'extrême droite, la fachosphère, ainsi que les islamophobes et les antisémites en herbe: Benalla, c'est arabe ou juif? Le savoir n'apporte rien au débat. Quant au fait qu'il s'appellerait Lahcène Benahlia et aurait francisé son nom, il s'agit d'une fake news fabriquée dans les officines citées précédemment.

 8  Parlons peu, parlons bien. Il ne faut pas se leurrer, il y a de la part de tout un tas de gens (la Ligue des revanchards de François et Penelope, les orphelins de Nicolas Ier et dernier, les soumis du comandante Mélenchon, les walking dead de Hollande, les journaux Le Monde, L'Express, etc.), chacun ses raisons!, une détermination de faire d'un fait divers, grave sans aucun doute, une affaire d'Etat. El-comandante n'a pas hésité à évoquer un "Watergate" français, demandant même l'audition du président de la République. Il n'a toujours pas digéré sa défaite et cherche encore à faire oublier son désire inavouable de voir Marine Le Pen à l'Elysée, afin de dynamiter la Ve République. Benoit Hamon est plus modeste, il n'a réclamé pour l'instant que la démission de Gérard Collomb. A droite, ce n'est guère mieux. Les députés Les Républicains vont déposer une motion de censure contre Edouard Philippe, même si Christian Jacob, le président du groupe parlementaire, reconnait que ça ne fera pas tomber le gouvernement. Quelle stratégie impressionnante de reconquête du pouvoir ! Le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Pauget, a même demandé un "audit complet" par les parlementaires sur le fonctionnement de l'Elysée, après avoir découvert que "Benalla avait les codes nucléaires", info diffusée par Nordpresse, un site humoristique belge ! Comme l'a fait remarquer le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, « c'est évidemment un comportement inacceptable qui doit être durement sanctionné (…), mais ça n'est pas une affaire d'État, malgré ce qu'essaient de construire nos oppositions ». Au cours de la séance de question au gouvernement mardi, le Premier ministre Edouard Philippe est allé dans le même sens : « une dérive individuelle de la part de ce chargé de mission ne fait pas une affaire d’Etat ».

Ainsi, un homme et un seul est visé depuis le début, Emmanuel Macron. Ses ennemis sont nombreux. Ils sont aux abois et prêts à tout pour le faire tomber de son piédestal. Soit. Jusqu'où ira-t-on? A mon avis, nulle part, concernant le président de la République, bien évidemment. Pour le reste, des erreurs ont été commises. Mais aucune n'est éliminatoire. Alexandre Benalla a été sanctionné par l'Elysée. Pas assez, mais sanctionné, 48 heures après les faits. La sanction a été appliquée. Il a été licencié. Tardivement, mais licencié. La justice n'a pas été saisie à temps. Mais, elle l'est maintenant. Elle jugera les coupables, Alexandra Benalla en tête. Deux commissions d'enquête sont mises sur pied, à l'Assemblée et au Sénat, pour établir la vérité. Elles détermineront la nature et l'ampleur des défaillances.

 9  Le seule élément consistant de l'affaire Benalla c'est la non saisine de la justice malgré des faits de violence. Qui aurait dû le faire? Emmanuel Macron, le président de la République? Il faut être sérieux un moment, surement pas. Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur? Il l'a fait savoir devant la commission d'enquête ce matin, « ce n'est pas au ministre qu'il appartient de le faire et je m'inscris dans la lignée de mes prédécesseurs ». Il ne reste que deux personnes dans le box : le directeur de cabinet de Macron, Patrick Strzoda, dont dépendait Benalla en général et qui l'a autorisé à se rendre place de la Contrescarpe (officiellement Benalla était "adjoint au chef de cabinet"; officieusement, il s'occupait de la sécurité du président et de sa femme, ainsi que de l'agenda privée d'Emmanuel Macron), et le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, dont dépendait Benalla le 1er mai et qui avait accepté de le prendre sous ses ails. Aucun des deux n'est responsable de la bavure elle-même, mais les deux responsables ont été informés de l'incident et n'ont pas jugé utile de saisir la justice. Elle est là leur faute. Et encore, quelle est la force d'une loi qui les appelle à le faire dans une telle situation, mais qui ne prévoit aucune sanction s'ils ne le font pas? Aucune. Avant de reprendre la réforme de la Constitution, il est clair que l'article 40 du Code de procédure pénal doit être revu et corrigé. Quand le président de la République décidera de s'exprimer, le moment venu, il est évident qu'il évoquera ce point précis.

 10  Ça n'a sans doute rien à voir, mais bon, l'info s'est glissée le même jour dans les fils d'actualité. Les grèves de la SNCF organisés aux mois d'avril, mai et juin (à raison de deux jours de grève et trois jours de fonctionnement normal), pour protester contre la réforme ferroviaire voulue par Emmanuel Macron, auraient coûté à la société, donc à la France et aux Français, 790 000 000 euros (pertes de chiffres d'affaires, mesures commerciales, bus supplémentaires, indemnisations, etc.), soit 21 000 000 € pour chacun des 37 jours de grève. Tout le bénéfice net de l'entreprise pour l'année 2017 a été englouti, plus 111 millions d'euros de plus. On est pas loin du milliard d'euros et ce n'est une « affaire d'Etat » pour personne. Aucune commission d'enquête ne verra le jour pour faire la lumière sur le plus grand gaspillage d'argent public du siècle et le sabotage d'un des fleurons de la France. Et comble de l'absurde, pour rien, absolument rien, la réforme a été adoptée. Pour l'instant, nombreux sont ceux qui s'accrochent à l'affaire Benalla, dans une tentative désespérée d'égratigner "Jupiter", faute de le mettre KO sur le terrain politique.

vendredi 1 juin 2018

Une néo-mini-nakba résumée dans une vidéo de 1min40 par Human Rights Watch: le cas de la famille Aamer ! Ce que doivent endurer les Palestiniens des Territoires occupés par Israël (Art.533)


Une vidéo et une info pour prendre conscience de ce que peuvent endurer les Palestiniens des Territoires sous occupation et domination de l'Etat d'Israël.



TERRITOIRES PALESTINIENS OCCUPÉS. La vidéo est réalisée par Human Rights Watch, elle a été publiée avant-hier. Elle couvre un angle de la Nakba qu'elle résume en 1 minute et 40 secondes. Elle raconte un aspect du quotidien d'une famille palestinienne.

Ça se passe dans le village palestinien de Mas'ha, qui se situe en Cisjordanie, à mi-chemin entre Naplouse et Tel-Aviv. Depuis le mandat britannique, les Aamer possèdent 500 000 m2 de terres agricoles à 2 km de leur maison. En 1967, après la guerre des Six Jours, pas de chance pour eux, c'est de nouveau la catastrophe, la Cisjordanie tombe sous occupation israélienne. Aussitôt conquise, Israël débute la colonisation massive des « Territoires palestiniens occupés », terminologie officielle du Conseil de sécurité. Les Aamer voient ériger de l'autre côté de leur village, la colonie d'Elkana. En 2002, afin de protéger les nouveaux colons israéliens, Israël exproprie les terres autour de la nouvelle colonie afin de construire une « bordure de séparation » avec la population autochtone palestinienne.

