vendredi 21 avril 2017

Election présidentielle en France : 11 prétendants, 5 favoris, 2 finalistes, 1 gagnant (Art.428)


Et c'est un, pas une! Aucune chance qu'il en soit autrement. Toujours est-il qu'avec des dizaines de débats, des centaines d'articles et des milliers de propositions, il est difficile de s'y retrouver. Et pourtant, ce dimanche 23 avril, derrière le rideau de l'isoloir, il ne restera dans l'esprit des électeurs, que des impressions, quelques détails et un slogan. Au top départ dans les bureaux de vote, les Français trouveront les bulletins des 11 candidats à la présidence de la République dans un ordre déterminé par le tirage au sort. Que et qui choisir? Telles sont les questions à 48 heures d'une élection présidentielle pleine de suspense. Pour le savoir, je vous propose de survoler les programmes de tous les candidats. J'ai classé les propositions en cinq catégories : les mesures de bons sens (avec lesquelles je suis d'accord), les mesures ambitieuses (d'envergure), les mesures contestées (clivantes), les mesures farfelues (inutiles) et les lignes rouges (que je rejette catégoriquement). L'existence de milliers de propositions rend tout travail exhaustif difficile et la lecture fastidieuse. J'étais donc contraint d'effectuer un tri. J'ai sélectionné les propositions les plus représentatives de chaque candidat et j'ai mis en gras les mesures clés. A part ça, bonne lecture.


1. « DEBOUT LA FRANCE », NICOLAS DUPONT-AIGNAN

Nicolas Dupont-Aignan part sans doute du principe que la France est avachie dans le canapé de l'Europe. Député depuis 20 ans, son objectif est aujourd'hui triple, battre son propre record de 2012 (1,79% des suffrages exprimés), arriver en tête parmi les petits candidats et se faire rembourser ses frais de campagne par l'Etat. Dans cette ambition démesurée, il considère que le tirage au sort qui le place en premier est un signe du destin.
. Au niveau national, NDA veut recruter 70 000 militaires et construire 40 000 places de prisons. Sa mesure phare, supprimer les droits de successions jusqu’à 500 000 € par enfant. Il faut dire que c'est un candidat en or, enfin, bien nanti.
. Au niveau international, il est déterminé à dénoncer les traités européens, rétablir les contrôles aux frontières, supprimer les accords de Schengen et sortir de l'OTAN. Il souhaite aussi lever les sanctions contre la Russie. Contre l'Etat islamique, NDA exige qu'on arrête de combattre Bachar el-Assad car il est le seul président légitime de la Syrie. Quel stratège incompris!
Enfin, certains observateurs trouvent que NDA mérite bien le surnom que Philippe de Villiers lui a attribué, « Ducon gnangnan ».


2. « REMETTRE LA FRANCE EN ORDRE », MARINE LE PEN

Certes, elle est assurée de faire partie du quinté de la course présidentielle. Dans le désordre, bien entendu. Mais, elle voudrait être qualifiée pour le 2e tour, ce qui est loin d'être gagné, n'en déplaise à ses partisans, cela va de soi, et à ceux de Fillon, qui prient pour l'avoir en face de leur champion, plutôt que Macron. L'attaque terroriste des Champs-Elysées ne changera rien au cours des événements car l'instrumentalisation de telles tragédies ne fonctionne pas avec un peuple qui a une vocation universelle et qui a marqué l'histoire de humanité avec la Révolution française. 

En tout cas, il faut commencer par reconnaître que tout n'est pas forcément mauvais dans le programme de la candidate du Front national, comme en témoignent certaines propositions de bon sens : soutenir le « Fabriqué en France » par un étiquetage obligatoire (facultatif plutôt) ; interdire l’importation et la vente de produits provenant de l’étranger qui ne respectent pas les normes imposées aux producteurs français (les taxer plus serait préférable) ; lutter efficacement contre l’évasion fiscale pour préserver notre modèle social en s’attaquant aux paradis fiscaux (qui abusent d'emplois fictifs et de détournements de fonds publics européens, a du mal à être convaincant sur ce genre de point).

Parallèlement, il y a beaucoup de mesures contestées : maintenir la durée légale hebdomadaire du travail à 35 heures ; fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans ; retirer la loi Travail ; rétablir l’universalité des allocations familiales ; abolir le mariage pour tous ; instaurer un service militaire ; etc. Une de ses mesures phares c'est de permettre à chaque parent de transmettre sans taxation, 100 000 euros à chaque enfant tous les cinq ans (au lieu de quinze ans actuellement) et d'augmenter le plafond des donations sans taxation aux petits-enfants à 50 000 euros tous les cinq ans. Bon, on devine bien à qui profitera le plus, ce laxisme financier.

Le problème majeur quand on plonge dans le programme de la candidate d'extrême droite, c'est de découvrir la large place occupée par les formulations et les mesures populistes : réarmer massivement les forces de l’ordre avec recrutement de 15 000 policiers et gendarmes ; augmenter le budget de la défense à 3% du PIB ; mettre en place un plan de désarmement des banlieues concernées et de reprise en main par l’État des zones de non-droit ; appliquer la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire (et pourquoi pas en ce qui concerne les magouilles financières d'une députée qui s'autorise grâce à son immunité parlementaire de ne pas répondre à la convocation du juge?) ; créer 40 000 places de prison ; supprimer l’École Nationale de la Magistrature afin de rompre avec la culture du laxisme ; interdire le financement étranger des lieux de culte et fermer toutes les mosquées extrémistes recensées (on n'a pas attendu MLP pour le faire) ; etc.

Malgré la démagogie qui se dégage de ce programme, Marine peine à élargir sa base électorale. Elle ne cesse de chuter dans les sondages. Elle a beau cherché à exploiter les tragédies qui ont affecté les Français hier (rafle du Vél d'Hiv en 1942) et d'aujourd'hui (l'attaque terroriste du Bataclan en 2015), la candidate du FN reste inaudible à cause des nombreuses casseroles qu'elle traine depuis un certain temps : les emplois fictifs des assistants parlementaires européens du FN, le système frauduleux pour financer les campagnes électorales, les fausses déclarations de patrimoine et l'emprunt russe non remboursé. L'enquête préliminaire menée en France a abouti à l'ouverture récente d'une information judiciaire à l'encontre de Marine Le Pen, pour « escroquerie en bande organisée ».

La candidate du FN est d'autant moins fréquentable que son programme comporte des points éliminatoires à tous les niveaux :
. national : l'instauration de la proportionnelle intégrale aux élections législatives (c'est la porte grande ouverture à l'envahissement de l'Assemblée par les élus du FN, comme en 1986) ; autoriser les crèches dans les mairies (annoncé lors du débat à 11) ; maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française ;
. européen : organiser un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne ; rétablir les frontières nationales et sortir de l’espace Schengen ;
. international : quitter l’OTAN ; fonder la politique internationale sur le principe de réalisme (rapprochement avec Vladimir Poutine et indulgence à l'égard de Bachar el-Assad).

Cerise sur le gâteau, Marine Le Pen propose quelques mesures qui vont toucher de plein fouet ses soutiens bi-nationaux : réduire l’immigration légale à un solde annuel de 10 000 ; mettre fin à l’automaticité du regroupement et du rapprochement familial, ainsi qu’à l’acquisition automatique de la nationalité française par mariage ; supprimer le droit du sol et surtout, supprimer la double nationalité extra-européenne.


3. « LA FRANCE DOIT ETRE UNE CHANCE POUR TOUS », EMMANUEL MACRON 

Il a tout ce qu'il faut pour plaire et déplaire, en même temps, mais pas aux mêmes gens. A commencer par son jeune âge. Pour les premiers, c'est du sang neuf, pour les seconds, c'est un homme inexpérimenté. Il y a aussi son positionnement au centre sur l'échiquier politique. Pour les uns, il est ouvert aux opinions les plus variées et il a la capacité de rassembler les Français, pour les autres, il est d'accord avec tout le monde et il ne sait pas trancher. Il y a également son parcours professionnel, banquier d'affaires chez Rothschild & Cie, inspecteur des Finances et ministre de l'Economie. On lui reproche le fait qu'il n'a jamais été confronté au suffrage universel, alors que son CV plaide en faveur d'une bonne connaissance à la fois du secteur privé et du secteur public.

Emmanuel Macron est un réformateur prudent comme le prouvent ses propositions, d'une part, de maintenir la durée légale du temps de travail à 35 heures, mais d'adapter les horaires effectifs ou l'organisation du travail à chaque entreprise selon un référendum interne, et d'autre part, d'ouvrir le droit aux allocations-chômages aux professions libérales et aux salariés qui démissionnent, mais de les suspendre pour tous, si la recherche d'emploi est insuffisante.

Ses mesures de bon sens concernent également les points suivants :
. pouvoir d'achat : augmentation des revenus des smicards, du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé (+100€/mois pour les trois) ;
. santé : 50% de produits bio-éco dans les cantines scolaires et les restaurants d'entreprise ; lutter contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides (causes de cancers) ; remplacer les véhicules polluants par des véhicules moins polluants ; rembourser les lunettes et les prothèses auditives et dentaires ;
. discrimination géographique : accorder une prime pour l'embauche en CDI d'habitants de 200 quartiers prioritaires (15 000 €/3 ans) ;
. éducation : accompagnement scolaire après la classe ; limitation des effectifs en zones prioritaires ; modernisation du baccalauréat, 4 matières obligatoires, les autres validées par un contrôle continu ; ouverture des bibliothèques le soir et le week-end ;
. sécurité : exécution systématique des peines ; recrutement de 10 000 policiers et gendarmes ; création de 15 000 places de prisons ; augmentation du budget de l'armée (2% du PIB) ; démantèlement des associations qui s'attaquent à la République ;
. institutions : réduire le nombre de députés et de sénateurs d'un tiers ; suppression du régime spécial des retraites des parlementaires ; interdiction du cumul de 3 mandats successifs et d'embauche par un élu d'un membre de sa famille ;
. international : la priorité de la France en Syrie, sera d'éradiquer les terroristes de Daech, puis de construire une transition politique et sortir Bachar el-Assad du jeu ; le candidat a affirmé qu'il n'est pas un fasciné de Vladimir Poutine comme trop de candidats dans cette élection ; il veut demander à la Russie, alliée du régime de Bachar Al-Assad, de prendre ses responsabilités.

