mardi 3 mars 2015

De Babylone à Berlin, en passant par Beyrouth, Bagdad, Mossoul, Baalbek, Raqqa, Damas, Jérusalem, Samarcande, Téhéran, Gizeh et Médine, il n’y a qu’une certitude : la racaille disparaitra, les civilisations resteront (Art.275)


Tout passionné par l’histoire, l’archéologie et l’Orient sait qu’il faut aller un jour à Berlin. Sur l’île aux Musées se trouve un lieu exceptionnel, le Pergamonmuseum. Ce joyau dans son genre qui contient des édifices grecs impressionnants, dont le Grand autel de Pergame et la façade du marché de Milet (les deux sites se situent actuellement en Turquie), abrite dans son département réservé au Proche-Orient, outre des corniches et des colonnades qui proviennent du temple de Jupiter de la mythique ville d'Héliopolis (Baalbek, Liban), une des plus admirables créations humaines jamais réalisées, la Porte d’Ishtar. C'est un véritable chef-d’œuvre qui sort de la mythique Babylone, une ville antique qui se trouve de nos jours à une centaine de kilomètres au sud de Bagdad. L'énorme portail faisait partie d’un ensemble de murailles construites par Nabuchodonosor II vers 580 avant JC, qui entouraient la ville et bordaient une Voie processionnelle de plusieurs centaines de mètres de longueur et une vingtaine de largeur dont une partie était réservée aux premiers trottoirs de l'Humanité. Comme le montrent les photos du début et de la fin de l'article, ces magnifiques murailles étaient revêtues de briques émaillées de divers coloris, dominées par un bleu envoutant, ornées de centaines de lions, de taureaux et de dragons-serpents. Les vantaux de ces merveilles, qui comportaient huit portes au total, disparues depuis, étaient fabriqués à partir de Cèdres du Liban. Je vous laisse imaginer la beauté des lieux ! L’entrée royale de Babylone était donc dédiée à la « déesse Ishtar ». Rien que l’évocation de son nom donnera les pires cauchemars à cette racaille dont les mains ont osé souiller de leurs incultures d’autres chefs-d’œuvre antiques de pratiquement la même époque. Elle était la déesse de l’amour et de la guerre, trois attributs susceptibles de déclencher une triple frustration capable de dévorer leurs esprits archaïques.

C’est par la porte d’Ishtar que le roi Nabuchodonosor II est probablement passé après la conquête du Proche-Orient, et la chute de Tyr en l’an 573 avant JC, après 13 ans du siège de la ville, où les Phéniciens se sont montrés d’un héroïsme sans égal. Pour souligner son intérêt pour la richesse forestière du Liban et la difficulté qu'il a eue à conquérir la Méditerranée orientale, le roi babylonien laissa sur quatre sites au Liban, des inscriptions et des reliefs sculptés sur des parois rocheuses, dont ceux de Nahr el-Kalb (sur la rive droite du fleuve, au pied du pont) et surtout ceux de la région de Hermel, assez bien conservés, où l'on retrouve les uniques représentations de ce bâtisseur charismatique qui nous soient parvenues, l'une combattant un lion, l'autre abattant un cèdre, l'inscription relatait la construction d'une voie d'acheminement des cèdres du Liban vers Babylone.

Le saccage du musée de Mossoul comme on l’a vu sur la vidéo « Destruction des œuvres condamnables et exhortation au bien » diffusée le 26 février 2015 par les terroristes d’Abou-Bakr el-Baghdadi, est odieux. Détruire des œuvres artistiques qui ont traversé des millénaires et des siècles de guerres et d’invasions, est d’une stupidité inqualifiable. Les pertes sont inestimables. Elles concernent des sculptures datant de la période romaine provenant de la ville arabe préislamique de Hatra (100 km au SO de Mossoul; le site archéologique aurait été rasé par Daech le 7 mars 2015) et des pièces de l’époque assyrienne provenant de la ville de Ninive (faubourgs du NE de Mossoul).

Qui coupe les têtes des hommes ne va évidemment pas avoir des états d’âme pour décapiter des statues antiques ou démolir un sanctuaire, même islamique ! Daech n’est ni à son première coup ni à son dernier, ni même au plus spectaculaire ou au plus ignoble. Depuis l’été dernier, après leur sinistre entrée à Mossoul, nous assistons à un nettoyage systématique de l’héritage archéologique, culturel et religieux de l’Irak et de la Syrie dans ces territoires contrôlés par la racaille djihadiste du soi-disant « Etat islamique ». Les psychopathes ont recours aux masses, marteaux-piqueurs, bulldozers, explosives et bombardements. Voici une liste des crimes culturels commis par Daech. Elle est hélas, loin d’être exhaustive :  

- La destruction du sanctuaire de Nabi Younès, situé à Ninive dans la banlieue de Mossoul. Le prophète Jonas, comme d’autres prophètes, est vénéré à la fois par les chrétiens, les juifs et les musulmans sunnites et chiites. Contrairement à d’autres prophètes reconnus par l’islam, il est mentionné explicitement dans le Coran. La 10e sourate porte même son nom. Le prophète de l’islam, Mahomet, en a parlé directement, en prévenant ses disciples, « Ne dites pas que je suis meilleur que Younès ibn Matta ». Sachez aussi que c’est sur ce site qu’on a découvert en 1852, une inscription datant du 7e siècle avant JC où Sennachérib, le roi d’Assyrie, donne de moult détails sur la construction de son nouveau palais à Ninive et où l’on apprend que la toiture de ce dernier était composée de Cèdres du Liban.

- La démolition du sanctuaire de Nabi Jérjis à Mossoul. On dit que le prophète Georges était un fidèle des disciples de Jésus, le fils de Dieu pour les chrétiens, un prophète pour les musulmans, qui serait venu prêcher dans la ville de Mossoul, la parole du Dieu monothéiste, de Jésus et d’Elie. Jérjis sera torturé à plusieurs reprises par le roi de la ville, puis jeté dans la fosse au lion. La légende dit aussi qu’il fut coupé en deux, ce qui ne l’a pas empêché de ressusciter par la suite, et d’accomplir beaucoup de miracles, avant de mourir découpé en morceaux. Bien que son histoire ressemble étrangement à celle des « premiers martyrs chrétiens », le prophète Zarzis  sera vénéré par les musulmans, une vénération attestée depuis au moins le 12e siècle. Une mosquée sera édifiée autour de sa tombe. Le sanctuaire du prophète Georges fut même restauré en 1392 par Tamerlan, l’empereur turco-mongol qui a pourtant exterminé 5 % de la population mondiale de son époque. Et dire que cet édifice a finalement été détruit par la bande de racaille de Daech 600 ans plus tard ! 

- La dévastation du sanctuaire de Nabi Sheet à Mossoul. Le prophète Seth est le 3e fils d’Adam et Eve. Il est le frère d’Abel, qui n’a pas eu de descendances, et de Caïn, dont la descendance a été exterminée par le déluge. De ce fait, Nabi Sheet est donc à l’origine de l’humanité à en croire ceux qui le vénèrent, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Les Libanais pensent même que cet illustre ancêtre est enterré sur leur terre dans un village de la Bekaa qui porte aujourd’hui son nom.

- Le dynamitage de la tombe de Nabi Daniel à Mossoul. Selon la légende biblique le prophète aurait vécu à Babylone. Le livre de la Bible qui porte son nom, décrit des événements ayant eu lieu en Mésopotamie sous le règne du roi Nabuchodonosor II, le commanditaire de la porte d'Ishtar. Comme beaucoup de prophètes, Daniel dispose de plusieurs lieux éternels, dont celui de Mossoul. Pour la petite histoire, sachez que Tamerlan, ce redoutable chef de guerre musulman du Moyen-Age, dont la puissance militaire se basait aussi sur la terreur que ses troupes faisaient régner sur les territoires conquis (ce qui ne l’empêchait pas de se montrer un protecteur des arts, faisant de Samarcande, l’une des plus prestigieuses villes du monde, classée aujourd'hui au patrimoine mondial de l'Unesco) a ramené la relique du prophète, de Suse (Perse) à Samarcande (Ouzbékistan). On l’avait mise dans un cercueil qui fait plusieurs mètres car on raconte que le corps de ce prophète vénéré dans le judaïsme et le christianisme, respecté dans l’islam, mais méprisé par les usurpateurs de l’islam, continue de croitre, même après sa mort.