Pas de chance pour les Aamer, cette bordure passe à seulement 500 m de leur maison, plaçant leurs terres de l'autre côté de la barrière. Double peine pour les Aamer, ils doivent désormais demander une autorisation pour accéder à leurs terres. Triple peine pour les Aamer, Israël ne les autorise à entrer dans le territoire de la colonie que par la porte spéciale n° 1447, qui se situe à 20 km et nécessite 2 heures de route.

Depuis 1967, Israël a transféré 600 000 Israéliens de confession juive uniquement dans des colonies construites spécialement pour eux dans les Territoires palestiniens occupés. Comme le précise Human Rights Watch, « c'est un crime de guerre ». Il relève donc de la Cour pénale Internationale. mais la CPI ne peut se pencher sur la question qu'après un feu vert du Conseil de sécurité, qui ne pourra jamais voir le jour à cause de l'immunité judiciaire accordée par les Etats-Unis à Israël.


La néo-mini-nakba des Aamer illustre bien la « politique d'apartheid » suivie par Israël dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) : favorisant les colons israéliens et défavorisant les autochtones palestiniens. Elle montre clairement comment les troupes d'occupation israéliennes rendent la vie des Palestiniens dans les TPO insupportables. L'objectif à long terme étant de faire partir les Palestiniens et de confisquer leurs terres : par la force (ex. raisons militaires, expropriation, etc.), par la ruse (ex. fouilles archéologiques, source d'eau, etc.) ou par un achat en bonne et due forme (après avoir rendu la vie impossible aux habitants), le triptyque tactique mis en place depuis la fin du 19e siècle quand des Européens sionistes, avaient décrété la colonisation de la Palestine.

En visionnant la vidéo, il faut se rappeler aussi les conclusions du rapport rédigé pour l'ESCWA, la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale, une agence de l'ONU, par deux grands spécialistes américains du droit international et de l'apertheid, dont Richard Falk, rapporteur spécial des Nations unies pendant des années, de confession juive, taxé régulièrement par les fanatiques soutiens d'Israël, d'être « antisémite » et même « un juif détestant les juifs ». Le document a été publié il y a un peu plus d'un an. Sa conclusion est accablante pour l'Etat hébreux : « Israël a mis en place un régime d'apartheid qui institutionnalise de façon systématique l'oppression raciale et la domination du peuple palestinien dans sa totalité ».

Le rapport recommande deux actions pour faire pression sur Israël : l'une juridique, la saisine par l'ONU de la Cour internationale de Justice, et l'autre politico-économique, le soutien des pays membres de l'ONU de la campagne BDS, une initiative de la part d'ONG palestiniennes qui appellent au Boycott, au Désinvestissement et aux Sanctions à l’encontre d’Israël, pas seulement des colonies israéliennes des Territoires palestiniens occupés, tant que l'Etat hébreux ne respecte pas le droit international et n'applique pas les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur le conflit israélo-arabe. Deux vœux pieux puisque le bouffon de la Maison Blanche, Donald Trump, et sa bouffonne représentante à New York, Nikki Haley, ont fait pression pour dissoudre le rapport dans l'acide. Un rapport! Quel rapport? Ça n'a jamais existé. Mais il ne faut pas croire qu'il n'y a que les Etats-Unis dans ce monde qui protègent Israël. Depuis 2015, une décision judiciaire interdit en France, pays des droits de l'Homme et de la liberté d'expression, d'appeler au boycott d'Israël. Pas aux Etats-Unis!

NEW YORK. Dans quelques heures les Etats-Unis opposeront leur veto, pour la 15e fois depuis la signature des accords de paix israélo-palestinien d'Oslo en 1993, à un projet de résolution présenté par le Koweit au Conseil de sécurité de l'ONU, qui réclame la protection des Palestiniens dans les Territoires palestiniens occupés, après la tuerie de la « Grande marche du retour » au cours de laquelle 122 Palestiniens sont morts et plusieurs milliers ont été blessés par les snipers de l'armée israélienne. Pour la bouffonne du bouffon à New York, il s'agit d'une « approche largement unilatérale qui est moralement décadente et ne servirait qu’à saper les efforts de paix en cours entre les Israéliens et les Palestiniens ». Non mais, qui peut encore la prendre au sérieux? Ce véto intervient à un moment où la Cour suprême de l'Etat d'Israël a légalisé il y a une semaine exactement, dans l'indifférence générale des politiciens et des journalistes occidentaux, le principe des « tirs mortels » contre les manifestants palestiniens à Gaza.

*

Pas la peine de disserter longtemps sur les responsabilités partagées et la bêtise inqualifiable de l'usage de la violence, totalement improductive, des deux côtés, le caractère terroriste du Hamas. Mais reprocher souvent aux Arabes en général et aux Palestiniens en particulier, qu'ils veulent détruire Israël et jeter les Israéliens dehors n'est pas juste. Non seulement cette généralisation laisse à désirer, mais comme par hasard, elle très commode pour Israel dans son constant objectif de discréditer les Palestiniens et faire croire qu'ils n'ont pas d'interlocuteurs responsables pour faire la paix. C'est un élément constant de la propagande israélienne depuis toujours. Pire encore, si des Palestiniens rêvent de le faire (ce qui est vrai, mais pas tous, et de toute façon, ceux qui le souhaitent savent que c'est irréalisable!), ce sont les Juifs sionistes d'Europe qui l'ont réalisé! Avec les années le monde a totalement oublie ce détail. Il y a avait 15 000 Juifs à la fin du 19e siècle en Palestine. Aujourd'hui ils sont 6 millions. A la création d'Israël, 750 000 Palestiniens des 900 000 présents ont été mis dehors. On a tout fait pour qu'ils ne retournent pas chez eux, y compris par le recours au terrorisme. On a notamment rasé plus de 80% des villages palestiniens pour s'en assurer.

Aujourd'hui, Israël rend la vie impossible aux Palestiniens pour qu'ils vendent leurs terres et s'en aillent d'eux-mêmes s'entasser dans les grandes agglomérations palestiniennes, loin des colonies israéliennes. C'est un nettoyage ethnique déguisé. C'est un crime de guerre flagrant. J'aimerai bien voir la réaction des Américains, des Français, des Anglais, des Allemands et même des Israéliens, s'ils se trouvaient dans une telle situation. L'apathie des pays occidentaux sur ce dossier est une honte, d'autant plus, que leur part de responsabilité dans le conflit israélo-arabe est grande. L'immunité systématique qu'ils accordent à Israël ne fait que le perpétuer. Il n'y a rien de bon qui peut sortir de cette discrimination et d'une telle injuste.