Emmanuel Macron est pro-européen et il le fait bien savoir en s'engageant à créer un budget de la zone euro, voté par un Parlement de la zone euro et exécuté par un ministre de l'Economie et des Finances de la zone euro ; lutter contre les arrangements fiscaux (ex. Apple avec l'Irlande) ; réserver les marchés publics européens aux entreprises ayant la moitié de leur production en Europe ; lutter contre l'optimisation fiscale ; créer 5 000 garde-frontaliers et un fonds européen de la défense (pour financer des équipements) ; créer un fonds de capital-risque pour financer des start-ups européennes ; créer un marché unique de l'énergie ; généraliser Erasmus et l'étendre aux apprentis (200 000 Français partiront chaque année dans l'Union européenne) ; contrôler les investissements étrangers en Europe pour préserver les secteurs stratégiques.

Concernant les propositions ambitieuses, la mesure phare du programme Macron est un plan d'investissement de 50 milliards d'euros pour la qualification des citoyens (2 millions de personnes), la transition écologique, la révolution numérique, la rénovation urbaine (1 million de logements), la santé (doubler le nombre de maisons de santé et lutter contre les déserts médicaux), le secteur agricole (modernisation des exploitations), etc. Il propose aussi de créer un fonds pour l'industrie et l'innovation de 10 milliards d'euros ; de baisser des cotisations salariales et patronales (avec 2 000€/an). Emmanuel Macron ne touchera pas ni à l'âge de départ à la retraite ni au niveau des pensions. Il envisage d'exonérer de la taxe d'habitation 80% des ménages, de taxer les revenus du capital (30%), de baisser l'impôt sur les sociétés de 33,3 à 25% et de lutter contre la fraude fiscale et sociale, et de construire 80 000 logements pour les jeunes.

La lecture de ce programme permet de dégager quatre mesures simples, mais d'une portée importante : le renouvellement de documents officiels en ligne (carte d’identité, passeport, carte grise, etc.) ; la transparence dans l'attribution des logements sociaux (enfin, il était temps!) ; la sanction des incivilités (harcèlement, insultes, dégradations, crachats...) ; l'application strict de la laïcité et la formation universitaire à la laïcité et aux valeurs de la République pour les ministres du culte.

Parmi les mesures contestées, on retrouve : le maintien de l'ISF (impôt de solidarité sur la fortune), mais sa limitation à l'immobilier ; l'autonomie des universités qui pourront recruter leurs enseignants (source d'inégalités) ; dans le conflit israélo-palestinien, Macron se prononce pour la solution à deux Etats, mais ne reconnaitra pas l'Etat palestinien unilatéralement.


4. « FAIRE BATTRE LE COEUR DE LA FRANCE », BENOIT HAMON

C'est le grand gagnant de la primaire de la gauche et pourtant, il a beaucoup de mal à décoller. Trop socialiste pour se démarquer du président sortant, comme Jean-Luc Mélenchon, pas assez non-socialiste pour se distinguer de François Hollande, comme Emmanuel Macron. Et pourtant, le programme de Benoît Hamon contient de nombreuses mesures de bon sens : j’accorderai la priorité au Made in France ; les entreprises qui délocalisent devront rembourser les aides publiques reçues ; je créerai une Contribution sociale sur les robots (Bill Gates en a parlé aussi!), elle alimentera un Fonds de Transition Travail, dont la mission sera de créer autant d’emplois nouveaux que ceux qui disparaîtront ; Je veillerai au bien-être animal ; Nous ouvrirons le droit aux allocations familiales dès le premier enfant ; Je décréterai l’urgence contre les déserts médicaux, avec comme objectif, la création de 1 500 maisons de santé, etc.

Ce programme est aussi riche en mesures ambitieuses à plusieurs niveaux :
. pouvoir d'achat : je créerai un revenu universel d'existence, de quelques centaines d'euros mensuels pour les revenus inférieurs à 2 200 euros net (généralisation progressive à l'ensemble des Français); Pour permettre le maintien à domicile, j’augmenterai l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à domicile de 30 % ;
. logement : je lancerai un plan de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour la rénovation urbaine et thermique ; je construirai 150 000 logements sociaux par an ; je renforcerai l’encadrement des loyers ;
. énergie nucléaire : Je porterai à 50 % la part des énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2025 et 100 % en 2050 ; Pour sortir du nucléaire à l’horizon d’une génération (objectif 25 ans), je fermerai les réacteurs en fin de vie ;
. crèche/garderie : je créerai 250 000 nouvelles places d’accueil à horaires adaptés pour la petite enfance ;
. santé : je programmerai la sortie maîtrisée du diesel à horizon 2025 (pollution en particules fines) ; j’agirai pour la prévention des maladies chroniques (cancer, diabète, maladie cardiovasculaire et respiratoire), la prise en charge des maladies neurodégénératives (Alzheimer, démence...) et des handicaps ; Je proposerai une politique de prévention en luttant contre le tabac, l’abus d’alcool, l’air pollué ; J’interdirai les pesticides et les perturbateurs endocriniens dangereux, et je renforcerai la vaccination et le dépistage ;
. éducation : nos universités accueilleront 25 % d'étudiants internationaux supplémentaires.

Benoît Hamon se distingue par un paquet de mesures de bons sens dans deux domaines :
. européen et écologique : Je prendrai l’initiative d’un ambitieux programme pour la transition écologique et économique, avec la mise en œuvre par un plan d’investissement de 1 000 milliards d’euros ; harmonisation fiscale et sociale au niveau européen ; mutualisation d’une partie des dettes souveraines ; Je refuserai la ratification du CETA et du TAFTA, et m’opposerai au statut d’économie de marché de la Chine ; Je lutterai contre l'optimisation fiscale en mettant en place une taxe sur les multinationales ; Je proposerai une Taxe sur les Transactions Financières ; Je proposerai aux Européens une initiative pour renforcer leur sécurité grâce à une plus grande coopération européenne dans le domaine de la défense ;
. international : la France défendra une autre vision en Syrie, en Ukraine, au Sahel et partout dans le monde ; je reconnaitrai l'Etat palestinien aux côtés de l’État d’Israël ; Pour un monde durable et vivant, je m’emploierai à garantir la mise en œuvre de la COP21 et les objectifs de développement durable ; Pour cultiver le sentiment d’appartenance à la francophonie, je proposerai un visa francophone pour les étudiants, les chercheurs, les chefs d’entreprise et les artistes.

Néanmoins, le programme de Benoît Hamon contient un certain nombre de mesures contestées : Nous remplacerons la loi Travail ; établir un système électoral législatif à la proportionnelle (risque de faire entrer le Front national à l'Assemblée) ; je recruterai 40 000 enseignants ; je ne repousserai pas l’âge de départ à la retraite ; j’allongerai le congé paternité à 6 semaines ; je légaliserai l'usage du cannabis pour les majeurs, j’utiliserai les moyens dégagés pour mieux prévenir la consommation de drogues ; j’ouvrirai l’accès à la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes ; Je garantirai le droit à mourir dans la dignité (euthanasie).


5. « FAIRE ENTENDRE LE CAMP DES TRAVAILLEURS », NATHALIE ARTHAUD 

La candidate communiste de Lutte ouvrière ne se donne même pas la peine de trouver un slogan original. Ca serait un pécher capitaliste d'ailleurs. Elle a mis toute son énergie à rédiger une dissertation anticapitaliste dans laquelle il est difficile d'isoler des propositions construites.
. Au niveau national, Nathalie Arthaud prône le contrôle des travailleurs sur les entreprises. Ceci doit conduire à l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous, sans diminution de salaire. Mieux encore, pas un salaire et pas une pension de retraite ne sera à moins de 1 800 euros par mois. Contre le gangstérisme de la finance, la candidate communiste décrétera l'expropriation des banques et des entreprises financières, sans indemnité ni rachat, et le placement de leur activité sous le contrôle de la population. Contre le terrorisme, il n'y a pas de mesures spécifiques à prendre, comme c'est un produit de l’ordre capitaliste mondial, il disparaitra quand les travailleurs auront terrassé le capitalisme.
. Au niveau européen, elle est pour la liberté d’installation et de circulation des migrants.
. Au niveau international, elle appelle à la destruction du système impérialiste dans son ensemble pour que les peuples opprimés s’émancipent de l’emprise économique de l’impérialisme. A vos marteaux, prêts, tapez de toutes vos forces ! A la lire, on croirait que le mur de Berlin vient d'être reconstruit à l'identique et qu'il a même été rehaussé.
Trêve de plaisanteries. Nathalie Arthaud est sans doute, la candidate qui a le mieux parlé de la problématique de l'environnement. Pour elle, la véritable menace contre l’environnement et la planète, c'est le capitalisme. Pour y remédier elle préconise d'organiser l’économie mondiale d’une façon rationnelle et planifiée, qui permettra de répondre aux besoins du plus grand nombre, tout en préservant l’environnement. Elémentaire.