- La mise à sac de plus de 25 mosquées sunnites, j’ai bien mis 25 et sunnites, dont la mosquée omeyyade de Mossoul, qui est considérée parmi les plus anciennes du monde, puisque la version primitive daterait de l’an 637. Daech prétend que ces lieux abritaient des tombes et qu’il ne serait pas autorisé de prier dedans. Parmi les édifices sunnites détruits, figure aussi Masjid Al-Arba3inn, la mosquée dite de la Quarantaine, un des plus anciens sanctuaires islamique d’Irak où sont enterrés 40 compagnons de Mahomet, morts lors de la conquête de l’Irak en l’an 638, par Omar ibn al-Khattaâb, le 2e calife.

- Le pillage des édifices chrétiens de Mossoul, dont le couvent du Sacré-Cœur dans les quartiers nord de la ville, qui était occupé par les sœurs chaldéennes avant le nettoyage de la région de toute présence chrétienne. Parmi les édifices chrétiens perdus à jamais, figure une église assyrienne du 7e siècle, l’Eglise Saint Ahoadamah à Tikrit.

- Le saccage des sanctuaires et des mosquées chiites dans les régions de Raqqa et de Mossoul. Parmi les pertes du patrimoine chiite, figure le mausolée de Samarra qui est dédié à l’imam Mohammad al-Doury, un descendant de l’imam Ali Ibn Abi Taleb, le 4e calife de Mahomet. Ce sanctuaire abritait le 1er témoignage irakien d’un dôme « moqarnas », en nid d’abeilles, construit vers l’an 1085.

Si je me suis donné la peine de citer tous ces exemples et de fournir quelques éléments historiques et religieux, c’est pour permettre à tout un chacun de mesurer l’ampleur des dégâts causés par Daech et l’état de démence qui frappe les djihadistes de « l’Etat islamique ». Sachez par ailleurs que ces actes abominables et ces mises en scène infâmes, n’empêchent pas les psychopathes islamistes d’organiser en parallèle et en coulisse, un trafic des œuvres d’art antiques de petites tailles, via la Turquie et le Liban, pour financer « l’effort de guerre » comme on dit. Ce phénomène prend de l’ampleur surtout après les frappes arabo-occidentales qui ont touché certaines installations pétrolières sous contrôle de « l’Etat islamique ».

Par ces pratiques fascistes, les djihadistes cherchent à dominer les sociétés irakienne et syrienne, en effaçant leur passé, et se montrent cohérents avec leur vision idéologique islamiste étriquée qui condamne les représentations humaines et animales, surtout si elles faisaient l’objet d’un culte, comme c’était le cas des pièces assyriennes du musée de Mossoul, et d’un pèlerinage quelle qu’en soit sa forme, comme c’était le cas des sanctuaires des prophètes Younès, Jirjis, Sheet et Daniel à Mossoul. C’est d’ailleurs la raison invoquée par le psychopathe en chef de la horde de dégénérés qui a saccagé le musée de Mossoul. « L’idolâtrie » est un blasphème trop grave dans l’islam authentique, n’en parlons dans l’islam extrémiste. Tout le monde se souvient des talibans s’acharnant sur les bouddhas géants de Bâmiyân en Afghanistan (2001) et des ansars el-dine détruisant les mausolées de Tombouctou, la « cité des 333 saints » au Mali (2012).

Pour mesurer la gravité de ce problème, il faut savoir qu’il y a un débat en Arabie saoudite, toujours pas tranché, sur le devenir même du Masjid al-Nabaoui à Médine, engagé dans le cadre de l’éternelle extension du sanctuaire. Cette sainte mosquée abrite la tombe de Mahomet sous le Dôme vert. Bien qu’elle soit la deuxième mosquée la plus ancienne de l’histoire islamique, dont la construction a démarré du vivant du prophète de l’islam, où reposent à côté de Mahomet, les premiers califes et commandeurs des croyants, Abou Bakr et Omar, et où l’on a réservé un emplacement pour le retour de Jésus sur Terre (selon la croyance musulmane), une brochure du ministère saoudien des Affaires islamiques datant de 2007, et approuvé par le Grand mufti d’Arabie saoudite, affirme que « le dôme vert doit être démoli et les trois tombes aplaties ». Masjid al-Nabaoui abrite également Ryad al-Janna, reconnaissable à ses tapis verts, un lieu de quelques centaines de mètres carrés considéré par Mahomet lui-même comme faisant partie du Jardin du Paradis ! Tout aussi inquiétant, la déclaration d’Irfan al-Alawi, le directeur saoudien de la Fondation de recherche sur le patrimoine islamique, qui estime que des centaines de sites historiques du royaume ont été détruits et que de sérieuses menaces pèsent sur d’autres, dont la maison où Mahomet est né et la grotte où il a reçu les premières révélations. Ce débat oppose depuis la prise en main des lieux saints de l’islam par les wahhabites, ceux qui souhaitent détruire ces sites à cause de la soi-disant dérive idolâtre dont ils font l’objet, ainsi que la présence parfois de tombes au sein des mosquées ce qui invaliderait les prières, et ceux qui s’y opposent farouchement. Que les islamophobes ne s’emballent pas, c’est grave mais, keep cool & zen, il n’y a rien de nouveau sous le ciel biblique !

Quoi qu’on dise et n’en déplaise à ces derniers, le péché originel de cette « manie de l’idolâtrie », revient au premier prophète des trois religions monothéistes, le dénommé Moïse, l’auteur des cinq premiers livres de la Bible, la Torah des juifs, le Pentateuque des chrétiens, celui dont le nom est mentionné 80 fois dans le Nouveau Testament et 136 fois dans le Coran. « Lorsqu'il (Moïse) fut près du camp (dans le mont Sinaï), il vit le veau (d’or) et les danses. Et la colère de Moïse s'enflamma... Prenant le veau qu'ils avaient fait, il le brûla au feu, le broya jusqu'à le réduire en poudre, répandit cette poudre sur l'eau, et en fit boire aux enfants d'Israël... Et Moïse se plaça à la porte du camp, et il dit: "A moi ceux qui sont pour Yahweh!" Et tous les enfants de Lévi se rassemblèrent auprès de lui. Il leur dit: "Ainsi parle Yahweh, le Dieu d'Israël: Que chacun de vous mette son épée à son côté; passez et repassez dans le camp d'une porte à l'autre, et que chacun tue son frère, chacun son ami, chacun son parent!" Les enfants de Lévi firent ce qu'ordonnait Moïse, et il pérît ce jour-là environ trois mille hommes du peuple... C'est ainsi que Yahweh frappa le peuple, parce qu'ils avaient fait le veau qu'Aaron avait fait. » (Exode 32) Encore un massacre à cause de l’idolâtrie, et de précieux héritages détruits par étroitesse d’esprit. Eh oui, mais encore, toujours et plus que jamais, je le dis et le répète, il faut une lecture distanciée des textes sacrés, que cela concerne le judaïsme, le christianisme ou l’islam !