#PalestinianLivesMatter

mercredi 30 mai 2018

L'armée libanaise accroit ses capacités militaires n'en déplaise aux Hezbollahi-compatibles (Art.532)


L'info n'a pas fait beaucoup de bruit et pourtant c'est un petit événement! L'armée libanaise a reçu hier quatre avions militaires Super Tucano (A-29). Commandés par le Liban, fabriqués par le Brésil, financés par l'Arabie saoudite, ils ont été livrés par les Etats-Unis. Rien que pour ça, l'info vaut le détour. Les Hawker Hunter sont morts, vive les Super Tucano! Enfin, les avions anglais resteront en service pour être utilisés lors de certaines opérations militaires de temps à autre et amuser la galerie les 22 novembre, bien évidemment.

Base aérienne de la Lebanese Air Force, Hamatt, lundi 28 mai
Livraison des quatre avions d'attaque Super Tucano (A-29)

Beaucoup d'hypocrites soutiens de l'armée libanaise, les Hezbollahi-compatibles et des idiots utiles du Hezbollah à leurs heures perdues, se moqueront de la nouvelle. Ils broderont encore autour des thèmes récurrents : l'armée libanaise est faible, elle manque d'équipements sophistiqués, l'Occident ne veut pas nous donner de l'armement moderne à cause d'Israël, ce ne sont pad des avions de chasse, nous manquons de missiles téléguidés, et patati et patata et blablabla. Mais voyons! Un tel radotage n'a qu'un objectif : perpétuer l'anomalie que constitue la situation milicienne du Hezbollah au Liban.

Ce radotage me rappelle par ailleurs une anecdote que beaucoup de gens ont oubliée. C'était à la fin de l'année 2008, quand Poutine a tenté de nous embobiner en nous fourguant 10 Mig-29, avec une livraison par Chronopost pour 2009! C'est véridique, vous pouvez le vérifier. Mamma mia! Pour une fois, les dirigeants libanais ont eu la lucidité de rejeter l'offre de Vlad.

Non seulement ce sont de vieux avions soviétiques des années 1970, mais en plus, ils étaient complètement inadaptés aux besoins du Liban.

. Sur le plan militaire, on ne peut pas faire le poids contre l'armée de l'air syrienne. Avec des milliers de barils d'explosifs largués sur la tête des gens, les chasseurs d'Assad sont de redoutables terroristes volants. Contre l'armée de l'air israélienne, he he he, faut pas rêver, même Lapin Ier du Golan, n'a rien pu faire en 1982. Le 9 juin et les jours suivants, Israël lui a infligé l'humiliation la plus cinglante de l'Histoire depuis la Seconde guerre mondiale. On a assisté à des batailles aériennes mémorables. Au total, Tsahal a abattu 86 avions syriens sur 100 avions engagés dans les batailles au dessus de la vallée de la Békaa, détruisant au passage les 19 batteries SAM (missiles anti-aériens) que la Syrie avait installé. Du côté israélien, on n'a dénombré que deux avions touchés. C'est l'équivalent du match 7-1, Allemagne-Brésil, du Mondial de foot 2014!

. Sur le plan financier, l'affaire des Mig était une folie : 18 millions $/pièce quand même, un coût de maintenance élevé et un armement cher.

. Sur le plan géographique, une pure aberration, satlané bala 7oudoud. Le Mig-29 peut voler à 2 500 km/h et le Liban ne fait que 200 km de long sur 50 km de large. En gros, le pilote aurait été obligé de passer son temps à inverser la poussée et de tourner en rond comme un lion dans une cage, puisque la traversée nord-sud se fait en moins de 5 minutes, l'ouest-est en un peu plus de 1 minute.

Notre Lebanese Air Force possédait une soixantaine d'hélicoptères (d'attaque, de transport de troupes, de surveillance, d'entrainement, etc.), une quinzaine d'avions d'entrainement, une douzaine de drones et seulement une demi-dizaine d'avions d'attaque, dont les fameux Hawker Hunter anglais. Il est donc évident que les quatre nouveaux Super Tucano, sur un total de six appareils acquis par le Liban, accroitront d'une manière significative les capacités militaires de l'armée libanaise. Cet avion a été mis en service en 2003. Il équipe principalement l'armée de l'air brésilienne et de nombreuses armées en Amérique latine et en Afrique, ainsi que l'Indonésie et l'Afghanistan, des pays confrontées à des situations de rébellion et de guérilla. Sa vitesse maximale est de 600 km/h, parfaitement adaptée à la petite superficie du Liban, avec un rayon d'action de 5 000 km, largement suffisant pour couvrir le territoire libanais. Il embarque des mitrailleuses de calibre 12.7 mm, un canon de 20 mm, des lance-roquettes de 70 mm, des bombes conventionnelles et guidées, ainsi que des missiles air-air, tout ce qu'il faut pour assurer la défense du pays du Cèdre.

Il est évident que cet accroissement des capacités militaires de l'armée libanaise n'est pas destiné à combattre les armées régulières d'Israël et de la Syrie, mais pour mener des attaques légères anti-guérilla, comme ce fut le cas contre les groupes terroristes syriens Daech et Nosra, qui s'étaient installés sur les versants ouest de l'Anti-Liban (2013-2017) et contre le groupe terroriste palestinien Fateh el-Islam installé dans le camp palestinien de Nahr el-Bared (2007).

Pour faire face à nos encombrants voisins, il ne faut pas rêver ni s'abreuver de légendes, seules la distanciation par rapport aux problèmes régionaux et une politique diplomatique arabo-occidentale protégeront le Liban et les Libanais d'une manière efficace. Tout autre discours relève de la propagande, de la poudre aux yeux et de la mythologie. La milice chiite libanaise est une guérilla qui n'a connu son heure de gloire que dans un contexte de guérilla justement, lors de la lutte contre l'occupation israélienne du Liban. Depuis la libération du pays du Cèdre de l'occupation palestinienne (1982), israélienne (2000), syrienne (2005) et islamique (2017), le Hezbollah est non seulement incapable de protéger le Liban de quoi que ce soit, il représente même un grand danger pour les Libanais, comme l'a prouvé la désastreuse guerre de Juillet (2006), qui nous a coûté très chère : des milliers de morts et de blessés, des centaines de milliers de déplacés et une dizaine de milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques, soit l'équivalent de 50% de notre PIB de l'époque, pour libérer un dénommé Samir Kuntar, condamné pour une action terroriste palestinienne menée en Israël et qui est allé mourir dans les bras de Bachar el-Assad il n'y a pas si longtemps. Cette guerre n'a coûté à Israël que moins de 4% de son PIB.

Alors, il ne faut pas s'emmêler les pinceaux, les mots et les lettres, ce n'est pas la S-S qui protègera le Liban, la stupide entente entre la Syrie et l'Arabie Saoudite avant le déclenchement de la révolte syrienne, ni le triptyque cha3eb-jaïych-mouqawamé, l'équation hérétique du "peuple-armée-hezbollah", mais c'est bien la D-D qui le fera, une politique basée sur la distanciation et la diplomatie. En pleine période de formation d'un nouveau gouvernement au Liban, le Premier ministre désigné, Saad Hariri, ferait bien de s'en souvenir. 

samedi 26 mai 2018

A Beyrouth, Paula Yacoubian prend une « position pour l'Histoire » en votant Nadine Labaki. A Jérusalem, la Cour suprême légalise les « tirs mortels » de l'armée israélienne (Art.530)


Dans la série Escales, deux actualités moyen-orientales retiennent l'attention en cette fin de semaine, l'une à Beyrouth, l'autre à Jérusalem-Ouest, avec un point commun. Leurs auteurs respectifs croient avoir pris des décisions historiques, ce qui est d'ailleurs le cas, mais pas du tout dans le sens qu'ils l'entendent.