6. « NOS VIES, PAS LEURS PROFITS », PHILIPPE POUTOU

Décontracté et sans cravate, il a l'air super sympa. Le pot avec qui on boirait bien quelques pintes de bière, en écoutant Bob Dylan et Joan Baez. Mais en dépit de cet air gentil, le programme de Philippe Poutou est très musclé. Normal, le bonhomme est officiellement le candidat du NPA, Nouveau Parti Anticapitaliste.
. Au niveau national, il envisage la hausse du SMIC à 1 700 euros net tout de suite, une augmentation de tous les salaires de 300 euros, le passage aux 32 heures sur quatre jours sans perte de salaire et aux 30 heures pour les travaux pénibles, et l’interdiction pure et simple des licenciements. Et question théorie le candidat-ouvrier est très fort. Mais l'actualité est venue rappeler à quel point il est à côté de la plaque. Figurez-vous que le sympathique Poutou exige aussi le désarmement de la police française. Dans ce cadre, il a le soutien sans réserve de Daech et de tous les malfrats de France et de Navarre. Par ailleurs, il compte créer un million d’emplois dans les services publics avec une baguette magique, réquisitionner les logements et immeubles de bureaux inoccupés, bloquer les loyers afin que le coût du logement ne dépasse pas 20% du revenu des ménages, fusionner les banques pour constituer un monopole public du crédit, briser le secret industriel et bancaire, exproprier les cliniques privées et passer les secteurs clés de l’économie sous le contrôle des travailleurs et de la population. Il souhaite aussi introduire la proportionnelle intégrale aux élections législatives, pour le grand bonheur du Front national, accorder le droit de vote des étrangers résidant en France à toutes les élections, arrêter les productions inutiles et dangereuses dont l’armement, passer toute l’agriculture au bio et proposer un plan pour aboutir à 100% d’énergies renouvelables en 2050.
. Au niveau de l'Europe, il veut la liberté de circulation et d’installation, ainsi qu'une citoyenneté de résidence, c’est-à-dire une égalité complète des droits dès que quelqu’un arrive sur le territoire européen.
. Au niveau international, il souhaite créer un monde sans frontières et débarrassé de la propriété privée, où la production sera enfin organisée en fonction des besoins de toute l’humanité.
Philippe Poutou est un grand farfelu sans doute, mais n'y a-t-il pas un fond de vérité dans la seconde partie de cette dernière proposition? Ah, si.


7. « SE LIBERER DE L'OCCUPATION FINANCIERE », JACQUES CHEMINADE

. Depuis mon plus jeune âge, j'entends parler de lui. Il a encore eu la signature de 500 élus de France, mais il a toujours beaucoup de mal à convaincre les électeurs français de voter pour lui. Beaucoup de littérature dans son programme, pardon, « projet ». L'idée centrale étant de créer un million d’emplois par an grâce à un investissement public annuel de 100 milliards d’euros, en s'inspirant du New Deal de Roosevelt, pour lancer de grands travaux d'infrastructures, mais aussi dans le nucléaire, la mer et l'espace. Au passage, si vous êtes partisan de la colonisation de la planète Mars, arrêtez la lecture tout de suite, faites vos bagages, c'est votre candidat.
. Comme d'autres prétendants au trône de l'Elysée, souffrant d'un dédoublement de la personnalité, JC veut sortir de l’Union européenne -le cheval de Troie de la mondialisation financière, de la City et de Wall Street- et de l'OTAN -son bras armé- et abandonner l’Euro -son vice financier- mais il souhaite une entente et une coopération avec les pays des Brics -Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud- car il serait suicidaire de ne pas croire la Chine qui nous répète que sa nouvelle Route de la soie est un projet gagnant-gagnant, et veut par dessus le marché, inciter les Etats-Unis à se joindre à ce nouvel ordre mondial. D'une cohérence impressionnante.
. En tout cas, Jacques Cheminade a quand même quelques propositions de bon sens : annuler la dette des Etats pour sa part illégitime, rétablir la séparation entre les banques de dépôt et de crédit et les banques d’affaires et surtout, en finir avec les paradis fiscaux. Il est grand temps !


8. « LE TEMPS EST VENU », JEAN LASSALLE 

. C'est un grand original et pourtant, il se prend pour De Gaulle. Il vient d'une famille de bergers transhumants de la Vallée d'Aspe. La hauteur ne l'empêche pas d'avoir un petit faible pour les poitrines fortes. Une de ses fans en a fait les frais, en selfies voyons. Il a aussi un grand faible pour le tyran de Damas, Bachar el-Assad. De ce fait, il est donc exclu de la compétition pour moi. Dommage car il a un programme assez étoffé pour une candidature stérile. Alors, deux mots avant de passer à un autre candidat plus sérieux.
. Au niveau national, Jean Lassalle compte recruter 200 000 personnes, rétablir le service national et même, nationaliser partiellement les entreprises du CAC40. Au niveau international, il veut reprendre les marges de décision de la France tout en restant dans l’Union européenne et sortir de l'OTAN. Il souhaite aussi retirer les forces françaises impliquées dans des guerres en Orient et au Mali.
. Cela étant dit, une petite proposition m'a attiré l'attention : sortir les classes de l’école et organiser des séjours à la ferme. Excellent ! Comme j'ai déjà pensé à la question et j'ai l'occasion d'en parler, un dernier petit mot. Eh oui, au lieu d'emmener les mômes dans les grandes villes européennes (j'ai croisé il y a quelques jours une classe d'enfants français à l'aéroport de Berlin-Tegel!), on ferait bien de leur faire découvrir des fermes et des exploitations agricoles en France, des usines et des complexes sportifs dans l'Hexagone, des lieux de travail et des musées nationaux français. Il faut même oser aller beaucoup plus loin, en emmenant ces mômes dans des lieux de culte, des églises, des mosquées et des synagogues, surtout à l'occasion des fêtes religieuses. Ce sont ces visites, ces stages et ces séjours qui enrichiront la tête des mômes de France, et lutteront plus efficacement, contre l'islamophobie, l'antisémitisme et la christianophobie.


9. « LA FORCE DU PEUPLE », JEAN-LUC MELENCHON

Il faut commencer par reconnaitre que le tribun est très doué pour parler au peuple. Il a le sens de la formule qui lui permet d'enrober les pilules amères d'une fine couche d'humour. Bien qu'il s'en défende, il rejoint Marine Le Pen sur quelques points. Tous les deux sont europhobes et propoutiniens. Il l'a même applaudi quand elle a fait son cirque à Beyrouth, devant Dar el-Fatwa, en voulant obliger le mufti libanais à se prendre en selfie et en plein courant d'air, pour lui foutre ses cheveux dans la figure.

Le programme de Jean-Luc Mélenchon déborde de mesures de bons sens : constitutionnaliser la règle verte de ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu'elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu'elle peut supporter ; imposer le respect de normes sociales et écologiques pour la commercialisation des produits importés en France ; limiter l'écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise ; tout le monde doit payer un impôt sur le revenu mais chacun selon ses moyens réels ; combattre l'obsolescence programmée des biens de consommation par un allongement des durées de garanties légales des produits ; promouvoir les arbres fruitiers dans les espaces publics (eh oui, il y a des orangers dans les rues d'Athènes!) ; etc.

Jean-Luc Mélenchon présente par ailleurs diverses mesures ambitieuses : injecter 100 milliards d'euros supplémentaires dans l'économie pour des investissements écologiquement et socialement utiles ; augmenter immédiatement le smic net mensuel de 16 % pour le porter à 1 326 euros net pour 35 heures ; restaurer le droit à la retraite à 60 ans ; assurer l'isolation d'au moins 700 000 logements par an ; etc.

Toutefois, le candidat d'extrême gauche s'engage sur beaucoup de mesures contestées : charger une assemblée constituante de rédiger une nouvelle Constitution sous le contrôle des citoyens ; mettre fin à la cotation continue des entreprises en bourse ; créer un service citoyen obligatoire de 9 mois, pour les femmes et les hommes ; revenir sur les programmes de privatisation ; stopper l'ubérisation des activités ; abroger la loi Travail ; réaffirmer le CDI comme norme du contrat de travail ; en cas de chômage de longue durée, l'État doit proposer un emploi au chômeur ; octroyer une 6e semaine de congés payés ; passer à la semaine de 4 jours et aux 32 heures ; interdire les expulsions locatives sans relogement ; renforcer l'ISF ; renationaliser les autoroutes ; dévaluer l'euro pour revenir à la parité initiale avec le dollar ; arrêter les politiques de libre-échange ; légaliser le cannabis ; recruter au moins 60 000 enseignants ; 100 % d'impôt au dessus de 400 000 euros de revenus annuels, etc.

Il faut rajouter à cela, les nombreuses mesures farfelues de son programme : fixer le droit de vote à 16 ans ; interdire les licenciements boursiers ; accorder un droit de veto suspensif aux comités d'entreprise sur les plans de licenciements ; favoriser des congés parentaux de durée identique entre les parents ; etc.