Corniche du Temple de
Jupiter d'Héliopolis, Baalbek,
au Pergamonmuseum à Berlin
C’est en voyant les esprits dérangés de Daech s’acharner sur les œuvres de cette époque lointaine, que j’ai remercié la Providence d’avoir envoyé l’empereur Guillaume II en Orient en 1898 (une tournée qui a englobé la Turquie, la Palestine, le Liban et la Syrie) et d’avoir conduit Robert Koldewey en Mésopotamie à partir de 1899. Ces deux allemands passionnés d’archéologie, d’histoire et de notre si riche Orient, ont permis de mener des fouilles à Baalbek, la mythique Héliopolis qui était laissée à l'abandon depuis des siècles, et de mettre à jour les vestiges de Babylone, ensevelie par tous ces siècles de négligence.  

La porte d'Ishtar de la mythique Babylone, au Pergamonmuseum à Berlin. Cet énorme portail faisait partie d’un ensemble de murailles construites vers 580 avant JC, revêtues de briques émaillées, dominées par un bleu envoutant, ornées d'animaux. Les vantaux de la porte d'Ishtar, disparues depuis, étaient fabriqués à partir de Cèdres du Liban.
Le kaiser et son architecte ne se sont pas doutés un seul instant qu’en ramenant ces corniches de Baalbek à Berlin et ces briques émaillées de Babylone à Berlin, ils les ont protégé, d’une destruction certaine pour ces dernières, un siècle plus tard, par une horde de barbares sans foi ni loi, Daech. Ce travail a demandé beaucoup de passion et de patience : près de 30 ans pour les fouilles, le transport et le montage à partir de fragments disparates de briques, soit dit au passage. Des morceaux de la porte d’Ishtar et des animaux la Voie processionnelle se trouvent à l’abri des psychopathes dans divers musées du monde, en Turquie, en France et aux Etats-Unis. N’en déplaise aux arriérés djihadistes d’Irak et de Syrie, comme on le voit dans ce reportage sur Babylone produit par le musée du Louvre et Arte, tout irakien est submergé par l’émotion quand il se retrouve devant la porte d’Ishtar et son bestiaire au Pergamonmuseum à Berlin. Comme dit la légende babylonienne, « Ishtar est victorieuse de ses ennemis ». D’autres légendes contemporaines dans notre contrée disent la même chose. Mais, j’ai promis à la déesse de l’amour de ne pas faire la guerre dans cet article. Alors, juste une chose. On pourrait rajouter cette précision intemporelle à la légende antique : et la racaille est toujours condamnée à l’impuissance, à court terme, et à disparaitre, à long terme, sans laisser de traces et sans regret. Une des preuves de mes dires réside sans doute dans la réouverture dimanche, des portes du musée de Bagdad aux Irakiens, un peuple qui se trouve de nouveau uni autour de son patrimoine et fier de son histoire. Le Moyen-Orient était le centre du monde jadis. Il lui a donné de prestigieuses civilisations, monothéistes et polythéistes. C'est ce qui me fait croire qu'il le redeviendra un jour, sans l'ombre d'un doute. 

lundi 23 février 2015

Quand l’Iran, Israël, la Turquie, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, agissent comme bon leur semble en Syrie, alors il faut croire que le régime qui prétend contrôler ce pays, est bel et bien fini (Art.274)


Alors, récapitulons. A 21h précises samedi soir, pendant que les retardataires se pomponnaient encore dans les salles de bain d’Istanbul, 572 soldats turcs, accompagnés de 39 chars et 57 véhicules blindés, et protégés s’il le fallait par des F-16 mis en état d’alerte -à l’échelle militaire, c’est un bataillon, enno bel mchabra7, ils ne passent pas inaperçu !- franchissent la frontière turco-syrienne, celle de ce pays qui est soi-disant contrôlé par le dernier tyran des Assad qui prétend depuis quatre ans déjà qu’il n’en a plus pour longtemps avec cette bande de racaille de djihadistes de Seine-Saint-Denis, qui foutent la merde dans les paisibles oasis de la Syrie d’antan.

Ils traversent du côté du poste frontalier de Mürşitpınar, qui se situe à un jet de pierre du jardin public de Kobané, Aïn el-Arab, ou ce qu’il en reste, libérée héroïquement par les forces kurdes, grâce aux frappes aériennes de la coalition arabo-occidentale, que peu d’Arabes, Libanais compris, se sont donnés la peine de remercier, trop préoccupés par la garde-robe de Michelle Obama, la femme de magheiro, le remplaçant du blaireau de la Maison-Blanche, le sous-doué surnommé W.

Ils entrent dans une zone tenue par les djihadistes de Daech, une organisation terroriste qui s’est autoproclamée « Etat islamique » et qui menace de marcher sur Rome, avec des Fiats Panda, dérobés à des concessionnaires chrétiens de Mossoul avant de les expulser de la ville. A en croire les concernés, avec leur humour légendaire, les Italiens se préparent à les affronter avec du chianti et du salami. Après tout, si l’ail éloigne Dracula, le vin et le saucisson pourraient avoir le même effet sur les sanguinaires usurpateurs du califat et de l’islam de la bande d’Abou-Bakr el-Baghdadi.

La colonne s’enfonce 35 kilomètres en territoire syrien svp, vers le nord-est d’Alep, comme si de rien n’était. Il n’y avait pas un chat sur les routes défoncées par les barils de TNT. Que de gros nids-de-poules en grande quantité ! Merci qui ? Merci Bachar évidemment, le spécialiste en la matière. On en sait quelque chose au Liban en 29 ans d’occupation syrienne ! La colonne militaire passe dans des régions où campent des miliciens chiites libanais, de l’organisation kezbé kbiré, qui prétend lutter contre Israël, alors qu’en réalité, elle fait croire à ses miliciens qu’elle envoie « accomplir leur devoir djihadiste » à Damas, Homs et Alep, qu’ils se trouvent « Sur la route de Jérusalem ». La colonne turque mène une opération militaire d’envergure baptisée « Şah Fırat » (le Chah de l’Euphrate). Celle-ci s’est composée de deux phases.

La première consistait d’une part, à rapatrier 38 soldats encerclés par les psychopathes de Daech, qui gardaient la tombe du grand-père d’Osman Ier, le fondateur de la dynastie ottomane qui régna sur le monde oriental pendant plus de 624 ans, et d’autre part, à mettre à l’abri « les reliques du dignitaire turc », mort vers 1236, comme l’a indiqué le Premier ministre de la Turquie d’aujourd’hui, Ahmet Davutoglu. Il faut savoir que ce tombeau est situé dans une enclave de 10 000 mètres carrés, considérée comme un territoire turc en vertu de l’article 9 du traité d’Ankara, signé en 1921 par la France et la Turquie, et enregistré à la Société des Nations en 1926. Par ce traité la nouvelle Turquie reconnut la souveraineté française sur ses anciens territoires d’Orient (le Liban et la Syrie). Le traité stipule par ailleurs que « le tombeau de Suleiman Chah, le grand-père du Sultan Osman, fondateur de la dynastie ottomane (...) situé à Djaber-Kalessi (Syrie) restera, avec ses dépendances, la propriété de la Turquie, qui pourra y maintenir des gardiens et y hisser le drapeau turc ».

La seconde phase devait conduire à sécuriser une nouvelle zone en territoire syrien svp, afin d’inhumer de nouveau, dans les jours à venir, les reliques de l’ancêtre d’Osman Ier. Ainsi, ce grand-père n’en finit pas de se retourner dans sa tombe, le repos éternel n’étant pas pour tout de suite. On l’a déjà déménagé en 1973, après la construction sur l’Euphrate du barrage d’al-Thawra et la formation du lac artificiel al-Assad, deux sinistres hommages au 1er président de la dynastie tyrannique des Assad. Il fut déplacé de Qalaat Jaabar (50 km à l’est d’al-Raqqa), 80 km en amont vers Sarrin (à 25 km de la frontière turque), toujours sur les rives droites de l’Euphrate, puisque la légende dit que l’ancêtre périt noyer dans les eaux du fleuve, alors qu’il fuyait les troupes mongoles. Disons, en d’autres termes plus explicites, que l’opération turque de ce weekend a consisté à planter le drapeau turc dans une nouvelle zone, située à quelques kilomètres sur la rive droite de l’Euphrate (Firat en turc, al-Fourat en arabe), à quelques centaines de mètres de la frontière turque, je répète dans le sol syrien, par une décision unilatérale turque, qui de ce fait, a transformée un territoire de Syrie en une enclave sous souveraineté de la Turquie, signifiant à tous les protagonistes de la guerre civile syrienne, que les héritiers d’Osman Ier, au nationalisme exacerbé, gardent cette enclave turque de Syrie, comme le lui confère un traité international, mais se garde le droit de la situer où bon lui semble, uniquement selon ses intérêts.