• BEYROUTH. Awwal dkhoula, cham3a 3a toula! Non seulement elle a osé le faire, mais en plus, elle en est fière, considérant son geste comme une « position pour l'Histoire ». Finalement, c'est un pschitt. A la sortie de la séance, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, elle a motivé son geste devant les caméras par le fait que « l'Etat libanais ne veut pas l'honorer (Nadine Labaki) »Ya yesou3 dakhil esmak, et l'on reproche encore à Manar Sabbagh de faire un mélange des genres déplacé. Wlak chou khas toz bé mar7aba? Aucun lien, de son propre avis, puisqu'elle nous explique dans cette courte interview décousue comment « ils » ont commencé leur complot « la veille », concernant les bulletins non conformes aux règlements, et de quelle manière ils ont empêché mercredi les Arméniens catholiques de prendre leur part du gâteau dans l'élection du bureau du Parlement. La 7awla wala qowata ella bellah! Quelqu'un devrait informer cette jeune parlementaire que le parti des Forces libanaises toulo wou 3ardo avec une quinzaine de députés, a été écarté du même bureau sans état d'âme et sans show médiatique.

Glisser le nom de Nadine Labaki dans l'urne, pour la présidence et vice-présidence du Parlement (acte stérile puisque la réalisatrice de Capharnaüm n'est ni élue ni de confession chiite), comme l'a fait Paulette Yaghobian, dite Paula Yacoubian, (fraichement élue au Parlement pour le siège arménien orthodoxe de Beyrouth), reflète le moins qu'on puisse dire de l'immaturité politique. Il y a un mot bel 3arabé elmchabra7 pour qualifier ce qu'elle a fait : satlané. Elle ne se rend pas compte ou peut être qu'elle est déjà déconnectée de la réalité : beaucoup de Libanais-es aimeraient être payés 16 000 $/mois, salaire de base et avantages à gogo, grâce au dur labeur du peuple libanais, pour aller de temps à autre faire leur cirque dans l'hémicycle. On attendait de celle qui a mené campagne sous le slogan « Pour un Etat fort » vraiment autre chose. Un Etat fort commence déjà par le respect de la Constitution, des lois, des règles et des règlements par ceux qui sont censés codifier la vie des Libanais.

Depuis le 7 mai, les Hezbollahi-compatibles peuvent avoir sans problème la majorité relative et facilement la majorité absolue, au Parlement comme au prochain Conseil des ministres (qui sera calqué sur son profil), pour changer la Constitution, légiférer, mener une politique 8-Marsienne et élire qui ils veulent, à Baabda comme au perchoir, et Paula Yacoubian n'a pensé en s'habillant le matin avant-hier qu'à son coup d'éclat nombriliste à 5 piastres de la matinée. Pour aggraver son cas, elle s'est abstenue de nommer Saad Hariri, pour former le prochain gouvernement, parce qu'elle est anti-système, oubliant que c'est le système qui l'a fait, le Courant du Futur en particulier. De ce fait, elle s'est montrée ingrate à l'égard de son chef, à qui elle doit une notoriété médiatique, sur Futur TV, savamment convertie pour décrocher un siège dans une circonscription où 2/3 des électeurs ne se sont pas donnés la peine de s'exprimer.

Le comble c'est que lors des consultations parlementaires chez le président de la République, Paula Yacoubian n'a pas fait la maligne, en nommant Nadine Labaki pour présider le Conseil des ministres. Il faut dire qu'à Baabda le public était restreint et le show était écourté. Elle s'est contentée de nommer personne! Du coup, elle s'est retrouvée dans le même camp que les députés du Hezbollah, la seule formation politique qui s'est abstenue de nommer qui que ce soit, exactement dans le même cas que Jamil el-Sayyed. Je ne dirai rien de plus et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas encore dit. Mais beaucoup se demandent comment se traduira au juste cette soi-disant volonté d'incarner une « opposition constructive ». Une chose est sûre, ça commence mal.


Cela étant dit, il ne faut pas prendre Paula Yacoubian pour un bouc-émissaire, comme le font par exemple certains leaders du CPL pour faire oublier à leurs électeurs qu'ils ont voté pour Elie Ferzli, un fossile de la tyrannie des Assad, ramené à la vie parlementaire libanaise grâce au Hezbollah, et qu'ils se sont eux aussi montrés ingrats avec le parti des FL, qui a soutenu l'arrivée de Michel Aoun au palais de Baabda. C'est trop tôt pour juger les nouveaux parlementaires. Mais s'ils sont à l'image de leurs collègues sortants, les pires seront légions et les meilleurs se compteront sur les doigts.

Soyez assurés, avec ou sans elle, ça sera le cirque dans l'hémicycle. Avec 2 022 400 $/mois, sans compter tous les avantages clair-obscurs!, les 128 députés libanais seront surpayés par rapport à ce qu'ils produiront, comme le prouve justement la médiocre performance du Parlement sortant. Et dire que ce sont ces députés dont le mandat accordé par le peuple libanais en 2009 était expiré, qui se sont octroyés des augmentations de salaires conséquentes, avant la fin de leur mandat bonus. Mais bon, c'est la faute à des électeurs passifs et aliénés, incapables de juger et sanctionner la performance de leurs représentants. Nous avons espéré avec la seule députée de la société civile, un nivellement de la prestation politique par le haut. Le début est marqué par le nombrilisme, l'immaturité, la théorie du complot, le communautarisme, l'ingratitude et la hezbollahi-compatibilité. C'est donc raté. Espérons que la suite sera d'une meilleure qualité. Les Libanais méritent mieux d'un-e représentant-e de la nation : une prestance, du sérieux, de l'intelligence, de l'efficacité, de la transparence et un dévouement pour la patrie. 


• JERUSALEM-OUEST. Ça passe comme une information banale, pratiquement pas évoquée dans la presse internationale. Et pourtant, elle nécessite une réunion d'urgence à la fois du Conseil de sécurité de l'ONU, du Conseil européen et de la Ligue arabe. La Cour suprême de l'Etat d'Israël, qui constitue la plus haute juridiction du pays, vient de légaliser le recours aux tirs mortels par l'armée israélienne contre les Palestiniens qui manifestent le long de la frontière israélo-palestinienne à Gaza : les manifestants de Gaza ne seraient pas des manifestants civils pacifiques, mais des acteurs d’un conflit armé entre Israël et le groupe islamiste Hamas, qui contrôle Gaza. C'est immonde.