Cela étant dit, ce qui frappe dans le programme de Jean-Luc Mélenchon ce sont les innombrables lignes rouges qu'il franchit et qui devraient en toute logique, l'exclure de la compétition : s'exonérer du pacte de stabilité et des règles européennes encadrant les déficits publics ; en cas d'accord, le résultat des négociations avec l'Union européenne sera soumis à référendum au peuple français qui décidera souverainement de sa participation à l'UE refondée ou de la sortie ; en cas d'échec des négociations, stopper la contribution de la France au budget de l'Union européenne, réquisitionner la Banque de France, mettre en place un contrôle des capitaux et des marchandises aux frontières nationales pour éviter l'évasion fiscale des plus riches et des grands groupes (comme au bon vieux temps de l'Union soviétique!); sortir de l'Otan ; sortir du FMI et de la Banque mondiale ; refuser toute intervention militaire sans mandat de l'ONU (avec cette logique, on ne peut pas combattre Daech en Syrie et en Irak!) ; sortir de l'Organisation mondiale du commerce ; mettre en place une coalition universelle sous mandat de l'ONU pour éradiquer Daech et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak (il faudra expliquer à Mélenchon que la Russie de Poutine, a bloqué 7 résolutions sur la Syrie depuis octobre 2011, donc « sa coalition universelle » verra le jour quand les poules auront des dents) ; le peuple syrien décidera souverainement et démocratiquement de ses dirigeants (càd de Bachar el-Assad!) ; bâtir une nouvelle alliance altermondialiste avec les BRICS (Russie et Chine) ; soutenir le projet chinois d'une monnaie commune mondiale pour libérer l'économie mondiale de la domination du dollar ; instaurer une politique de codéveloppement avec l'Amérique latine et les Caraïbes en adhérant à l'ALBA (« Alliance bolivarienne » fondée par Fidel Castro et Hugo Chavez).

Alors, récapitulons. La France de Mélenchon prend le risque de quitter l'Union européenne, abandonner l'Euro et sortir de l'OMC / FMI / OTAN / Banque mondiale, afin de courir rejoindre une rachitique organisation politique et économique, ALBA, dont les pays membres sont Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, dont les pays observateurs étaient la Russie, l'Iran et la Syrie et dont la monnaie virtuelle est le Sucre! Le Venezuela par exemple, est déjà l'une des pires économies au monde. Et ça ne va pas s'arranger! Selon les estimations du FMI, le taux d'inflation de ce pays atteindrait cette année le chiffre astronomique de 43 000 %. Alors, qu'est-ce que vous en pensez? C'est incontestablement la proposition la plus stupide du millésime 2017 de l'élection présidentielle française. Et ce n'est pas tout. Le 5 février 2012, à l'occasion du XIe sommet de l'ALBA, l'Alliance bolivarienne avait dénoncé la politique systématique d'ingérence et de déstabilisation menée par l'Occident en Syrie. Elle a même applaudi le veto opposé par la Russie et la Chine à la résolution de l'ONU contre le gouvernement de Bachar Al-Assad. Quelle mascarade! Enfin, la comparaison de Jean-Luc Mélenchon à Bernie Sanders est le moins qu'on puisse dire biaisée. Certes, les deux hommes se rejoignent sur divers points. Mais l'ancien candidat démocrate américain ne prône absolument pas de créer de nouvelles alliances, bolivarienne, chinoise et russe, comme le candidat français d'extrême gauche. En plus, il a soutenu les frappes américaines contre Daech et s'est prononcé clairement pour le départ de "l'horrible dictateur".


10. « UN CHOIX HISTORIQUE », FRANÇOIS ASSELINEAU

Comme les deux candidats d'extrême droite et de gauche, François Asselineau prône d'une part, la sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l'OTAN, et d'autre part, le grand retour d’une politique d’amitié et de coopération avec la Russie. Vous vous dites et pourquoi pas, surtout que c'est un major de l'ENA qui le dit. Enfin, 2e quand même. Le problème c'est que notre surdoué national est le chef de file incontesté et intemporel des conspirationnistes, d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Eh oui, voter pour lui, serait vraiment un choix historique. Il est passé maitre en théories du complot. L'antiaméricanisme primaire chez lui relève de l'obsession. Jean Monnet, l'un des principaux fondateur de l'Union européenne? Très probablement agent de la CIA. Daech et Boko Haram? Des complots de la CIA. Remarquez beaucoup d'Arabes, sont atteints par cette pathologie aussi. La suite, le 11-Septembre? C'est très louche. Le Front national? Une invention de François Mitterrand. L'institut de sondage Harris Interactive? Contrôlé par le FBI. Wikipédia? Des censeurs, sans doute à la solde des Américains. Enfin bref, François Asselineau est de loin le plus farfelue des petits candidats et nous avons perdu assez de temps sur lui.


11. « UNE VOLONTE POUR LA FRANCE », FRANÇOIS FILLON

Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, il faut reconnaître que le candidat de la droite et du centre a une « volonté » incroyable pour la France sans doute, mais aussi « pour se maintenir dans la course présidentielle », malgré tous les scandales qui ont perturbé sa campagne, PenelopeGate, l'embauche de ses enfants, les costumes, etc. Je n'aborderai pas ce point dans cet article. Il revient à la justice française de juger l'aspect légal de ces affaires et au peuple français de se prononcer sur l'aspect moral de ces scandales. Dans tous les cas, le candidat de la droite et du centre est parti en campagne avec difficulté. Pas uniquement à cause des affaires, mais aussi à cause d'un programme pur et dur.

Comme tout le monde, François Fillon propose des mesures de bon sens : mettre en place une politique active de vente des logements HLM à leurs locataires ; poursuivre la lutte contre le bruit ; instituer la transparence totale par la publication obligatoire des liens de parenté entre les parlementaires et les collaborateurs ; respect absolu de la sécurité d’Israël et droit des Palestiniens à vivre dans un état reconnu ; faire de l’euro une monnaie de réserve et de règlement comparable au dollar américain; mettre en place de nouvelles règles internationales de réciprocité ; développer la conscience d’appartenir à cette civilisation singulière et brillante qu’est la civilisation européenne ; etc.

Il présente aussi des mesures ambitieuses : allègement des charges sociales et d’impôts de production ; le taux de l’impôt sur les sociétés sera diminué à 25% ; généraliser la télémédecine et les téléconsultations ; renforcer fortement les mécanismes d’orientation de l’épargne vers le financement des PME innovantes ; Garantir le retour à l’équilibre des finances publiques d’ici 5 ans par un programme de réformes ; réaliser 100 Mds€ d’économies de dépenses publiques sur 5 ans ; accroître l’efficacité des forces de l’ordre avec 1Md€, recruter 5 000 agents des forces de l’ordre, Construire 16 000 places de prison ; etc.

Toutefois, force est de constater que François Fillon possède le programme qui contient le plus de mesures contestées, pas forcément mauvaises, mais contestées : mettre fin à la durée légale du travail à 35 heures et laisser chaque entreprise décider de son temps de travail ; faire passer l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans ; plafonner les indemnités prud’homales ; refonder le code du travail ; instaurer la dégressivité dans l’attribution des allocations de chômage, et sanctionner un deuxième refus d'emploi insuffisamment motivé ; augmenter progressivement le temps de travail dans la fonction publique à 39 heures hebdomadaires ; réduire de 500 000 le nombre d’emplois publics en 5 ans ; réduire de 15 à 10 ans le délai entre deux donations ; ramener de 30 à 22 ans le délai d’exonération des plus-values immobilières ; supprimer l’ISF ; augmenter la TVA de 2 points ; abroger la réforme du collège et revoir les programmes scolaires ; supprimer l’encadrement des loyers et créer un bail homologué qui accordera des avantages fiscaux supplémentaires au propriétaire ; mettre en place une procédure accélérée pour réduire les délais d’expulsion ; abaisser la majorité pénale à 16 ans ; inscrire dans la Constitution le principe de quotas d'immigrés fixés par la loi ; durcir les exigences du regroupement familial ; Faire financer la politique d’immigration et d’intégration par les ressortissants étrangers plutôt que par le contribuable français (mesure étonnante qui sous-entend que les étrangers ne sont pas des contribuables, un pas de plus dans la lepénisation des esprits) ; porter la durée maximale de rétention administrative (des étrangers) de 45 jours à 6 mois ; renégocier le code frontières Schengen ; porter à 5 ans la durée minimale de vie commune avant l’acquisition de la nationalité par les conjoints de Français et à 8 ans la durée minimale de résidence en France pour être naturalisé ; etc.

Le programme Fillon contient aussi des mesures farfelues : mettre en place un abattement des cotisations sociales salariées, ce qui permettra une augmentation des salaires nets de 350€ par an par salarié (soit +29€/mois!) ; augmenter les pensions de base de plus de 300€ annuels pour les petites retraites (soit +25€/mois!) ; instituer une tenue vestimentaire spécifique à l’établissement pour les élèves de l’école et du collège; etc.

Il contient également d'innombrables lignes rouges : réécrire le principe de précaution pour favoriser l’innovation responsable (philosophie trumpiste selon laquelle l'économie justifie tous les moyens) ; confier aux chefs d’établissement du second degré la possibilité de recruter les professeurs (source d'inégalités) ; assouplir les règles de plancher du nombre de logements HLM afin de produire un plus grand nombre de logements sociaux là où sont les besoins (un formidable pas vers la ghettoïsation, afin de dispenser les quartiers et les villes aisés de la construction de logements sociaux) ; simplifier et lever les contraintes administratives auxquelles sont confrontés les chasseurs ; moderniser le parc nucléaire pour en prolonger la durée d’exploitation ; évaluer l’impact sur notre droit de la Convention européenne des Droits de l’homme, renégocier si nécessaire ; la France se doit de dialoguer avec tout le monde (Bachar el-Assad n'est pas exclu); rétablir des relations de confiance avec la Russie, lever les sanctions contre la Russie ; l’Iran est une puissance régionale incontournable, à condition qu’elle respecte l’accord nucléaire et joue son rôle de stabilisateur régional (ce n'est pas le cas, ni en Irak, ni en Syrie, ni au Liban, ni au Yémen!); la France doit reprendre sa place dans la crise syrienne, je développerai des contacts avec tous ceux qui luttent contre la menace terroriste (cela devrait exclure Assad, le principal terroriste du Moyen-Orient), y compris si nécessaire avec les autorités en place (le régime syrien, le principal responsable de la guerre en Syrie).