En tout cas, tout s’est déroulé en coordination avec les forces kurdes et l’Armée syrienne libre, sans livrer bataille. Aucun combat n’a eu lieu. On déplore un mort, par accident. Les troupes turques sont rentrées avant la levée du jour, pour siroter un café turc et des loukoums sur les bords du Bosphore, après avoir pris le soin de détruire la sépulture historique pour éviter que les psychopathes de Daech ne la profanent.

Ceci étant conté, deux remarques.

1. Dans un pays où l’horreur a dépassé les limites de l’imaginable, de la part du régime alaouite de Bachar el-Assad (cf. « album César », des dizaines de milliers de photos de corps suppliciés prises dans les geôles du régime ; l’extermination par le gaz sarin de 1 429 Syriens de la banlieue de Damas, etc.) et de la milice chiite libanaise du Hezbollah (à Qousseir, Damas et Homs, entre autres), mais aussi de la part des djihadistes de Daech et d’al-Nosra (exécutions de masse, décapitations, etc.), malgré des kidnappings de ressortissants turcs (libérés depuis), comment se fait-il que cette enclave turque n’ait pas été attaquée par aucun des belligérants en quatre ans d’une guerre qui a fait plus de 200 000 morts, ou rien ni personne n’est respecté, sachant que ce genre de site est banni par les islamistes de Daech qui le considèrent comme un lieu d’idolâtrie infâme et que ces derniers ont menacé de détruire il y a un an, mais n’ont jamais mis leurs menaces à exécution ? Disons-le clairement, de deux choses l’une : soit la Turquie sait se faire entendre, soit elle sait s’entendre. La réponse se situe sans doute entre les deux, entre la nuance diplomatique et cette subtilité linguistique ! Par comparaison, au Liban, Daech et Nosra sont libres de leurs mouvements, à peu de chose près, dans l’Anti-Liban et dans le jurd de Ersal notamment. Leurs attaques ont déjà couté la vie à plusieurs militaires libanais, dont deux par décapitation et deux par balle. Les deux organisations terroristes détiennent toujours plus d’une vingtaine de militaires libanais, menacés de mort à tout instant !

2. Tout le monde sait que le régime fasciste de Bachar el-Assad a perdu, à jamais, le contrôle de la Syrie de son tyran de père. Il y a quelques semaines au Sud de la Syrie, l’affaire de Quneitra qui a impliqué les pasdarans iraniens, les hezbollahis libanais et les tsahalis israéliens, nous l’a prouvé. Il n’y avait aucun représentant du régime syrien, même pas un planton. Aujourd’hui, au nord de la Syrie, l’affaire du « Chah de l’Euphrate » nous le prouve. On a des Turcs, des Kurdes, des djihadistes, mais toujours aucun représentant du régime syrien. Entre les deux événements, l’attentat-suicide de Qordaha ce weekend, survenu au cœur du fief de la dynastie tyrannique des Assad, le prouve. Idem pour tous ses territoires à l’Est et à l’Ouest, qui sont passés entre les mains de « l’Armée syrienne libre » et de « l’Etat islamique en Irak et au Levant ». Idem pour les frappes aériennes de la coalition arabo-occidentale en Syrie.

Enfin bref, tout le monde le sait à l’exception du dernier tyran de Damas. Bachar el-Assad a beau joué au schizophrène frappé d’amnésie à chaque apparition médiatique, et faire de l’humour sur les cadavres de son peuple, il n’empêche que l’excellent interview qu’il a accordée à Jeremy Bowen de la BBC, le 10 février dernier, le prouve encore, toujours et magistralement, contrairement à l’interview nauséeux, complaisant et sans intérêt de Régis Le Sommier pour Paris Match en novembre 2014. Le chef du régime syrien n’est jamais apparu aussi « abruti » dans le passé qu’aujourd’hui. Voici une longue liste de morceaux choisis, que la presse ne s’est pas donnée la peine de détailler. Ça vaut le détour.

« On ne peut pas parler d’Etat en faillite, parler de la perte de contrôle (de certains territoires) est une chose complètement différente... nous avons une invasion de terroristes venant de l’étranger... depuis le début, les manifestations n’étaient pas pacifiques... un million de manifestants, pour 24 millions de Syriens, c’est rien... nous défendons les civils... pourquoi ceux qu’on appelle l’opposition modérée se sont évaporés... (à propos des barils d'explosifs, bourrés de TNT et d’éclats d’obus, lancés à l’aveugle par les hélicoptères du régime syrien sur les populations, voire photo ci-jointe) c'est une histoire infantile qu’on continue à répéter en Occident (si l'ignare s'était donné la peine de se renseigner auprès de son ambassadeur à l'ONU, il aurait appris que dans la résolution 2139, adoptée il y a un an, jour pour jour, « Le Conseil de sécurité... exige également que toutes les parties mettent immédiatement fin à toutes attaques contre les civils, ainsi qu’à l’emploi sans discrimination d’armes dans des zones peuplées, tels que les tirs d’obus et les bombardements aériens, tels que l’emploi de barils d’explosifs, et de méthodes de guerre qui sont de nature à causer des maux superflus ou des souffrances inutiles »)... Je n'ai pas entendu parler que l'armée (syrienne) utilise des barils ou des cocottes-minute (rire bête, et pourtant l'armée du régime de Bachar el-Assad est accusée, par le Réseau syrien des droits de l'homme, d'avoir largué 5 150 de ces engins meurtriers primitifs depuis octobre 2012)... Si vous voulez parler de victimes (collatérales des barils explosifs), c’est la guerre, on ne peut pas avoir de guerre sans victimes (on estime que 12 194 personnes ont été tuées par les barils d'explosifs du régime alaouite syrien)... comment peut-on tuer sa population et avoir son soutien en même temps, ce n’est pas logique (96 % des victimes des barils explosifs du régime syrien étaient des civils, 50 % des femmes et des enfants... (il était question que le régime cesse l'usage des barils explosifs, afin de montrer qu’il peut faire partie de la solution et non du problème) vous nous demandez d’arrêter de remplir notre devoir et de défendre nos compatriotes contre les terroristes... (« vous n’avez pas mené les attaques chimiques de Ghouta ? »), définitivement, non... le nombre de victimes a été exagéré dans les médias (l’implication de son régime dans la mort de près de 1 500 personnes le 21 août 2013, ne fait pas l’ombre d’un doute comme je l’ai détaillé dans plusieurs articles consacrés à ce sujet)... nous ne pouvons pas nous allier à des pays qui soutiennent le terrorisme (coalition arabo-occidentale qui bombarde Daech depuis le mois d’août 2015), parce que nous combattons le terrorisme (le régime affronte en priorité l’Armée syrienne libre)... la société saoudienne est plus disposée à accepter Daech (à l’entendre il n’y a aucun Syrien avec Daech, les djihadistes viennent tous de l’étranger)... Nous sommes informés avant que la campagne (de frappes aériennes de la coalition) ne commence, mais pas des détails (mais soi-disant les coalisés soutiennent les terroristes !)... Il n’y a pas de dialogues (avec la coalition) mais des informations... (Sur la question à savoir s’il fait connaitre quoi que ce soit à la coalition) Quand nous faisons quelque chose sur notre territoire, nous ne demandons et nous n’en parlons à personne (très grand sourire, manifestement il était très fier de sa réponse alors que les F-16 franchissaient le mur du son peu de temps auparavant)...Oui elles (les frappes) pourraient avoir quelques bénéfices (pour le régime) si elles étaient plus sérieuses et plus efficaces... dans la plupart des cas, les civils ont quitté les zones contrôlées par les rebelles pour venir dans les nôtres (sourire ; le journaliste lui fait quand même remarqué que si les civils viennent se réfugier dans les zones du régime, c’est parce que les zones contrôlées par les rebelles sont massivement bombardées, notamment par des armes non-conventionnelles comme les barils explosifs)... lorsque un organisme (de l’ONU) ou une organisation (ONG) dit quelque chose sur nous, cela ne signifie pas que c’est véridique... (à la question de savoir s’il se considère chanceux d’être encore là alors que la Syrie est détruite et meurtrie, et qu’il a une certaine responsabilité dans ce désastre) d’après la Constitution et votre éthique de travail, il faut protéger votre pays quand il est sous attaque... pourquoi voulez-vous que nous bombardons les écoles et tuer des enfants et des étudiants... encore une fois, c’est une chose d’avoir des victimes collatérales dans une guerre et de prendre pour cible les écoles... (« qu’est-ce qui vous empêcherait de dormir ? ») beaucoup de raisons, celles qui pourraient affecter tout être humain, la vie... (« avez-vous pensé à ces victimes ? ») c’est quelque chose que nous vivons tous les jours, que ces victimes soient de l’opposition ou des supporteurs... nous le vivons dans la douleur ». Eh bien, disons que la douleur de ce tyran schizophrène et amnésique, à la langue de bois bien pendue, doit être terrible sachant qu’à ce jour, 210 000 Syriens sont morts, 10 000 000 de personnes ont quitté leurs foyers, 1 500 000 se sont réfugiés au Liban, la plus part se trouvant dans des conditions misérables.