Dans mon dernier article sur le sujet, j'ai parfaitement démontré que viser massivement des Palestiniens désarmés, 1 sur 14 (du jamais vu dans le monde contemporain, ou presque, à part à Damas en 2011 et à Tienanman en 1989!), qui manifestent pacifiquement en territoire palestinien, sous blocus depuis une douzaine d'années, alors que personne d'entre eux n'avait franchi la frontière palestino-israélienne, comme l'a fait l'Etat hébreux à Gaza au cours de la Grande marche du retour, 30 mars-15 mai, constitue des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, qui relèvent bel et bien de la compétence de la Cour pénale internationale. 119 Palestiniens ont été exécutés par l'armée israélienne, 59 pour la seule journée du 14 mai, où 2 400 personnes ont été blessés, par des tirs à balles réelles dans la majorité des cas.

Je ne suis pas le seul à le répéter, de nombreuses ONG internationales, palestiniennes et même israéliennes le disent aussi. Ce sont ces dernières qui avaient saisi la Cour suprême. Or, ce qui empêche dans l'état actuel des choses que la CPI ne soit saisi des crimes israéliens, c'est l'absence d'une autorisation du Conseil de sécurité, impossible à obtenir à cause du blocage potentiel par les Etats-Unis. Même cas de figure en ce qui concerne le jugement par la CPI des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par la Syrie des Assad, la Russie bloquant toute résolution dans ce sens.

Aujourd'hui est un jour de honte de plus pour les Israéliens. Leur pays ne cesse de partir à la dérive. Il ne respecte ni les résolutions de l'ONU ni le droit international ni les droits de l'homme. Pire encore, la plus haute autorité judiciaire du pays vient d'octroyer aux dirigeants politiques israéliens, l'autorisation de donner leur feu vert à l'armée israélienne de commettre en toute impunité ce qui pourrait constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité à Gaza, contres des civils palestiniens. C'est du jamais vu, c'est odieux.

Jusqu'à quand le monde peut encore tolérer l'arrogance israélienne? Combien doivent encore endurer les Palestiniens? Non mais, qu'est-ce qui va sortir de ce mépris flagrant des vies palestiniennes? Sans l'ombre d'un doute, plus de haine, plus d'extrémisme, plus d'antisémitisme et plus d'antiaméricanisme dans le monde en général et au Moyen-Orient en particulier. Comme l'a si bien résumé Roger Waters, fondateur des Pink Floyd: « Israël, comment tu as pu oublier? »

#PalestinianLivesMatter

lundi 21 mai 2018

Même si le Moyen-Orient tout entier n'est qu'un immense capharnaüm, Palestinian Lives Matter (Art.528)


Le hasard fait très bien les choses. Une virée à Cannes et à Paris m'a permis de mieux saisir ce qui s'est passé à Gaza il y a quelque jours. Qui l'aurait cru? Pour y parvenir, il m'a fallu remonter le temps. Du Festival de Cannes à la Grande marche du retour, en passant par la Fête du travail, il faut comprendre que même si le Moyen-Orient tout entier n'est qu'un immense capharnaüm, Palestinian Lives Matter.


 I  Pour le capharnaüm, tout a commencé en Galilée il y a 2 000 ans


Jadis, c'était un village de pêcheurs, d'agriculteurs et de commerçants de la Galilée, situé sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade, à une vingtaine de kilomètres du Liban et à un jet de pierre du plateau du Golan, territoire syrien, conquis par Israël en 1967 et annexé en 1981. Capharnaüm occupe une place très importante dans les Evangiles, après Jérusalem bien entendu. Saint Matthieu l'évangéliste y travaillait, saint Pierre l'apôtre y résidait, Jésus de Nazareth, fils de Dieu pour les Chrétiens et prophète pour les Musulmans, y a séjourné. C'est dans ce village qu'il accomplit de nombreux miracles. C'est de ce village qu'il annonça aux Juifs rassemblés dans la synagogue qu'il est « le pain de vie » qui donnera la vie éternelle à ceux qui croiront en lui. C'est sur ce village que s'est abattue sa malédiction : « Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu'au ciel ? Non, tu descendras jusqu'au séjour des morts. »

De nos jours, Capharnaüm est le titre du dernier film de Nadine Labaki, présenté en grande pompe au Festival de Cannes de 2018. Il vient de décrocher le Prix du Jury, décerné à un film particulièrement apprécié du jury, et le Prix du jury œcuménique, attribué par "l'Association catholique mondiale pour la Communication" pour le message qu'il véhicule. Dans cette œuvre de fiction, on trouve tout ce qu'il faut pour faire pleurer dans les chaumières, même les aficionados des paillettes et les coeurs feutrés de la Croisette, la maltraitance de certaines êtres par la vie. Capharnaüm fait la fierté du tout Liban, à l'exception justement, de ceux qui oeuvrent à capharnaümiser le Moyen-Orient, le Hezbollah, Daech et Bachar el-Assad, entre autres.

Avec le temps, « capharnaüm » qualifie tout lieu de désordre, de malédiction et de maltraitance. San Francisco par exemple, d'après les aventures de Fogg et Passepartout telles qu'elles ont été relatées par Jules Vernes en 1872, dans Le Tour du monde en 80 jours, était au milieu du 19e siècle « un immense capharnaüm de tous les déclassés ». Aujourd'hui, s'il y a un endroit sur Terre qui mérite ce substantif, c'est bien Gaza, après la Syrie, cela va sans dire.

A un spermatozoïde près et une ovule de surcroit, on peut naitre sous une bonne étoile ou dormir à la belle étoile, grandir au sein d'une famille aisée ou être élevé dans un foyer démunie, avoir une patrie ou en être dépossédé, devenir du jour au lendemain un colon israélien ou rester toute sa vie un réfugié palestinien. Ainsi, selon que vous voyez le jour à Tel-Aviv ou à Gaza, toute votre vie est bouclée et votre destin tout tracé. Il sera souvent très difficile d'y échapper.


 II  Paris, le 1er mai : on s'était cru un instant à Gaza le 30 mars


Trois semaines plus tôt, à 3 301 km des côtes orientales de la Méditerranée. « Malgré la désunion syndicale, ce 1er-Mai s’annonçait sous de bons auspices dans la capitale. Place de la Bastille, l’ambiance était bon enfant. Le soleil était au rendez-vous et les manifestants étaient venus en famille. » On s'était cru à Gaza le 30 mars 2018, un peu pour l'ambiance, mais aussi pour la désunion des Palestiniens également, tiraillés entre le Hamas et le Fatah.

- D'après le journal Le Monde, « les chiffres publiés (par la préfecture) recensent 20 000 personnes dans le cortège (syndical, "pacifique, qui n'a évidemment posé aucune difficulté" selon le préfet de police), et 14 500 hors cortège ("personnes dites radicales, animées de la volonté d'user de la violence de toute manière"), dont 1 200 Black blocs (des protestataires radicaux pour qui l'usage de la violence contre les symboles de l'Etat et du capitalisme est justifié ; dans la manif parisienne certains d'entre eux portaient des armes prohibées et des projectiles). » C'est à peine croyable, la préfecture de police a estimé le nombre de manifestants à Paris le 1er mai à 34 500 personnes (Français dans leur majorité, a priori), et de l'autre côté de la Méditerranée, l'armée israélienne a estimé le nombre de manifestants du 14 mai, à 35 000 Palestiniens. Deux échantillons de la même taille, rien de mieux pour comparer les situations.