Parlons peu, parlons bien. C'est très joli tout ça, mais que choisir et pour qui voter? On voit bien à la lecture des programmes que les candidatures de Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jacques Cheminade, Jean Lassalle et François Asselineau, ne peuvent pas être prises au sérieux. En réalité, il n'y a que cinq candidats en lice. Une grande sélection des propositions est exposée dans cet article. Des liens renvoient vers les textes intégraux. Chacun a la possibilité de choisir en son âme et conscience et en bonne connaissance de cause. Il ne me reste qu'à vous livrer trois réflexions en sus

Primo. Des cinq favoris, seule Marine Le Pen envisage de s'attaquer à la laïcité de la République française, en prévoyant d'installer des crèches de Noël dans les mairies de France. Il ne faut pas être dans le secret des dieux pour imaginer que cet acte irréfléchi et irresponsable conduira à l'installation d'autres symboles religieux, musulmans, juifs et bouddhistes, dans les édifices de la République. Marine Le Pen programme donc une violation préméditée et grave de la loi de 1905, portant sur la séparation des Eglises et de l'Etat. La candidate du FN envisage par ailleurs déchoir tous les binationaux de France de la nationalité française, une mesure qu'on ne peut évidemment pas accepter en tant que Franco-Libanais

Secundo. De toutes les propositions, la sortie de l'Union européenne constitue sans l'ombre d'un doute la décision la plus grave des programmes de Marine Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon, et de tous les grands eurosceptiques et petits europhobes. Elle a été dénoncée par 25 Prix Nobel d'économie dans une tribune publiée par le journal Le Monde il y a trois jours. 

« La construction européenne est capitale non seulement pour maintenir la paix sur le continent mais également pour le progrès économique des Etats membres et leur pouvoir politique dans le monde... Les politiques isolationnistes et protectionnistes et les dévaluations compétitives, toutes menées au détriment des autres pays, sont de dangereux moyens d’essayer de générer de la croissance. Elles entraînent des mesures de représailles et des guerres commerciales. Au final, elles se révéleront préjudiciables à la France ainsi qu’à ses partenaires commerciaux... Il faut renouveler les engagements de justice sociale, et ainsi garantir et développer l’équité et la protection sociale, en accord avec les valeurs traditionnelles de la France, de liberté, d’égalité et de fraternité... Alors que l’Europe et le monde font face à des épreuves sans précédent, il faut plus de solidarité, pas moins. Les problèmes sont trop sérieux pour être confiés à des politiciens clivants. » 

Je l'ai dit, je le redis, je persiste et je signe, l'éclatement de cette merveilleuse aventure humaine qu'est l'Union européenne est actuellement le souhait le plus profond de la Russie de Vladimir Poutine, de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, de la Chine de Xi Jinping et des Etats-Unis de Donald Trump. Chacun est libre de jouer à l'idiot utile du haut de son trône, mais qu'on ne le fasse pas au nom du peuple. Le peuple français est souverain, il saura bien sanctionner les candidats qui hypothèquent son avenir et menacent ses intérêts.

Tertio. Si cette élection passionne les gens d'ici et d'ailleurs, c'est parce que la France est une grande puissance historique, démocratique, économique et militaire. Elle est le bastion des droits de l'homme et l'étoile du monde francophone, membre permanent du Conseil de sécurité et moteur de l'Europe. Elle est donc attendue sur le plan international. De toutes les mesures présentées dans les programmes et les positions prises par les candidats au cours de la campagne, celles sur la Syrie doivent être examinées à la loupe pour diverses raisons. L'enjeu est à la fois moral et sécuritaire. Sur ce point, les candidats se divisent en deux catégories. D'une part, on a François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Tous les trois sont clairement pro-Poutine, envisageant de mettre fin aux sanctions qui visent la Russie sans contrepartie (malgré l'annexion illégale de la Crimée et son implication militaire en Syrie aux côtés du régime syrien), et pro-Assad, affirmant sous diverses tournures bidon que le tyran de Damas peut ou doit faire partie de l'avenir de la Syrie, en tout cas, n'excluant pas Assad de l'avenir de la Syrie, même à long terme. D'autre part, on a Benoît Hamon et Emmanuel Macron, dont les positions sont à l'opposé. Qu'importe les excuses, dans les deux cas et dans les deux catégories, le clivage est net et clair. 

Là aussi, je l'ai dit, je le redis, je persiste et je signe. Si Vladimir Poutine et Hu Jintao n'avaient pas opposé leurs vétos à des résolutions du Conseil de sécurité sur la Syrie entre 2011 et 2017 (sept pour la Russie, cinq pour la Chine), Bachar el-Assad, un homme aussi criminel que pragmatique, aurait été contraint de lâcher du lest, la révolution syrienne serait restée pacifique, Daech ne serait pas née, la Syrie ne serait pas dévastée, des centaines de Français n'auraient pas pris la route du jihad, on n'aurait pas eu 465 000 morts en Syrie et deux millions de réfugiés au Liban, les Syriens ne prendraient pas tous les risques pour traverser la Méditerranée, il n'y aurait pas eu d'attaques terroristes de l'Etat islamique en Europe et le monde n'aurait pas connu l'une des pires organisations terroristes de son histoire. La responsabilité de la Russie et de la Chine dans le drame syrien et l'émergence de Daech est immense. Et dire, qu'on n'en a pas encore fini, comme le prouve l'attaque terroriste des Champs-Elysées. Avec un bouffon à la Maison Blanche, il ne peut pas être question d'installer à la tête de la République française quiconque a Vladimir Poutine en odeur de sainteté.

A ce stade de la course, une chose est sûre et certaine, l'élection présidentielle de ce millésime exceptionnel prouve que la France se porte comme un charme, n'en déplaise aux déclinistes aigris et aux exploitants rabougris de l'attaque terroriste des Champs-Elysées. Jamais les Français n'ont eu une offre politique aussi variée. Jamais nous avons été autant en sécurité en Europe. Jamais il n'a fait aussi bon vivre dans ce pays et sur ce continent. Ces terroirs de la démocratie constituent un impressionnant bouillon de culture politique. C'est aussi ça la République française et l'Union européenne. Rendez-vous dimanche pour les défendre. En attendant, à votre santé !

lundi 17 avril 2017

Un désaveu cinglant pour Erdogan et une victoire pour le peuple turc ! Le référendum sur la nouvelle Constitution de la Turquie (Art.427)


D'après les résultats quasi définitifs, le "oui" l'a emporté dans le référendum organisée par Recep Tayyip Erdogan sur la réforme de la Constitution de la République de Turquie. Avant de pavoiser les bords du Bosphore, dix réflexions.

1. Dans un pays de plus 80 millions d'habitants, où la consultation nationale a mobilisé 87% des 55,3 millions d'électeurs, ce référendum est un succès indéniable. Pas pour Erdogan. En tout cas, pas en premier. La Turquie prouve encore une fois, en dépit de ce que les mauvaises langues de mauvaise foi diront, qu'elle est bel et bien une grande démocratie et les Turcs des citoyens dynamiques, concernés par leur avenir.

2. Petit bémol, et non des moindres, une polémique entache le bon déroulement de ce référendum et concerne la validation de 2,5 millions de bulletins non conformes par le Haut conseil des élections (YSK). Si ces soupçons d'irrégularités sont confirmés, ils pourraient invalider le résultat du référendum. On le saura les prochains jours. Dans tous les cas, la démocratie turque peut faire mieux.

3. Contrairement aux prévisions, le "oui" ne l'emporte que de peu (51,41%). Ainsi, 48,59% des Turcs ont rejeté la réforme. C'est donc un sérieux désaveu pour Erdogan. Ses envolées nationalistes et ses délires anti-européens, ont eu l'effet inverse de ce qui était escompté. L'hostilité kurde à Erdogan est loin d'expliquer à elle seule, ce score élevé pour le "non". Ce qui a dû peser lourd dans les urnes, c'est la purge massive de la société turque, engagée par le régime d'Erdogan depuis le coup d'Etat raté du 15 juillet 2016, qui a conduit à près de 150 000 arrestations et limogeages, qui prouvent que des listes étaient établies d'avance. La tentative de putsch était comme disait Erdogan « une bénédiction d'Allah » pour écraser ses adversaires politiques et préparer l'opinion publique à la réforme de la Constitution. Le peuple turc n'est pas dupe. Il l'a bien compris et il l'a fait savoir hier. Erdogan a été sanctionné.

4. Les grandes villes comme Istanbul et Ankara ont rejeté la réforme. Les chiffres sont inversés. Le "non" a obtenu près de 51,3% des voix, 68,8% à Izmir. C'est comme pour Londres qui a voté contre le Brexit. Ceci prouve une constante internationale, les milieux urbains sont moins sensibles à la politique populiste que les milieux ruraux.

5. Les Turcs de l'étranger ont voté pour le "oui", à hauteur de 60,1%, notamment en Allemagne (63,1%), en France (64,4%), Pays-Bas (70%), Autriche (73%) et en Belgique (77,7%), mais pas en Arabie saoudite (41,7%), au Canada (27,2%) et aux Etats-Unis (15,6%). La propagande d'Erdogan contre l'Europe ces derniers mois y est pour quelque chose. Mais ce n'est pas tout. Les Turcs d'Europe ont la chance de bénéficier de cette précieuse liberté qui règne dans l'Union européenne. Ils n'ont pas à subir la répression d'Erdogan. Leur vote est avant tout un plébiscite nationaliste pour le gardien fort de la Sublime Porte.