Toujours est-il que Bachar el-Assad peut qualifier l’intervention turque de ce weekend « d’agression flagrante », force est de constater que son régime, bien que soutenu par l’autiste qui s’ignore, Vladimir Poutine (selon un rapport sérieux de l’Ecole de guerre de la Marine américaine), est aujourd’hui réduit à prendre connaissance de l’imbroglio irano-libano-israélien de Quneitra et de l’opération turque de Şah Fırat, dans la presse (enfin, presque !), de s’enterrer six pieds sous terre et de regarder ses chaussures et boucher ses oreilles au passage des avions de la coalition arabo-occidentale au-dessus de sa tête. Ainsi, quand des forces étrangères, comme l’Iran, le Hezbollah, Israël, la Turquie, les Etats-Unis, la Jordanie et l’Arabie saoudite, j’en passe et des meilleures, agissent comme bon leur semble en Syrie, alors il faut croire que le régime qui prétend contrôler ce pays, est bel et bien fini. Sa chute n’est qu’une question de temps, même si ce dernier se montre hélas, extensible.

lundi 16 février 2015

Ce n’est pas uniquement aux Américains et aux Français de débarrasser le Moyen-Orient et l’Islam de leurs psychopathes (Art.273)


C’est impressionnant de voir un célèbre présentateur égyptien comme Amr Adeeb (Amro Adib), menacé de mort par les islamistes à plusieurs reprises, en grande colère. Il y a de quoi après la diffusion des images montrant la décapitation d’une dizaine de personnes présentées comme des Egyptiens, de religion chrétienne (coptes). Les djihadistes prétendent avoir égorgé 21 personnes au total sur cette soi-disant plage libyenne. Comme je l’avais souligné dans mon dernier article sur l’immolation par le feu du pilote jordanien, un musulman sunnite, le terme « croisés »,  et ses mots apparentés, sont encore une fois omniprésents dans la nouvelle production gore de la succursale de Daech en Libye. La vidéo s’intitule « Un message signé avec le sang à la nation de la Croix ». Comme on peut le lire dans le sous-titre de propagande qui apparait sur l’image de ces nouveaux martyrs -agenouillés, mains ligotés derrière le dos et en tenue de Guantanamo (merci qui ? merci au plus grand imbécile de l’histoire contemporaine, George W. Bush !)- le massacre vise le « Peuple de la Croix, les fidèles de l'Eglise égyptienne ennemie » (comme le montre la capture d’écran ci-jointe). Un des psychopathes djihadistes affirme dans la vidéo, en anglais svp, « qu’aujourd'hui, nous sommes au sud de Rome, sur la terre islamique de Libye, nous envoyons un message aux croisés. Cette mer dans laquelle vous avez jeté le corps du cheikh Oussama ben Laden. Nous jurons devant Allah que nous allons la remplir avec votre sang ». Pauvre taré, tes jours sont comptés, tu finiras comme lui !

Hélas, ce n'est ni le premier crime de masse de Daech, ni le dernier non plus, il s’agit d’un nouveau « crime contre l’humanité » infâme qui s’ajoute à la longue liste de ces crimes odieux commis par l’organisation terroriste. Les effets spéciaux, comme la coloration de la mer en rouge, sont aussi ridicules qu’enfantins. Après le visionnage de cette nouvelle vidéo, il est de plus en plus difficile d’une part, de garder le silence, et d’autre part, de lutter contre les cris de vengeance comme celui d’Amr Adeeb, ou de reprocher au roi Abdallah de Jordanie et à l’imam d’al-Azhar, comme certains l’ont fait en Occident et en Orient, avec une grande naïveté, d’avoir exécuter des djihadistes emprisonnés ou de vouloir tuer, crucifier et amputer ces psychopathes qui agissent au nom de l’islam.

En tout cas, décréter un deuil national de 7 jours, « se réserver le droit de répliquer de la manière et au moment adéquats », comme l’a affirmé le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et bombarder les positions de Daech en Libye, c’est excellent, mais rejoindre la coalition arabo-occidentale urbi et orbi, c’est mieux. La diversité de la barbarie de Daech prouve que rester à l’écart ne mettra personne à l’abri des couteaux des islamistes sanguinaires, que l’on soit chrétien, musulman, athée, humaniste, journaliste, civil, militaire, Syrien, Irakien, Américain, Jordanien, Libanais, Japonais ou Egyptien.

Il est clair qu'il y a péril en la demeure pour Daech en ce moment. La plus grande menace pour l'organisation terroriste actuellement, ce sont les raids, surtout de la part de pays arabes, musulmans et sunnites. Ainsi, afin d’éviter que « l’Etat islamique » n’atteigne son ultime objectif aujourd’hui, obliger les pays arabes à se retirer de la coalition ou rester à l’écart du conflit, et que « la confrontation ne devienne plus propice à une propagande islamiste simpliste : les gentils djihadistes musulmans font face aux méchants croisés chrétiens », l’Egypte, qui abrite la plus grande communauté sunnite du monde arabe, doit remplir pleinement sa part du contrat dans la guerre menée depuis le mois d’août pour anéantir l’organisation terroriste « Etat islamique », en Irak et en Syrie. Certes, il y a des djihadistes occidentaux dans les régions contrôlées par Daech. On dit même que les vidéos de propagande et d’horreur sont réalisées par quatre Portugais convertis à l’islam. Mais, ce n’est vraiment pas le moment de se faire des illusions, ils ne font ni le poids ni la loi dans « l’Etat islamique d’Irak et du Levant ». La force de l’EIIL est essentiellement locale. Voilà pourquoi il ne revient pas uniquement aux Américains et aux Français (responsables en partie du chaos moyen-oriental depuis la stupide invasion de l'Irak par Bush junior en 2003 au non moins stupide blocage de la situation en Syrie depuis 2011 par l'autiste Poutine), de débarrasser le Moyen-Orient et l’Islam de leurs psychopathes, mais à nous, les peuples de la région, toutes appartenances communautaires confondues, de le faire avec eux. Commençons par chanter La Marseillaise pour nous mettre dans l’ambiance et comprendre quelques précieuses leçons de l'histoire de France. La concordance des paroles avec ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient est quand même troublante ! Toujours est-il qu'aujourd'hui on peut dire que si les « tyrannies religieuses et islamiques », celles des organisations Daech (Etat islamique) et de Halech (Hezbollah), sont sans l’ombre d’un doute, les plus tenaces et les plus odieuses de toutes, les « tyrannies laïques et cléricales », celles des Etats du régime alaouite (Syrie) et du régime des mollahs (Iran), restent indiscutablement les plus durables et les plus sanguinaires du Moyen-Orient