- « Le cortège n’a pas fait 500 mètres. La manifestation a été stoppée au milieu du pont d’Austerlitz et n’a jamais pu le franchir, repoussée par un nuage de gaz lacrymogène des forces de l’ordre tentant de contrer les assauts de plus de 1 200 individus encagoulés déployés devant la manifestation parisienne. » On se croirait à Gaza plus que jamais. Dès la première heure du 30 mars, Israël a pulvérisé les manifestants de gaz lacrymogène. Il voulait étouffer dans l'oeuf les revendications pacifiques palestiniennes. Deux différences majeures entre Paris et Gaza : l'armée israélienne a utilisé des balles réelles contre les manifestants palestiniens et il n'y a jamais eu autant de « black blocs » palestiniens.

 III  L'armée israélienne vs. la police française : qui est la plus morale du monde ?


- « A la question de savoir pourquoi les black blocs, facilement identifiables à leur tenue et à leurs cagoules, n'avaient pas été interpellés en amont, le préfet a répondu que les actions de la police avaient été rendues difficiles par le fait que le groupe de 1 200 black blocs se trouvait "intégré" au cortège de 14 500 personnes, et qu'il existait donc des risques de blesser d'autres personnes en les interpellant. » Waouh, il est indéniable que BHL & Co ont usurpé le titre de « l'armée la morale du monde » à la préfecture de police de Paris. Tsahal est plutôt l'armée la plus lâche du monde, surtout pour son œuvre à Gaza : pour disperser les manifestants et étouffer leurs revendications, elle s'est contentée de poster ses snipers sur les collines artificielles surplombant Gaza, en leur donnant le feu vert pour s'amuser avec les vies comme dans un jeu vidéo.


- « Michel Delpuech a déclaré que la manifestation de ce 1er mai avait été marquée par des "incidents d'une particulière violence". » Il faut dire que certaines manifestants parisiens étaient déterminés à en découvre. Pas seulement en s'attaquant aux McDo & Co et autres commerces, aux mobiliers urbains, stations Autolib et Abribus. On pouvait lire sur les murs ici et là des slogans très explicites : « Tues un keuf (flic, policier) » et « Lapidons la police ». Si si, la preuve en images. Selon la préfecture de police « des personnes masquées et cagoulées ont commencé à ramasser des projectiles et à les jeter contre les forces de police, manifestant ainsi la volonté de porter atteinte à l'ordre et à la sécurité publics ». Et comme par hasard, après le passage des black blocs, des pavés des rues de Paris s'étaient volatilisés, laissant des trous étranges dans la chaussée.


 IV  Blacks blocs dans le défilé des syndicats à Paris vs. Hamas dans la Grande marche du retour à Gaza


- Si je m'étale un peu, c'est parce que je les vois venir les pro-Israéliens: hey hoo el-Baalbaki, tu compares des choses incomparables. la manif à Paris n'était pas hostile aux forces de l'ordre, comme à Gaza. et combien bien même, l'hostilité de ces Français était bon enfant, pas comme celles de ces sauvageons palestiniens. et puis il n'y a pas une volonté de casser du flic chez les ultras de gauche, comme chez les manifestants terroristes de Gaza. et combien même, c'est au sens figuré bordel. Et patati et patata et blablabla. Foutaises.

- « Dans le cortège, des gens de tous les âges, pas mal de jeunes, d'étudiants, de trentenaires, des parents avec leurs enfants en bas âges, et des retraités ». Dans un autre post: « Des enfants, encore, qui ont carrément pris cette fois les commandes de la camionnette de la CGT com'. » Parce que là aussi je les vois venir les aficionados d'Israël : non mais el-baalbaki, depuis quand on emmène des enfants à une manif! Depuis toujours ignares, à Gaza comme à Paris. Okay, ok, et la fumée noire el baalbaki, tu peux nous expliquer pourquoi les sauvageons palestiniens ont brulé des pneus à Gaza lundi ? Et pourquoi bande d'ignares, parce qu'à Paris en ce 1er mai, on s'est contentés de manger de la barbe à papa en tenant gentiment des ballons où on avait griffonné au bic Méchant Macron, on t'aime pas? Comme le prouve le reportage de la journaliste du Monde, Cécile Bouanchaud, les photos manif du 1er mai ont été aussi entachées par la fumée noire et des actes violents. « A Paris, des cocktails Molotov ont été tirés sur un McDonald's à Austerlitz, des voitures et des poubelles sont incendiées en marge du cortège. »


 V  Les snipers de l'armée israélienne ont visé 1 manifestant sur 14, les CRS de la police française, seulement 1 manifestant sur 8 750


- Alors, à votre avis, quel est le bilan humain de la journée de manifestation du 1er mai à Paris? Hein? Combien? Quoi? Non, vous avez tout faux. Quatre blessés légers! Les dégâts se chiffrent en centaines de milliers d'euros. Maintenant, à votre avis, quel est le bilan humain de la journée de manifestation du 14 mai à Gaza? Hein? Non. Combien? Plus. Quoi? Beaucoup plus. 59 morts et 2 400 blessés. Il y avait exactement autant de manifestants à Paris qu'à Gaza. Des manifestants paisibles? Il y avait des deux côtés de la Méditerranée : une petite majorité à Paris, l'écrasante majorité à Gaza. Des manifestants violents ? Il y avait dans les deux cas : une importante minorité à Paris, une petite minorité à Gaza. Le dossier est accablant pour Israël : jusqu'à 1 manifestant sur 14 a été visé par les snipers de l'armée israélienne à Gaza, seulement 1 manifestant sur 8 750 l'a été par les CRS à Paris. Et pourtant, les policiers français chargés d'assurer l'ordre à Paris, en pleine capitale, en ce 1er mai, étaient dix, cent, mille fois plus menacés que les lâches soldats de l'armée israélienne bien planqués derrière leurs collines, loin de la frontière et têtes bien enfoncées dans leurs casques. Cherchez l'erreur. Il n'y a pas de doute, les forces françaises de l'ordre constitue « l'armée la plus morale du monde » et les soldats de l'armée israélienne, « l'armée la plus immonde du monde ».


- On voit bien de cette comparaison, Paris 1er mai vs. Gaza 14 mai, qu'aucun élément sérieux n'est en mesure de justifier le bain de sang commis par les Israéliens ou d'excuser les leaders occidentaux pour la tiédeur de leurs réactions, à part le fait, que la vie d'un Palestinien ne vaut toujours pas, en l'an de grâce 2018, celle d'un Israélien, d'un Français, d'un Européen ou d'un Américain.