6. Le problème de cette réforme n'est évidemment pas de forme, mais de fond. Ce n'est pas le fait d'avoir un régime présidentiel en Turquie qui inquiète. Certes, les Etats-Unis sont un régime présidentiel, mais d'une part, le président américain n'a pas de prérogatives exceptionnelles et d'autre part, il a d'importants contre-pouvoirs. Sa marge de manœuvre est finalement assez limité. On l'a bien vu avec Donald Trump, qui a beaucoup de mal à abolir l'Obamacare et à faire appliquer le Muslim Ban. La réforme constitutionnelle turc renforce le pouvoir du président de la République. Erdogan Ier d'Anatolie, pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2029 pour un règne de 26 ans. Si elle entre en vigueur, le président turc pourra contrôler tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Il pourra par exemple nommer et révoquer les ministres, déclarer l'Etat d'urgence et gouverner par décrets. Plus grave encore, il pourra nommer 12 des 15 membres du Conseil constitutionnel. Pire encore, il pourra nommer 6 des 13 membres du Conseil supérieur des juges et des procureurs (HSYK), le reste étant nommé par le Parlement. Mais comme il y a de fortes chances que la majorité parlementaire soit de la même couleur politique que le président, un homme et un seul, le chef d'un parti islamo-conservateur, une personnalité charismatique mais autoritaire, démocrate avec un penchant islamiste, aura donc le pouvoir de contrôler entièrement cette haute instance judiciaire turque. On le voit bien, la nouvelle réforme de la Constitution menace sérieusement la démocratie turque et l'État de droit en Turquie.

8. Le jour même du référendum, Erdogan a rappelé qu'il sera peut-être amené à réintroduire la peine de mort en Turquie. Le piétinement de la laïcité instaurée par le père fondateur, Mustafa Kemal Atatürk, et l'islamisation soft de la société, ne font plus débat. Les ambiguïtés d'un temps du président turc à l'égard des jihadistes en Syrie sont largement démontrées. La répression de ses adversaires et de ses opposants, ainsi que les restrictions de la liberté d'expression régissent la vie politique quotidienne dans le pays. Depuis qu'Erdogan est au pouvoir, la Turquie ne cesse de s'éloigner de l'Union européenne. La réforme constitutionnelle constitue un nouveau élément qui vient nous rappeler que la Turquie n'a pas vocation à rejoindre l'Union européenne, une adhésion qui engendrera beaucoup de problèmes de part et d'autre, et dont on peut s'en passer des deux côtés. La vocation historique de la Turquie est de représenter un modèle réussi de développements politique, économique, industriel et touristique pour le monde arabo-musulman en général et les pays du Moyen-Orient en particulier

9. Il faut donc mettre un terme à l'hypocrisie mutuelle des interminables négociations et à ce « mariage forcé », l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, pour repartir sur les nouvelles bases plus saines d'une « union libre », des relations privilégiées entre l'Asie mineure et l'Europe.

10. Faire passer une réforme aussi grave avec une si faible marge, dégagée d'un référendum entaché d'irrégularités massives, n'est pas de nature à apaiser la société turque, qui n'est pas encore sortie de l'épreuve du coup d'Etat manqué de l'été dernier. Il est encore temps pour Erdogan, de revenir à la raison, d'en prendre conscience et de renoncer à cette réforme mégalomaniaque, qui n'a pas sa place dans un pays démocratique et qui n'est pas dans l'intérêt du peuple turc.

vendredi 7 avril 2017

La frappe américaine en Syrie ou la nouvelle tromperie de Trump (Art.425)


Le président américain, Donald Trump, a ordonné une série de frappes aériennes en Syrie contre une base du régime syrien. Celle-ci fait suite au massacre chimique commis par ce dernier à Khan Cheikhoun (Idlib) le 4 avril et qui a couté la vie à une centaine de personnes dont une trentaine d'enfants. Les spéculations vont bon train autour de cette action unilatérale des Etats-Unis. Onze réflexions à chaud.


1. Le principe selon lequel la communauté internationale ne puisse pas tolérer que le régime syrien use d'armes chimiques de destruction massive dans la guerre civile en cours a été instauré par l'ancien président américain, Barack Obama. C'était sa fameuse « ligne rouge ». On ne peut que se féliciter que Trump suit la jurisprudence Obama.

2. Si la frappe aérienne de Trump a été décidé pour des raisons purement humanitaires, « aucun enfant de Dieu ne devrait avoir à subir une telle horreur », sans réflexion stratégique, à savoir comment mettre un terme à l'interminable drame syrien, je suis désolé d'avoir à le dire, mais elle devrait nous inquiéter plutôt que de nous rassurer. Dans un tel cas, il est indispensable de mettre les points sur les « i ». Ceci prouve que Donald Trump demeure un président impulsif, imprévisible et inconsistant. Tenez, après une attaque jihadiste odieuse, le bonhomme serait capable de faire exactement le contraire, envoyer des armes au régime syrien et soutenir la nomination de Bachar el-Assad pour le prochain prix Nobel de la Paix. Ce qui est demandé au président de la plus grande puissance au monde c'est d'être un stratège intelligent et non un émotif primaire. Ce n'est pas une frappe aérienne qui arrêtera le drame de la population en Syrie et ramènera les millions de Syriens dans leur pays, c'est une véritable stratégie pour mettre un terme à la guerre.

3. Après le massacre d'al-Ghouta commis par les troupes de Bachar el-Assad le 21 août 2013 avec du gaz sarin, les menaces de Barack Obama de lancer des frappes aériennes contre le régime syrien et la culpabilité certaine du tyran de Damas ont poussé le régime syrien a accepté le démantèlement de son arsenal chimique sous l'égide de l'ONU. Celui-ci était évalué à l'époque à près de 1 000 tonnes. A Ghouta, quelques dizaines de litres seulement étaient suffisants pour provoquer 1 429 morts dont 426 enfants. On peut critiquer autant qu'on veut Barack Obama, mais on ne pourra pas zapper ce constat qui s'impose avec le recul et que l'actualité tragique de cette semaine est venue nous le rappeler : tout aventurisme en Syrie avant le démantèlement de l'arsenal chimique de Bachar el-Assad, aurait conduit à la dissémination sûre et certaine des armes chimiques aux groupes jihadistes sunnites et aux milices chiites.

4. Le régime syrien est censé ne plus être en possession d'armes chimiques. Le massacre chimique qu'il a commis à Khan Cheikhoun est donc une violation flagrante des résolutions de l'ONU. Elle doit conduire à une lourde sanction de la part du Conseil de sécurité. Voyons donc ce que Trump est capable de faire sur ce point.

5. Le discours de Donald Trump pour annoncer les frappes aériennes mérite qu'on s'y arrête un instant. « J’appelle toutes les nations civilisées à chercher à mettre fin au massacre et au carnage en Syrie. » On ne l'a pas attendu pour cela ! Cela fait six ans qu'on essaie, en vain. Le président américain a justifié le lancement de 59 missiles Tomahawk sur la base aérienne par « il est dans l’intérêt vital de la sécurité nationale des Etats-Unis d’empêcher et de dissuader la dissémination et l’utilisation d’armes chimiques mortelles ». Justement, c'était exactement la stratégie de Barack Obama en Syrie. On ne peut que se féliciter que Trump suit Obama sur ce point. En tout cas, jamais un président des Etats-Unis n'a été entouré par autant de généraux à la retraite, dont James Mattis, secrétaire américain à la Défense. Il faut tout de même rappeler que ce dernier poste doit être normalement confié à un civil (depuis au moins 10 ans), sauf exception, la dernière datant de 1950. Ceci donne une idée des orientations de la nouvelle administration américaine. Il est donc évident que ce facteur a joué un rôle déterminant dans cette décision militaire. La dernière déclaration de Donald Trump ne peut que le confirmer.

6. Selon les premières informations, la base aérienne syrienne a été détruite complètement par les 59 missiles Tomahawk lancés depuis le destroyer USS Porter, qui fait partie de la 6e flotte américaine opérant en mer Méditerranée. Néanmoins, selon d'autres informations, les Russes ont été prévenus (info certaine), le régime syrien aurait évacué les avions avant (mis au courant par ces derniers) et deux avions syriens ont pu décoller après l'opération pour mener des raids du côté de Palmyre (ce qui signifierait que toutes les avions et les pistes n'ont pas été détruites complètement ; l'info a été confirmée par les Américains). En tout cas, la capacité terroriste et criminelle du régime de Bachar el-Assad, demeure entière. L'opération dont l'efficacité est loin d'être confirmée, aurait couté une centaine de millions de dollars. 

7. Le soutien apporté par la Turquie et l'Arabie saoudite à Donald Trump nous rappelle que la frappe est une vaste opération de communication, qui n'a pas été conduite pour des raisons humanitaires, encore moins stratégiques. Donald Trump vise avant tout un triple objectif, classé par ordre crescendo :

. D'abord, à effacer le tollé provoqué par ses décrets discriminatoires « Muslim Ban » aux Etats-Unis, dans les pays musulmans et dans l'Union européenne.

. Ensuite, à montrer au monde entier que sur le dossier syrien, et sur d'autres (l'Iran et la Corée du Nord notamment), il ira plus loin que son prédécesseur. Il ne faut pas oublier que Donald Trump souffre du « complexe d'Obama ». C'est ce qui l'a poussé récemment à délirer en affirmant que l'ancien président américain l'avait placé sous écoute.