« Allons enfants de la Patrie / Le jour de gloire est arrivé / Contre nous de la tyrannie / L'étendard sanglant est levé / Entendez-vous dans les campagnes / Mugir ces féroces soldats ? / Ils viennent jusque dans vos bras / Égorger vos fils, vos compagnes (Refrain) Aux armes, citoyens, / Formez vos bataillons / Marchons, marchons / Qu'un sang impur / Abreuve nos sillons (2e couplet) Que veut cette horde d'esclaves / De traîtres, de rois conjurés ? / Pour qui ces ignobles entraves / Ces fers dès longtemps préparés ? ... (3e couplet) Quoi ! des cohortes étrangères / Feraient la loi dans nos foyers ! / Quoi ! ces phalanges mercenaires / Terrasseraient nos fiers guerriers... (4e couplet) Tremblez, tyrans et vous perfides / L'opprobre de tous les partis / Tremblez ! vos projets parricides / Vont enfin recevoir leurs prix / Tout est soldat pour vous combattre / S'ils tombent, nos jeunes héros / La terre en produit de nouveaux / Contre vous tous prêts à se battre (5e couplet) Français, en guerriers magnanimes / Portez ou retenez vos coups / Épargnez ces tristes victimes / À regret s'armant contre nous / Mais ces despotes sanguinaires / Mais ces complices de Bouillé / Tous ces tigres qui, sans pitié / Déchirent le sein de leur mère (6e couplet) Amour sacré de la Patrie / Conduis, soutiens nos bras vengeurs / Liberté, Liberté chérie / Combats avec tes défenseurs... (7e couplet, « couplet des enfants ») Nous entrerons dans la carrière / Quand nos aînés n'y seront plus... Nous aurons le sublime orgueil / De les venger ou de les suivre (7e couplet suite) Enfants, que l'Honneur, la Patrie / Fassent l'objet de tous nos vœux / Ayons toujours l'âme nourrie / Des feux qu'ils inspirent tous deux / Soyons unis ! Tout est possible / Nos vils ennemis tomberont / Alors les Français cesseront / De chanter ce refrain terrible / Aux armes, citoyens, / Formez vos bataillons / Marchons, marchons / Qu'un sang impur / Abreuve nos sillons »

Enfin, le seul intérêt de ces moments tragiques que nous vivons actuellement, c’est qu’ils font mieux ressortir la nature de certaines décisions prises dans le passé. Le chaos libyen d’aujourd’hui n’aurait jamais pu s’installer sans la stupide intervention occidentale en Libye, déclenchée grâce à l’initiative anglo-française de David Cameron et de Nicolas Sarkozy, ce dernier s’est même inspiré nous dit-on, d’un narcissique philosophe de plateaux-télé, BHL, sigle de la marque Bernard-Henri Levy, un type qui est prêt à se mettre en quatre et en scène pour n’importe quelle cause musulmane du monde, à l’exception de celle des Palestiniens, vous aurez tout votre temps pour chercher l’erreur. Et dire que la sentence de mon voisin de palier sur Facebook, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, concernant cet ancien président de la République française, converti en un conférencier de luxe, « votre bilan, c’est votre boulet », ne l’a toujours pas convaincu de raser les murs et de se faire oublier !

mardi 10 février 2015

Crime et châtiment de l’exécution par le feu du pilote jordanien : les motivations de Daech, du roi de Jordanie et de l’imam d’al-Azhar (Art.272)


Le 24 décembre 2014, un F-16 jordanien est abattu en dessus de la Syrie. Il effectuait un raid dans le cadre de la guerre menée contre « l’Etat islamique » par la coalition arabo-occidentale formée autour des Etats-Unis. Le pilote Maaz al-Kassasbeh réussi à s’éjecter à temps, mais son maudit parachute le fait tomber entre les mains des djihadistes. Aussitôt, ces derniers exigent la libération d’une collègue irakienne emprisonnée en Jordanie, Sajida al-Rishaoui, et condamnée à mort pour son implication dans les attentats d’Amman (sept. 2005). Un mois et demi plus tard, les terroristes de Daech mettent en ligne une sordide mise en scène de l’immolation par le feu de leur prisonnier. En représailles, les autorités jordaniennes procèdent à l’exécution de la terroriste irakienne. Le monde entier est sous le choc, notamment les pays musulmans. En Egypte, les autorités religieuses d’al-Azhar condamnent cette dernière lubie criminelle de Daech tout en appelant à la crucifixion et l’amputation des auteurs de ce crime. Voilà pour les faits.

On dit qu’au cours du mois dernier, les djihadistes de « l’Etat islamique » ont été incapables de fournir la moindre preuve aux autorités jordaniennes que leur pilote était en vie. Ce point laisse penser que ce dernier aurait été exécuté au début de l’année 2015. L’hypothèse est corroborée par la sophistication du film de l’exécution. Il est clair qu’il n’a pas été réalisé en quelques jours. Par ailleurs, il est inutile de s’attarder sur les théories du complot qui ont accompagné la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux. Rien de sérieux pour s’y attarder.

Ce qui frappe dans la dernière vidéo diffusée par Daech, ce sont deux choses : la cruauté et la performance technique. Rien d’étonnant pour le premier point et rien d’extraordinaire pour ce dernier. Il n’empêche que cette vidéo n’est pas un film réalisé par trois violeurs de chèvres sadiques dans une cave de Raqqa lors d'un weekend d'ennui. On peut aisément parler d’un « court-métrage » qui peut se classer dans la catégorie des films d’horreur. Le terme est justifié par le scénario élaboré, bien que morbide, le recours fréquent aux images d’archives, la densité du contenu, les moyens du tournage, la façon de filmer, le montage et les effets spéciaux. Tout laisse penser que l’organisation terroriste n’a jamais eu l’intention d’échanger Maaz al-Kassasbeh contre Sajida al-Rishaoui. Face à la puissance de feu des pays coalisés contre « l’Etat islamique », qui affaiblit l’organisation terroriste en Irak et en Syrie, Daech cherchait un moyen de reprendre l’initiative. Après la capture inespérée du pilote jordanien, les djihadistes ont imaginé ce qu’ils pouvaient en faire et les bénéfices qu’ils devaient escompter d’une exécution spectaculaire, dont le but est de terroriser la composante arabe de la coalition, pour l’obliger à se retirer de la bataille, afin que la confrontation devienne plus propice à une propagande islamiste simpliste : « les gentils djihadistes musulmans font face aux méchants croisés chrétiens ». Ce but est flagrant puisque le mot « croisé » est omniprésent dans le film où il est question des croisés, de la coalition des croisés, de détenu croisé, de l’ID croisée, etc. 

« Healing the Believers’ Chests » (Guérir la poitrine des croyants) est un film de 23 minutes. Il se compose de trois parties.