 VI  Nikki Haley, la bouffonne du bouffon à l'ONU


L'info est passée quasi inaperçue, alors que c'est un scandale inouï. Nikki Haley, la bouffonne ambassadrice du bouffon de la Maison Blanche, Donald Trump, à l'ONU, représentante de la première puissance mondiale qui fait la pluie et le beau temps dans le monde et qui détient le droit de bloquer un consensus international rien que pour les beaux yeux d'Israël, s'est permise de se retirer mardi d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité consacrée à la situation à Gaza, à l'instant même où le représentant de l'Etat observateur de la Palestine, Riyad Mansour, avait pris un grand souffle et s'apprêtait à prononcer son discours. Il n'avait même pas dit son premier mot, que Nikki Haley était déjà à la porte, postérieur face à la caméra. Avant de partir, elle avait justifier le massacre israélien par la rhétorique rachitique selon laquelle « aucun pays dans cette salle n'aurait agi avec autant de retenue que ne l'a fait Israël ».


 VII  La répression à Gaza vs. Mai 68 et les émeutes de Paris, de Londres et de Los Angeles


Admettons l'hypothèse et voyons ce qu'il en est pour les quinze membres du Conseil de sécurité. Pour la Chine, affirmatif sans le moindre doute, Tienanmen et ses milliers de morts écrasés par les chars, est encore dans toutes les mémoires. Pour la Russie, c'est plus que probable aussi. Pour la Bolivie, la Côte d'Ivoire, l'Éthiopie, la Guinée, le Kazakhstan, le Koweït et le Pérou, ce n'est pas du tout exclu. Par contre pour les Pays-Bas, la Pologne et la Suède, Nikki Haley divague. Pour la France et le Royaume-Uni, elle délire complètement. La tristement célèbre tuerie du métro Charonne à Paris, n'avait fait que 9 morts (parmi les manifestants) et 150 blessés (dont 1/3 des forces de l'ordre). On était en plus, en pleine guerre d'Algérie et c'était en 1962 ! La tuerie du Bloody Sunday en Irlande du Nord, n'avait fait que 14 morts et 27 blessés, on était en pleine conflit communautaire et c'était en 1972. La petite révolution de Mai 68, qui façonnera à jamais la société française, qui a vu les mondes étudiant et ouvrier affronter les forces de l'ordre et qui s'est déroulée sur plusieurs semaines, a fait 2 000 blessés, avec 0 mort à Paris et 7 morts en France. Et là aussi, nous étions en 1968.

Non seulement, les bilans des répressions française et anglaise ne sont pas comparables à la répression israélienne des manifestants palestiniens, mais il est sûr et certain que le bilan des exactions israéliennes ne peut absolument pas se produire sur le sol européen de nos jours, impossible. Les émeutes survenues dans les banlieues en France à l'automne 2005, sans équivalent en Europe, n'ont fait en trois semaines d'affrontements que 5 morts (217 policiers blessés ; pas de chiffre particulier pour les blessés civils), alors que l'état d'urgence était décrété, plus de 9 000 véhicules avaient été incendiées, 144 bus caillassés, 307 bâtiments dégradés. Les assurances ont estimé les dégradations à 250 millions d'euros. Idem, les émeutes survenues à Londres et dans d'autres villes anglaises à l'été 2011, comparables à celles de la France où des voitures et des bâtiments ont été incendiés et de nombreux commerces pillés, n'ont fait en cinq jours d'affrontement là aussi que 5 morts (186 policiers blessés ; pas de chiffres du côté civil). Dans ce sillage, même s'il ne s'agit pas d'un pays occidental, on peut évoquer la manifestation historique du 14 mars 2005 organisée au Liban, quelques semaines après l'attentat terroriste qui a visé l'ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri. En dépit du contexte explosif et du fait que le pays était alors occupé par les troupes syriennes, un million de personnes ont pu se rassembler place des Martyrs, sans incident, ni morts et ni blessés.


Nikki Haley peut fumer sa moquette si elle veut pour l'aider à broder autour de la grande « retenue » de l'Etat hébreux, elle ne convaincra personne de censé sur le Vieux continent et aux quatre coins du monde que ce qui s'est passé à Gaza peut survenir en Europe de nos jours. La seule contrée du monde occidental où ça peut encore arriver, c'est justement dans son propre pays, aux Etats-Unis d'Amérique. C'est peut être ce qui explique la solidarité inconditionnelle de Trump et Haley avec Netanyahou et Liberman, et la minimisation des crimes commis par Israël. Le 29 avril 1992, des émeutes ont éclaté à Los Angeles, après l'acquittement de quatre policiers blancs qui ont passé à tabac un citoyen afro-américain, Rodney King, le tout étant filmé par un vidéaste amateur. Elles vont durer sept jours. Elles provoqueront des dégâts estimés à un milliard de dollars. Elles feront 55 morts et 2 300 blessés, pratiquement le même bilan que celui de Gaza, le 14 mai 2018.

 VIII  Benjamin Netanyahou partage plus de choses avec Bachar el-Assad qu'il ne le pense


Il faut se rendre à l'évidence, le crime odieux commis par Israël lundi dernier ne peut pas survenir dans un pays occidental de nos jours, à part les Etats-Unis, éventuellement, un pays où circulent 300 millions d'armes, soit 89 armes à feu pour 100 habitants. Et s'il a pu se produire au Moyen-Orient, c'est parce que d'une part, Israël n'est pas si occidental que ça, et d'autre part, parce que Benjamin Netanyahou s'est comporté exactement comme Bachar el-Assad.

Si loin, si proche! Les deux leaders ont ça en commun, ils ne veulent voir dans les populations qui contestent leur régime et qu'ils répriment depuis des décennies, qu'un vivier de terroristes. Comme c'est commode, pour balayer d'un revers de main les revendications légitimes des populations syriens et palestiniennes. La principale différence entre Assad et Netanyahou réside dans le fait que le premier massacre son peuple, le dernier massacre un autre peuple, ce n'est pas dans la même proportion, cela va de soi.

Et justement, c'est parce que c'est un autre peuple, que la répression sanglante israélienne à Gaza ne pose aucun problème particulier à la démocratie israélienne ni de problème de conscience collective à la majorité des électeurs israéliens. Les leaders de l'Etat hébreux peuvent continuer leur politique de répression à l'égard des Palestiniens, celle-ci n'est remise en cause sérieusement ni par l'intérieur, la population israélienne, ni par l'extérieur, la communauté internationale, seule une minorité dans les deux cas s'y opposent farouchement.