. Enfin, à faire oublier aux Américains les soupçons qui pèsent sur lui et son entourage, à propos des relations secrètes qu'ils auraient eues avec la Russie. Et dans ce dossier les choses commencent à devenir très embarrassantes pour le président américain. Il y a à peine un mois, le Washington Post avait révélé que le ministre américain de la Justice, avait rencontré à deux reprises l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, alors que Donald Trump était en campagne électorale. Pire encore, Jeff Sessions a menti devant le Sénat, alors qu'il était sous serment, au cours de l'audition qui devait le confirmer à son poste, en niant ces accusations. Rajoutez à cela, le scandale de Michael Flynn, un ancien haut gradé de l'armée américaine contraint à démissionner le 13 février 2014, 24 jours seulement après sa nomination comme 25e conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis car il avait menti sur la nature des contacts qu'il a eus avec l'ambassadeur russe aux Etats-Unis durant la période de transition. On a appris par la suite que le général à la retraite avait reçu près de 50 000 dollars en 2015 d'entreprises russes ou liées à la Russie. Et c'est sans parler du rapport conjoint publié au début de l'année par les agences américaines de renseignement -FBI, CIA et NSA- qui accuse Vladimir Poutine d'avoir oeuvré pour favoriser l'élection de Donald Trump au détriment de celle d'Hillary Clinton. Il est donc clair que les frappes de Donald Trump en Syrie constituent une manœuvre qui vise à détourner l'attention des Américains de la collusion qui a bel et bien existé entre Donald Trump et Vladimir Poutine

8. La ferme condamnation de la frappe par l'Iran et la Russie prouve que si la frappe n'est pas suivie de pressions diplomatiques, elle n'aura aucun effet notable sur le cours des événements et l'issue de la guerre en Syrie. Pire encore, elle aggravera la situation.

« Un regard rétrospectif sur le Twitteur
en chef, 
lorsque le président Obama a fait
face à un 
scénario de guerre en Syrie » 
Americans for Bernie Sanders
9. Frappe ou pas frappe, Donald Trump restera quand même a national disaster, comme le prouvent ses mesures contre l'environnement et l'Obamacare, et an international disaster, comme l'attestent ses décrets Muslim Ban et son Mexican Wall. En tout cas, aujourd'hui on ne peut pas s'empêcher de penser aux tweets de Trump, lorsque le président Obama avait envisagé un moment ordonner des frappes aériennes contre le régime syrien à la suite du massacre de la Ghouta, qui a fait 1 429 morts dont 426 enfants, notamment à celui du 5 septembre 2013, écrit en lettres majuscules svp : « Encore une fois, à notre chef très insensé, n'attaquez pas la Syrie. Si vous le faites, beaucoup de choses très mauvaises se produiront, et de cette lutte les États-Unis n'obtiendront rien ». Non mais, quel bouffon ! Il faut dire qu'à l'époque Donald Trump n'était qu'un animateur d'un jeu de téléréalité. 

10. Des frappes aériennes c'est bien, une résolution onusienne c'est mieux. Si nous sommes arrivés à ce chaos en Syrie, c'est à cause de l'obstination de la Russie et de la Chine de bloquer toute résolution du Conseil de sécurité condamnant le régime terroriste de Bachar el-Assad. Au total, ils en ont bloqué au moins une demi-douzaine ! La première c'était en octobre 2011, on n'était qu'à quelques milliers de morts. Nous sommes aujourd'hui à quelques centaines de milliers de morts. Ainsi, ce qui est demandé de Trump réside ailleurs. Il faut une résolution du Conseil de sécurité particulièrement contraignante pour Bachar el-Assad.

11. Le revirement superficiel des Etats-Unis est une bonne chose, un revirement profond est vivement recommandé. Il y a à peine une semaine, T-Rex, le secrétaire d'Etat de Donald Trump, Rex Tillerson, avait déclaré que « le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien ». Plus grave encore, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, avait déclaré « notre priorité n’est plus de rester assis là à nous concentrer pour faire partir Assad ». Encore une fois, on ne peut qu'avoir de sérieux doutes sur la cohérence et la consistance de la politique étrangère de Donald Trump. Celle-ci ne saurait être dictée par l'émotion et le bluff. Bachar el-Assad ne peut plus faire partie de l'avenir de la Syrie. C'est la clé de voûte pour mettre fin à la guerre civile syrienne. Donald Trump ne l'a jamais dit urbi et orbi. Par conséquent, les frappes aériennes d'hier s'inscrivent dans le cadre d'une manœuvre politicienne qui ne changera rien au cours des événements en Syrie

jeudi 6 avril 2017

Elysée 2017, le Grand débat ou la Foire du Trône de la présidence de la République française (Art.424)


La confrontation politique a duré quatre heures. On s'attendait à un débat cacophonique. Et pourtant, le deuxième Grand débat de l'élection présidentielle française, diffusé sur les chaines BFM-TV et CNews avant-hier, a eu le mérite de diviser nettement les onze candidats en lice en deux catégories.

D'un côté, on avait un groupe de quatre politiciens dont la candidature est disons plutôt sérieuse. Toutes les tendances politiques étaient représentées. Jean-Luc Mélenchon, gauche-gauche radicale, Benoit Hamon, gauche de la gauche, Emmanuel Macron, gauche-centre-droite, et François Fillon, droite-droite extrême. A l'issue du débat, il était clair que deux éléments unissent ces quatre hommes aux idées politiques qui peuvent être diamétralement opposées. Non seulement, ils exposent leurs programmes sans agressivité, mais en plus, ils ont des chances de gagner l'élection présidentielle et ils le savent.

En écoutant les uns et les autres, d'une manière impartiale, je crois qu'on peut dire que tout est débattable. Indéniablement, il y a du pour et du contre dans chaque proposition, sur l'économie, la santé, l'éducation, la sécurité, etc. Alors comment se retrouver? Pour faire une présélection des présidentiables, via un premier tri, le mieux c'est de fixer des lignes rouges au-delà desquelles on n'accepte pas de s'y aventurer. Personnellement, j'en ai trois, qui sont en rapport avec mes convictions géo-politiques profondes, qui découlent de mon positionnement à cheval entre l'Orient et l'Occident. Pour moi, les franchir conduit à une notation négative du candidat, voire à son élimination pure et simple de la compétition.

Primo, il y a une ligne rouge locale, la remise en cause de la laïcité telle qu'elle est établie par la loi de 1905, portant sur la séparation des Eglises et de l'Etat, quelques soient le motif avancé et les subterfuges pour miner la loi la plus visionnaire de la législation française. Secundo, il y a une ligne rouge régionale, la sortie de l'Union européenne, quels que soient la raison évoquée et les défauts de cette merveilleuse aventure humaine. Tertio, il y a une ligne rouge internationale, l'indulgence à l'égard de la Russie de Vladimir Poutine et de la Syrie de Bachar el-Assad, quels que soient le prétexte invoqué et les avantages qu'on voit dans une telle alliance.

Certes, aucun des quatre candidats ne remet en cause la loi de 1905. Mais le quatuor devrait se montrer plus ferme à ce sujet. Quant on voit les ravages polico-sociaux du communautarisme au Moyen-Orient, on ne peut envisager le moindre « accommodement » avec un des piliers de la République française. Cela étant dit, deux actualités nous ont montré récemment combien François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, sont à côté de la plaque sur les autres points.

Depuis le 20 janvier 2017, l'Union européenne a un ennemi qui ne se cache pas. Pas seulement Daech-Etat islamique. C'est le président des Etats-Unis d'Amérique, la plus grande puissance du monde. Il s'est réjoui du Brexit et a prédit d'autres sorties. C'est loin d'être étonnant de sa part, l'Union européenne est le seul concurrent sérieux des Etats-Unis où il fait si bon de vivre. Et sur tous les plans svp. La rencontre foireuse entre Angela Merkel et Donald Trump il y a quelques semaines, est venue confirmer le mépris du locataire de la Maison Blanche pour l'Allemagne, le fer de lance de l'Europe, la plus importante digue contre la trumpisation des esprits. Idem pour les déclarations de ce dernier sur l'OTAN. Son affinité avec Vladimir Poutine s'inscrit dans ce cadre également. L'Europe doit faire face par ailleurs à l'insécurité due à la politique impériale de la Russie et à l'hégémonie économique de la Chine. Pour ce faire, elle a donc besoin d'être unie et renforcée, afin d'espérer faire le poids. Ainsi, il est inimaginable dans un contexte géopolitique aussi grave, d'installer sur le trône de l'Elysée un eurosceptique, comme Jean-Luc Mélenchon, ou une europhobe, comme Marine Le Pen, qui pulvérisera le bi-réacteur franco-allemand de l'Union européenne, le souhait russo-sino-américain le plus profond.

Ghouta-Damas, le 21 août 2013
Le hasard a voulu qu'une nouvelle attaque chimique, probablement au gaz sarin, ait lieu au petit matin du jour du Grand débat dans la région d'Idlib. Elle a été perpétuée sans l'ombre d'un doute par les troupes de Bachar el-Assad. Elle aurait fait selon un bilan provisoire 86 morts, dont 30 enfants. Aussitôt, le parrain russe est monté aux créneaux pour justifier l'attaque, par le ciblage d'un entrepôt jihadiste, et empêcher le vote par le Conseil de sécurité d'une résolution défendue par la France, le Royaume Uni et les Etats-Unis, pour condamner le régime syrien et imposer une enquête internationale. Depuis la sinistre attaque de Ghouta-Damas le 21 août 2013, qui a fait 1 429 morts dont 426 enfants, la tyrannie des Assad a gazé la population civile à plusieurs reprises. Malgré ces crimes contre l'humanité et des crimes de guerre flagrants, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, et d'autres petits candidats comme Jean Lassalle, pensent que Bachar el-Assad (qui est issu d'une communauté alaouite ne représentant que 10% de la population), a encore un rôle à jouer dans l'avenir des Syriens (sunnites à plus de 70% et chrétiens à 10%), et que Vladimir Poutine fait du bon boulot en Syrie. Croire à de telles aberrations, c'est n'avoir rien compris à la Syrie et au Moyen-Orient. Le faire au nom de la protection des Chrétiens d'Orient, c'est être d'une naïveté affligeante. Benoit Hamon a dénoncé durant le Grand débat cet énième crime odieux commis par le régime syrien. Emmanuel Macron a laissé entendre le lendemain qu'il pourrait ordonner une action militaire contre ce dernier s'il est élu. Seuls Benoit Hamon et Emmanuel Macron se positionnent clairement contre Bachar el-Assad et se méfient de Vladimir Poutine comme de la peste. 