1re partie. Une base de propagande de près de 17 minutes. Elle est axée sur les "Etats croisés" (pays occidentaux: Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Canada et Australie), les "Etats traitres et collabos" (pays arabes: Jordanie, Arabie saoudite, Emirats, Koweit, Qatar, Oman, Bahreïn et Maroc) et "l’Etat des Juifs" (Israël). Elle insiste sur la participation des pays arabes, notamment la Jordanie, ce « gouvernement collabo-sioniste », dans les raids et sur les prétendus dommages civils causés par tous ces pays actuellement, mais aussi dans le passé, en Syrie, en Irak et en Afghanistan. L’objectif de cette séquence étant de justifier l’acte abominable. Il ne sera nullement question à aucun moment du film, de toutes les violations des droits de l’homme commises par Daech depuis sa création en 2006, en Irak, en Syrie et au Liban, qui ont amené la communauté internationale à déclarer la guerre à cette organisation terroriste.

2e partie. L’immolation du pilote jordanien lors d’une mise en scène perverse et odieuse qui dure près de trois minutes. La scène se déroule sous le regard de plusieurs dizaines de djihadistes en treillis, dispersés sur un site en ruine, armés, masqués, immobiles, imperturbables, mais sur le qui-vive. La mise à feu se fait à distance par une racaille qui se fait passer pour un « émir de l’un des secteurs bombardés par la coalition croisée ». Maaz al-Kassasbeh est enfermé dans une cage en fer. La suite est constituée d’images d’horreur indescriptible. On assiste en direct à l’agonie interminable d’un homme pendant plusieurs minutes, se battant en vain contre des flammes, dans cette cage de laquelle il ne peut pas échapper, mort brûlé vif et carbonisé, puis enseveli par des gravas déversés sur lui par une pelleteuse, qui se charge ensuite, d’écraser la cage et son martyr. Par cette séquence morbide Daech souhaite amener le spectateur à faire le parallélisme avec les bombardements de la coalition arabo-occidentale. 

Comme il n’y a aucun texte islamique, ni dans le Coran ni dans les hadiths, qui peut justifier de près ou de loin cet acte infâme, les djihadistes se sont rabattus sur une fatwa attribuée à Ibn Taymiyya (un théologien kurde sunnite, mort en Syrie), qui ne se trouve même pas dans ses propres livres, insérée au moment de la carbonisation du corps du pilote jordanien, alors qu’il n’est nullement question d’immolation par le feu dans ce texte datant du Moyen-Age, et que d'après les érudits musulmans, il ne concerne pas les personnes vivantes : « Si dans la maltraitance publique (par mutilation par exemple), il y a de quoi les empêcher d’agresser (...) il s’agit d’un jihad légitime. » La légitimité religieuse de cet acte abominable est donc complétement bidon. Et avant que je n'oublie, le plus bizarre dans ce film djihadiste, c'est que le réalisateur de Daech suit le calendrier grégorien et non celui de l’hégire pour dater le raid du pilote jordanien en Syrie et opte pour l’anglais, comme langue subsidiaire de l'arabe ! Eh bien, le faqih Ibn Taymiyya doit se retourner dans sa tombe. Mais bon, on n'est pas à une schizophrénie près avec « l'Etat islamique ».

Ceci dit, deux autres éléments attirent l’attention dans ce film de propagande. Le premier concerne la mise en scène. Si en arrivant sur le site à pied, avec un petit air ahuri, presque de touriste, et en attendant son sort dans cette prison improvisée à ciel ouvert, Maaz al-Kassasbeh ne pouvait pas se douter du destin qui lui était réservé, le jeune pilote devait être parfaitement conscient de ce qui l’attendait à partir du moment où les djihadistes l’avaient aspergé d’essence. Or, ce qui frappe dans cette séquence odieuse c’est l’impressionnant état de quiétude du supplicié ! Jusqu’à l’instant où la première flamme touche ses pieds, Maaz al-Kassasbeh reste calme et paisible, il ne tente rien, ni de supplier ses ravisseurs, ni de les insulter. On dirait qu’il était déjà ailleurs. Quels que soient le courage et la maitrise de soi dont peut faire preuve un homme dans une situation aussi stressante, l’absence de toute réaction préalable peut laisser penser que le pilote jordanien a probablement reçu de hautes doses de sédatifs, afin de le détacher de la réalité, pas par souci humaniste, mais pour éviter qu’il ne puisse perturber la mise en scène morbide prévue. Il est clair que les terroristes de Daech voulaient faire passer l'image d'un homme résigné face à la sentence djihadiste, parce qu'il savait qu'il était fautif. Raté, le subterfuge est grotesque.

Le second élément concerne le montage. Outre le style hollywoodien de la première partie et les bruitages qui accompagnent les illustrations graphiques pour impressionner les novices, on se demande ce que vient faire la fatiha, la sourate d'ouverture du Coran, au début de cette vidéo barbare ? Comment peut-on commencer un film par « bismellah elra7mane el ra7im » (au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux), et le terminer par l’immolation d’un homme et la mutilation de son cadavre ? Mais de quelle manière « ce Dieu miséricordieux » a bien pu se manifester dans ce film morbide qui est d’une perversité abominable ?

3e partie. Des appels aux meurtres nominatifs à l’encontre de 63 pilotes jordaniens. Ainsi, ce film sordide se termine par trois minutes d’un long générique morbide de noms de pilotes du royaume des « serviteurs des croisés et de leurs enfants apostats », ils sont tous « matloubine lal qatel », condamnés à mort par les terroristes de Daech. Leurs photos sont fournies, ainsi que tous les détails pour les retrouver (adresses postales, Facebook, lieu de vacances, etc.) et une récompense de « 100 dinars en or » est promise à chaque personne qui se chargera d’assassiner un « pilote croisé » de cette liste. « Nous viendrons vers vous, pour vous tuer et vous égorger, dans la peur et le silence, nous vous couperons les artères et les veines... », promet le chant fasciste à l’intonation religieuse qui couvre ce défilé lugubre. Ce point a sans doute été l’élément le plus déterminant qui a conditionné la réaction du roi Abdallah de Jordanie, l’obligeant à réagir avec une rapidité et une fermeté exceptionnelles, à la hauteur d'une telle menace et de son caractère infâme.

Revenons sur les faits. Indépendamment de l’horreur de l’exécution sommaire du jeune officier, cet acte abominable constitue un crime de guerre et un crime contre l’humanité. En tant que « prisonnier de guerre » l’assassinat de Maaz al-Kassasbeh, est une violation non seulement de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, mais aussi des préceptes du Coran, qui exigent la libération des détenus gratuitement ou contre une rançon. J’en ai parlé en long et en large, au moment de l’exécution du militaire libanais, Ali Bazzal, je n’y reviendrai donc pas.

Avec cette nouvelle barbarie de Daech, comme beaucoup de monde, je me suis demandé si je devais regarder et diffuser les images ? Hélas, je pense qu’il le faut parce que l’allégation selon laquelle, regarder et parler de ce film ferait le jeu de « l’Etat islamique », ne me convainc pas ! Ne pas en parler, c’est tuer le pilote jordanien deux fois, l’une par le feu, l’autre par le déni, un mécanisme psychanalytique de défense consistant à ignorer l'existence d’une réalité qui effraie. Même en parler ne suffira pas pour prendre pleinement conscience de la cruauté de l’immolation du pilote jordanien. On sait que rien n’est aussi puissant que les images ! Il faut donc voir ces images insoutenables, ne serait-ce que pour rendre hommage, honorer et se montrer reconnaissant envers ce vaillant guerrier qui était en mission, il faut quand même le rappeler, pour protéger le monde dans son ensemble, et le Moyen-Orient particulièrement, d’une grande menace, Daech.