 IX  Israel a commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité à Gaza, qui relèvent de la Cour pénale internationale


Vu que les Territoires palestiniens sont toujours occupés par Israël depuis 1967 en violation de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU,
Vu que Gaza est soumise à un sévère blocus par Israël depuis 2007,
Vu que la motivation d'Israël est de briser la Grande marche du retour des réfugiés palestiniens vers leurs terres et la terre de leurs ancêtres, situées actuellement à l'intérieur de l'Etat d'Israël,
Vu que ce qui s'est passé le 14 mai 2018 à Gaza constitue clairement un « homicide intentionnel »,
Vu que les snipers de l'armée israélienne souhaitaient « causer intentionnellement de grandes souffrances » et « porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé » des manifestants palestiniens,
Vu que l'armée de défense d'Israël a « dirigé intentionnellement des attaques contre la population civile » de Gaza, sachant bien que ça « causera incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile et des blessures aux personnes civiles »,
Vu que Tsahal voulait clairement « tuer (et) blesser (des) combattant(s) ayant déposé les armes ou n’ayant plus de moyens de se défendre », sachant qu'aucun Palestinien n'avait franchi la frontière israélo-palestinienne,
Vu que « ces crimes s’inscrivent dans le cadre d’un plan » et de la « politique » de Benjamin Netanyahou,
Les crimes commis par l'armée israélienne à Gaza le 14 mai 2018 sont des « crimes de guerre » telles qu'ils sont définis dans le droit international, notamment le Statut de Rome, le traité international qui a créé la Cour pénale internationale, entré en vigueur en 2002.

Vu que les crimes d'Israël constituent des « meurtres commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre (la) population civile » palestinienne venant manifester, en territoire palestinien (on a tendance à l'oublier!),
Vu que les « actes inhumains » commis par les snipers de l'armée israélienne « causent intentionnellement de grandes souffrances », mais aussi « des atteintes graves à l’intégrité physique », ainsi qu'à « la santé physique » et « mentale » d'une population palestinienne, essentiellement pacifique et désarmée,
Les crimes commis par l'armée israélienne à Gaza le 14 mai 2018 sont des « crimes contre l'humanité » telles qu'ils sont définis dans le droit international, notamment le Statut de Rome, le traité international qui a créé la Cour pénale internationale, entré en vigueur en 2002.


 X  Seules des sanctions appropriées permettront de faire comprendre à Israël que « Palestinian Lives Matter » et que sa sécurité ne passe pas par le « capharnaüm » chez ses voisins


Lundi, Israël n'était pas en état de légitime défense, comme veut le faire croire la propagande israélienne. Foutaises. Aucun manifestant n'avait franchi la frontière israélienne ou ne constituait un quelconque danger pour l'Etat hébreux. Le 14 mai, les 59 morts et 2 400 blessés n'appartenaient pas au Hamas comme se complaisent à le répéter les dirigeants d'Israël. Il faut avoir le courage de dénoncer clairement les crimes d'Israël. A Gaza, les Israéliens avaient la ferme intention de tuer et de blesser le maximum de manifestants palestiniens. Il n'y a pas d'autres explications plausibles de ce terrible bilan, qui ne peut pas se produire dans un pays européen dont les standards en matière de droits de l'Homme sont à un niveau élevé. Et si Israël a réagi avec un tel esprit criminel et une telle hystérie c'est parce qu'il veut en finir le plus vite avec cette histoire dangereuse du « grand retour » des Palestiniens sur les terres desquelles ils ont été chassés par les nouveaux colons juifs venus des quatre coins d'Europe. Par des manifestations pacifiques, les Palestiniens rappellent au monde entier qu'il est grand temps de mettre un terme à cette injustice qui dure depuis 70 ans.

Israël n'aurait pas pu voir le jour en 1948 dans des conditions qui relèvent du « terrorisme » et du « nettoyage ethnique » à l'encontre de la population palestinienne de la Palestine mandataire, de l'aveu même d'historiens israéliens, et resté impuni depuis 70 malgré tous les crimes et violations qu'il commet, sans la persécution et l'extermination des Juifs en Europe au cours de la Seconde guerre mondiale. Depuis 70 ans, nous passons au Moyen-Orient de guerre en guerre et d'opération en opération, avec toujours le même bilan, pour 1 Israélien mort ou blessé, on compte 5, 10, 100 Arabes morts et blessés ; de résolution en résolution, toutes restées lettre morte ; d'intifada en intifada, toutes réprimés dans le sang ; de plan de paix en plan de paix, tous morts prématurément ; d'occupation en colonisation des Territoires palestiniens et en violation du droit international ; d'espoir en désespoir et de mal en pis.

L'histoire commence à prendre des tournures dangereuses. Dans le contraste nauséabond des images de ce « Lundi noir », la joie indécente des politicards israéliens et américains lors de l'inauguration de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem vs. la noble tristesse des familles palestiniennes touchées par l'interminable répression sanglante à Gaza, certains trouveront tout ce qu'il faut pour nourrir l'islamisme, l'antisémitisme et l'antiaméricanisme, d'autres auront beaucoup de mal à sortir des éléments en faveur d'une paix juste et durable.

L'Amérique étant gouverné par un bouffon qui constitue un « désastre » pour le monde et l'humanité, seule l'Europe détient le pouvoir aujourd'hui, d'inverser cette tendance inéluctable. Elle doit agir via la Cour pénale internationale (CPI) pour sanctionner sur le plan judiciaire les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis le 14 mai 2018 à Gaza, et ceux à venir. Mais cette voie est rendue à l'heure actuelle impossible.

Pour que la CPI engage des poursuites judiciaires envers un pays, il faut que le pays coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité ait ratifié le Statut du Rome, ce qui n'est pas le cas d'Israël. La situation est identique pour les crimes de Bachar el-Assad. Ils restent hors de la portée de la CPI car la Syrie n'a pas ratifié le Statut de Rome. L'autre alternatif dans de telles situations, c'est de passer par le Conseil de sécurité pour autoriser la CPI à se saisir des cas d'Israël et de la Syrie. Mais là aussi, nous sommes dans l'impasse car les parrains des deux coupables, les Etats-Unis et la Russie, n'ayant pas ratifié eux-mêmes le Statut de Rome, ils auront une double raison pour bloquer de telles résolutions. Il faut savoir dans ce sillage que c'est également le cas de la Chine, de l'Inde, de la majorité des pays arabes (à part la Tunisie, de la Jordanie et de la Palestine svp!), de l'Iran, de la Turquie et du Liban svp. Tous les pays européens, et d'Amérique latine, une majorité des pays d'Afrique, ainsi que le Canada, le Japon et l'Australie, ont signé et ratifié le traité.

Pour sortir de l'impasse judiciaire, dans laquelle nous sommes par la faute principale des Etats-Unis, et de l'impunité d'Israël qui en découle, il n'y a qu'une voie. Elle passe par les institutions de l'Union européenne qui doivent prendre des sanctions politiques et économiques appropriées contre Israël. Il est temps de mettre un terme à l'immunité dont bénéficie l'Etat hébreux depuis sa création et à l'injustice qui frappe la Palestine depuis 70 ans.  Aujourd'hui, Israël transforme les Territoires palestiniens en un immense capharnaüm. Faute de sanctions judiciaires, au moins pour l'instant, seules des sanctions économiques et politiques permettront de faire comprendre aux Israéliens que « Palestinian Lives Matter », les vies des Palestiniens comptent aussi, et que leur sécurité ne passe pas par le « capharnaüm » chez leurs voisins. L'Europe ne peut plus tolérer qu'un pays rattaché au continent sur les plans sportif et culturel, continue à commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité en toute impunité. Basta cosi.

Défilé des syndicats à Paris, 1er mai
vs. Grande marche du retour à Gaza, 14 mai