La tyrannie des Assad, père et fils, est sans l'ombre d'un doute la pire malédiction qui soit arrivée à la Syrie et au Liban ces 50 dernières années. Quant au président russe, il faut savoir que si Daech-Etat islamique a deux pères géniteurs, George W. Bush et Nouri el-Maliki, l'organisation terroriste a trois mères nourricières, Bachar el-Assad, Ali Khamenei et Vladimir Poutine

De l'autre côté, hélas, c'était vraiment la Foire du Trône et à qui crie le plus fort. On a tous droit à un quart d'heure de célébrité comme disait Andy Warhol, sauf que chaque membre de ce groupe a même eu trois minutes de plus. Là aussi, toutes les tendances politiques étaient représentées. Philippe Poutou, extrême gauche, Nathalie Arthaud, extrême gauche, Jacques Cheminade, extrême gauche-extrême droite, Jean Lassalle, centre-droite, François Asselineau, droite-extrême droite, et Nicolas Dupont-Aignan, droite-extrême droite. Force est de constater qu'ils franchissement tous au moins une de mes lignes rouges, voire deux. En plus, à l'inverse de l'autre catégorie, les six petits candidats ne parviennent pas à exposer leurs idées politiques sans agressivité (on ne peut pas parler de véritable programme) et ils n'ont aucune chance d'accéder à la magistrature suprême. Et ça, ils le savent et ils en profitent pour perturber la campagne des grands candidats.

Il reste Marine Le Pen, inclassable. Elle fait bande à part. Elle se veut sérieuse et responsable, ce qui aurait dû la placer avec le premier groupe. Mais vouloir n'est pas pouvoir. Ce fond belliqueux et cette agressivité latente la classent avec le deuxième groupe. C'est la grande perdante du débat élargi. Dans le débat réduit à cinq, elle n'avait aucun mal à se présenter « seule contre tous », Mélenchon-Hamon-Macron-Fillon. Mais à onze, ce n'était plus le cas. Les petits candidats lui ont volé la vedette, sans parler de la charge de Macron sur « la baisse du pouvoir d'achat » et « la guerre économique » qu'engendrerait l'application de son programme, et la claque de Mélenchon, « vous ne servez à rien ! ». Avant-hier, Marine Le Pen n'avait plus le monopole du populisme, de la démagogie, de la défense du peuple français, de la diabolisation de l'Union européenne, et j'en passe et des meilleures.

Toujours est-il que la présidente du Front national est la seule candidate que j'élimine d'emblée de la compétition présidentielle française puisqu'elle franchit mes trois lignes rouges : elle remet en cause la laïcité en voulant installer des crèches dans les mairies, elle prône une alliance renforcée avec le duo Assad-Poutine d'où sa visite récente au Kremlin et ses déclarations déplacées à Beyrouth sur le tyran de Damas, et elle veut faire sortir la France de l'Union européenne.

Sur ce dernier point, Marine Le Pen a déclaré à la BBC il y a quelques jours que « l'Union européenne brille avec la lumière d'une étoile morte ». Nous l'aurions cru volontiers si son allégation politique n'était pas un vœu pieux qui arrangerait bien ses affaires judiciaires et lui éviterait des condamnations certaines, au pluriel svp, voire l'inéligibilité pour un bon bout de temps. Il faut dire que les casseroles de madame sont nombreuses, très nombreuses : la casserole des emplois fictifs des assistants parlementaires européens (qui concernerait 20 des 24 assistants des députés du FN ; les services financiers de l'UE se font déjà rembourser les 340 000 € de sommes indues) ; deux casseroles concernant Jeanne, un micro parti qui est étroitement lié au FN (qui aurait mis en place un système frauduleux à partir de 2011 pour financer les campagnes électorales du FN) ; deux casseroles concernant les fausses déclarations de patrimoine ; la casserole de l'emprunt russe (9 millions d'euros que le FN doit à une banque tchéco-russe qui a fait faillite depuis ; Poutine décidera si elle doit rembourser ou pas, une raison de plus pour faire les yeux doux au maitre du Kremlin!). Casserole par-ci, casserole par-là, au point où on en est, il faut admettre que la cheffe du FN traine toute une batterie de cuisine derrière elle de nos jours. Au total, une douzaine de cadres du FN et des proches collaborateurs de Marine Le Pen sont déjà mis en examen. En se basant sur le rapport de l’Office européen de lutte antifraude, l'enquête préliminaire menée en France a aboutit à l'ouverture récente d'une information judiciaire à l'encontre de Marine Le Pen, pour « abus de confiance, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux, et travail dissimulé ».

A la violation de ces trois lignes rouges s'ajoutent trois bonus qui rendent le repêchage de Marine Le Pen impossible. D'abord, ses magouilles financières qu'on vient d'évoquer. Ensuite, son mépris et sa malhonnêteté, très bien illustrées à travers le cirque qu'elle a fait à Beyrouth devant le siège du mufti de la communauté sunnite. Enfin, l'engagement numéro 27 qu'elle prend de « supprimer la double nationalité », une déchéance de la nationalité qui frappera durement les ressortissants franco-libanais dont une frange vote pour elle.

Allez, terminons cet article dans la joie et la bonne humeur avec la tirade de Philippe Poutou (1:56:53-2:00:00), en réponse à la question, « Un président exemplaire, c'est quoi pour vous? ». Lisez, écoutez et regardez, c'est un régal. « Question de moralité politique, on est servi depuis quelque temps. On a Dassault qui a été condamné récemment. Dassault c'est un homme politique, milliardaire, patron du Figaro et ... » Ruth Elkrief tente de l'interrompre : « Il y a beaucoup d'autres qui ont été condamnés. Mais quelles sont vos propositions? » Le candidat d'extrême gauche ne se laisse pas impressionner et balance à la journaliste imprudente : « Non mais, ce n'est pas parce que je n'ai pas de cravate, qu'il faut me couper ! » Ruth : « Ah non! » Poutou reprend de plus belle : « Dassault ne fait pas de prison parce que le monsieur est un peu trop vieux. Clause humanitaire, tant mieux. A côté de ça, on a les Balkany. C'est tout une œuvre. Le père, le fils, tout le monde triche. Et là, depuis janvier, alors là, c'est le régal. Une campagne superbe, Fillon, il est là en face moi. Que des histoires. Plus on fouille et plus on sent la corruption, plus on sent la triche. En plus, ce sont des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut de la rigueur, il faut de l'austérité. Et eux-mêmes piquent dans les caisses publiques. » Avec un admirable calme olympien, Fillon l'interrompt et lui dit calmement : « On n'accuse pas comme ça ! ». Poutou lui répond gentiment : « Oui, bon, d'accord ». Fillon cède un petit « merci ».

Le sprinter reprend son souffle et enchaine : « Il y a aussi Le Pen, à côté. Elle va peut-être réagir aussi. Le Pen pareil, on pique dans les caisses publiques. Alors là, ce n'est pas ici, c'est l'Europe. Pour quelqu'un qui est anti-européen, elle ne se gêne pas de piquer de l'argent de l'Europe. Le pire c'est qu'en plus, le FN qui se dit anti-système, ne s'emmerde pas du tout et se protège grâce aux lois du système, grâce à l'immunité parlementaire et refuse d'aller aux convocations policières. Peinarde ». La candidate d'extrême droite, qui tire une tronche depuis que Poutou a ouvert la bouche et qui bouillonne de rage depuis qu'elle est contrainte d'écouter le candidat d'extrême gauche, ne trouve rien à répondre qu'une cette banale réplique : « Sur ce coup-là, vous êtes pour la police! ». Ce à quoi Philippe Poutou répond: « Quand nous, on est convoqués par la police, nous ouvriers par exemple, on n'a pas d'immunité ouvrière. Désolé, on y va. Vous, vous avez une chance, le système vous protège, tant mieux pour vous. Mais ça permet de dire, que l'anti-système, c'est de la foutaise. »

Continuant sur sa lancée, il ajoute : « Le problème du politicien corrompu... c'est la professionnalisation de la politique. On a des gens déconnectés de la population, surpayés, 6 000, 7 000, 10 000 euros. Députés, sénateurs, ministres. C'est scandaleux. Je rappelle que le salaire minimum est 1 100 euros et il y a plein de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté... On pense qu'il faut limiter le salaire des politiciens, maximum le salaire moyen d'un salarié, il faut arrêter le cumul des mandats ... » La journaliste Laurence Ferrari l'interrompt croyant avoir trouvé la faille : « Ça les rendra moins corrompus de baisser leur salaire ? » Et là, c'est l'apothéose pour Philippe Poutou : « Déjà ils courront moins après le poste car ça sera moins bien payé. L'autre truc qui peut être avantageux, c'est qu'ils auront peut-être envie d'augmenter plus facilement le smic et les salaires puisqu'ils seront directement concernés. » Les autres candidats, comme Macron et Mélenchon, ont beaucoup du mal à ne pas sourire ou même à applaudir. Le public est hilare.