Je suis même persuadé que nous devons diffuser ces images le plus largement possible. Elles permettront de montrer l’enfer de « l’Etat islamique ». Beaucoup de familles de djihadistes occidentaux rapportent que lorsqu’ils entrent en contact avec leurs fils et leurs filles qui se sont engagés en Syrie, leurs enfants s’insurgent contre les mensonges de l’Occident qui soi-disant cherche à diaboliser « l’Etat islamique ». Il faut donc montrer aux jeunes intéressés qu’il n’est nul besoin de le faire, les actes abominables du régime religieux fasciste de Daech parlent d’eux-mêmes, leurs principales victimes étant leurs coreligionnaires, les musulmans sunnites, auxquels ces jeunes veulent porter secours : exécutions de masse (armée irakienne, tribus sunnites), décapitation (civils, humanitaires, journalistes et militaires), immolation par le feu (pilote jordanien), défenestration (homosexuels), lapidation et viole (femmes), réduction en esclavage (filles), crucifixion (condamnés), nettoyage ethnique (chrétiens, yazidis, chiites), etc. Ces nouvelles horreurs de Daech peuvent être intégrées au site internet mis en place par le gouvernement français, pour dissuader des jeunes de France de partir faire le djihad en Syrie.

Passons maintenant aux réactions. La décision du roi Abdallah d’exécuter des djihadistes emprisonnés en Jordanie, en représailles à l’immolation du pilote jordanien, a fait couler beaucoup d’encre. Répondre à l’horreur par l’horreur n’est pas une solution civilisée, cela va de soi. Mais qu’en est-il de ce monde civilisé alors que la peine de mort est encore prononcée dans 58 pays de la planète ? En tout cas, le roi de Jordanie se devait de répondre à trois impératifs :

- Exécuter une sentence de justice, prononcée bien avant l’immolation du pilote jordanien, conformément aux lois en vigueur dans le royaume hachémite, qui autorise la peine capitale, comme beaucoup de pays de nos jours et dans le passé. 

- Répondre aux pressions populaires exercées par une grande partie du peuple jordanien qui réclamait de la fermeté de la part de leur souverain. Il n’est pas inutile de rappeler qu’on a entendu les mêmes « cris de vengeance » au Liban, toutes communautés et appartenances politiques confondues, après chacune des quatre exécutions qui ont touché des militaires libanais (tués par Daech et Jabhat al-Nosra). C’était aussi « l’esprit W » qui a hanté les Etats-Unis après les attaques terroristes du 11-Septembre (2001). 

- Etre digne des Hachémites et dans les bottes de son père ! Par son appartenance à la dynastie des Banu Hachem, le roi Abdallah II est un authentique descendant du prophète de l’islam, contrairement à l’usurpateur de la filiation avec Mahomet, de l’islam et du califat, Abou Bakr el-Baghadi, qui dirige l’organisation terroriste « l’Etat islamique » qui a exécuté le pilote jordanien. De ce fait, les Hachémites étaient jusqu’à l’effondrement de l’empire ottoman, les chérifs de La Mecque, les gardiens des lieux saints de l’islam. Ce n’est donc pas par hasard, que le royaume hachémite fut si méprisée dans le film de propagande de Daech. Cette légitimité hors pair exigeait alors du roi Abdallah d’être à la hauteur des enjeux. L’autre élément qu’il faut avoir en vue pour comprendre cette décision exceptionnelle prise dans un contexte exceptionnel, c’est l’ascendance directe du roi. Il est le fils du roi Hussein, l’homme qui n’a pas hésité en septembre 1970, à écraser les groupes palestiniens qui grignotaient de plus en plus la souveraineté jordanienne et menaçait le trône hachémite.

Un autre événement a fait couler beaucoup d’encre aussi, c’est la réaction du grand imam de l’institution égyptienne al-Azhar, cheikh Ahmad el-Tayeb, qui « a vivement condamné cet acte terroriste lâche », qui mérite selon lui « la punition prévue dans le Coran pour ces agresseurs corrompus qui combattent Dieu et son prophète : la mort, la crucifixion ou l'amputation de leurs mains et de leurs pieds ». En se focalisant sur la 2e partie du communiqué d’al-Azhar, certains sont passés à côté de l’essentiel, la 1re partie. Souhaiter à ceux qui ont immolé de sang-froid Maaz al-Kassasbeh, la mort dans d’atroces souffrances, après le visionnage de l’insoutenable calvaire du jeune pilote jordanien, est une réaction humaine, instinctive, spontanée et compréhensible. Maintenant, on peut regretter qu’une telle émotion, que tout un chacun peut éprouver au fin fond de lui-même, soit exprimée publiquement et qu’elle ait prise cette forme. Il n’empêche que « la crucifixion et l’amputation » dans ce communiqué ne sont que des images métaphoriques destinées à frapper l’imagination des fidèles musulmans et souligner la révulsion de ces autorités religieuses musulmanes pour les terroristes de Daech qui les défient indirectement. Quant à la sentence plus globale prononcée par cheikh Ahmad el-Tayeb, la condamnation à mort des djihadistes, le grand imam d’al-Azhar ne fait qu’exprimer en des termes plus crus, l’objectif de la coalition arabo-occidentale et le but des raids menés par ses avions, dont faisait partie le F-16 de Maaz al-Kassasbeh, tel qu’il a été exprimé par le président américain, Barack Obama lui-même, le chef de cette coalition, le 10 septembre 2014 : « nous affaiblirons, et à terme, détruirons l’Etat islamique ». Cette destruction passera par la mort des djihadistes et il n’est pas certain que celle-ci soit beaucoup plus civilisée que la crucifixion ou l’amputation ! Ainsi, ces détails du communiqué d’al-Azhar ne doivent pas occulter l’essentiel et diminuer la portée de la déclaration: la plus haute institution religieuse sunnite condamne, et ce n’est pas la première fois, ces usurpateurs de l’islam (sunnite), comme l’a fait le grand mufti d’Arabie saoudite cet été, en considérant l’organisation terroriste comme « ennemi numéro un de l'islam ». On aimerait qu’il en soit ainsi aussi, de la part des hautes autorités religieuses chiites avec les extrémistes chiites. Alors, imaginez avec moi le Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, condamner le Hezbollah pour l’attentat du 14 février 2005 qui a coûté la vie à 22 personnes, brûlées vifs par l’explosion d’une charge de près de 2 000 tonnes. Eh bien, ce n’est pas demain la veille que nous l'aurons et pour cause ! Les images de trois de ces suppliciés, en feu ou carbonisés, sont encore dans toutes les mémoires dix ans après : celles de Mazen el-Zehbi, de l’équipe médicale, de Bassel Fleihan, ancien ministre des Finances, et de Rafic Hariri, l’ex-Premier ministre du Liban.

Toujours est-il que pour vaincre « l’Etat islamique », les raids et les missiles téléguidés sont nécessaires mais pas suffisants. Il est illusoire d’espérer vaincre Daech sans une participation militaire massive, active et accrue des principaux concernés, les communautés sunnites irakiennes et syriennes. Nous devons en être pleinement conscients. Mais, nous devons reconnaitre aussi que l’organisation terroriste sunnite prolifère dans des régions sunnites où un grand sentiment d’injustice règne. Il remonte à la stupide invasion américaine de l’Irak il y a une douzaine d’années. Le ressentiment qui en découle est entretenu par la plaie chronique du Moyen-Orient, le terrible destin de la Palestine et des Palestiniens, et une plaie aiguë, le mauvais sort de la Syrie et des Syriens. La communauté internationale doit en être consciente. Ainsi, il en résulte aujourd’hui un phénomène inflammatoire, qui a déjà fait plusieurs centaines de milliers de morts au Moyen-Orient, dont les symptômes sont exacerbés par l’hégémonie iranienne directe ou indirecte, sur l’Irak, la Syrie, le Yémen et le Liban. 

Une dernière chose. Il ne faut pas se leurrer, qui compte sur le prochain président américain pour vaincre Daech, se fourre le doigt dans l’œil, et qui croit vaincre « l’Etat islamique (en Irak et au Levant) » en renforçant la « République islamique (d’Iran) », ses alliés en Syrie, le régime de Bachar el-Assad, et ses satellites au Liban, la milice du Hezbollah, devra se partager le titre « d’imbécile heureux » avec George W. Bush.